À. OEUF VÉGÉTAL
$ 62. (On ne peut émettre que des conjectures sur la manière dont se forme l'œuf végétal.
4° Dans la première période, pendant laquelle il a été observé et décrit par Mirbel, il représente une excroissance celluleuse, au dessous de laquelle aboutit un faisceau de trachées qui se prolongent plus tard, fait alors saillie dans la cavité de l'ovaire, et forme ensuite ce qu'on nomme le
(4) V. pl. TI, dixième forme.
(2) V. pl. I, onzième forme.
(3) V, pl. I. douzième forme,
06 DE L'OŒEUF VÉGÉTAT.
cordon ombilical. L’œuf' doit donc naissance, suivant toute probabilité, à une production de cellules développées, comme autant de gemmes, à la surface ou dans les interstices des cellules qui constituent la paroi sur laquelle il repose , et qui, à une époque antérieure, s'étaient formées de la même manière. À mesure qu'il croît, sa base se resserre , et devient par À un pédicule , appelé funicule ou cordon ombilical , le long duquel le faisceau sous-jacent de trachées se prolonge vraisemblablement aussi peu à peu jusque dans l'œuf lui-même. Les Orchidéessontles seules plantes chez lesquelles Robert Brown (1) n'ait trouvé aucune trachée , même dans lé cordon ombilical complétement développé.
2° En même temps que le cordon ombilical se forme, l'œuf lui-même se développe de plus en plus, et de très-bonne heure on parvient à reconnaître distinctement en lui trois parties , auxquelles Robert Brown (2), qui les a’observées le premier, donne les noms de membrane externe (éesta), de membrane interne (fegmen), et d'amande (nucleus, le chorion de Malpighi). Ces trois parties, emboîtées l'une dans l’autre , ne tiennent ordinairement ensemble qu’à leur base commune , qu’on appelle chalaze (chalaza). À l'extrémité'opposée, les deux membranes enveloppantes sont percées d'un trou , nommé #micropyle , à travers lequel le sommet de l'amande fait saillie sous la forme d’une excroissance.
3° Mais les observateurs ne sont point d'accord sur la manière dont cet état de l'œuf procède de celui qui avait lieu auparavant. D’après Mirbel (3), l'œuf, verruciforme dans le principe , s'ouvre à son sommet , et laisse alors apercevoir les parties renfermées, savoir, la membrane interne et l’'amande. Robert Brown (4) à observé , au contraire, dans les Orchidées, qu'avant l'apparition du cordon ombilical, il'se forme, au. pourtour de l'œuf d'abord verruciforme, un renflement annulaire , qui, en croissant de bas en haut, devient la mem-
(4) Vermischte botanische Schriften, t. V, p. 113.
(2) Loc. cit.,t. IV, p. 83.
(3) Nouv. recherches sur la structure et les développemens de l’ovule végétal, p. 4. Additions aux Nouvelles recherches , p. 40.
(4) Loc. cit., t, VW, p. 142.
DE L OEUF VÉGETAL. 07
brane externe (esta). D'après cela, l’amande n’est pas la dernière , mais la première partie de l'œuf que nous apercevons, et les deux membranes ne la revêtent que peu à peu, d'une manière cependant incomplète, puisque le micropyle reste encore ouvert autour de son sommet. Ces assertions s'accordent avec les descriptions que Brongniart (4) et Mirbel lui-même ont données de l'œuf pris dans les familles les plus diverses, et d'après lesquelles les deux membranes, ayant d'abord un très-large micropyle', laisseraient à découvert une grande partie de l’amande , que plus tard elles revê. tiraient : et as entier, ne conservant plus alors qu’un micropyle qu'on a souvent de la peine à apercevoir. Il paraît donc que la règle établie par Mirbel repose sur une erreur, et que les observations faites par Robert Brown, d’après l’examen d’une seule famille, doivent être considérées comme la loi générale de la formation de l'œuf végétal.
4° A la base du jeune œuf, précisément en face du micropyle, là où se forme en premier lieu le cordon ombilical , le faisceau! des trachées de ce cordon s'étend en rayonnant à travers la chalaze , mais ne la dépasse jamais , du moins assez pour que la membrane externe , la membrane interne et l'amande soient soudées ensemble. Cependant on se tromperait beaucoup si l'on voulait regarder toutes les trachées de la chalaze comme un prolongement immédiat de celles du cordon ombilical ; car la chalaze contient toujours plus de trachées que le cordon ombilical , qui fréquemment , par exemple dans le Luzula, ne consiste qu’en un seul de ces vaisseaux , lesquels d’ailleurs , on le sait, ne se ramifient jamais chez les végétaux. Mais cette seule circonstance démontre déjà qu’on'ne saurait admettre la prétendue analogie entre une anastomose des trachées dans les plantes et une anastomose des vaisseaux dans les animaux , à laquelle les hommes même qui cultivent avec le plus de succès la physiologie végétale ne peuvent point encore renoncer entièrement.
