ÉNUMÉRATION ET CLASSIFICATION DES FONCTIONS
L'activité propre à l'organisation animale se traduit, à toutes ses périodes et à tous ses degrés, par un certain nombre d'actes très différents les uns des autres, connus sous le nom de fonctions.
La fonction peut être définie : l'action spéciale d'un organe ou d'un appareil , action caractérisée par sa nature, son but et l'instrument chargé de l'effectuer.
En analysant sommairement l'activité des animaux, on voit qu'elle résulte de l'ensemble des fonctions suivantes :
La première, Vinnervation domine et règle toutes les autres qu'elle tient sous sa dépendance. C'est elle qui préside aux sensations, aux mouvements, à la digestion , à la respiration, et, en général, à toutes les actions vitales : sans elle ie muscle ne peut se contracter , l'estomac ne peut digérer , nul organe remplir son rôle ; elle est en quelque sorte le principe ou le point de départ des phénomènes organiques ; enfin , elle a , comme celles qui suivent , son instrument spécial qui est le système nerveux, son objet, ses caractères et ses lois ([ui sont susceptibles d'être déterminés avec une précision rigoureuse.
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La deuxième est celle des sensations, au moyeu desquelles l'auiuial est diversement impressionné par le monde extérieur. Par celte foiiclion il prend coiuiaissancc de tout ce qui l'entoure; il aperçoit les objets, apprécie leur forme, leur couleur, leur distance ; |)ar elle il est fra|)pé des vibrations qui se produisent dans l'atmosphère, reconnaît les qualités de l'air et des aliments, juge de la configuration et de la température des corps, acquiert enfin toutes les notions possibles sur ce qui l'environne.
J^a troisième, ou la locomotion, complète les relations (jui existent entre l'animal et le monde extérieur : par elle il se transporte d'un lieu dans un autre , va audevant de ce qui lui plaît, fuit ce qui lui cause de la douleur, résiste aux attaques de ses ennemis, cherche sa proie, prend sa nourriture, se construit quelquefois des habitations, etc. Elle n'est qu'une conséquence nécessaire de la précédente.
Une quatrième, la digestion, est destinée à modifier des matériaux étrangers, introduits dans un appareil spécial, pour y être transformés en une substance qui doit reconstituer le sang, entretenir, réparer et accroître tous les organes.
Une cinquième, {'absorption, fait pénétrer dans certains canaux les matières qui peuvent servir au renouvellement du fluide nutritif, aux sécrétions et à la formation des tissus.
Une sixième , la respiration, met l'air et le fluide nutritif en rapport l'un avec l'autre , afin que , par suite de leur action réciproque , le sang soit revivifié , rendu apte h nourrir les organes et à leur communiquer l'excitation sans laquelle ils ne peuvent remplir les fonctions qui leur sont départies.
Une septième, la circulation , charrie le sang par tout le corps, le distribue , au moyen de nombreux vaisseaux, à tous les tissus, à tous les organes, dans la mesure qui convient à leurs besoins et à leur activité.
Par une huitième, la nutrition , le sang est employé à l'entretien des organes , à leur accroissement , à la réi)aration de leurs pertes ; il se convertit en la substance même des tissus où il arrive : ici, en os; là, en muscle ; plus loin, en cartilage , etc. ; et, après avoir donné à chaque partie ce qui lui est nécessaire, il reprend, en échange, des matériaux usés qui recevront une autre destination.
Par une neuvième, les sécrétions , le fluide nutritif est travaillé dans les glandes qui le purifient, en lui enlevant ses éléments nuisibles ou superflus, et qui fabriquent avec certains de ses matériaux des produits très variés, devant servir à des usages Spéciaux.
Par une dixième enfin, la génération, l'animal, parvenu h son complet développement comme individu, forme, aux dépens de sa propre substance , d'autres individus semblables à lui, destinés à renouveler et à perpétuer son espèce.
Chacune de ces fonctions n'est point un acte simple , mais un ensemble d'actes secondaires concourant tous au même but. Ainsi la digestion résulte d'un premier acte pour la préhension des aliments , d'un autre pour leur division , d'un troisième pour leur transjiort de la bouche dans l'estomac , etc. De même , la respiration , la locomotion en comprennent une série plus ou moins nombreuse. Quelquefois certains de ces actes, en raison de leur caractère et de leur importance, ont été considérés comme des fonctions distinctes; quelquefois aussi des fonctions complexes et exécutées par plusieurs organes ont été fractionnées, et leurs fractions prises
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|)our aiilaiil de fonctions si)cciales. Uc là sont nées de grandes dissidences entre les |)l)\ siologistcs : Vicq d'Azyr, par exemple, faisait de V ossification, qui n'est qu'une l'orme de la nutrition, une fonction |)ai ticulière ; Cuvior plaçait au même rang la (r'aisjiimtian; Chaussier, Y expression ; llicherand, la voix ; Bichat, V exhalation et la calorification, bien que la transpiration, l'exhalation ne soient que des sécrétions ; l'ossification, une variété de l'assimilation ; la voix et l'expression des résuluits combinés de la locomotion; et la calorification , un elfet des actions chimiques ou des changements d'état qui s'opèrent soit dans le ])oumon , soit dans les autres partics de l'organisme.
