I. DU PAS
On désigne sous ce nom l'allure lente qui.est ordinaire à la plupart des animaux quadrupèdes.
Elle appartient au cheval, à l'âne, h l'hémione, au zèbre, au bœuf, au cerf, à la généralité des ruminants, même au dromadaire lorsqu'il marche lentement, à l'hippopotame, au rhinocéros, au porc, et à la plupart des carnassiers, etc.
La succession des extrémités qui caractérise cette allure paraît, de prime abord, facile à saisir; cependant elle a été assez mal appréciée, depuis Borelli,par la plupart des auteurs qui se sont occupés de mécanique animale. Le célèbre auteur du traité De motu onimalium, tout en reconnaissant, avec justesse, que dans le pas les membres agissent en diagonale, a prétendu que chaque membre se lève et revient 'a rapi)ui isolément, avant que les autres aient effectué la même action, de telle sorte qu'il y aurait constamment un pied levé et trois à l'appui. Bourgelat, Lafosse et Barihez ont relevé cette erreur et ont parfaitement remarqué qu'il y a toujours dans le pas deux pieds en l'air et deux pieds sur le sol ; mais ils ont laissé échapper une foule de détails essentiels qu'il faut chercher dans l'analyse si exacte que M. Lecoq (1) a donnée des allures du cheval.
Le pas comprend quatre temps à peu près d'égale durée. Le commencement de chacun est marqué par le lever d'un pied, et la fin, par le poser d'un autre. Pendant l'un quelconque de ces temps, le pied qui s'est levé le premier effectue la seconde moitié de son oscillation, et le second effectue seulement le premier quart de la sienne. Pour bien reconnaître ces diverses périodes, il y a trois moyens à employer : 1° étudier le pas initial d'un cheval dont les membres ont, à l'instant où il se met en marche, la situation caractéristique de la station forcée; 2" analyser le même pas d'un cheval qui se trouve arrêté avec les deux pieds d'un bipède diagonal plus
(1 ) Traité de l'c.i U'ricur du chevnl cl dex jjridcipaiw aniinau.r domcsliques, 2° édit., 1 847.
DU PAS. 321 avancés que les deux pieds de l'autre ; 3" enliii, suivre un pas succédant à un autre pas, sur un animal déjà en mouvement. Voyons ces trois moyens en particulier, et procédons avec iiiétliode, car nous allons rencontrer plus d'une difficulté.
En |)ronant le cheval qui se met à marcher, ses pieds étant comme ils le sont lors de la slalion forcée, on voit : qu'au lever du pied antérieur droit succède celui du pied postérieur gauche, puis celui de l'antérieur gauche , et enfin du postérieur droit. lAIais, dès que le premier membre levé aura parcouru la moitié du trajet qui lui reste, le second se lèvera, de telle sorte que, d'une pari, pendant la première partie de ce temps, le corps sera soutenu par trois membres, au lieu de l'être par deux, et que, d'autre part, il y aura, dans la durée du premier temps, lever de deux pieds, sans que le lever de l'un d'eux coïncide avec le poser d'un autre; de plus, les deux membres qui auront quitté le sol les premiers ne feront, chacun, qu'une demi-oscillation, c'est-à-dire, ne parcourront que la moitié de leur trajet normal, puisqu'à leur point de départ ils se trouvaient chacun en regard de son correspondant. Ce premier jeu est donc incomplet et irrégulier : incomplet, puisque les deux premiers pieds levés ne font que la moitié de leur trajet ordinaire ; irrégulier, puisque le lever d'un pied ne coïncide pas avec le poser d'un autre, et que le pied qui a enlamé l'allure ne reste pas en l'air pendant deux temps successifs, mais seulement pendant un seul. Celte première combinaison ne peutdonc donner une idée exacte du pas.