5° Quoique, jusqu’à sa parfaite maturité , l'œuf végétal ne perde jamais ses connexions avec la paroi interne de l'ovaire ,
(4) Annales des sc. naturelles, t. XII, pr 44°, 145, 225.
98 DE L'OŒUF VÉGÉTAL
et qu’en conséquence il ne subisse aucun déplacement, cependant il éprouve en général un changement remarquable de direction, qui a lieu en partie avant, en partie aussi après la fécondation, et sans lequel cette dernière elle-même serait impossible , à un petit nombre d’exceptions près. En effet, les excellentes observations de Robert Brown, de Brongniart et de Mirbel ont complétement démontré que l'œuf végétal est fécondé à sa partie supérieure, là où Le sommet de l’amande fait encore à cette époque saillie hors du micropyle , et que la fécondation part d’un point exactement déterminé de la paroi interne de l'ovaire, où se termine un cordon de ce qu’on appelle le tissu cellulaire conducteur. Ces deux points de l’œufet de la paroi de l'ovaire entrent en contact à l'époque de la fécondation , ce qui résulte communément de ce que l'œuf subit peu à peu un renversement plus ou moinscomplet (reswpinatio), dans lequel le hile , c’est-à-dire le point d’attache externe du cordon ombilical à l'œuf, se déplace en quelque sorte. Voilà pourquoi il est rare de voir, dans la graine müre, le cordon ombilical aboutir immédiatement à la chalaze. C’est souvent du côté opposé , tout près du micropyle , qu'il gagne la grame; . alors, confondu intimement avec la membrane externe, ïl constitue un cordon visible à l'extérieur , et qu’on nomme raphé, forme sous laquelle il marche jusqu'au milieu de la chalaze, où les trachées s’écartent les unes des autres en rayonnant.
.6° Mais l’amande de l'œuf végétal non 'fécondé n’est ellemême qu'une enveloppe de cet œuf, quoiqu'elle représente d’abord: une masse épaisse de tissu cellulaire lâche. Bientôt, en eflet;;:1l se produit, vers son-mitieu , une cavité, qui acquiert peu à peu plus d'ampleur, et dans laquelle l'embryon se forme.
7 ILest rare qu’on trouve encore dans la cavité de l'amande un sac, qui loge alors l'embryon (sacculus colliquamenti, ou amnios de Malpighi), mais qui, la plupart du temps, disparaît de très-bonne heure. Les Nymphéacées, les Pipéracées et les Saururées sont les seules plantes dans les graines müres desquelles on rencontreencore ce sac, constituant une enveloppe immédiate de l'embryon, auquel même il adhère en partie.
OŒUF ANIMAL. 09
Peut-être scrait-on en droit de comparer cette vésicule à la vésicule proligère des animaux. Peut-être n'a-t-elle été qu'inaperçue jusqu'à présent chez les plantes qui paraissent en être dépourvues. Il serait possible que son sort ordinaire fût, chez les végétaux aussi , d’être détruite pendant la fécondation’, et qu'elle n’eüût été observée que dans les circonstances où exceptionnellement elle persiste plus long-temps. Car les connexions organiques qu'on à remarquées , dans ces cas, entre elle et l'embryon lui-même, semblent témoigner qu’elle est plus qu'une simple enveloppe , qu'elle est le rudiment du germe. Mais si cette interprétation était fausse , il faudrait accorder que l'œuf végétal manque entièrement de rudiment de germe appréciable.
8° L’embryotrophe végétal, qu'on peut comparer au jaune de l'œuf animal , mais que les botanistes ont coutume d’appeler albumen ou périsperme , ne se développe qu'au moment de la fécondation , ou du moins, si cette dernière n’a pas lieu, qu'à l'époque de l'aptitude à concevoir (*). C’est pourquoi nous reviendrons plus tard sur son compte) (1).
$ 63. La production de l'œuf animal tient à ce que le liquide sécrété par l'ovaire se condense, se solidifie en partie , acquiert des limites précises à l'extérieur, et constitue en dedans la base de l'embryon. On remarque donc dans cet œuf un antagonisme entre un embryotrophe et des parties qui, après être provenues de celui-ci, se séparent en deux catégories, les unes chargées d'établir une délimitation (enveloppe de l'œuf), les autres aptes à jouir de la vie (germe). L’œuf ainsi produit croît et se développe en absorbant le liquide que l'ovaire continue de sécréter, jusqu’à ce qu'il soit parvenu au terme de sa maturité, c’est-à-dire jusqu'à ce qu'il ait acquis le degré de développement nécessaire tant pour être fécondé , que pour pouvoir continuer de s’accroître hors du lieu où ils’est formé. Mais lescirconstances dans lesquelles
- (*) Voyez, sur l’ovule des végétaux, F.-V. Raspail}, Nouv, syst, de physiol. végétale, Paris ,4837 , t. I, p. 65, 240, 529: (4) Addition dE. Meyer.
