‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 3)Chapitre 13 sur 108 · IV. Le cerveau · texte numérisé non relu

IV. Le cerveau

8 Après avoir été mis à nu chez des animaux, peut, d'après les observations de Bichat (6) et de Wilson (7), supporter une compression considérable sans que les battemens du cœur

(4) Meckel , Deutsches Archiv , t. I, p. 326.

(2) Zbid., t, II, p.440.

(3) Ueber die Gesetzse der Functionen des Lebens , p. 66.

(4) Untersuchungen , p. 235.

(5) Horn, Neues Archiv fuer medicinische Erfahrung, 4847, t. 4, p.194. (6) Recherches sur Ja vie et la mort, p. 384,

(7) Loc. cît., p. 65.

subissent aucun changement. Mais, dans les plaies de tête ; chez l'homme, l'influence du cerveau sur le cœur devient manifeste. En cas de commotion cérébrale, le pouls est d’abord insensible ; puis il devient inépal, intermittent et petit; ensuite on le trouve lent, plein, mou et faible. Dans les épanchemens au cerveau, il est ordinairement irrégulier , inégal, dur, tendu, quelquefois intermittent ou lent. Lorsque des esquilles ou d’autres corps étrangers ont pénétré dans l'organe, il est serré, dur, petit, souvent très-rare. Si l’on comprime un fongus de la dure-mère, le pouls devient petit; après la cessation de la pression ou l'extraction du corps étranger , il ne tarde pas à redevenir large, mou, fort, régulier, et la veine, qui auparavant ne donnait pas de sang, en fournit alors une grande abondance (1). La circonstance que la vitalité des organes et par conséquent aussi l'attraction qu'ils exercent sur le sang sont déterminées par l'état du cerveau, peuvent certainement prendre à la production de ces phénomènes une part qu'il serait impossible d'évaluer.

9° L'écrasement subit du cerveau par un violent coup de marteau a pour effet, selon Wilson (2) et Wedemeyer (3), qu'après quelques battemens faibles et rapides, le cœur demeure en repos pendant un certain laps de temps, puis se remet à battre faiblement, et parfois aussi reprend peu à peu un peu plus de force.

10° Fontana et Bichat (4) n'ont pas remarqué que l'irritation mécanique du cerveau exerçât aucune influence sur le cœur. Wilson a étudié avec plus de soin les rapports mutuels des deux organes en pareille circonstance. D’après ses observations (5), une lésion mécanique du cerveau agit difficilement sur le cœur, et seulement quand elle est subite, qu’elle a beaucoup d'intensité, et qu'elle porte sur une large surface. Les excitans chimiques ont plus d'influence, et peu importe

(4) Burdach, ?’om Baue des Gehirns, t. TIT, p. 62. (2) Loc. cit., p. 65.

(3) Untersuchungen , p. 285.

(4) Recherches sur la vie et la mort, p. 336 , 339. (5) Loc. eit., p. 89.

avec quelle région de l'encéphale on les mette en contact. Lorsqu'après avoir tué, d’un coup sur la tête, des Lapins dont il entretenait la circulation au moyen d’une respiration artificielle (4), il versait de l'alcool, de la teinture d’opium , ou une infusion de tabac, sur le cerveau ou la moelle épinière, les battemens du cœur éprouvaient une accélération qui persistait d'une manière uniforme tant que durait le contact des substances ; dès qu'on essuyait l'organe, les battemens du cœur se ralentissaient; la réapplication des substances les accélérait de nouveau. L'alcool était le liquide qui agissait avec le plus de force , et, après qu’on l'avait enlevé , le cœur continuait de battre presque avec la même force qu'avant l'expérience ; l'opium accroissait moins les battemens de cet organe, et laissait de la faiblesse ; le tabac était la substance qui agissait le moins, et qui entrainait le plus de faiblesse à sa suite. L'application de l'alcool au cerveau produisait des effets aussi prononcés après la destruction de la moelle épinière, que quand ce cordon était demeuré intact.

V. Si nous considérons le cerveau comme l'organe de nos idées , et les sentimens comme une affection de notre vie spirituelle qui repose sur des idées, nous trouvons dans les effets des émotions morales la preuve la plus convaincante de l’influence que le cerveau exerce sur les battemens du cœur. L'état du moral et le battement du cœur se correspondent de la manière la plus exacte; le calme ou l'excitation de l’un met l’autre dans les mêmes conditions. Les affections rendent les mouvemens du cœur tumultueux, et quand elles sont trèsvives ,elles causent la syncope; leur durée prolongée ou leur répétition fréquente entraîne des lésions organiques du cœur, ou exaspère celles qui: existaient déjà : elle peut même occasioner la rupture de l'organe. Toutes les fois que: nous éprouvons une émotion, nous ressentons au cœur quelque chose de particulier, que le langage commun exprime parfaitement en disant que la joie fait bondir le cœur, que le chagrin le ronge, que les soucis le minent , que la douleur le serre ou

(4) Loc, cit., p. 62.

