II. DES MEMBRES
A l'appareil central constitué par le rachis, la tête et le thorax, se trouvent annexés les appendices qui servent exclusivement à la locomotion, et dont le rôle doit, par conséquent, occuper une large place dans l'histoire de la mécanique animale.
Ce second appareil se compose de quatre extrémités distinguées en antérieures ou ihoraciques, et en postérieures ou abdominales, lesquelles résultent d'une suc- ' cession de rayons osseux fléchis les uns surles autreset entourés de muscles destinés à les mouvoir dans tous les sens.
Ces rayons, en nombre égal dans les quatre extrémités, se correspondent exactement. Ce sont, pour les antérieures, le scapulum à l'épaule, l'humérus au bras, le radius et le cubitus à l'avant-bras, le carpe, le métacarpe et la région digitée au pied; pour les postérieures, le coxal à la croupe, le fémur à la cuisse, le tibia, le : péroné, la rotule à la jambe, le tarse, le métatarse et les phalanges au pied. Les; rapports qui existent entre eux ont été déterminés par Vicq d'Azyr, Cuvier, , M. Flourens : ils sont très intéressants au point de vue de l'anatomie transcendante, . mais fort accessoires, pour la plupart, à la mécanique animale.
Les membres antérieurs et les postérieurs, ayant des fonctions communes et des ;| fonctions spéciales, doivent aussi présenter certaines dispositions qui appartiennent i h tous, et d'autres qui n'appartiennent qu'aux uns à l'exclusion des autres. Il suffit! de jeter un coup d'oeil sur leur ensemble pour être frappé à la fois de ces simili- ï tudes et de ces dissemblances. En effet, ils sont, les premiers comme les seconds, des agents de sustentation, et, à ce titre, ils ofl^rent, dans l'arrangement de leurs ^ rayons, la disposition de leurs muscles, le jeu de leurs articulations, des particularités à peu près pareilles pour tous. De plus, ils doivent se mouvoir de manière à soutenir alternativement le centre de gravité dans les divers mouvements de translation, et à cause de cela, les conditions dynamiques de leur rôle ont beaucoup dC' traits d'analogie. Mais les membres antérieurs sont surtout des colonnes de soutien.; Placés très près du centre de gravité, ils supportent une plus grande parliedu poidsi-
(1) Çimcr, Anatomie comparée, l. I, p. 2"i.
ORGANES PASSIFS DE LA LOCOMOnON, 2/|l
(lu corps que les autres. A part les deux premiers rayons et ceux des doigts, tous les rayons inlcruiédiaires ont une direction vcrlicnle très bien appropriée à la destination de ces colonnes. Les membres postérieurs sont bien aussi des agents de sustentation, mais ils sont en même temps les agents essentiels de la projection. Ce sont eux qui donnent l'impulsion au tronc et le lancent eu avant lors des divers déplacements. Comme ils doivent agir à la manière des ressorts qui se détendent, leurs rayons sont fléchis les uns sur les autres, et ils remplissent d'autant mieux cet ollice qu'ils ne supportent pas la moitié du poids du corps.
Le rôle départi à chacun d'eux exigeait, pour les uns, un mode d'attache avec le tronc, différent de celui des autres. Les antérieurs, qui reçoivent la masse du corps projetée en avant, doivent conserver assez de force pour ne pas céder aux efforts qui tendent à les affaisser, et cependant assez de flexibilité pour amortir, en partie, la violence des chocs et des réactions. Aussi se trouvent-ils seulement unis au tronc par des muscles qui font l'office de mains ou de courroies élastiques: ils y sont fixes déplus, mais très faiblement, par des clavicules, chez un certain nombre de mammifères onguiculés. Les postérieurs, qui donnent l'impulsion, la transmettent au tronc sans perte et d'une manière sûre, devaient être unis intimement à ce dernier. Leurs rayons supérieurs, ou les coxaux, sont soudés ensemble pour former une vaste ceinture osseuse qui établit une intime solidarité entre les deux membres abdominaux d'une part, puis entre ceux-ci et le rachis de l'autre. Cette ceinture est articulée supérieurement avec les vertèbres sacrées qui , elles-mêmes , pour donner à l'ensemble une plus grande solidité, sont confondues en une .seule pièce.