100 OEUF ANIMAÏ.
s'opèrent la fécondation de l'œuf et le développement de l'embryon varient chez les différens êtres organisés , et c’est ce qui fait que, chez quelques uns d’entre ces derniers, l'œuf subit, ayant même d’être fécondé, ou avant de quitter l'ovaire, des modifications particulières, consistant en ce que les trois parties essentielles dont on a vu précédemment qu'il est composé, acquièrent plus de consistance , ou que d’autres parties accessoires viennent s’y joindre. Nous étudierons plus tard ces modifications ($ 339 ); ici nous n’examinerons que les trois parties essentielles dans leur forme simple, attendu que ce sont elles qu’on trouve partout les premières, et que, chez les êtres organisés supérieurs , il n’y en a point d’autres dans l'ovaire, avant la fécondation.
1° L’embryotrophe est le produit sécrétoire de l'ovaire , qui devient la première base de l'œuf, puisque l'enveloppe de ce dernier et le germe en procèdent, qu’ensuite il parvient dans l'intérieur de l’œuf, à travers son enveloppe, et non seulement en détermine ainsi l'accroissement ‘d'une manière immédiate, mais encore fournit les matériaux nécessaires à la production du germe et plus tard à la nutrition de l’embryon. Cet embryotrophe est le jaune (vitellum), liquide épais, la plupart du temps jaune, qui paraît grenu au microscope , et qui contient de l’albumine, avec une plus ou moins grande quantité d'huile grasse. Lorsqu'après la fécondation et hors de l'ovaire le jaune n’augmente plus par l’absorption de nouveau liquide, non seulement sa masse et par suite celle de l'œuf entier acquièrent un volume considérable dans le lieu même de sa formation, mais encore il se charge d'uneplus grande quantité d'huile grasse, qui fournit un aliment concentré au corps animal. En pareille circonstance il s’accolle encore au jaune , chez beaucoup d'animaux, une substance nutritive accessoire , le blanc ($ 340), qui se dispose autour de lui en couches concentriques, et dont la production tantôt a lieu déjà dans l'ovaire , comme chez plusieurs Poissons , tantôt au moins précède la fécondation , comme chez les Batraciens.
20 L'enveloppe de l'œuf (cuticula ovi) est une membrane simple , sans organisation parüuculière, qui se forme à la sur-
face de l’embryotrophe, par là condensation de sa couche extérieure , et qui représente une vésicule limitant l'œuf , qu'elle sépare du monde extérieur, sans s'opposer à ce qu’il réagisse sur lui. C'est une membrane origimairement trèsdélicate, dépourvue de vaisseaux , qui ressemble à l’épithélium ou à l’épiderme, en ce qu’elle doit naissance à une simple coagulation de la surface. Elle donne la forme d’une sphère au liquide qu'elle renferme , et, quoique close de toutes parts, elle ne met cependant pas obstacle à la pénétration'des produits sécrétoires de l'ovaire et du testicule , ou à l'influence dynamique de ces organes et de leurs produits. Lorsqu'il y à un embryotrophe accessoire, il existe aussi une enveloppe accessoire de l'œuf ($ 341 ).
3o Le germe (blaste) est la partie formée aux dépens de l'embryotrophe et couverte par l'enveloppe de l’œuf, qui devient médiatement ou immédiatement la base de l'embryon. Chez tous les animaux qui se propagent par génération sexuelle, le germe paraît être composé de deux parties distinctes, savoir : la couche proligère (stratum proligerum), amas de granulations , sans limites bien déterminées, qui occupe la surface du jaune , sous l'enveloppe de l'œuf ; et la vésicule proligère (vesicula proligera), qui est située dans la couche, ou au dessous d'elle, contient un liquide clair comme de l’eau, et jouit d'une transparence parfaite. Ces deux parties paraissent se confondre ensemble pendant la fécondation ou la sortie de l'œuf hors de l'ovaire, et seulement alors produire la membrane proligère, qui se transforme ensuite en embryon ($ 342). En 1825, Purkinje (4) a publié pour la première fois sa découverte de la vésicule proligère dans l’œuf des Oiseaux. Gette vésicule a été vue, en 1827, par Baer (2), chez d’autres animaux vertébrés ovipares, de même que dans les Mollusques, les Annélides, les Crustacés et les Insectes. Purkinje l’a ensuite observée, non seulement chez ces animaux, mais encore chez les Entozoaires et les
(A) Symbolæ ad ovi; avium historiam ante incubationem. Léipzick ,
4830 , in-4°.