l'oppresse. Les ouvertures de cadavres ont même fait quelquefois découvrir des dilatations du cœur aprèsle chagrin, l’atrophie de cet organe après des soucis prolongés , et Sn inflammation après la nostalgie. Les états du moral que nous nous représentons Sous l'image d’un surcroît d'expansion ou de contraction, Sont accompagnés de mouvemens du Cœur qui représentent matériellement ces altérations. Lorsque le sentiment de l’activité subjective est exalté, et qu’une volonté puissante Se prononce en toute liberté, le cœur domine aisément le sang, et le lance avec énergie, par larges ondées; lorsque, au contraire , le sentiment est oppressé, profondément blessé et presque écrasé , la volonté paralysée ou flottante, le moral enfin refoulé pour ainsi dire en lui-même et réduit à un ‘état purement passif d’excitation, le cœur ne peut plus se rendre maître du sang, il tremble sous le fardeau , et exé- ‘cute des batteméns petits, fréquens, intermittens. Ainsi la crainte refoule le sang vers l'intérieur , l'éffroi amène une paralysie momentanée du cœur , et la surprise enraie ses mouvemens. La crainte et l'inquiétude l'affaiblissent à tel point, ‘qu'il ne coule que peu de sang par l'ouverture de la veine. Deux exemples que j'ai rapportés aïlleurs (4), avec d'autres faits confirmatifs de ce que j'avance ici, prouvent que les'effèts momentanés d'une affection sont parfois visibles encore sur le “cadavre. En ouvrant le corps d’un homme robuste, mort pour avoir réprimé les élans de la colère provoquée par une insulte que son prince lui avait faite, Harvey vit le cœur ‘extraordinairement dilaté. Chez un criminel , qui s'était débattu avec rage Contre le bourreau , au moment du supplice, Testa le trouva contracté au point qu'à peine y restait-il un vestige de cavité intérieure. | 2e 08 $ 772. Mais la sensibilité exerce aussi une inflaénce manifeste sur la circulation , indépendamment du cœur. Willis'attribuaït cet effet à une constriction des artères par les nerfs “quiles embrassent en manière d'anses. Haller (2), qui avait d'a-

(1) om Baue des Gehirns , t. IIL, p, 434.

(2) Element, physiolog., t, IV, p, 406,

ACTION DE L'ORGANISME SUR LE SANG. Lie bord admis cette hypothèse mécanique , y renônça lorsqu'il se fut convaincu que les nerfs sont privés de toute force motrice. Senäc attribuait au fluide nerveux la propriété de conträcter les artères et d'accroître leur élasticité ; mais cette autre hypothèse chimique dut tomber également quand on reconnut que le fluide nerveux est un fantôme, et que la circulation même marche sans nulle contraction des vaisseaux. Enfin Prochaska mit en avant la théorie dynamique à laquelle nous noûs räñgeons , celle que la sensibilité accroît la forcé attractive des organes pour le sang, qui est comparable à une attraction électrique. Mais , quoiqu'il ait exposé cette théorie dès l’année 1784 (1), elle ne fait que commencer à être adoptée généralement , et plus tard Prochaska lui-même (2) n’a parlé de l'attraction du sang qu'en passant, pour expliquer son afflux vers unie partie irritée. Les faits Sur lesquels elle re: pose sont : |

1e Les effets, déjà en partie sipnalés ( $ 762, L°), -que les organes sensibles produisent Sur la circulation qui à lieu dans leur propre intérieur. Mais ce qu’il ÿ a de plus concluant ici, c’est le mouvement du cerveau, qui repose sur l'allongement des artères situées à sa base, qui par conséquent corréspond au courant du sang vers l’encéphale , et qui en même temps se trouve en relation directe avec l'activité de l'âme. La liaison organique existante entre la cause et l'effet permet d’ex. pliquer par des circonstances mécaniques pourquoi des mouvemens du cérveau n'ont pas lieu chez lès Reptiles et les Poissons, et pourquoi ils sont plus faibles chez les animaux que ché Fhomme , quoïqu'en dernière analyse ces dispositions organiques des artères ne dépendent que du degré diférent dé force avec lequel le cerveau qui se forme attire le courant sanguin. Si le mouvement du cerveau, qu’on n’apercçoit pas pendant la vie embryonnaire , commence à la naissance, c'est-à-dire au moment où l’activité de l’âme s’éveille ($ 524 Lo), on peut en Chercher la cause dans la respiration; puisque le cerveau ne se soulève jamais davantage que quand la systole

(4) Adnotationes academ., t, II, p. 85.