Les os qui entrent dans la composition des principaux rayons des extrémités sont, à part ceux du premier, des os longs constituant chacun un fragment de la colonne brisée, lequel réunit à lui seul les conditions de solidité mises en harmonie avec les exigences des insertions musculaires et des articulations.
D'abord, la nécessité de la multiplicité des rayons osseux ou la nécessité d'une colonne brisée, est évidente. L'esprit se refuse à concevoir l'idée d'une colonne qui serait tout d'une pièce, et supposé que cette monstrueuse conception soit réalisée, on ne voit pas par quel mécanisme particulier elle pourrait remplir sa destination.
Les os qui forment les rayons des membres sont de dimensions très inégales : ils diminuent de longueur et augmentent de nombre des régions supérieures vers les hiférieures. « Il résulte, comme le dit Bichat, de cette double disposition, que le haut des membres est caractérisé par l'étendue des mouvements, et le bas, par la multiplicité, la variété et les bornes étroites de ces mouvements. » En général, ces os sont renflés à leurs extrémilés et rétrécis à leur partie moyenne : renflés à leurs extrémités, afin de donner beaucoup d'étendue aux surfaces articulaires, d'offrir de nombreux points d'implantation aux muscles, et de diminuer le parallélisme qui existe entre les puissances musculaires et les leviers qu'elles meuvent; rétrécis à leur partie moyenne qui correspond aux régions où les muscles ont leur plus grand diamètre. Quelques uns, cependant, n'ont pas leurs extrémilés sensiblement plus volumineuses que la diaphyse : tels les métacarpiens, les métatarsiens, les deux premières phalanges des solipèdes et des ruminants; mais sur ceux-là il ne se termine
2!i2 des' MOUVEMENTS.
qu'un nombre assez rcslreiiit de muscles, et il tie passe que des tendons ou des expansions aponévroli(|ues.
Ces os sont généralemcnl cylindriques, comme le fémur, le métatarsien principal. Le cylindre qu'ils représentent est quelquefois aplati, comme au métacarpe, courbé suivant sa longueur, comme au radius, ou enfin tordu sur lui-même, comme à riiumérus. 11 en est qui sont plus ou moins régulièrement prismatiques, et pour ceux-ci, tels que le tibia, le cubitus, les métatarsiens rudimentaires de certains animaux, le prisme est à trois pans.
Leur intérieur est creusé d'une cavité médullaire, large dans la partie moyenne de l'os, et nulle à ses extrémités. L'avantage de celle disposition est de donner, ainsi que le dit JHcbat (1), plus de résistance à l'os ; « car on sait que de deux cylindres égaux par la quantité de matière qui les forme, mais dont l'un sera creux, et par conséquent, à plus grand diamètre que l'autre qui sera plein, le premier résistera plus que le second, parce qu'on le ploiera et on le rompra par là même avec moins de facilité. Des cylindres pleins, égaux en diamètre, aux os longs, eussent empêché, par leur pesanteur, les mouvements des membres ; tandis que d'autres cylindres de même pesanieur, mais sans cavité, eussent offert trop peu de surface pour les insertions musculaires. » Ce canal est circonscrit par une couche épaisse de substance compacte qui va en s'amincissaut, de plus en plus, à mesure qu'on s'approche des extrémités. Il était indispensable que l'os, dans le point où il est le plus rétréci , olfrît des parois épaisses et solides, cependant c'est encore là qu'il se brise, et l'on ne conçoit guère qu'il puisse en être autrement.
Les os des membres, au lieu d'être placés sur une même ligne, sont, pour la plupart, fléchis les uns sur les autres, et par conséquent dans une situation défavorable à leur rôle de sustentation. Mais la flexion alternative des rayons a pour objet principal : 1° d'amortir les réactions lors de l'appui des extrémités sur le sol dans lesdifl'érentes allures ; 2° de faciliter l'impulsion que les membres, et notamment les postérieurs, doivent communiquer au tronc. Comme ces derniers la donnent par une détente qui diminue l'obliquité des os, c'esl-à-dire qui ouvre les angles de flexion, il est évident que s'ils étaient droils, ils seraient obligés de se fléchir et d'abaisser le corps pour le soulever ensuite en le projetant en avant. Or, dans cette hypothèse, l'étenduede la projection serait nécessairement très limitée, puisqu'une grande partie de la force employée à l'effectuer, se perdrait en ramenant le corps à sa hauteur primitive. D'ailleurs, cette disposition se lie à l'arrangement des masses musculaires et aux rapports de proportions qui existent entre les membres thoraciques et les membres pelviens. Les derniers étant bien plus longs que les premiers, ils devaient forcément se trouveu fléchis, sinon la hauteur de la croupe eût de beaucoup dépassé celle du garrot.