(2) De ovi mammalium et hominis genesi, p. 27.
Arachnides (1). Enfin, en 1834, Coste (2), ‘Valentin”(3) et Bernhardt (4) ont démontré qu'elle existe aussi chez les Mammifères. Carus, Rathke et Wagner ont également contribué à accroître la masse des connaissances que nous possédons à son égard.
$ 64. Les notions que nous avons acquises sur l'œuf non fécondé des animaux sans vertèbres, sont encore fort incom-. plètes. Ge qu’il y à de plus clair, c’est que l'œuf provient du liquide sécrété par l'ovaire ; car, outre que le contenu de cet organe varie suivant les saisons , la forme tubuleuse qu'il affecte ($ 52) fait que ses produits s'y trouvent disposés les uns à la suite des autres, dans un ordre correspondant à leur ancienneté et à leur degré de développement, de manière à permettre qu’on embrasse d’un seul coup d'œil l’histoire entière de la formation de l'œuf.
4° C'est à ce résultat que se borne presque tout ce que nous savons sur le compte des Annélides et des Nématoïdes. Les ovaires du Lombric terrestre renferment en hiver , d'après Morren (5), un liquide homogène et blanc, qui devient grenu au printemps , et prend peu à peu la forme d'œufs. Suivant J. Cloquet (6), ceux de l’Ascaride lombricoïde contiennent, à leur extrémité terminée en cul-de-sac, c’est-à-dire dans la partie qui en est à proprement parler le commencement, une substance blanche , qui plus loin se partage en grumeaux bien distincts, jusqu'à ce qu'enfin ces grumeaux prennent la forme de véritables œufs.
2° On trouve de même, dans le cul-de-sac de l'ovaire des Insectes, un liquide transparent, mucilagineux , presque entièrement semblable à de la semence, plus loin une masse prenue , et enfin, vers l’orifice , des œufs bien formés. Du reste,
(4) Encyclopædisches Wærterbuch der medicinischen Wissenschaften, t X,p. 109.
(2) Recherches sur la génération des mammifères , p. 49.
(3) Handbuch der Entwichelungsgeschichte des Menschen , p. 21.
(4) Symbolæ ad ovi mammalium historiam ante imprægnationem, p. 22.
(5) De lumbrici terrestris historia naturali necnon anatomia Tractatus , Bruxelles 1829, in-4°, avec planches, p. 480.
(6) Anatomie des vers intestinaux, p. 54.
OŒUF ANIMAL. 103
il pourrait fort bien y avoir ici d’autres modes encore de formation; effectivement, l’'embryotrophe semble quelquefois se condenser en membrane à sa surface , et s’envelopper ainsi d’un utricule renfermant les œufs qui se produisent, et descendant avec eux dans le tube de l'ovaire. Ainsi Strauss (1) nous apprend que, chez le Hanneton , la masse encore cohérente de l’embryotrophe qu'on observe dans le premier tiers de la longueur de l'ovaire, est entourée d’une membrane particulière et épaisse, qui se resserre de distance en distance dans le second tiers, et forme ainsi une cellule spéciale pour chaque œuf; ces cellules tiennent ensemble par les étranglemens intermédiaires de lutricule, jusqu’à ce qu’enfin les œufs soient séparés les uns des autres dans le dernier tiers, où ils croissent encore, vraisemblablement par l'absorption de la matière blanche et grumeleuse qui est sécrétée en cet endroit. Muller (2) a trouvé, chez plusieurs Insectes, les ovaires unis au vaisseau dorsal par des filamens déliés, qu'il regarde comme des canaux s’abouchant dans les deux organes, par conséquent comme des vaisseaux sanguins se prolongeant immédiatement en canaux sécrétoires, opinion que Carus (3), Treviranus (4) et Burmeister (5) ont pleinement rélutée. Mais Muller dit avoir observé, dans le Phasma, que ces filamens étaient de véritables utricules, pleins d’une substance floconneuse et grenue, qui se continuaient avec les canaux de l'ovaire, dont ils formaient la membrane interne, mais cependant s’avançaient peu à peu vers l’orifice de ces canaux, tant avec les œufs qui se développaient, qu'avec les débris d'embryotrophe épars entre ces derniers, sous la forme de grumeaux d'une masse grenue. Du reste, cet observateur nous apprend (6) que le jaune des œufs du Phasma est d'un jaune rougeâtre, ponctué de rouge, et qu'il contient de distance en distance un liquide oléagineux
(4) Consid. génér. sur l’anat. comp. des an. articul., p. 302. (2) Nov. Act. Nat. Curios., t. XII, p. 582.
