A INTRODUCTION
nous mettons de côté pour servir à l'édification d’une théorie future. En suivant toujours le même procédé, la contemplation de plusieurs cercles semblables et le rapprochement des aperçus qu'ils fournissent, nous procurent des points de vue de plus en plus généraux. Lorsqu’enfin le domaine entier de l'esprit a été scruté ainsi par voie expérimentale , la spéculation vient féconder l’empirisme et vivifier le trésor des faits acquis, en lui imprimant les formes de la théorie. Car, élever une théorie n’est autre chose que regarder de haut et saisir des rapports. De là vient aussi qu’en ce qui concerne les phénomènes et les fonctions isolément , il n’y a point à proprement parler de théorie , mais seulement des fragmens ou des aperçus théoriques, qui ne se maintiennent qu'autant qu’un accord parfait règne entre eux et tous les autres.
$ 2. Chaque chose n’a qu’une existence conditionnelle et dépendante de celle d'une autre chose ; un événement suppose toujours un autre événement, et ne peut être expliqué qu’autant qu'on le met en rapport avec ce dernier. Il est donc impossible aussi à la physiologie empirique, quelque mode d'exposition qu’elle adopte , d'éviter entièrement la supposition de résultats qui ne pourront être fournis que par d’ultérieures recherches. Cependant la meilleure méthode sera celle qui, proportion gardée , exigera le moins de suppositions et mettra au premier plan les doctrines offrant la plus large base à toutes les autres.
Nous envisagerons donc la physiologie sous deux points de vue principaux : d'abord, comme science de l'essence humaine , de la vie et de ses divers aspects; en second lieu, comme science du genre humain et des formes de la vie chez les différens êtres organisés, examinés dans leurs rapports les uns avec les autres et avec la vie générale. Nous aurons pour objet, là l'organisme, ici le monde organique. La vie sera donc considérée d’abord comme une succession d'actes, puis comme un tout accompli et constitué.