À, INFLUENCE DE LA SENSIBILITÉ
Les expériences peuvent aisément induire en erreur. La sensibilité ne se manifeste point par des phénomènes immédiatement appréciables , et les mouvemens d’après lesquels on conclut l’état dans lequel elle se trouve , sont déterminés par des circonstances individuelles et momentanées. Qu'on vienne à blesser ou détruire une partie du système nerveux, l'anxiété qui résultera de là pour l’animal , la douleur qu'il éprouvera, les efforts violens qu'il fera pour se mettre en liberté, les convulsions qui s’empareront de lui, le trouble dont sa respiration sera frappée, et la perte du sang, apporteront, indépendamment de Ja lésion elle-même , un changement considérable dans la circulation. Ainsi Wilson (2) à vu cette dernière cesser, après la simple ouverture du crâne ou de la colonne vertébrale , tout aussi rapidement qu'après la destruction du cerveau ou de la moelle épinière, de sorte qu'il aimait mieux faire ses expériences sur des animaux morts, dont il entretenait la circulation à l’aide d’une respiration artificielle. Partout les résultats des expérimentations sont différens , même contradictoires , sans qu'on puisse découvrir la cause de cette diversité , ni la présumer placée ailleurs que dans la disposition intérieure de la vie. L'interprétation elle-même est vague. Ainsi Legallois (3), ayant éprouvé que l’irritation des nerfs du cœur n'influe pas sur ses mouvemens , explique le fait en disant que la sensibilité de cet organe est mise en jeu d’une autre manière que celle des muscles qui reconnaissent l'empire de la volonté. Mais, en général, il faut distinguer la cause proprement dite, celle en l'absence de laquelle l'effet cesse absolument , instantanément , et dans tous les cas, des
(4) Zbid., p. 541.
(2) Ueber die Gesezte der Functionen des Lebens, p.58. (3) Œuvres , t, I, p. 355.
Go ACTION DE L'ORGANISME SUR LE SANG.
conditions dans lesquelles la force se manifeste. Dans certaines expériences, la circulation se maintient sous l'influence de l'activité nerveuse; mais, d’un côté , elle ne persiste que trèspeu de temps dans les cas de ce genre, et d'un autre côté il y a des circonstances où elle est, soit accrue, soit diminuée par l'exaltation ou la diminution des manifestations de la sensibilité ; la sensibilité n’est donc point ce qui la produit, mais ce qui la détermine ; elle en est la condition et non la cause. Du reste , comme le fait remarquer Wilson (1), l’action du sang sur la sensibilité se déploie plus fréquemment et avec plus d'intensité dans les maladies, que celle de la sensibilité sur le système sanguin.
$ 769. Quant à ce qui concerne les rapports entre le cœur et la’sensibilité, l'histoire littéraire nous offre des opinions extrêmes, comme à l'égard de presque tous les points relatifs à l'hématologie. Ainsi, tandis que Landi, entre autres, plaçait l'origine des nerfs dans le cœur, parce que cet organe est le premier de tous qui senteet se meuve, et que lecalibre de ses nerfs augmente en se rapprochant du cerveau, de même qu'on voit toute chose être moins volumineuse à son origine qu’à une certaine distance , Sæœmmerring et Behrends ont prétendu , au contraire, qu'il manque de sensibilité en général , et que les nerfs qu’on y découvre ne lui appartiennent point, mais sont dévolus aux vaisseaux coronaires.
Williss'était efforcé de démontrer que les battemens du cœur dépendent de la sensibilité, mais sa doctrine fut défigurée par les iatromathématiciens ; car Botalli soutenait que les nerfs des oreillettes sont comprimés et paralysés par les ventricules pleins de sang , et que la déplétion de ces cavités leur rend la liberté, de sorte que la diastole des oreillettes a lieu dans le premier moment , et leur systole dans le second. Une expérience plus large introduisit des opinions flottantes , celle de Senac par exemple, jusqu’au moment où Haller prouva que l'irritabilité est indépendante de la sensibilité, démonstration qui seule eût suffi pour rendre son nom immortel.