(3) Zbid., t. XV, PL IL, p. 5.
(4) Zeitschrift fuer die Physiologie , t, IV, p. 482.
(5) Handbuch der Entomologie , t. 1, p. 361.
(6) Loc. cit., p. 643.
rouge ; il est vert dans le Bombyx pini (1), et ordinairement jaunâtre ou blanc chez les autres Insectes, par exemple dans le Hanneton, où, d'après Strauss , il représente une bouillie assez liquide , composée de grains dont le diamètre s'élève à 0,0045 ligne, et présentant à la surface une couche de globules appliquée sur l'enveloppe de l'œuf.
3° Dans les Crustacés , on trouve, d'après Ramdohr (2), au commencement de l'ovaire, des masses encore amorphes, et plus loin des œufs de plus en plus volumineux et transparens, à mesure qu'on se rapproche davantage de l'orifice. Dans l'Écrevisse, le jaune est d’abord transparent, puis jaune, enfin brun ; il se compose de globules réunis par un liquide visqueux, et qui abandonnent une substance colorante à l'alcool.
4° Le jaune de l’œuf des Arachnides est jaune et composé de globules, les uns gros, les autres petits. Ces globules se distinguent, par leur opacité et leur volume moins considérable, de ceux qui constituent la couche proligère, laquelle affecte, chez ces animaux, la forme d’un point blanc, presque lenticulaire.
5° Dans les Gastéropodes, le jaune est presque toujours jaune et grenu , avec une couche proligère qui se dessine sous l'aspect d’un petit point plus clair. Celui des Bivalves est épais , d’un jaune ochracé ou d’un rouge-briqueté , avec une couche proligère blanche. Celui des Céphalopodes est blanc et gélaüneux ;, il se durcit à la chaleur de l’eau bouillante.
$ 65. I. Nous possédons des connaissances plus étendues à l’ésard de l’œuf des animaux vertébrés à sang froid, chez lesquels, comme chez les Oiseaux, on désigne l'enveloppe primordiale de cet œuf sous le nom de membrane vitelline , pour la distinguer des enveloppes accessoires.
A° L'œuf des Poissons cartilagineux , formé au milieu du tissu de l'ovaire , dans la cavité duquel il tombe après le déchirement de sa membrane muqueuse distendue en forme de
(4) Succow, Anatomisch-physiologische Untersuchung der Insekten und Krustenthiere , p. 49.
(2) Magazin fuer die neusten ÆEntdeckungen der gesammten Naturkunde ,t, 11, p. 89.
capsule, et s’enveloppe d’un blanc, consiste en une membrane vitelline, quelquefois assez mince pour qu'on ne puisse pas l’apercevoir distinctement au microscope ; du jaune , constitué lui-même par un liquide visqueux, par des granules albumineux incolores , et par une graisse presque toujours divisée en gouttelettes, mais quelquefois aussi réunie en une seule grosse soutte ; enfin de la couche proligère, qui, lenticulaire et à peu près transparente , occupe le quart environ de la surface du jaune. La vésicule proligère ne se voit qu’autant que l'œuf occupe le lieu où il s’est formé (1). Le jaune est composé, d’après Morin et Dulong, d'une huile liquide et chargée de phosphore , d’albumine, d’osmazome , de sels et d’eau.
2° Les choses sont à peu près dans le même état chez les Batraciens ; seulement, la couche proligère est d’un brun foncé, presque noire, et elle entoure la moitié ou les trois quarts du jaune, dont la couleur est le blanc grisâtre ou le jaune , de manière que l'œuf présente deux couleurs différentes à sa surface.
II. L'œuf des Oiseaux, non fécondé et encore contenu dans l'ovaire , est celui dont on connaît le mieux les parties, d’après les recherches de Purkinje (2).
3° La membrane vitelline est mince, transparente et blanchûtre.
l° Le jaune est un liquide épais, incolore au microscope, contenant des grains arrondis de diverses grosseurs, et dans lequel on peut distinguer plusieurs couches différentes. Le centre, et une languette qui s'étend depuis ce centre jusqu’à la couche proligère, sont composés d’une substance plus liquide que le reste, contenant des granulations microscopiques blanchâtres , ayant la teinte blanche du lait dans l'œuf cuit , et laissant une saveur légèrement salée dans la bouche. Sur cette substance s'applique une couche d’un jaune pâle, recouverte d’une autre couche d’un jaune foncé, par dessus laquelle s’en trouve encore une d’un jaune pâle. Le jaune est
(4) Baër Untersuchungen ueber die Entwickelungsgeschichte der Fische,p %.