Quant au sens alternatif des flexions, il ne saurait être difl'érent. Dès l'instant que les rayons sont fléchis, il faut de toute nécessité qu'ils le soient inversement, car, autrement, l'obliquité s'étendrait au membre en entier, et par conséquent elle serait très considérable.
Des mcnibrcs antérieurs. —Les membres antérieurs, plus rapprochés du centre
(1) Analomie générale, t. 111; p. 9, édit. 1832.
de gravité que les poslérieiii s, et i)on destinés à donner l'impulsion, font essentiellement l'odicc (le colonnes de support. Leurs rayons, à part les deux premiers, ont une direction verlicaie très bien appro|)riée à cette destination spéciale. Généralement, ils sont plus courts que les membres abdominaux, et notamment dans les animaux sauteurs, tels que le lapin, le lièvre, la gerboise, le kanguroo.
Leur attache au tronc s'elTeclue seulement par des parties molles, si ce n'est chez les mammifères pourvus de clavicules. Supérieurement, c'est par les deux trapèzes, le releveur propre de l'épaule et le rhomboïde; un peu plus bas, par l'angulaire de l'omoplate, le grand dentelé, le mastoïdo-liuméral, le grand dorsal, les deux pectoraux, le sternohuméral et le sterno-aponévrolique. Ces muscles, pour la plupart, sans analogues dans le membre postérieur, forment autant de sangles ou de courroies qui unissent l'épaule et le bras au thorax. Quel(|ues uns agissent comme des mains qui tiennent les rayons supérieurs appliqués sur les parois costales : l'un saisit l'épaule par son cartilage de prolongement, l'autre par l'acromion, d'autres encore par la face interne du scapulura. Kt en même temps qu'ils fixent le membre , ils le meuvent; le rhomboïde et le trapèze l'élèvenl, l'angulaire le tire en avant, le grand dorsal en arrière, etc.
Les membres sont l approcliés supérieurement par le bord supérieur des deux scapulums et leurs cartilages de prolongement, et par conséquent ils s'écartent inférieurement (fig. 20), à partir de ce point, jusqu'au niveau de la région sternale, pour devenir alors parallèles et conserver leur parallélisme jusqu'aux pieds. Par suite de cette disposition, le thorax n'est pas retenu mécaniquement entre les deux épaules; il tend, au contraire, à s'affaisser entre elles, mais il est soutenu dans cette situation principalement par les grands dentelés ou costo-sous-scapulaires. On comprend très bien l'action de ces puissances quand on réfléchit à la position relative de leurs insertions. En effet , les attaches costales des dentelés étant à un niveau inférieur à leurs attaches scapulaires, les différentes dentelures de ces muscles figurent une succession de cordes fixées en haut à la face interne du scapulum, ei en bas aux côtes sternalcs. Or, si l'épaule est maintenue pai- les muscles de manière h ne pouvoir ni descendre ni se liorler en arrière, elle donne un point d'insertion immobile aux digitations du
Fig. 20. — Thorax du cheval suspendu entre les deux membres anlérieurs par les grands dentelés.
2llU DES MOUVEMENTS.
dentelé, à la parlic inférieure desquelles agit le poids du tronc. Mais si ces muscles étaient, à eux seuls, chargés de lutter contre celle résistance incessanle représentée parle poids des parties antérieures du cor|)s, ils ne sufliraient pas pour remplir cet office, bien (ju'ils aient, surtout chez les grands (piadrupèdes, un volur^ie considérable. Évidemment, ils ont pour auxiliaires les muscles que nous venons de citer, muscles dont l'ensemble constitue un moyen d'union très souple, parfaitement disposé pour amortir les résistances qui résultent de la percussion des extrémités sur le sol dans les divers mouvements de iranslatioii.
IJans les animaux claviculés, les quadrumanes, certains rongeurs, etc. , les membres thoraciques sont, en outre, unis au tronc par des, clavicules qui empêchent l'angle scapulo-huméral de trop se rapprocher ou de trop s'éloigner du thorax. Ce moyen de fixité, utile aux petits mammifères, n'est pas nécessaire à la solidité de l'union des extrémités thoraciques avec le tronc, puisqu'il ne se retrouve point chez les quadrupèdes de grande taille.
