DES MÉTHODES EN PHYSIOLOGIE
(lu cœur en insufilant de l'air dans les poumons. A cela et à quelques découvertes isolées se bornent tontes les acquisitions de la science de la vie. Personne ne s'en orciipc spécialement et n'a l'idée de reprendre l'œuvre renfermée dans le traité célèbre médecin de Pergame.
.\ mesure que l'anatomie fait des progi ès, le champ de la physiologie se préparc . \cc lenteur; quelques petites observations viennent insensiblement enricliir le peu ([n'avaient laissé les anciens, et bientôt la grande découverte d'Ilarvey donne une nouvelle impulsion à la science.
Fabriciusd'Aquapendente, qui jouissait d'une grande célébrité à Padoue, venaitde découvrir les valvules des veines, qui déjà avaient été indiquées, si l'on en croit cerlainsauteurs, par Jacques Dubois; il étudiait le développement de l'œuf et examinait les divers mouvements de l'homme et des animaux ; en un mot, il ouvrait la voie qui conduisit plus tard à la découverte de la circulation, aux belles recherches de Harvcy sur la génération, et au célèbre travail de Boi elli sur la mécanique animale. Harvey, disciple de ce grand maître, féconda la découverte des valvules. Tenant compte de leur direction, de la disposition de celles du cœur et de l'origine des troncs artériels, il fut porté à faire quelques expériences très simples ; il lia des artères et des veines, remarqua le point où elles se gondaient, ouviit les vaisseaux, fit attention au mode suivant lequel le sang s'en échappait, et arriva, en combinant tous ces faits, à démontrer que le sang circule (1) ; qu'il est chassé par le cœur dans les artères, d'où il passe dans les capillaires pour revenir par les veines à son point de départ, et qu'enlin il y a deux circulations, une petite pour le poumon, et une grande pour le reste du corps. Plus tard, Harvey publia ses recherches sur la génération, par lesquelles il montra que les animaux proviennent d'un œuf, suivit particulièrement le développement de ces œufs dans le poulet, et établit la'lhéorie de l'épigénèse, dite depuis harvéiennc. Ce grand physiologiste marque la seconde époque de la science, autant i)ar ses propres travaux, par leur caractère expérimental, que par l'impulsion qu'ils donnèrent aux recherches des contemporains.
Pendant que Harvey démontrait le cours du sang et enseignait la méthode d'observation et d'expérience qui seule peut conduire à de grands résnitats , Aselli retrouvait les vaisseaux lactés (2) du mésentère qu'Erasislrate avait déjà apei'çus ; il combattit alors l'opinion de Galien et de tous les anciens qui admetlaient que le chyle était pompé et chassé par les veines mésaraïques, en faisant voir que ce chyle remplit les vaisseaux lactés pendant la digestion. Mais il ne vit point que ces vaisseaux aboutissaient au canal ihoracique qn'Rustache avait trouvé longtemps auparavant, et ci'ut qu'ils allaient porter ce Iluide dans le foie on il laissa encore, d'après les anciens, le siège de la sanguification. Plus tard encore, Veshngius , Paidbeck, Bartholin , découvrent les vaisseaux lymphatiques des diverses parties du corps; Pecquet prouve que les chylifères aboutissent à la citerne sous-lombaire et versent leur contenu dans le canal thoracique qui, à son tour, l'apporte dans la veine sousclavière gauche : ainsi se trouve connu un nouveau système vasculaire.
A partir de l'époque de Harvey, l'impulsion donnée à la science produit de nombreux travaux et surtout de nouveaux systèmes; les bons esprits persévèrent dans
(1) Sa ddcouverte est enseignée en IG19, et publiée seulement en 1028.
(2) Sur le cliien on 1022.
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la voie lal)orîeiise de l'observa lion et des expériences; les esprits exaltés, et même les lioninies supérieurs qui ne sentent pas encore assez la néressité des reclierclies posi lives, se lancent dans les liiéories. Il se forme alors des doctrines, des sectes dont l;i célébrité tient à celle de leurs auteurs et des disciples qu'ils ont faits. Ces systèmes sont fort nombreux, car on peut dire qu'à cette époque tous les hommes jouissaiii d'un peu de célébrité avaient le leur, mais ils peuvent au fond se rapportera trois, savoir: l"le système d'après lequel les actions vitales sont ra|)portées aux lois de l.i physique et de la mécanique ; 2" celui d'après lequel ces phénomènes sont rattachés aux actions chimiques; 3" enfin celui qui les fait dépendre de puissances inconmieb. l'àme ou les forces vitales. Un mot sur chacun d'eux et sur leurs transformation successives.