Les diverses fonctions qui viennent d'être énumérées ne sont pas isolées et indépendantes les unes des autres ; elles sont, au contiaire, liées entre elles et mêlées si intimement, qu'il est difficile de les séparer en catégories distinctes pour les classer méthodiquement, et cependant, depuis longtemps, on a tenté cette classification.
Galien et, après lui, la plupart des anciens physiologistes en ont reconnu trois groupes, savoir : les fonctions vitales , les fonctions naturelles et les fonctions animales. Les premières, l'innervation, la respiration et la circulation, sont immédiatement nécessaires à la vie : leur cessation l'anéantit sur-le-champ; les secondes, telles que la digestion , les sécrétions , concourent à l'entretien et à l'accroissement de l'individu ; les troisièmes, la locomotion et les sensations, sont propres à l'animal, et servent h établir ses relations avec les êtres qui l'entourent. Celte distinction , en partie rationnelle , manque évidemment d'exactitude et n'est pas susceptible d'être appliquée à la généralité des animaux.
Bichat (1), partant de considérations philosophiques jîlus vraies et plus en rapport avec la science moderne , les distribue en deux grandes classes, comme Aristote l'avait déjà fait assez explicitement : l'une, renfermant les fonctions qui ont trait à la vie de l'individu ; l'autre , celles qui sont relatives à la vie de l'espèce. Prenant ensuite la première de ces classes, il voit qu'elle comprend , d'une part, des actions propres à l'animal et destinées à le mettre en rapport avec le monde extérieur ; d'autre part, des actions préposées h la composition et à la conservation des parties : il désigne les premières sous le nom de fonctions de la vie animale, et les secondes sous celui de fonctions de la vie organique ; enfin il subdivise la seconde classe, celle relative à l'espèce, en plusieurs ordres. Mais, ici , il perd de vue la distinction précédente qu'il avait développée avec tant de complaisance, et ne semble pas remarquer que dans les fonctions génératrices il y a des actions dépendant de la vie animale, et d'autres de la vie organique ; ou, s'il reconnaît cette séparation, il la néglige pour en donner une autre qui n'a rien de commun avec celte dernière. Il fractionne sa seconde classe en trois ordres : l'un comprenant les fonctions du mfdc ; l'autre celles de la femelle, et le troisième les fonctions résultant de l'union des deux sexes.
Une classification si habilement conçue devait avoir du succès, et elle n'en a pas manqué : beaucoup de physiologistes l'ont adoptée tout entière ou avec quelques légères modifications de détail ; cependant elle n'est pas à l'abri de toute critique. On pourrait lui reprocher d'établir une scission trop tranchée entre les actions de la
(1) Voyez son Analomie générale. Paris, 1830, l. I, p. xciv ; ses nechevchcs sur la vie et la mort, 180S, p. 2.
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\ic aniinalo cl colles de la vie organique ; car il est ('vident que les fonctions les ))lus essenliellcniont organiques, comme la digestion, la respiration, comprennent des actes qui, par leur nature, se rattachent à la vie animale. Ainsi il y a, pour la première, des sensations qui provoquent à la préhension des matières alimentaires, et qui déterminent dans quelle mesure elle doit avoir lieu ; des mouvements qui opèrent la division de ces matières et leur transport jusque dans les parties profondes de l'appareil digestif. Pour la respiration il y a également des sensations et des actions mécaniques compliquées, par le moyen desquelles l'air est amené dans le poumon et expulsé de cet organe , dès qu'il y a remph son office. Il en est à peu près de même pour beaucoup d'autres. Les fonctions de l'espèce, qui sont bien distinctes par leur but, ne peuvent, quant à leur nature, former une catégorie spéciale, puiscju'elles OUI pour éléments des sécrétions, des excrétions, des actes scnsitifs et locomoteurs, c'est-à-dire des actions de la vie animale et de la vie organique qui ne se distinguent en définitive que par le résultat qu'elles doivent produire. Mais ces imperfections n'ôtent point à la classification de Bichat le mérite qu'on lui a reconnu ; elles sont inhérentes à toute classification de ce genre, quelle qu'elle puisse être , h cause de la filiation des actions vitales, de leur enchaînement et de leur association, qui ne permettent point de les partager en catégories tout à fait distinctes et indépendantes'les unes des autres.
Une troisième classification, renfermée implicitement dans la précédente, me paraît beaucoup plus simple et plus convenable ; c'est celle qui divise les fonctions en trois grandes sections : fonctions de relation , fonctions de nutrition et fonctions de reproduction. Elle distribue ainsi en trois groupes bien distincts les actes qui concourent aux trois résultats résumant toute la vie de l'animal : se mettre en rapport avec le monde extérieur, se nourrir et se reproduire. Sans doute elle n'est pas exempte de plusieurs des inconvénients de celle de Bichat ; néanmoins nous l'adopterons à cause de sa simplicité, et parce qu'elle suffit h une exposition méthodique des diverses parties de la physiologie.