Tel est le membre antérieur dans son ensemble : il faut en considérer successivement les dilîérentes fractions.
La première a pour base dans les mammifères ongulés (pachydermes, solipèdes, ruminants) et dans beaucoup d'onguiculés, un seul os appelé le scapulum. Situé en avant et sur les côtés du thorax dans une direction plus ou moins oblique, il est large, aplati, irrégulièrement triangulaire et partagé à sa face externe par une apophyse diversement configurée. Sa longueur, proportionnée jusqu'à un certain pointa la hauteur du thorax, est considérable dans nos grands animaux; elle est relativement moindre chez ceux dont la poitrine a , en avant, peu d'étendue suivant le sens vertical. Sa forme est |;arfaitement appropriée à sa destination ; son aplatissement lui permet de s'appliquer sur les parois pectorales et de donner une vaste surface d'implantation aux muscles; ses éminences fournissent de nouvelles insertions musculaires. Son cartilage de prolongement, si développé chez les solipèdes, les ruminants, le porc, etc., vient encore augmenter les surfaces sur lesquelles s'attachent les muscles; de plus, par sa mollesse et sa flexibilité, il assouplit la jonction de l'épaule avec les parois thoraciques et prévient les froissements qui eussent été h craindre, pour les grands quadrupèdes, entre l'extrémité supérieure du scapulum et les apophyses des premières vertèbres dorsales; enfin, l'angle inférieur de l'os, creusé d'une cavilé glénoïde trop étroite et trop peu profonde pour recevoir complètement la tclc de l'humérus, permet ii ce dernier d'exécuter facilement des mouvements de flexion, d'extension et d'autres plus limités en divers sens.
Dans les oiseaux, l'épaule se compose toujours de trois pièces : d'un scapulum long, étroit, falciforme et sans acromion, d'une clavicule qui se soude avec celle du côté opposé pour constiluer la fourchette, enfin d'un coracoïde, espèce d'arc-boulanl fixé, d'une part à l'angle scapulo-huméral, et de l'autre à la partie antérieure du sternum. L'os furculaire, qui résulte de l'union des deux clavicules, présente un écartemenl d'autant plus considérable entre ses deux branches, et le coracoïde, d'autant plus de force que les oiseaux sont plus aptes au vol. La réunion de ces trois pièces donne à l'épaule la solidité sans laquelle l'aile ne pourrait déployer la puissance qui caractérise son action dans la progression aérienne.
Le bras, qui forme le second rayon du membre thoracique, a pour base un seul
OnOANES PASSIFS DE LA LOCOMOTION.
OS qui est oblique en sens opposô au scnpulum, \j humérus, articulé en haut avec ce dernier sur lequel il peut se mouvoir dans toutes les directions, en bas avec le radius cl le cubitus, est tordu sur lui-même et courbé en S d'avant en arrière. L'éminence connue sous le nom de trochiter, qu'il porte à son extrémité suprrieurc, est séparée du irochin par une coulisse, tantôt simple, tantôt double, destinée au passage du coraco-radial : simple dans le porc, les carnassiers et la plupart des ruminants ; double dans les solipèdes, dans le lama, le dromadaire, etc. L'os du bras, proportionnellement plus court cbez les grands mammifères que cliez ceux de petite taille, a une longueur qui est à celle du scapulum : : 34 : 37 dans !e clieval, : : 26 : ZiO dans le bœuf , : : 22 : 23 dans le lama , : : /|0 : kl dans le dromadaire, : : 22 : 25 dans le porc , : : 19 : 15 dans le cbien , : : 9 : 6 dans le chat. Il a cela de remarquable, qu'il est appliqué contre les parois du thorax chez les grands quadrupèdes, tandis qu'il est presque entièrement libre chez les carnassiers, et en général, chez les animaux dont le membre antérieur peut servir à la préhension des aliments. Il se dislingue des rayons inférieurs en ce qu'il est encore fixé au tronc par des muscles : le grand dorsal, le masloïdo-huméral, les pectoraux, le sterno-huméral et le slerno-aponévrolique.