Descartes vient après ilarvey. 11 cherche à ramener la physiologie aux lois de la mécanique. Il considère les animaux comme des machines, ioutes leurs actioirs, même celles de l'instinct, de l'intelligence, sont des actions automatiques. Il admei diverses soi'tes de matières, une subtile, une branchue, une cannelée , et , pomrendre compte des divers phénomènes, il conserve les esprits animaux inventés par les anciens ; il les fait provenir du mouvement et de la chaleur du sang, circuler dans les nerfs pour servir aux sensations et aux mouvements; il voit des fdlres et des cribles dans les organes sécréteurs et partout des rouages qui jouent comnir ceux d'une simple machine, liorelli, envisageant la science sous un point de vm analogue, s'occupe non pas de vagues idées sur la nature des forces et des mou- ' vements, mais des moyens propres à mesurer ces forces et à bien apprécier leui s eft'ets. 11 entreprend une analyse rigoureuse et profonde de la mécanique animale, examine successivement tous les mouvements de l'homme et des animaux, détermine leur mécanisme, le rôle et la force des muscles , et calcule la puissance du cœur, celle de l'estmac, de l'intestin. Bellini, Pitcairne et autres continueni ses travaux. Ces derniers auteurs ne suivent Borelli que dans ses exagérations ( i n'ajoutent rien à son œuvre impérissable. Boerhaave, à son tour, voit dans K s actions vitales des effets dép endant des causes physiques; il croit que la chaleur, par exemple, tient aux frottements du sang sur les parois vasculaires; que l'air déplisse seulement les vaisseaux du poumon; que les produits de sécrétion passent par la filière des canaux successivement décroissants, etc.
En même temps que Destîartes ouvrait la voie à la doctrine du niécanicisme, il préparait aussi celle du système des explications chimicpies; car il y avait dans les systèmes de ce philosophe des idées empruntées aux anciens avec des idées nouvelles: il y avait dans ses théories un mélange d'explications mécaniques et d'explications chimiques, si l'on peut donner cette épithète à ce qui se rattachait à une science encore à peine ébauchée. F. Sylvius, qui commence à professer à Leyde en 1658, saisit ce côté des doctrines cartésiennes et envisage la physiologie sous un i point de vue tout à fait nouveau. Son système, présenté avec habileté, jouit bientôt d'une hnmense réputation. Sylvius ne voit partout que fermentations, combinaisons, actions et réactions chimiques. Il suppose que les fluides de l'économie sont les uns acides, les autres alcalins, l'our lui, la digestion stomacale est une fermentation ; le fluide pancréati(p.ie acide, la bile alcaline, déterminent dans l'intestin une seconde fermentation de laquelle résulte la séparation du chyle d'avec les matières-
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non assimilables. Le sang du foie, devenu alcalin par son mélange avec la bile, en se réunissant à celui des autres parties que la lymphe a rendu acide, donne lieu, dans le cœur, à une troisième fermentation qui est la cause des mouvements de cet organe. Il place des ferments dans toutes les glandes, attribue aussi les maladies a l'acidité ou à l'alcalinité des humeurs, et imagine une thérapeutique en conséquence. Il n'y a là rien de bon, et cependant ce furent, plus lard, des idées analogues qui conduisirent à d'intéressantes découvertes.
Un troisième système est celui qui explique les actions vitales par des puissances occultes, soit par l'àme ou par des forces imaginaires. Les anciens avaient déjà admis une âme végétative et une âme sensitive pour rendre compte des phénomènes qui s'accomplissent chez les êtres organisés. Van Helmont laisse celles-ci de côté ; il suppose des archées ou puissances intelligentes, chargées, chacune, de faire exécuter une certaine fonction ; il place un de ces archées dans le foie, un autre dans les reins. Celui de l'estomac est le principal et tient tous les autres sous sa dépendance. Stahl, plus tard, revient à l'àme; il la considère comme le principe de toutes les actions; elle est pour lui la cause de toutes les sensations, de tous les mouvements ; elle préside à l'organisation des parties, à la nutrition et aux fonctions de chaque organe; c'est elle qui gouverne la circulation, qui comprime et dilate le cœur, qui envoie à chaque partie les éléments qui lui conviennent, la salive dans la bouche, l'urine dans la vessie, etc. C'est elle qui, partout présente, partout active et intelligente, veille à la conservation du corps, lutte contre les causes morbifiques, cherche à rétablir la santé quand elle est altérée.
L'animisme de Stahl avait quelque chose de trop fantastique pour être admis sans modification. Sauvages, Lecat et autres l'eurent bientôt modifié. Il le fut si profondément, qu'il donna naissance au vitalisme. Stahl eut le mérite de conduire à ce résultat. « Il fut frappé, comme le dit Bichat(l), de la discordance des lois physiques avec les fonctions des animaux : c'était le premier pas pour la découverte des lois vitales; il ne fit pas cette découverte. L'àme fut tout pour lui dans les phénomènes de la vie: c'était beaucoup de négliger l'attraction, l'impulsion, etc. Stahl sentit ce qui n'était pas vrai; le vrai lui-même lui échappa. » Bordeu modifia encore cette doctrine; il s'en moqua même en plusieurs endroits et substitua à l'intervention de l'àme la sensibilité propre à chaque organe. Enfin, Barthez, avec ses conceptions abstraites, vint nous plonger dans le vitalisme le plus outré.