(4) Loc. cit., p. 219.
ACTION DE L'ORGANISME SUR LE SANG. Gi
Cependant sa doctrine ne pénétra pas dans tous les esprits, et quand quelques modernes ont voulu replacer.les battemens du cœur sous la dépendance de l’innervation , ils ont fait un pas rétrograde , dont le résultat définitif devait cependant être un progrès sensible, parce que la science ne s'arrête jamais et marche. toujours en avant.
I. Willis avait dérivé le battement du cœur de l'influence du cerveau. Mais
1° La dixième paire de nerfs cérébraux , à laquelle cette influence devait appartenir, peut être liée ou coupée, d’après les observations de Bichat (1) et de quelques autres physiologistes antérieurs (2), sans que le mouvement du cœur s'arrête sur-le-champ ; les animaux survivent encore deux à dix jours, ét l'on n’observe en eux qu'un dérangementde la respiration et de la digestion.
2° Lorsque Carus (3) détruisait l'anneau ganglionnaire des Limaçons, le cœur cessait de battre pendant quelque temps, mais ensuite ses mouvemens reprenaient comme auparavant. Spallanzani (4), Treviranus (5) et Wilson (6) ont vu sur des Grenouilles, Senac (7) sur des Tortues, Saviole (8) sur des embryons de Poulet, Clift (9) sur des Poissons , que les battemens du cœur continuaient, sans éprouver de changement, après la destruction du cerveau, ou même après que cet organe avait été enlevé du crâne. Le fait a été observé aussi par Zinn et Ent après la destruction du cervelet , auquel surtout Willis avait attribué la détermination des battemens du cœur (10). |
3° La persistance des battemens du cœur a été remarquée
(1) Recherches sur la vie et la mort, p. 334.
(2) Haller, Zlem. physiolog., t. II, p. 409.
(3) Von den œussern Lebensbedingungen, p. 84.
(4) Expériences sur la cireulat., p.342.
(3) Vermischte Schriften, 1.1, p. 104.
(6) Ueber die Gesetze der Functionen des Lebens, p. 54, 58. (7) Traité du cœur, t, IL, p. 445.
(8) lbid., p. 124.
(9) Meckel, Deutsches Archiv, t. IT, p. 444.
(10) Burdach, om Baue des Gehirns , t, IL, p. 422,
par Senac (4) après la section de la moelle épinière. Si l’on coupe la moelle épinière au dessous du grand trou occipital , ces battemens persistent pendant quinze à vingt-cinq minutes chez les Mammifères jeunes et vigoureux, selon Orfila (2), ou du moins, d’après Treviranus (3), peuvent être ranimés par la respiration arüficielle. Ils continuaient sans altération lorsque Haller (4), Spallanzani (5) et Fontana avaient, sur des Reptiles ou des Mammifères, pratiqué la section de la moelle épinière aux vertèbres postérieures du cou.
Lo Après avoir décapité des Grenouilles, Haller (6) n’a pas remarqué le moindre changement dans les battemens du cœur. Spallanzani à constaté qu'ils persistaient encore pendant cinq heures après la décapitation (7). Wilson (8) a reconnu, sur des Lapins , qu'avec la précaution de prévenir l’hémorrhagie par une ligature serrée autour du cou , ils se rétablissaient au bout d’une minute et demie, de manière que, quand on enlevait la ligature, le sang jaillissait à trois pieds. On peut les entretenir plus long-temps par le moyen de la respiration aruficielle.
II. Lorsqu'il eut été démontré ainsi que le mouvement du cœur n'était point déterminé par l'influence du cerveau, Legallois alla chercher dans la moelle épinière le principe de vie de cet organe. Toutes les fois qu'après avoir décapité des Lapins âgés d'un à vingt jours, 1l détruisait la portion ventrale de la moelle épinière, les battemens du cœur se troublaient un peu ; le trouble augmentait après la destruction de la portion pectorale , et plus encore après celle de la portion cervicale ; dans ce dernier cas, les mouvemens devenaient insensibles au bout d’une minute et demie au plus tard; mais
(4) Loc, cit., p. 42041
(2) Toxicologie générale , t. II, P. # p. 213. (3) Biologie, t. IV, p. 267.3
(4) Elem. physiolog., t.1, p. 465.