V avant- bras ou le troisième rayon du membre llioracique se compose, dans tous les mammifères, de deux os plus ou moins distincts dont les dimensions relatives et les rapports sontlrès variables: l'un principal antérieur, ou le radius; l'aulre postérieur externe, ou le cubitus. Ces deux os, à peu près égaux en volume et mobiles l'un sur l'autre, chez les animaux onguiculés qui se servent des extrémités antérieures pour saisir leurs aliments ou déchirer leur proie, sont au contraire inégaux et plus ou moins soudés entre eux chez les mammifères dont les membres restent exclusivement préposés au soutien du corps. Mais il y a entre les deux dispositions extrêmes une foule de degrés intermédiaires.
Dans les solipèdes, le cubitus est très petit et entièreinent soudé avec le radius, excepté en haut, à partir de l'arcade cubitale ; il se termine inférieurement en une pointe qui ne descend pas jusqu'au niveau du carpe. Dans la plupart des ruminants, le bœuf et le mouton, par exemple, il s'étend dans toute la longueur du radius et va concourir à l'articulation du carpe. Dans l'éléphant, il est même plus volumineux que le radius et non soudé avec lui ; dans le porc, il est aussi très grand, non soudé avec l'os principal de l'avant-bras, et susceptible d'exécuter déjà un léger mouvement sur ce dernier ; enfui, dans les carnassiers, les singes, etc. , il s'isole si bien du cubitus, qu'il peut jouer librement sur celui-ci et produire les mouvements rotatoires de la main qu'on appelle mouonmmt s de pronation et de supination.
Ainsi, chez les animaux ongidés dont les membres anlérieuis ne scr\ent qu'à soutenir le corps, les deux os de l'avant-bras sont immoI)ile> l'un sur l'aulreet le plus souvent soudés ensemble ; de plus, le raflius prend un très grand volume et devient l'os essentiel du rayon, tandis que le cubitus, souvent atrophié à sa partie inférieure, ne conserve un certain développement qu'à l'olécràne destiné à l'insertion des extenseurs de l'avant-bras; là, se trouvent réunies les dispositions qui rendent le membre trè.s apte à supporter le poids du corps, et qui le mettent dans l'inipossibiliié d'exécuter des mouvements de rotation. Au contraire, chez les animaux onguiculés, les deux os distincts, presque de même volume, mobiles l'un sur l'autre,
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pcrmeltcnt les mouvements de pronation et de supination ; ils donnent donc aux membres antérieurs le double rôle d'organes de sustentation et de préhension.
L'os principal de l'avant bras des solipcdes et des ruminants est légèrement aplati d'avant en arrière et courbé suivant le sens de son grand axe; ses surfaces articulaires supérieure et inférieure sont allongées transversalement. Sa longueur est à celle de l'humérus : : 39 : 33, et à celle du métacarpe : : 39 : 2G dans le cheval ; elle est à celle de l'humérus : : 31 : 29, et à celle du métacarpe : : 31 : 22 dans l'espèce du bœuf. Cette longueur, qui est plus considérable dans les races élancées et propres à la course que dans les races de trait, paraît en raison inverse de celle du métacarpe. La grande étendue de ce rayon favorise la vitessedes allures, puisque c'est l'av ant-bras qui mesure l'espace embrassé par le membre antérieur à chaque pas du trot, du galop, ou de toute autre allure.
Quant au cubitus, son rôle se réduit à fournir des points d'implantation aux muscles, à donner un levier très avantageux aux extenseurs de l'avant-bras, à retenir mécaniquement l'extrémité inférieure de l'humérus pour l'empêcher de se porter en arrière, et par conséquent de se luxer dans ce sens.
Au-dessous de l'avant-bras, entre celui-ci et le métacarpe, se trouvent deux rangées de petits os taillés à facettes qui forment le centre de ce qu'on appelle le genou des grands animaux. Ils sont au nombre de huit, d'après Cuvier, chez l'éléphant, l'hippopolame, le rhinocéros, le tapir, le daman et d'autres ; de sept chez les solipèdes, et de six seulement dans la plupart des ruminants. L'un deux, toujours placé au côté externe de la rangée supérieure, constitue le bras de levier de plusieursdes fléchisseurs du métacarpe. Ils sont unis ensemble, ainsi qu'avec les os de l'avantbras et du métacarpe, par un grand nombre de ligaments qui donnent à l'articula-' lion du genou une résistance considérable. Déplus, leurs facettes et leurs ligaments sont disposés de telle sorte, que dans la flexion, l'écartement se produit, surtout entre l'avant-bras et la rangée supérieure, et entre celle-ci et l'inférieure.