(2) Symbolæ ad ovi avium historiam ante incubationem, Léipzick , 1830,
106 OŒUF ANIMAL.
une émulsion qui résulte, suivant Prout, de 0,29 d'huile, 0,17 d’albumine et 0,54 d’eau; l'huile contient du phosphore, comme la graisse cérébrale ; on peut la réduire en élaïne , en stéarine , et, d’après Lecanu , en une graisse cristalline, non saponifiable , qui ressemble à la choléstérine.
50 A la surface du jaune , et par conséquent à la face interne de la membrane vitelline, se trouve une couche mince de granulations. C’est l'accumulation d’une plus grande quantité de ces grains sur un point, ordinairement au côté de la sphère vitelline tourné vers l’intérieur de l’ovaire , qui forme la couche proligère (stratum proligerum). Cette couche se compose d'une zône grenue, aplatie et blanchâtre (zonula), appelée aussi disque proligère (discus proligerus) ,et d'un corps conoïde , également blanchâtre, que cette zône entoure, et auquel on donne le nom de tubercule proligère (cumulus). La base de ce tubercule , située à la surface de la sphère vitelline, immédiatement au dessous de la membrane vitelline , qui jouit ici d’une transparence remarquable , apparaît sous la forme d’une tache ronde et d’un blanc de lait, qu’on appelle cicatricule (cicatricula). Le tubercule lui-même fait une saillie d'environ deux lignes dans l’intérieur du jaune , et, à son sommet tourné vers la bandelette blanche qui va gagner le centre du jaune , il présente une ouverture (porus) d'environ 0,16 ligne de diamètre. Cette ouverture est l’orifice de la cavité qui le parcourt dans le sens de son axe. C’est là qu'on trouve nichée la vésicule proligère , ou vésicule de Purkinje, qui représente une sphère un peu aplatie, à parois minces, et remplie d'un liquide limpide.
6° Quant à ce qui concerne l’histoire de la formation de cet œuf , le jaune est d’abord un liquide clair et transparent, qui devient ensuite trouble , puis blanc et laiteux , enfin jaune et visqueux. La membrane vitelline ne peut point d'abord être distinguée de la couche granuleuse située au dessous d'elle , ce qui fait qu'elle est très-rapprochée aussi de la cicatricule , de sorte que le jaune semble, à sa surface, se séparer en membrane vitelline eten couche grenue. La vésicule proligère se forme de très-bonne heure, entourée d’une petite auréole de substance blanche et grenue , qui se développe peu à peu
en tubercule proligère. Suivant Baër (1), cette vésicule semble être primordialement plus rapprochée du centre du jaune , et se rapprocher peu à peu de la surface. On l’aperçoit jusque dans les plus petits œufs, et on la voit même déjà du dehors, quand l'œil ne distmgue point encore de cicatricule opaque. Elle ne croît pas dans la même proportion que l'œuf; mais elle en occupe d’abord la moitié , et elle est proportionnellement d'autant plus petite que cet œuf devient plus 9ros; dans un œuf de 0,11 ligne, elle avait 0,05 ligne (= 112,22), et dans un autre de 0,30 ligne, elle avait 0,12 ligne (= 1 : 2,47), d’après les mesures prises par Purkinje (2) et Valentin (3).
$ 66. Les vésicules de l'ovaire ne sont pas, chez les Mammifères, comme chez les autres animaux, remplies par un corps limité , l'œuf.
I. Elles sont pleines d’un liquide clair comme de l’eau et un peu visqueux, de manière que, quand on l’étend sur le doigt, il y laisse un enduit brillant, selon la remarque faite par Hausmann. En l’examinant au microscope , on y aperçoit un liquide clair, des granulations rondes, et çà et là aussi des goutteleties d'huile. Baër (4), qui a le premier observé ces dernières, à reconnu aussi que le liquide se coagule à l'air libre, comme la Iymphe ; la chaleur, l'alcool et les acides produisent sur lui le même effet. John (5) y a trouvé de l’eau, de l’albumine , de la gélatine (osmazomie ?) et du phosphate de soude. Jusqu'à nos jours on n'avait découvert aucun œuf dans ce liquide ; on n’avait même pu en voir de traces , immédiatement après la rupture de la vésicule ovarienne, ni à la surface ni dans l’intérieur des oviductes, quoiqu’on fût intimement convaincu de son existence. C’est ainsi que Kirchdorff (6) l’a cherché inutilement sur des Brebis, des
(4) De ovi mammalium et hominis genest, p. 26.
(2) Encyclopædisches Wærterbuch der medicinischen Wissenschaften , Berlin 4834, in-8°, t. X, p. 411.
(3) Handbuch der Entwichelunysgechichte des Menschen , Berlin 4835, in-8°, p. 8.