(5) Exp. sur la spa , P. 388.1
(6) Opera minora, t. T, p. 233,
(7) Exp. sur la circulation, p. 383; :
(8) Loc, cit., p. 67.)
la destruction de la moelle entière les abolissaitsur-le-champ, et la respiration artificielle ne les ranimait plus ensuite (4). Ainsi, dit Legallois (2) , toutes les parties de lamoelle épinière concourent à la force du cœur, ce qui ne peut dépendre que des connexions de ses nerfs avec le grand sympathique. Si l'on détruit une partie de ce cordon, on soustrait au cœur une portion correspondante de sa force , et il ne peut plus pousser le sang aussi loin : vient-on alors à restremdre le domaine de la circulation en liant des artères, la force affaiblie suflit pour accomplir la fonction dans ce cercle plus limité; ainsi la circulation durait plus long-temps après la ligature de l'aorte ventrale dans le cas de destruction de la portion abdominale du cordon (3), ou après celle des carotides et de la veine jugulaire dans le cas de destruction de la portion cervicale (4), que quand on n’avait pas pris cette précaution.
il se peut fort bien, comme le fait remarquer Treviranus (5), que, dans quelques unes de ces expériences, Legallois ait pris un affaiblissement de la circulation pour une véritable cessation de cette fonction, puisqu'il avait adopté pour échelle l'hémorrhagie fournie par une artère. Quand il prétend que la destruction de la moelle épinière tue précisément avec la même rapidité que l’excision du cœur, d'un côté l'observation elle-même peut n'être pas parfaitement exacte , et de l’autre le fait ne prouverait point que le principe de vie
du cœur a son siége dans la moelle épinière. Mais Legalloisa
fait l’importante remarque que , quand la circulation était arrêtée après la destruction de la moeile épinière , les battemens du cœur persistaient encore quelquefois. Pour sauver sa théorie, il comparait ces mouvemens aux convulsions d’un muscle mort ; or on peut objecter qu’un muscle exécute bien des mouvemens convulsifs pendant la destruction de la partie
(4) Expériences sur le principe de la vie, p. 84-102, (2) Ibid., p. 449.
(3) Jbid., p.114.
(4) Ibid, p. 117.
(5) Biologie, t, IV, p, 275,
centrale de ses nerfs, mais qu'il n’en produit jamais après. Ce qui résulte, au contraire, du fait observé par Lepallois , c'est que la destruction de la moelle épinière supprime la circulation en tuant les organes et faisant cesser leur antagonisme vivant avec le sang, mais sans interrompre l’activité du cœur. Enfin Legallois ne dissimule pas non plus (4) que la circulation persistait quand il coupait tranche par tranche la portion cervicale de la moelle épinière , d'où partent cependant les filets de communication avec les nerfs cardiaques. Il prétend qu’en pareil cas la section agit comme une ligature des artères, chaque destruction partielle de la moelle affaiblissant un peu la circulation , de manière qu'il suflit d’une force; peu considérable du cœur pour l’alimenter. Cette explication est plus ingénieuse que juste. Elle suppose que les nerfs cardiaques peuvent tirer aussi leur force des filets de communication de la moelle épinière, avec lesquels eux-mémes n’ont aucune connexion directe. Ce qui ressort bien plutôt du fait, c'est que la destruction de la moelle épinière n'’anéantit la circulation que par la violence de l'opération. Nous en avons la preuve dans les expériences de Wilson sur des Lapins qu'il avait tués d'un coup sur la tête ou stupéfiés avec de l’opium, et qu’il soumettait ensuite à la respiration artificielle. Quand il détruisait rapidement la portion cervicale de Ja: moelle épinière avec une grosse baguette, comme le faisait Legallois, les battemens du cœur devenaient sur-lechamp plus faibles (2) ; mais lorsqu'il se servait d’un fil de fer mince (3), ou qu'il enlevait la moelle épinière en entier, les battemens du cœur n’éprouvaient aucun trouble, les artères continuaient de battre, et le sang jaillissait d'une ouverture pratiquée à leurs parois.