11 est très remarquable que chez tous les mammières, l'avant-bras, au lieu d'être uni directement au métacarpe, en soit séparé par les osselets du carpe. Cet intermédiaire n'a pas essentiellement pour but d'augmenter la longueur totale du membre thoracique, ni d'ajouter un rayon à ceux dont se compose cette extrémité : il est destiné à remplir un rôle plus important sur lequel les physiologistes ne semblent pas s'être suffisamment arrêtés. Ce rôle consiste d'abord, comme le fait si judicieusement observer JM. Richard (1), à affaiblir les réactions, à amortir la violence des chocs par les six surfaces articulaires incrustées de cartilages élastiques, à disséminer l'effort sur une étendue considérable, et à le décomposer par l'écartement des différentes pièces carpiennes ; il consiste ensuite à exagérer la flexion du genou jusqu'au point de permettre à la région métacarpienne de devenir parallèle à l'avant-bras et de se mettre en contact avec lui lorsque les animaux se couchent. C'est là, en effet, un genre de flexion qu'on n'observe dans aucune autre arliculalion, pas même à celle du jarret, si ce n'est cependant chez le dromadaire , alors qu'il est couché sur le sternum.
Le pied, qui comprend le carpe dont nous venons de parler, le métacarpe et la
(t) Do la conformation du cheval, p. 241.
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région digitéc, présente des disposilionsexlrèmeinenl variées dans les divers groupes d'animaux.
Le métacarpe, qui en forme la deuxième région, est constitué par autant d'os qu'il y a de doigts. Tous les onguiculés, à part de très rares exceptions, possèdent cinq métacarpiens avec cinq doigts complets ou rudinienlaircs, mais les mammifères il sabots en ont rarement un nombre aussi considérable. L'éléphanten a cinq portant des doigts; l'hippopotame, le tapir, le sanglier et le porc, quatre; le rhinocéros, Mois; tous les ruminants, au moins deux soudés ensemble; et les solipèdcs, lin seul.
Chez ces derniers, le métacarpien principal, qui s'articule en haut avec la rangée inférieure des os du carpe, et en bas avec la région digitée, est un os cylindroïde, à peine rende à ses extrémités, aplati d'avant en arrière. Son canal médullaire, très étroit, a des parois très épaisses dont la substance compacte paraît plus dure que celle des autres os des membres; il a une direction verticale et une longueur qui est à celle delà région des phalanges : : '2k '.M. lin arrière de ce métacarpien existent deux os styloïdes, un de chaque côté, renflés en haut pour s'articuler avec le carpe, et terminés inférieurcment par une pointe mousse et libre qui ne descend pas jusqu'au niveau delà première phalange. Dans les hipparions, espèces fossiles très voisines du cheval, ces métacarpiens rudimentaires portent chacun une région digitée semblable à la principale, mais beaucoup plus petite.
Les ruminants n'ont qu'un seul métacarpien principal pour les deux doigts, mais cet os ne fait pas réellement exception à ce qui existe dans les animaux à doigts multiples, car il est constitué par deux métacarpiens soudés ensemble. Leur séparation, qu'on effectue facilement pendant la vie fœtale, est indiquée à l'âge adulte par un sillon longitudinal de la face antérieure, ei par une cloison primitivement composée de deux lames, qui partage en deux la cavité médullaire. Cette division est, du reste, normale chez les anoplothériums. Ainsi constitué par deux métacarpiens primitivement distincts, le métacarpien principal des ruminants porte deux doigts complets. A sa face postérieure, il offre des métacarpiens avortés qui, quelquefois, se continuent eux-mêmes par des régions digitées imparfaites. Le bœuf, le mouton et la chèvre n'ont encore qu'un seul de ces métacarpiens rudimentaires placé au côté externe du principal, sans nulle connexion avec les osselets des ergots. Le chevreuil, le renne, le cerf, le chevrotain, ont deux stylets terminés chacun par une région digitée complète.
