‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiquesChapitre 6 sur 155 · DES MÉTHODES K^ PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

DES MÉTHODES K^ PHYSIOLOGIE

pIIc. il embrassa ronseiublc de la science, ce qui n'avait guère été tenté depuis Ciilicn, i)ril pour point de départ les connaissances anatomiques relatives non seulement à l'homme, mais encore aux brutes; tenta une infinité d'expériences suiles animaux vivants, principalement en vue de déterminer les propriétés, la sensibilité, l'irritabilité des tissus, le développement du fœtus, etc. ; prit à tâche d'exposer les travaux accomplis jusqu'à lui, de les apprécier et de les commenter. Il fat leur historien ûdèle, impartial, judicieux ; son œuvre est le point de départ de toute la physiologie moderne.

Haller se distingue éminemment de ses devanciers ; il n'a point de système à lui, et tous ceux qui en avaient eu étaient tombés; il est l'homme des faits, l'homme de l'observation et des expériences ; il se montre, comme on l'a du reste très bien remarqué, l'ennemi des hypothèses. Il s'attache (1) « à faire voir que ce n'est pas par la voie hypothétique que l'on peut parvenir à la vérité; il donne lui-même l'exemple de la bonne méthode en n'admettant aucune conclusion physiologique sans l'avoir vérifiée par des observations patientes, suivies longtemps, l épétées souvent, sous toutes les formes et de toutes les manières, afin d'éviter que l'erreur ne s'introduisît dans ses travaux. » Le caractère de ceux-ci révèle un esprit supérieur qui imprime à la physiologie cette impulsion féconde qui lui fit faire ])lus tard do si grands progrès. ,

Les Elementa physiologiœ résumaient la science de llaller et celle de son temps. C'était une œuvre immense, où il fallait puiser les inspirations des travaux ultérieurs; aussi c'est ce qui fut fait et c'est ce qui l'est encore aujourd'liui. Il devenait par elle facile à ceux qui voulaient étudier un point quelconque de savoir d'où il fallait partir. Eu même temps que Haller élevait un monument, d'autres savants travaillaient à éclairer quelques questions : Bonnet expérimentait sur la reproduction des parties divisées ; >îeedliam et Buffon observaient les animalcules spermatiques et bâtissaient des systèmes sur la génération; Spallanzani commençait cette série de belles expériences sur la génération, la digestion, la respiration, qui ont fait sa célébrité ; Daubenton et Camper rassemblaient des matériaux anatomiques précieux, et un peu plus tard Vicq d'Azyr, Lavoisier, venaient apporter des idées et des découvertes qui préparèrent une nouvelle révolution.

Celle-ci ne devait pas se faire longtemps attendre. Les lumières queDaubenlou, Camper, Pallas, Vicq d'Azyr, Huntcr, venaient de jeter sur l'anatomie comparée ; la belle création qui allait sorth' des mains de Cuvier; la théorie de la respiration, les progrès de la chimie, la découverte de l'électricité galvanique, l'impulsion puissante donnée à toutes les branches des sciences naturelles, ne pouvaient manquer de hâter ce résultat.

l'hifin Bichat vient , et avec lui commence cette quatrième époque préparée par tant d'heureuses circonstances. Ce grand génie sent que la physiologie a besoin d'une base solide ; il la lui prépare par une anatomie des tissus et une élude minutieuse de leurs propriétés, qu'il distingue et caractérise nettement; il comprend toute l'importance des recherches expérimentales pour arriver à une connaissance exacte et approfondie des phénomènes; il les tente avec un art infini, les exécute avec habileté

(1) Cuvier, Hisloirc des sciences naturelles, t. IV (de lY-colc pliv-siologiquc de Haller).

et en inlcrprète les résultais avec une siipériorilé de vues très remarquable. Frappé de rincohérencc et de l'inanité des explications ci)iniiqiies ou mécaniques qui avaient survécu jusqu'alors, et de l'iasufïisance du vilalisnie qui commençait à régner dans les écoles, il essaie de présenter des doctrines d'ensemble plus en rajiport avec les tendances et les i)rogrès de la science. Mais tout en se dégageant d'une voie encore semée de tant d'erreurs, il ne peut se contenir dans les limites que lui assignent ses belles découvertes; son imagination l'entraîne irrésistiblement vers des fictions, lise séduit lui-même, et ce qu'il ne voit pas, il sait bien le créer pour le service de ses idées toujours ingénieuses, même lorsqu'elles j)araissent sans fondement. Malgré les quelques imperfections des œuvres du grand pbysiologiste, celles-ci resteront au nombre des plus belles conceptions de son siècle.

Bichat venait de remettre en honneur l'art expérimental et de présenter des vues nouvelles sur la plupart des grandes questions physiologiques ; mais il laissait inachevée la tâche dont il avait si bien mesuré l'étendue : cette tâche ne larda pas à être continuée par Legallois, Ch. Bell, M. Magendie, M. Flourens, .J. ÎMuller et tous ces habiles expérimentateurs dont les noms ont acquis déjà une juste célébrité. Les travaux de ces savants donnent à la science d'aujourd'hui un caractère qu'elle était loin d'avoir au commencement de ce siècle; et il suffit de comparer l'esprit, les méthodes et les faits des ouvrages qui datent de vingt-cinq ans avec ceux des publications les plus récentes pour se convaincre de l'importance des progrès qu'elle a pu faire dans un si court espace ; progrès facilités d'ailleurs par les perfectionnements incessants que reçoivent l'anatomie comparative, l'histoire naturelle, le.s sciences physiques et chimiques.

Pendant que de toutes parts l'attention se porte vers ces belles études, les hommes voués à la médecine des animaux semblent \ ouloir, seuls, rester étrangers au mouvement qui pousse à l'avancement de la jihysiologie , comme s'ils méconnaissaient l'utilité du rôle qu'ils ont à remplir.

Les institutions vétérinaires, qui remontent à l'époque de nallcr, auraient pu, si l'impulsion eût été dirigée dans ce sens, contribuer pour beaucoup à l'extension de nos connaissances. Elles ne manquaient pas de travaux utiles, d'expériences intéressantes à faire, de questions spéciales à élucider, de points incertains à fixer; elles n'avaient pour ainsi dire qu'à choisir entre tant de sujets de recherches ceux qui pouvaient le plus directement conduire à des applications pratiques; malheureusement elles les ont presque tous laissés de côté pour mieux se renfermer dans l'humble cercle de leur spécialité. Cependant, de temps à autre, elles ont prouvé qu'elles comprenaient avec intelligence les sciences physiologiques; plusieurs productions remarquables sont là pour l'attester : ainsi les belles expériences deFlandrin sur l'absorption, celles de Dupuy sur les fonctions des nerfs vagues, les recherches de M. Lassaigne sur la digestion.

Telle a été la marche des sciences physiologiques depuis l'antiquité jusqu'à l'époque actuelle. Par l'aperçu historique qui vient d'en être donné, on a pu voir qu'elles n'ont reçu une imjjulsion féconde et fait de véritables progrès que par les recherches positives, c'est-à-dire par celles ba.sées sur l'observation et les expériences, tandis qu'elles n'ont rien gagné à demeurer engagées dans la voie des hypothèses et des sy.stèmes. En oiïcl, la physiologic-ire.st sortie, pour ainsi dire, de

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