Si l'on examine l'animal qui se remet en marche, après avoir été subitement arrêté à l'instant que deux membres d'un bipède diagonal rencontraient le sol, bien en avant de ceux de l'autre bipède, on peut avoir dès le début un pas complet ou à très peu de chose près, mais on a encore un pas irrégulier. On observe alors que le pied antérieur le plus reculé entame l'allure, et que son lever est suivi du lever du pied postérieur placé en arrière de l'autre: chaque membre fait une oscillation complète ; mais l'irrégularité précédemment indiquée, qui caractérise le pas initial, se reproduit avec une légère modification ; aussi cette nouvelle combinaison, un peu plus avantageuse que la première, «e donne-t-elle point encore les éléments d'une analyse rigoureuse.
Pour bien apprécier la succession et le jeu des extrémités dans l'allure que nous étudions, il faut examiner l'animal déjà en action et faire abstraction du pas initial, ou, en d'autres termes, décomposer un pas succédant à un autre, et cela d'abord lorsque le cheval marche très lentement, puis lorsqu'il marche un peu plus vite , car dans sa progression très lente, le pied qui vient de se lever effectue son appui avant qu'un autre se lève à son tour, de telle sorte que trois membres soutiennent le corps, tandis que le quatrième seulement se trouve en l'air; encore, dans cette circonstance, y a-t-il un élément d'irrégularité qui sera ultérieurement signalé.
Si donc on suit bien ce qui se passe lorsque l'allure est régularisée, et qu on prenne le commencement du pas que l'on se propose d'analyser au lever du pied antérieur droit, par exemple, voici dans quel ordre s'effectuera le jeu de chacune des extrémités. Au moment du lever du membre antérieur droit, le membre postérieur du même côté qui s'est levé dans le dernier temps du pas précèdent a déjà exécuté une demi-oscillation : le premier est à sa situation initiale quand le second est à sa situation moyenne. Au commencement/le ce premier temps d y a lever du membre antérieur droit, à la fin poser du membre postérieur dn mC'me côté, dans
riniervalle une demi-oscillalion de chacun d'eux, et pendant toute la durée de cette période, appui sur un bipède latéral. Au commencement du deuxième temps, le pied
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postérieur gauche se lève ; il est à sa situation initiale, alors que l'antérieur droit est à sa situation moyenne ; à la fin ce dernier appuie : le corps est soutenu par un bipède diagonal. Au début du troisième temps, le membre antérieur gauche se lève, et à la fin, le postérieur du même côté appuie; le corps est soutenu par un bipède latéral. Enfin, au commencement du quatrième temps, c'est le pied postérieur droit qui se lève, et, à la ûn, c'est l'antérieur gauche qui l'evient l'appui ; le corps est supporté par un bipède diagonal.
• Dans ce pas complet et régulier, chaque pied a donc effectué son lever et son appui, et par conséquent, exécuté une oscillation tout entière; chacun d'eux a été deux temps en l'air et deux temps à l'appui ; seulement, l'un des pieds postérieurs qui s'était levé et avait effectué une demi-oscillalion dans le pas précédent opère son action, pour ce qui concerne le pas actuel, en deux fois ; il reporte sur celui-ci la moitié de l'oscillation commencée dans le quatrième temps du pas qui venait de finir. Et c'est par là que les pas qui se suivent empiètent les uns sur les autres, sans pouvoir jamais s'isoler d'une manière absolue.
En reprenant dans ses détails le jeu des extrémités qui vient d'être indiqué dans sou ensemble, ou note les particularités dont voici les principales :
1" Les membres se lèvent successivement dans l'ordre suivant : antérieur droit, postérieur gauche, antérieur gauche, postérieur droit.
2" Le membre antérieur se lève toujours avant le postérieur qui forme avec lui un bipède diagonal, et, au contraire, après celui avec lequel il forme un bipède latéral.
3" 11 y a quatre levers et quatre pusos distincts et successifs eil'ectués suivant un ordre tel, que le premier qui se lève est le premier qui vient à l'appui, et ainsi de suite.
k" Le second pied qui doit se lever quitte le sol avant que le premier soit revenu à l'appui ; de uième, le troisième se love avanlle poser du second, etc.