Des observations multipliées mettent hors de doute que le cœur est indépendant de la moelle épinière.
5 Clift (4) détruisit le cerveau et la moelle épinière de
(4) Jbid., p. 124.
(2) Loc. cit., p. 68.
(3) Loc. cit., p. 54-58. :*
(4) Meckel, Deutsches Archiv, t. IT, p. 440. ;
Carpes avec un fil de fer rougi au feu, et vit les battemens du cœur continuer, Comme auparavant, pendant trois heures ; ils ne s’arrêtèrent qu’au bout de onze heures.
6° Haller (4) et Spallanzani (2) ont détruit la moelle épi nière sur des Grenouilles, sans que les battemens du cœur.en fussent troublés. Wilson (3) a vu ces mouvemens persister neuf heures après l’excision du cerveau et de la moelle épinière. Treviranus (4) à remarqué aussi qu’ils persévéraient tandis que la circulation était arrêtée ( par l'effet de la mort des organes). Baumgaertner les à vus également continuer, même pendant douze à vingt-quatre et quarante-huit heures, quelquefois très-faibles à la vérité, mais toujours assez forts pour pouvoir mettre le sang en mouvement, et la circulation ne s’éteignait que parce qu'il n’arrivait plus desang au cœur, c'est-à-dire parce que ce liquide ne circulait plus dans les organes.
7° Les expériences faites sur des animaux à sang chaud ont donné des résultats analogues. Mayer (5) a observé la circulation , sur des Mammifères, pendant un quart d'heure entier après la destruction complète de la moelle épinière. Flourens (6) l'a vue durer, sur des Lapins, au-delà d’une heure, sur des Canards et des Poules , plus d’une heure et demie, avec le secours de la respiration artificielle; il a remarqué que , sans l'emploi de cette dernière , elle persistait tout aussi long-temps chez des Chiens non Lien nés, qu'elle diminuait d'abord à la périphérie, puis peu à peu en se rapprochant toujours du cœur, de manière qu'ici on reconnaît évidemment l'influence dépendante des battemens du cœur, qu’exercent les organes sur le sang , et qui est la cause essenelle , la cause proprement dite, de la circulation. Wiltbank
(1) Opera minora , t, 1, p. 233.
(2) Exp. sur la circulation, p. 342, 378.
(3) Loc. cit., p. 65.
(4) Biologie, t. IV, p. 645, 652.
(5) Gehlen , Journal fuer die Chemie und Physik , 815, t. TIT, p. 207.
(6) Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux , p. 489, 496,
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s’est convaincu aussi que les battemens du cœur persistaient après la destruction du cerveau et de la moelle épinière chez des animaux à sang froïd et à sang chaud (4). | 8° À peine est-il nécessaire, après tous ces faits , de citer, avec Senac (2), Wilson (3) et Sarlandière (4), les monstres humains sans cerveau ni moelle épinière , qui ont un cœur et une circulation,
ET. Suivant Brachet (5), le nerf grand sympathique est là cause du mouvement du cœur , parce que cet organe cesse de battre après la section des nerfs cardiaques ; qui proviennent des ganglions cervicaux moyen etinférieur. Mais Brachét lui-même fait remarquer que, chez la plupart des animaux sur lesquels il a voulu exécuter cetté expérience, la moft avait lieu par hémorrhagie avant la section, et si, dans deux cas , elle ne survint qu'après cette dernière , nous ne pouvons voir là qu’une circonstance accidentelle. Edwards et Vavasseur ayant pris, pour répéter celte expérience , des Chiens ou des Chats nouvellement nés, qui ont la vie plus tenace ($ 524, 6°), virent lés battemens du cœur persister après la section dés nerfs cardiaques , ou après l’excision des ganglions cervicaux (6). Haller (7) et Magendie (8) n’ont également jamais remarqué que la ligature ou la section du grand sympathique exerçât d'influence immédiate sur le cœur.
