‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 3)Chapitre 9 sur 108 · INFLUENCE DE LA DIGESTION · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA DIGESTION

$ 767. L'influence de la digestion sur la circulation est infiniment moins considérable et purement sympathique. Suivant Haller (2), le pouls augmente de dix à douze pulsations par

(4) Loc, cit., p. 290. , (2),0pera minora , t. I, p. 486.

minute après le repas. Knox a remarqué que la fréquence du pouls était accrue par l'ingestion dans l'estomac de substances alimentaires, surtout tirées du règne animal, que le vin l'augmentait, et l'eau-de-vie plus encore (1). D'après les observations recueiilies par Nick, le pouls devient plus fréquent après qu'on a pris des alimens quelconques, les fruits cependant exceptés. Ce phénomène se manifeste surtout après l'usage d'alimens chauds. Il suffit déjà de huit à douze cuillerées de soupe pour le produire ; un repas ordinaire accroît le nombre des pulsations d'environ une douzaine par minute , et le pouls reste ainsi accéléré pendant deux heures, oumême trois si les alimens sont de digestion difficile, après quoi sa fréquence diminue; cinq heures après le repas, il a recouvré le méme rhythme qu'avant. Lorsqu'on a pris des alimens froids, sa fréquence ne s'accroît qu'au bout d’un quart d'heure ou d'une demi-heure ; elle devient d'autant plus considérable et plus soutenue , que les alimens étaient plus abondans et plus consistans. Si l’on mange froid à un repas ordinaire, le pouis devient un peu plus fréquent avant qu’on sorte de table, mais l'accroissement de sa fréquence n'égale celle qui succède à un repas chaud qu’au bout d'une demi-heure ou d'une heure entière. L'eau froide diminue le nombre des pulsations de deux à quatre pendant un quart d'heure à une demi-heure ; l'effet de la bière froide ne dure point aussi long-temps. Les vins capiteux et l'eau-de-vie rendent le pouls plus fréquent au bout de deux à trois minutes. Le thé chaud augmente les battemens de six à douze, mais seulement pendant une vingtaine de minutes. Tous ces effets tiennent évidemment à ce que l'estomac, dont les alimens stimulent plus ou moins l’activité vitale, attire aussi à lui une plus ou moins grande quantité de sang, €t nous trouvons là un exemple de l'influence que l’accroissement ou la diminution de la circulation dans un organe peut exercer sur Lout l’ensemble de cette dernière fonction.

(4) Meckel, Deutsches Archiv, t. Il, p. 92.

B. Znfluence de la vie animale.

$ 768. Le système nerveux et le système sanguin se correspondént manifestement l'un l’autre : tous deux s'étendent dans l'organisme entier, se ramifient dans les divers organes, et aboutissent à des centres particuliers ; tous deux sont l'expression et l'intermédiaire de l'unité organique, puisque la force s’accumule dans leur point central, d’où elle part en rayonnant, de manière que chaque organe devient participant à la force du tout. Mais tous deux aussi sont en antagonisme eu égard à leur mode de vie et à leur manière d'agir : dans le système sanguin, il y a mouvement continuel , renouvellement de matériaux, prédominance de la vie matérielle extérieure; dans le système nerveux, au contraire , le rapport dynamique et la vie intérieure ont acquis une prépondérance telle , que le mouvement et le changement de matière ne s’aperçoivent pas du tout. Les deux systèmes sont donc en antagonisme de polarité , c’est-à-dire qu'ils représentent la liaison des différens organes, mais dans des” directions opposées. Voilà pourquoi il y a un certain accord entre eux ($S 466, 2°); de même qu'on ne trouve souvent pas de véritable sang dans les monstres acéphales humains , de même aussi ce liquide est incomplétement développé chez les animaux sans vertèbres, qui n’ont réellement ni cerveau ni moelle épinière ($ 664, 1°); chez les animaux articulés, dans le système nerveux desquels prédomine le cordon ganglionnaire longitudinal, le cœur affecte également la forme d’un utricule ; chez les Mollusques, où le point central de la sensibilité se resserre en un anneau ganglionnaire , le cœur acquiert aussi une forme plus sphérique, et il y a même plusieurs de ces animaux chez lesquels il entoure la fin du canal intestinal, de même que l'anneau ganglionnaire en entoure le commencement. Mais, chez les animaux vertébrés , les organes centraux ont acquis un plus haut degré de développement, et comme l’anneau ganglionnaire s'est élevé à la condition d'un cerveau sphérique, auquel le cordon ganglionnaire s’est subordonné sous la forme de

moelle épinière, de même aussi les cœurs utriculaires, devenus ici troncs vasculaires, se sont subordonnés à un cœur parfait et vésiculeux. Toutes ces particularités réunies annoncent, si je ne me trompe, que les deux systèmes constituent les membres opposés, mais par cela même excitateurs et complémentaires l’un de l’autre, de l'organisme animal, aux deux faces duquel ($ 658 , 1°) ils correspondent. Cette manière d'envisager la chose paraît être la plus simple et la plus naturelle; on s’en écarte plus ou moins toutes les fois qu'on prétend attribuer la domination exclusive au système nerveux, et chercher en lui seul la raison suffisante de la circulation. Une telle opinion repose, à mon avis, sur ce qu'au lieu de concevoir idéalement l'unité qui fait la base de la vie et à la connaissance de laquelle nous cherchons tous à parvenir, on croit pouvoir la trouver dans une partie quelconque. Mais toute partie , quelle qu’elle soit , n’a de force qu'autant qu’elle se trouve liée au tout ; la force de l’une n’est point donnée par une autre, mais chacune se rattache à toutes les autres et est déterminée par elles ; ainsi la sensibilité dépend de la cireulation, comme la circulation de la sensibilité, ce qui n'empêche cependant pas que châcune de ces directions de la vie ait enellemême sa force propre. Si, en disant que la circulation dépend de la sensibilité, on entend par À un excitement fondé sur un conflit, sur une réaction mutuelle, nous partageons cette manière de voir, avec une certaine restriction néanmoins. En effet, l’antagonisme fondamental, dans l'organisme animal, est assurément celui de sang et de nerfs; mais il se trouve aussi des antagonismes subordonnés , qui sont également effñicaces, comme par exemple celui de solide et de liquide, en vertu duquel toute partie vivante, même privée de nerfs, entre en conflit avec le sang , et influe sur son cours. Cette vérité n’a été proclamée que par Koch et Bonorden, le premier n'attribuant aux nerfs d'autre influence sur la circulation que celle qui appartient à toutes les parties molles (1), le second disant que chaque organe attire le sang à lui, et que

(4) Meckel, Archiv fuer Anatomie, A827, p. 452 , 459.

ACTION DE L'ORGANISME SUR LE SANG. 59 cette attraction n’est point dépendante du système nerveux (1).

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