(4) Loc. cit., p. 47.
(b) Chemische T'abellen des T'hierreichs , p. 8.
(6) Dubia de generatione viviparorum ex ovo, $ 35.
Truies et des Vaches. Haller, qui a ouvert plus de cent femelles d'animaux dans cette vue (1), n'a rencontré qu’un liquide dans l’oviducte quelque temps après la rupture de la vésicule (2). Enfin Kuhlemann (3) n’a vu d'œuf ni dans la vésicule crevée de l'ovaire , ni dans l'oviducte , chez des Brebis mises à mort depuis cinq heures jusqu’à dix-sept jours après l’accouplement. Cruikshank n’a pu découvrir d'œufs, dans les oviductes de Lapines (4), qu’à la fin du troisième jour après la fécondation, quoique les vésicules fussent déjà crevées deux heures après cette dernière. Haïghton (5) a vu les vésicules éclatées au bout de quarante-huit heures; mais jusqu'au sixième jour il n’a trouvé qu’une masse mucilagineuse. Prevost et Dumas (6) ont fait une foule d'expériences infructueuses sur des Lapines et des Chiennes , afin de rencontrer un œuf dans les premiers jours qui suivaient l'évacuation des vésicules. Blundell n’a pas été plus heureux qu'eux (7). Hausmann (8) n’en a trouvé un non plus qu'au bout d'un mois dans les Truies, et de trois semaines dans les Chiennes.
40 D’après ces résultats on pouvait regarder les vésicules ovariennes elles-mêmes comme des œufs, et on les a réellement désignées sous ce nom (ova Graafiana). Mais d'abord c'était là agir contre toute analogie , puisqu'il n'existe pas d'œuf, formé par un liquide sécrété, qui offre aucun vestige de continuité organique avec l'ovaire, tandis que les vésicules font partie intégrante de ce dernier, et sont unies par des vaisseaux au restant de l'organisme. En second lieu, comme l'avait déjà fait remarquer Vallisnieri, les œufs qu'on trouve dans l’oviducte sont beaucoup plus petits que les vésicules ovariennes. Ainsi leur diamètre, chez les Lapines, était de
(1) Elementa physiologiæ , t. VIIT , p. 44.
(3) Observationes quædam circa negotium generationis in ovibus factæ , p. 49.
(4) Philos. Trans., 1797, p. 200.
(5) Jbid., p. 465.
(6) Froriep, Notisen, t. IX , p. 151.
(7) Researches physiological and pathological, p. 39.
(8) Ueber das Paaren und Verpaaren der Menschen und der Thiere , &—9,. exp.
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0,12 ligne d’après Cruikshank, et de 0,25 à 1 ligne selon Prevost et Dumas, pendant que les vésicules ovariennes avaient trois à quatre lignes de diamètre.
2° Quand on s’en tenait aux Connaissances acquises jusqu'ici, on était forcé d'admettre, avec Kirchdorff, Kuhlemann, Haighton et autres , qu’il ne’se sécrète, dans l'ovaire des Mammifères, qu'un liquide qui ne produit un œuf que dans l’oviducte. Cette manière de voir était en harmonie avec le caractère d’une science expérimentale , telle que la physiologie, qui s’en tenait aux résultats de l'observation, sans avoir l'absurde prétention de marquer les limites de la possibilité dans la nature, et d'admettre comme réel, en vertu d’une prétendue nécessité , quelque chose de matériel qui s'était soustrait jusqu'alors à l'intuition. Si l’œuf provenait partout d'un liquide sécrété, et si chez les êtres placés aux derniers échelons de l’organisation il acquérait plus de développement dans l’intérieur de l'ovaire que chez ceux d’une organisation supérieure , On pouvait fort bien concevoir que l'ovaire des Mammifères ne donnât naissance qu’à une matière amorphe , et que la formation de l'œuf eût lieu dans l’oviducte seulement. La crainte des troubles auxquels l'opération aurait pu être exposée dans ce dernier organe (1) paraissait dénuée de fondement , puisque l'œuf déjà formé , tout délicat qu’il est, se trouve lui-même exposé à la pression de l’étroit oviducte qu'il traverse (2).
IT. De Graaf (3) présumait que les vésicules ovariennes renferment les œufs des Mammifères. Plagse (4) crut venir à l'appui de cette opinion en comparant ces vésicules à l'œuf des Oiseaux , et prétendant que l'œuf des Mammifères correspond à la sphère vitelline, le liquide de la vésicule ovarienne au blanc, la vésicule elle-même à la membrane testacée, et son entourage vasculaire à la coquille. Prevost et Du-
(4) Grasmeyer, De conceptione et fœcundatione humana , p. 42.