IV. Enfin Haller (9) etautres ont vu , chez des Poissons , des Reptiles et des Mammifères, le cœur continuer de battre longtemps encore après que tous ses nerfs avaient été liés ou coupés , ou que lui-même avait été enlevé de la cavité BECUOT AIS Le cœur d’un Lapin , que Wedemeyer avait mis hors det toute
(A) Gerson, Magazin der auslændischen Literatur,t. XIX, p. 338.
(2) Traité du cœur, t. IT, p. 418.
(3) Loc. cit., p. 51.
(4) Mémoires sur la circulation du sang, p. 42.
(5) Rech. expérim. sur les fonctions du système nerveux ganglionnaire, p. 120. |
(6) Froriep, Notizen , t. XVI, p. 306.
(7) Elem. physiolog., t. I, p. 463.
(8) Précis élémentaire, t. IT, p, 328,
(9) Loc, cit,, p, 461-472,
connexion avec le reste du corps, battit encore pendant deux heures (1). Quelques physiologistes , Senac par exemple (2), se rejettent sur les nerfs qui existent dans la substance du cœur ; mais un pareil raisonnement a tous les dehors d’un véritable subterfuge.‘En effet le nerf n’a de signification que quand il tient à son système ; sa vie consiste absolument dans le rapport avec l’ensemble, et dépend de ce dernier. A la vérité une branche nerveuse coupée peut encore exciter des mouvemens , mais seulement lorsque , par le fait d'une irritation quelconque , elle a reçu une impulsion jusqu’à un certain point analogue à l’action qu'exerce sur elle son organe central. Les extrémités nerveuses périphériques sont, comme les vaisseaux capillaires, incorporées dans l'organe auquel elles appartiennent , et, une fois séparées du reste du système nerveux , elles ne sont pas plus aptes à provoquer des mouvemens , que les capillaires coupés à déterminer la turgescence, la chaleur, la nutrition. Wilson a trouvé (3) que quand le cœur recouvrait peu à peu de la force par l’effet du repos , il se remettait à battre; il serait difficile d'admettre qu'ici c'était la force nerveuse qui le restaurait pendant le repos.
Le résultat est donc que le cœur a sa force motrice en luimême, dans ses fibres musculaires. Sans doute il ne saurait être absolument indépendant, puisque chaque organe ne vit que par la totalité de l'organisme ; mais linfluence de la sensibilité est rompue ici, et l’on voit apparaître dans le cœur, avec le maximum de l'irritabilité, le minimum dela sensibilité, comme l’apprend déjà l'examen dé son tissu.
8770. Si la sensibilité n’est point la cause des battemens du cœur , elle pourrait cependant être celle dela circulation. Plusieurs physiologistes, qui ont rendu service à la science en démontrant l'étroitesse des vues d’après lesquelles cette dernière fonction se trouverait placée sous la dépendance absolue de l'action mécanique du cœur , ont considéré la sensibilité des
(1) Untersuchungen , p, 59.
(2) Loc. cit., p. 432, (3) Loc, cit., p, 67.
autres organes comme étant la cause qui la détermine. D'après Swan (1), le cœur n'agit que sur la circulation en général, tandis que la répartition diverse du sang est déterminée par les nerfs des artères. Treviranus (2) dérive la force motrice du sang et (3) son aptitude à exciter l’action du cœur, de l'influence immédiate du système nerveux , notamment de la moelle épinière. Cependant, comme nous ne connaissons pas de mouvement spontané du sang (8740), nous ne pouvons point non plus admettre une action de la sensibilité sur lur, qui serait bien plus obscure encore. Selon Merk (4), la circulation se rattache en partie au mouvement du sang , qui tend à se rapprocher et à s'éloigner de la moelle épinière et des extrémités périphériques des nerfs, en partie à l'activité du cœur, dépendante elle-même du système nerveux, activité qui fait antagonisme , par expansion , au sang pénétrant dans l'organe, et par contraction, au sang sortant de ce même organe. D'après Esterreicher (5), l'activité de la vie est exprimée dans le système nerveux, et son existence dans le sang ; le sang est déterminé à circuler par la moelle nerveuse , et plus particulièrement par la moelle épinière, comme la terre l’est par le soleil; mais cet antagonisme se répète en lui, savoir, l’activité, comme expansion, dans le courant artériel , l'existence, comme contraction, dans le courant veineux, et ce qui fait qu'après la mort le sang contenu dans les veines coule vers le cœur , c’est que l'existence subsiste encore après l'extinction de l’activité.
