‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiquesChapitre 99 sur 155 · DU RÉGIME. Z · texte numérisé non relu

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péricnce. Le cadavre se trouvait dans le même état que celui des premiers ; la bile et r urine avaient également les caractères de celles des herbivores.

On avait objecté à M. Magendie que les animaux choisis pour ses expériences étant carnivores, avaient été soumis à un régime contraire à leur genre de vie. MAI. Tiedemannet Gmelin (1) répétèrentsurdesanimauxquiviventdesubstancesvégétalesles tentatives instituées par le savant physiologiste. Une oie nourrie à la gomme arabique et à l'eau perdit bientôt Tappétit, devint extrêmement faible, éprouva une diarrhée persistante, et mourut au bout de seize jours, après avoir perdu plus du sixième de son poids initial. Un second palmipède de la même espèce, entretenu avec du sucre et de l'eau, éprouva une soif ardente, s'affaiblit très vite et mourut le vingt-deuxième jour après avoir perdu le tiers de son poids. Une troisième oie soumise au régime de l'amidon sec, elune quatrième à celui de l'amidon cuit, périrent, la première, au bout de vingt-sept jours, après avoir perdu plus du quart de son poids, et la dernière, au bout de quarante-quatre, après une diminution d'environ un cinquième de son poids primitif.

On pourrait croire que, dans ces circonstances, la mort lient à ce que les substances prises pour nourriture ne sont point digérées ; il n'en est rien : les expérimentateurs que je viens de citer ont reconnu par l'état des chylifères et la composition des excréments, que les substances cédaient, sinon en totalité, du moins en grande partie, à l'action des forces digestives.

Il est donc certain, d'une part, que les substances non azotées ne peuvent servir seules à l'entretien de la vie, et il ne l'est pas moins, d'autre part, que celle propriété négative ne saurait être attribuée h leur non-digestibilité. En est-il de même des substances qui contiennent de l'azote au nombre de leurs éléments constitutifs?

Les nombreuses expériences tentées au sujet de la valeur nutritive supposée à la gélatine ont appris que les principes azotés, qui rendent les aliments si aptes à l'entretien de la vie, sont, par eux-mêmes, pris isolément, incapables de nourrir les animaux pendant longtemps. La commission académique chargée de fixer les esprits sur les propriétés réelles d'une substance alimentaire dont l'usage s'était déjà très répandu, a constaté que les chiens auxquels on donne exclusivement de la gélatine, préparée par les moyens industriels, la refusent bientôt et se laissent mourir de faim plutôt que d'en continuer l'usage. Elle a vu que ces animaux nourris, même avec la gelée obtenue par les moyens ordinaires, la mangent avidement les premiers jours, puis la refusent bientôt et périssent d'inanition au bout d'une vingtaine de jours ; ils ne dépassent point deux à trois mois, quoiqu'on ajoute à cet aliment, soit une petite quantité de pain et de viande, soit même les deux associés ensemble dans de faibles proportions. La fibrine donnée seule aux chiens, à la dose de 500 à 1000 grammes par jour, les laisse maigrir rapidement et mourir du soixantième au quatre-vingtième jour. L'albumine liquide ou coagulée dégoûte encore plus vite les animaux et ne prolonge pas leur existence aussi longtemps que l'usage de la fibrine. Le gluten seul a paru jouir du privilège exceptionnel d'entretenir les chiens, sans qu'il fût mêlé à d'autres principes alimentaires. Enfin, la fibrine, l'albuminée^,

(1) Recherches expérimenlales physiologiques et chimiques sur la digesUon considérée dans les quatre classes de vertébrés, Paris, 4827, t. II, p. 212.

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la gélatine mêlées ensemble déterminent les mêmes effets que l'une des trois sub- | stances donnée isolément : leur usage combiné ne prolonge pas la vie au delà du quatrième mois de l'expérience.