Pendant que les systèmes se disputaient le champ de la physiologie, les observations et les expériences étaient un peu négligées ; néanmoins elles ne l'étaient pas complètement. Il fallait bien que les partisans d'une doctrine s'efforçassent de ras- . sembler les faits qui pouvaient appuyer leurs idées ou combattre celles de leurs adversaires. En outre, il y avait des esprits qui tenaient peu aux systèmes et s'adonnaient aux recherches positives. Le concours de tous ces efforts dinérents conduisait insensiblement à quelque chose de mieux, et préparait le terrain de la science moderne. A partir de Flarvcy, bien des découvertes avaient été faites. Les chylifères et les lymphatiques étaient démontrés, ainsi que nous l'avons vu ; >Villis faisait des expériences à l'appui des idées harvéiennes sur la circulation , étudiait le système
(1) Analomic générale, Considiîralions gc^néralos, p. vj.
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nerveux, essayait de localiser les facultés intellectuelles ; Mayow assimilait la respiration à la coinbuslion , et devançait d'un siècle les belles théories de Lavoisier : Virsnngns trouvait le canal pancréatique ; Slénon, Blasius, celui de la parotide ; Wepler démontrait l'erreur des anciens sur la prétendue communication des veii tricules du cerveau avec les cavités nasales, et étudiait le mouvement des intestins ; Bayle, Chirac, expérimentaient sur le vomissement; Perrault, Duverney, Méry , s'occupaient d'anatomie comparée , tentaient des recherches sur la rumination , la circulation du fœtus, etc.; Glisson essayait de déterminer les caractères de la contraction musculaire, les propriétés de la fibre des muscles, la structure du foie;.
A la même époque, les recherches microscopiques viennent éclairer d'un jour jusqu'alors inconnu la structure des organes et les conditions des actions organiques. Malpighi entreprend ses beaux travaux sur la structure des glandes, le poumon, la rate et différents viscères ; il suit minutieusement le développement du poule:, et continue l'œuvre commencée par Fabricius et Harvey; lUiysch, l'adversaire acharné de l'anatomiste italien , montre la structure vasculaire des tissus, découvre les valvules des lymphatiques ; Leemvenhoeck fait connaître les globules des fluides animaux , la structure des poils, des fdDres musculaires ; il trouve les infusoires qui vivent par myriades dans une goutte de liquide , les animalcules spermatiques, et révèle, [jour me servir de l'expression de Cuvier, un règne tout entier au monde savant ; il voit dans les parties transparentes de' certains animaux le sang passer des artères dans les veines, et rend sensible la circulation que tant de médecins avaient contestée ; Swammerdani recherche, avec le secours des instruments grossissants, les détails de la structure, du développement des insectes, et d'un grand nombre d'espèces infusoires; Redi tente des expériences sur le venin de la \ipère, sur la génération des insectes, des vers intestinaux et combat les idées régnantes sur la génération spontanée; Astruc écrit un traité sur la digestion, dans lequel il repousse Ja trituration et revient aux idées de Sylvius; Pcyer fait un beau travail sur la rumination et les glandes intestinales; Réaumur , de belles observations sur les mœurs des insectes et d'intéressantes expériences sur la digestion ; Haies publie un traité expérimental d'hémostatique; de Graaf, Vallisnieri, Trembley, etc., se signalent par des recherches plus ou moins remarquables.
Tous ces travaux nous amènent vers le luilieu du XYilt' siècle. Le système chimique de Sylvius a disparu! Boerhaave l'a renversé pour y substituer le sien que l'animisme de Stahl commence h faire tomber en défaveur ; ce dernier système est déjà plus ou moins défiguré par ses partisans. Un grand physiologiste va paraître au milieu de ces ruines, et sur ces matériaux précieux, mais épars et sans coordination, il fera justice des erreurs de son temps, rassemblera et fécondera les résultats des travaux antérieurs à lui; il marquera, en un mol, la troisième époque de l'histoire physiologique. '
Ilaller s'était instruit aux leçons de JJoerhaave, il avait vul'incohérence desdoctrines physiologiques enseignées jusqu'alors, senti le vague des démonstrations, la fausse impulsion coMunuoiquée à la science; il comprit qu'il y avait un avenir immense dans l'utilisation des découvertes analomiques et dans l'emploi généralisé des méthodes qui avaient conduit Fabricius, llarvey, lléaumur, etc., à des résultats si beaux, mais isolés; il entreprit l'étude complète de la physiologie et essaya de la débarrasser de tous les vieux systèmes édifiés tour à tour sans grand profit pour