Après ces espèces d'aperçus généraux , qui tous portent plus ou moins le cachet de l'arbitraire, la doctrine reçut de Baumgaertner l'appui de preuves fondées elles-mêmes sur des faits.
1° D'abord cet écrivain invoque l'histoire du développement
(A) An essay on the connection between the action of the heart and arteries', p. 42.
(2) Biologie, t. IV, p. 272.
(3) V’ermaischie Schriften, t. I, p. 107.
(4) Ueber die thierische Bewegung, p.409.
(5) Versuch einer Darstellung der Lehre vom Kreislaufe des Blutes, p. 190-194.
de l'embryon. Le cerveau et la moelle épinière, dit-il (1), se forment plus tôt que le sang, et déterminent son cours. Le premier mouvement de ce liquide est dirigé vers le dos de l'animal, et les globules du sang (2) prennent déjà cette direction avant de commencer à se mouvoir , puisqu'ils se disposent en séries linéaires. Les troncs principaux des vaisseaux sanguins marchent parallèlement à la moelle épinière , de même que les branches artérielles suivent les ramifications nerveuses. À la vérité (3), on ne distingue point encore de nerfs quand la circulation commence ; mais on est en droit de présumer que la queue du têtard de Grenouille manifeste de la sensibilité dès avant cette époque. } Cependant ce n’est là qu’une simple conjecture ; et, en supposant que l'observation de Baumgaertner soit exacte" :471, IL) , nous sommes plus fondés à présumer que la ‘masse organique primordiale peut , en certaines circonstances, se mouvoir , comme il arrive au Polype de le faire , sans que nous apercevions de nerfs ni dans l’un ni dans l’autre. La seule chose que nous reconnaissions, suivant moi, dans l’histoire du développement, c’est que la direction du courant sanguin est déterminée par la vitalité des parties organiques. L’organe central de Ia sensibilité y prend une part considérable, tant parce qu'il possède une vitalité supérieure, que parce qu'il se forme avant toutes les autres parties et constitue la souche de l'animal. Mais ce n’est pas lui seul qui agit comme cause déterminante ; lorsque le courant sanguin sort du cœur , il est aturé par les branchies cervicales , qui, en qualité d'organes transitoires et périssables , n’ont certainement point de nerfs ($ 477, 2), etilse divise en petits courans correspondant d'une manière exacte à ces branchies , courans qui n’envoient que de faibles branches accessoires, d’abord au cerveau, puis, après leur réunion, à la moelle épinière. Comme conducteurs de la vitalité , les vaisseaux et les nerfs en général doivent suivre une marche analogue , déterminée jusqu’à un certain
, (1) Beobachtungen ueber die Nerven und das Blut, p.459. (2) Loc. cit., p. 82.
(3) Loc. cit., p. 84.
