CHAPITRE XI
DE l'action musculaire.
Les muscles dont nous venons d'examiner la disposition générale, au point de vue dynamique, sont les organes qui mettent en mouvement la machine animale, soit en totalité, soit dans ses diverses parties ; il s'agit de déterminer, ici, l'action par laquelle le muscle arrive à ce résultat, c'est-à-dire les phénomènes, les conditions, les causes et la nature de la contraction musculaire.
Chaque muscle est constitué par un assemblage de fibres très grêles, microscopiques, parallèles les unes aux autres, réunies en petits fascicules qui, groupés à leur ' tour, forment des faisceaux et, enfin, les masses les plus volumineuses. Ces fibres, prises isolément, sont alternativement renflées et rétrécies d'une manière très régulière, ce qui a fait croire à quelques observateurs qu'elles étaient constituées par' une série de globules unisentre eux par un médium transparent. Les faisceaux primitifs qui résultent de leuragrégation sont toujours striés transversalement. Ce sont ces stries qui caractérisent les muscles delà vie animale et les différencient de ceux de la vie organique dont les fibres sont cylindriques et les faisceaux primitifs sans stries transversales. Ces fibres reçoivent des vaisseaux et des nerfs qui affectent, relativement à elles, un arrangement sur lequel tous les observateurs ne sont pas d'accord : MM. Prévost et Dumas disent que les nerfs aboutissent transversalement sur les angles de la fibre regardée par eux comme sinueuse ; Dugès et "Wagner regardent la distribution des filets nerveux dans les faisceaux musculaires comme très irrégulière.
Ainsi constitués, les muscles jouissent de plusieurs propriétés.
Bien que leur tissu renferme beaucoup de nerfs pourvus de filets sensitifs, ils sont I presque insensibles : on les irrite par des caustiques, par des instruments Iran- i chants; on les coupe en travers et dans tous les sens sans provoquer des douleurs bien vives, si ce n'est lorsqu'on divise un tronc ou de gros cordons nerveux ; cependant ils deviennent, par suite de contractions souvent répétées, le siège du
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sentiment pénible qu'on appelle la lassitude. Les muscles de la vie organique, ceux du cœur, de l'estomac, des intestins, de l'uîérus, sont encore moins sensibles ; il semble que les divisions nerveuses perdent leur imprcssionnabilité en s'associant intimement au tissu musculaire.
Ils sont extensibles, et leur extensibilité est mise en jeu par la contraction de leurs antagonistes ; elle devient manifeste dans les muscles olécràniens, par exemple, lors de la flexion de l'avant-bras sur l'humérus, dans les muscles l otuliens lors de l'action des ischio-tibiaux, dans le grand dorsal lors de la projection du membre tlîoracique en avant, etc. Et il faut bien remarquer, comme le dit Bichat, que l'extension est étrangère aux tendons et aux aponévroses, puisque ces annexes sont formées d'un tissu peu susceptible d'élongation, et que, d'ailleurs, celle-ci s'effectue dans les muscles privés de tendons, de même que dans tous les autres.
Ils possèdent une contractilité de tissu indépendante de celle qui donne lieu aux mouvements. Cette contractilité lente, faible, a des limites très restreintes: on la voit s'exercer lorsqu'un muscle, sur l'animal vivant, est coupé en travers ; les deux extrémités, en se rapprochant chacune de leur insertion, laissent entre elles un écartement plus ou moins considérable suivant la longueur des muscles et la situation dans laquelle se trouvent les parties ; elle se conserve dans les muscles paralysés et sur le cadavre qui n'est point encore refroidi.
Enfin, les muscles jouissent de la faculté de se raccourcir sous l'influence d'une excitation quelconque. Cette remarquable propriété que Haller regardait comme inhérente au muscle, et qu'il appelait V irritabilité, est devenue depuis célèbre en physiologie sous le nom à' irritabilité hallérienne. Aujourd'hui on l'appelle indifféremment irritabilité ou contractilité musculaire. C'est d'elle que dépendent toutes les particularités de l'action qu'il nous reste à analyser.