Ces résultats démontrent donc qu'une substance simple, facile à digérer, azotée ou non azotée, est insuffisante h l'entretien de l'économie au delà d'une période fort restreinte, et que même des substances contenant de l'azote, associées deux à deux ou en plus grand nombre, ne peuvent fournir les éléments nécessaires à la vie ) au delà de trois à quatre mois. En présence de ces données expérimentales dont l'exactitude est incontestable, comment concevoir qu'un seul aliment, soit le lait, soit la chair, soit le fourrage, suffise à tous les besoins de la nutrition d'un animal ?

Ici, les choses changent d'aspect : dans le sang que suce le carnassier, dans la chair qu'il dévore, dans la poignée de foin dont se contente l'herbivore, dans le grain qui alimente exclusivement certains oiseaux, dans le lait qui fournit aux jeunes mammifères tous les matériaux d'un accroissement rapide, se trouvent associés bien des principes différents.

En effet, dans le lait, par exemple, le chimiste nous montre la caséine, identique par sa composition avec la fibrine et les autres principes azotés, puislesucre, la graisse et des substances minérales diverses. Or, la caséine fournit les éléments de la nutrition du système musculaire et des divers tissus; le sucre, la graisse donnent les maté- . riaux de la combustion respiratoire ; enfin, les sels, le soufre, le phosphore offrent au squelette les éléments de l'ossification. Dans le morceau de chair qui suffit au carnassier, n'y a-t-il pas de la fibrine, de l'albumine, de l'osmazôme, de la créatine et les matières inorganiques des substances appelées protéiques? Dans le grain des , céréales, le blé, le maïs, par exemple, n'y a-t-il pas le gluten, la fécule, le sucre, les matières grasses? Enfin, dans le foin lui-même, ne trouve-t-on pas vingtplantes différentes, avec leurs tiges, leurs feuilles, leurs graines renfermant cette fibrine végétale, ce sucre, cette fécule, ces matières minérales, ces corps gras qui forment la plus grande partie du fruit des plantes essentiellement alimentaires ? Il n'est donc pas étonnant qu'un aliment complexe, tel que la nature le prépare, puisse, à lui seul, fournir aux animaux tous les matériaux de leur entretien.

Cependant, l'observation démontre, et la théorie indique, que l'association desdiverses substances alimentaires, déjà complexes, est éminemment favorable à la nutrition, tant par l'influence salutaire qu'elle exerce sur l'activité des fonctions digestives que par la variété des matériaux qu'elle offre à la reconstitution du sang et des tissus. Mais cette association, qu'il faut toujours chercher à obtenir en vue des avantages qu'elle offre sous le rapport de l'économie domestique, n'est point d'une indispensable nécessité, bien que certaines expériences semblent prouver le contraire.

En effet, si les physiologistes ont vu des chiens ne pas survivre plus de cinquante jours à l'usage exclusif du pain et de l'eau, des lapins périr d'inanition lorsqu'on les nourrissait exclusivement, les uns avec des choux, les autres avec de l'orge, d'autres encore avec des pommes de terre, un âne périr quinze jours après avoir été soumis an régime exclusif du riz cuit, etc. , bien des observateurs ont pu s'assurer qu'en maintes circonstances les choses ne se passent point ainsi. Qui ne sait, par exemple, qu'une foule d'oiseaux sont entretenus exclusivement avec des grains et une seule espèce de grain; que le poulet en cage vit très bien et s'engraisse à

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uierveille avec du bI6 ; l'oie et le canard avec la farine de maïs délayée ? Qui n'a vu, dans les fermes, des grands ruminants entretenus pendant toute la mauvaise saison avec de la paille, sans recevoir en plus un seul brin de foin ou une pelure de pomme de terre ?

Concluons donc qu'un seul principe immédiat et que même plusieurs principes du même genre pris collectivement, ne peuvent entretenir les auimaux, mais qu'un aliment simple dans lequel divers principes se trouvent associés par la nature comme ils le sont dans le sang, la chair, les grains, le foin ou la paille, sulBt à l'entretien normal de l'organisme.

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