LA
point par la conformation des parties ; maïs nous ne trouvons ni une similitude parfaite de distribution, ni rien qui annonce une attraction entre eux. Si, par exemple, l'organe central de la sensibilité forme l’axe de l'animal, les troncs chargés de conduire le sang aux diverses parties devront avoir une disposition correspondante à la sienne ; mais eux et cet organe demeurent séparés. L’aorte l’est de la moelle épinière , chez les animaux vertébrés , par le tronc de la colonne vertébrale, et le vaisseau dorsal du cordon ganglionnaire , chez les animaux articulés , par le canal intestinal. Nous trouvons souvent des écarts considérables entre les deux systèmes ; le courant principal du sang destiné aux membres inférieurs passe sur le pubis pour gagner la face antérieure, tandis que le nerf principal se rend à la face postérieure en passant derrière los iliaque ; les nerfs cutanés ne sont point accompagnés d’artères qui leur correspondent , et les veines cutanées ne les suivent point pas à pas. C’est aussi une conjecture fort hasardée que de ne faire naître les artères du foie, desreins, etc., qu'après les branches du nerf grand sympathique qui les accompagnent. 2° Baumpgaertner (1) convient lui-même que c’est le conflit dynamique de la mère et du fruit qui détermine la circulation, sans nerfs , dans les vaisseaux ombilicaux et dans le placenta. Mais la force attractive que d'autres parties dénuées de nerfs exercent sur le sang, en vertu de leur vitalité, n’est pas moins évidente : ainsi le cartilage , devenu plus vivant, dans l'ossification normale, comme dans l’inflammation , attire le sang et l'admet dans son tissu. Nous ne pouvons , ce me semble, considérer comme satisfaisante que la théorie de la circulation qui embrasse aussi la marche de la séve dans les plantes, chez lesquelles il n’y à point de sensibilité. D'après nos vues , la séve se meut par endosmose ($ 758, 2°), et par effet de l'antagonisme entre racines et branches, qui se répète à chaque instant dans la paroi supérieure et la paroi inférieure de chaque cellule. Ces circonstances renferment la cause essentielle de la marche de la séve ; mais, de même que
(1) Loc. cit., p, 167.
ACTION DE L'ORGANISME SUR LE SANG. mi
la circulation de l’animal est aidée encoré et accomplie par la force mécanique du cœur, de même aussi le monde extérieur vient en aide au mouvement de la séve, , par la température de l'atmosphère ($ 740, 8°).
3° Baumpgaertner à prouvé, par dé nouvelles expériences, dont nous parlerons bientôt (8772, 3°), que le système nerveux exerce de l'influence sur la obtain du sang; mais il n’est pas démontrable que les nerfs seuls aient une telle influence. L'organisme animal ne $e compose pas uniquement de sang et de nerfs ; il embrasse encore des substances et des parties diverses, qui toutes ont part à la vie. Précisément parce que l’activité nerveuse est soustraite à nos sens, et ne se donne à connaître que par ses effets sur d’autres organes annonçant leur vie au moyen de changemens matériels, il arrive souvent qu’on lui attribue plus que l'observation n'autorise à le faire , ce dont l’histoire du choléra nous a encore donné un exemple dans ces derniers temps. Lorsqu'on fait provenir de l'action des nerfs l’affluence plus considérable du sang vers une partie irritée, on suppose que toute irritation affecte les nerfs, Ce qui n’est rien moins que prouvé ; car la réceptivité pour des impressions est une idée plus générale que la sensibilité. Toute partie organique, quand elle vient à être irritée, ou quand sa vitalité intérieure s'accroît d'une manière normale ou anormale , attire davantage de liquides, qu’elle ait des nerfs ou qu’elle en soit dépourvue ; pour ne citer ici qu'un seul exemple , nous rappellerons que la feuille ou l'écorce d’un arbre se tuméfie tout aussi bien que le tissu cellulaire d’un animal, dans l'endroit où un Insecte l’a piquée pour y déposer ses œufs ($ 346, IT), et que les liquides affluent vers l'ovaire végétal qui renferme des ovules fécondés($346, D), tout comme vers les tégumens du bas-ventre chez l'Oiseau qui a terminé sa ponte ($S 346, IV}; ou vers la matrice des Mammifères , après qu'un œuf à été fécondé ($ 346, V ).
$ 771. Il était tout aussi mal de nier l'influence de la sensibilité sur Le cœur, que de la présenter comme la cause des battemens de cet organe. La réalité dé cette influence ressort , par exemple, de ce que la fréquence des battemens du cœur diminue pendant un sommeil calme , et de ce que la circu-
lation descend à sôn minimum lorsque la vie animale passe à l'état latent durant la léthargie des animaux hybernans (S 612, 1°). | | tr 4