On pourrait croire que l'une des conditions de la solidité du métacarpe, dans les grands quadrupèdes, est la fusion de ses différentes pièces les unes avec les autres, comme cela s'observe, pour deux d'entre elles, chez les ruminants. Mais le fait de leur séparation dans le rhinocéros, l'hippopotame, l'éléphant, prouve que cette soudure n'est pas indispensable à une grande résistance de la part de ces derniers ; seulement il est à remarquer que, chez les pachydermes de taille élevée, ces os sont très courts : une plus grande longueur que celles qu'ils ont, coïncidant avec leur séparation réciproque, eût été sans aucun doute très défavorable h la force de la région métacarpienne. La disposition qui est propre aux solipèdes est très avantageuse au point de vue mécanique : les deux métacarpiens slyloïdcs, eu venant concourir au soutien des osselets du carpe, agrandissent les surfaces articulaires du
2l\8 DES MOUVEMENTS.
genou, Slipporlent une partie du poids qui pèse sur les rayons osseux du membre, et affaiblissent la violence des réactions par le léger écarleincnt qui se produit entre eux et l'os principal.
Enfin, la région digitdehxi suite au mélacarpe et termine l'appendice de sustentation; rien n'est plus variable chez les quadrupèdes que la disposition qu'elle présente.
Elle n'est constituée, dans les solipcdcs, que par une seule série osseuse : trois phalanges symétriques et trois sésamoïdes. La première et la seconde ont à peu près la même forme; mais la première est beaucoup plus longue que l'autre. Elles représentent, toutes les deux, des os longs qui ne sont pas très sensiblement renflés à leurs extrémités. La troisième, très large, concave iiiférieurement, convexe en avant, porte en haut une surface articulaire, allongée transversalement, qui répond à l'extrémité inférieure de la deuxième phalange. Elle se trouve exactement renfermée dans le sabot dont elle est séparée par des parties molles et élastiques.
C'est là la forme la plus simple de la région digitée parmi les mammifères.
Dans les ruminants, il y a deux séries phalangiennes complètes servant à l'appui et faisant suite au métacarpien principal, qui est divisé à son extrémité inférieure. Ces deux doigts insymétriques semblent résulter d"un doigt unique qui serait partagé en deux suivant le sens de sa longueur.
En arrière de ces doigts se trouvent, dans la plupart des espèces du même ordre, des régions digitées plus ou moins parfaites, mais toujours beaucoup plus petites que les premières, dont elles n'atteignent jamais la longueur, de telle sorte qu'elles ne peuvent servir à l'appui que sur un plan très incliné, ou lors d'une extrême flexion du pied.
Chez un certain nombre de pachydermes, le porc, le sanglier, le tapir, il y a quatre doigts dont deux très longs et deux autres latéraux, plus petits et plus courts que les premiers en arrière desquels ils sont placés. Enfin, chez l'éléphant et la généralité des carnassiers, il y a cinq doigts qui servent h l'appui et donnent au pied une souplesse et une élasticité très propres à diminuer la violence des réactions. Mais nous reviendrons plus tard sur ce sujet en examinant le jeu des extrémités dans la progression.
Des membres postérieui's. — Les membres postérieurs sont construits d'après le même plan que les antérieurs; ils ont le même nombre de rayons que ces derniers, et ces rayons sont fléchis en sens inverse les uns sur les autres; de plus, les rayons qui se correspondent dans le premier et le second sont encore fléchis inversement. Ainsi le coxal est oblique de haut en bas et d'avant en arrière ; le scapulum qui lui correspond est fléchi de haut en bas, mais d'arrière en avant. Une semblable opposition se remarque entre les autres rayons, excepté pour ceux de la région digitée qui sont inclinés dans le même sens.
Les membres postérieurs diffèrent cependant très sensiblement des antérieurs, surtout sous le rapport de leur longueur, de leur mode d'attache au tronc, et de leur rôle dans la locomotion.
1° Ils sont plus longs que les antérieurs, et h cause de cela ils doivent être, comme le fait observer Barthez, plus ou moins fléchis. La différence qui existe à cet égard est commandée par la din'éreiicc d'usages : elle est très grande chez les animaux 5
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allures rapides Cl les iinimaux sauteurs. La voici, exprimée par Cus chiffres, pour qiickiues unes rte nos espèces rtomesliques.
Tableau des proportions qui existent eiilre les rayons des membres antérieurs et lis rayons correspondants des membres postérieurs.
HAYONS