(2) Kirchdorff, Dubia de generatione viviparorum ex ovo , $ 39.
(3) De mulierum organis generationi inservientibus, p. 216.
(4y Meckel, Deutsches Archiv fuer die Physiologie, t. VIT, p. 64 — Archiv fuer Anatomie und Physiologie , 1829 , p. 204.
mas (1) furent les premiers qui aperçcurent des œufs dé Mammifères dans l'ovaire ; ce phénomène s’offrit deux fois à eux, sans qu'ils pussent cependant acquérir aucune certitude à son égard. Il fallut la découverte de Baër (2) pour dissiper tous les doutes.
3° D’après les recherches de cet observateur, la vésicule ovarienne parvenue à maturité Contient une membrane granuleuse, lâchement appliquée contre elle, qui se compose de granulations et d’une substance unissante solide et transparente. Suivant Valentin (3), il se forme, chez certains animaux, des îles arrondies, produites par plusieurs granulatons qui s’'agglutinent autour d’une souttelette d'huile.
hs Des granulations plus serrées les unes contre les autres et accumulées en plus grande quantité sur un point, y forment un disque percé dans le milieu ou annulaire, blanc grisâtre ou gris jaunâtre, dont la partie intérieure est plus épaisse et fait saillie vers le centre de la vésicule, tandis que la circonférence est plus mince et plus transparente.
5° C’est dans l'ouverture de ce disque annulaire que se trouve l'œuf , entouré d’un liquide clair et visqueux, qui paraît le fixer au bord interne, placé à quelque distance du disque. Suivant Baër, cet œuf est, proportion gardée, volumineux dans les Truies, les Vaches et Les Brebis, plus petit dans les Lapines , et plus petit encore dans les Chiennes; mais c'est chez la femme qu'il a le moins de volume, proportionnel lement à l'ovaire et au corps entier. Dans un cas, une vésicule contenait deux œufs , circonstance qui explique comment il a pu se faire que Hausmann n'ait trouvé que six vésicules crevées chez une Truie, quoique la matrice contint neuf embryons. L'œuf consiste en une membrane externe , mince ettransparente, et en une membrane interne, épaisse, opa— que, à gros grains, qui circonscrit une petite cavité. 6° A l'égard de la formation, les vésicules ovariennes affectent Hiies srandeurs. Les plus petites sont opaques et sem-
(4) Annales des sc. natur., t. TIT, p. 135.
(2) De ovi mammalium et hominis genesi, p. 12-19. — Heusinger, Zeitschrift fuer die organische Physik, t. IT, p. 131-144, 454-158.
(3) Handbuch der Entwichelungsyeschichte des Menschen, p. 45.
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, blables à des grains de millet; les plus grosses transpa- ‘ rentes et de la grosseur d'un pois. La membrane granuleuse est plus épaisse et moins transparente dans les unes, plus mince, plus transparente et plus lisse dans les autres. Le disque annulaire est plus étroit dans les premières. L'œuf ne manque que pendant la première jeunesse , et il paraît être situé d’abord plus intérieurement ; mais, à l'époque de sa maturité, il touche immédiatement à la paroi de la vésicule ovarienne. Plus celle-ci est jeune et petite , plus aussi l'œuf a de volume, relativement à elle. Get œuf semble être d’abord une masse homogène, qui se partage peu à peu en paroi et en contenu.
7° Lorsque la connaissance de l’œuf non fécondé des Mammifères eut été amenée à ce point par les recherches de Baër, il fallut, en le comparant à l'œuf des Oiseaux, reconnaître que le disque annulaire est l'analogue de la couche proligère composée du disque et du tubercule proligères, mais que l'œuf lui-même est celui de la vésicule proligère. D'après cela, le liquide de la vésicule ovarienne devait être analogue au jaune, et la membrane granuleuse à la membrane vitelline ( sinon à la couche granuleuse située sous cette dernière , et alors la paroi de la vésicule à la membrane vitelline }. C’est ainsi que Baër (1) compara la vésicule ovarienne des Mammifères à l’œuf des Ovipares , ajoutant que, comme il se développe chez ces animaux un animal (l'embryon) dans un animal (la mère), de même aussi, chez eux, un œuf ( la vésicule proligère) se forme dans un œuf (la vésicule ovarienne), ou en d'autres termes que leur œuf est un œuf à la seconde puissance. Quelque surprenant qu’il puisse paraître qu'ici le jaune et la couche proligère soient situés hors de l’œuf, et que celui-ci ne contienne pas de vésicule proligère , mais en soit lui-même une , cependant cette théorie était en parfaite harmonie avec l’état de la science, et procurait en même temps des vues nouvelles sur le haut rang que les Mammifères occupent dans la série des animaux.