(2) Physioiogie, oder Dep? von der Natur des Menschen , p. 268,

du cœur coïncide avec l'expiration qui y correspond (766, 3°). Mais le mouvement cérébral change, ainsi que la vie morale, non seulement lorsque les battemens du cœur viennent à varier , puisque Cooper, par exemple, l’a vu monter de quatrevingt à cent vingt par minute, dans un cas de blessureà la tête, quand le malade parlait de choses ayant pour lui -beaucoup d'intérêt (1), mais encore sans qu'il y ait changement correspondant ni dans les battemens du cœur ni dans la respiration. Il m'a été impossible d’apercevoir le mouvement du cerveau chez un idiot qui subissait la trépanation (2); on ne l'observe point non plus dans la commotion cérébrale, dans la stupeur causée par des congestions purulentes ou des esquilles, et il reparaît lorsque le malade reprend connaissance, sans qu’on puisse attribuer aucune action à des causes mécaniques , puisqu'il suffit souvent de la présence d'une très-petite esquille ou de quelques gouttes de pus pour suspendre le mouvement du cerveau (3). à

2 L'irritation d'un tronc nerveux était, suivant Bichat, sans influence sur la circulation. Giulio et Rossi prétendent bien avoir provoqué une pulsation des artères en galvanisant leurs nerfs; mais l’expérience, répétée avec circonspection, n’a réussi entre les mains d'aucun autre observateur. Home a vu les artères battre avec plus de force chez un malade, après l'application d'un caustique ; 1l a remarqué, chez un Chien, que, deux minutes après l’action de la potasse sur la portion cervicale du nerf grand sympathique, la carotide exécutait des battemens plus forts pendant cinq minutes (4). J'ai observé également, sur un Lapin, que ce moyen portait les pulsations de l’artère carotide de cent quarante à cent soixante par minute (5); mais d’autres expériences m'ont convaincu que le phénomène dépendait d’une influence du grand sym-

(1) Swan, Essay on the connection between the action of the heart and arteries , p. 41.

(2) F’om Baue des Gehirns ; t. III, p. 408.

(3 Jbid., p. 63. |

(4) Meckel, Deutsches Archiv, t. III, p. 140.

(D) Vom Baue des Gehirns, t, TIT, p. 440,

pathique sur Les battemens du cœur. De même, Œsterreicher (1) a reconnu que, si l'application de la potasse sur le nerf crural non lésé faisait battre l'artère crurale avec plus de force, c'était uniquement parce que la douleur et les convulsions qui en étaient la suite accroissaient les battemens du cœur, car l’action de l’alcali sur les nerfs cruraux coupés ne changeait point les pulsations du vaisseau.

3° L'action de la ligature ou de la section d'un nerf est manifeste , quoiqu'elle ne se prononce pas toujours avec la même évidence, et que Spallanzani, par exemple (2), ne l'ait point remarquée. Déjà Ens avait prétendu que le pouls cesse dans les artères dont on a lié les nerfs. Treviranus a observé le même phénomène sur un membre dont il avait coupé le tronc nerveux (3); il a vu (4) après la section du nerf crural, sur des Grenouilles , la circulation s’affaiblir ou même cesser de suite dans la membrane interdigitaire des pattes de derrière , tandis qu’elle continuait d’une manière normale dans les pattes de devant : quelquefois elle cessait plus tôt dans les gros vaisseaux que dans les capillaires. En faisant des expériences analogues , Krimer (5) a remarqué que la circulation se ra- Jentissait après avoir commencé par éprouver une certaine accélération , et qu'alors l'application du sel marin sur la membrane interdigitaire ne produisait pas la rougeur et l’ampliation des vaisseaux capillaires , comme elle le fait sur une patte intacte. Il rapporte aussi (6) que, chez un Chien, après la section du nerf crural , le sang ne jaillit de l'artère crurale que jusqu'à la hauteur de six pouces, tandis qu'auparavant il s'élançait par un jet de six pieds. Chez un étalon en rut, le pénis , après la section de ses nerfs, sortit du fourreau et demeura flasque , état dans lequel Wedemevyer (7) le retrouva

(1) Fersuch einer Darstellung der Lehre vom Kreislaufe, p.76, J (2) Exp. sur la circulation, p. 339.

(3) Biologie, t. IV, p. 266.

(à) Ibid, p. 646.

(5) V’ersuch einer Physiologie des Blutes, p. 63. (6) Zbid., p. 136. | (7) Meckel, Archiv fuer Anatomie, 4828, D. 364. VIL. 6

le lendemain , quoiqu'il regorgeñt de sang. Koch a vu la circulatiog,continuer au plus trois minutes dans des cuisses de Grenoüilles détachées du corps ; mais, quand il s'était contenté de couper les vaisseaux et les muscles , sans endommager les nerfs cruraux , la circulation ne cessait qu’au bout d’un quart d'heure ou d'une demi-heure, et on pouvait la ranimer pourun certain laps de temps ; surtout dans les vaisseaux capillaires, en faisant tomber quelques gouttes d'alcool sur la surface de la plaie (1). Mais ce qui mérite principalement d’être pris en considération, c’est qu'outre les observations déjà rapportées plus haut ($ 761, 5°) de Baumgaertner, ce physiologiste à reconnu qu'après la ligature de l'artère d’un membre, la circulation ne se rétablissait pas par les anastomoses lorsque le nerf avait été lésé en même temps, qu’au contraire, le sang s’arrétait alors dans les vaisseaux capillaires , et que la partie se tuméfiait un peu, mais devenait froide et bleuâtre (2). Du reste, l'abolition de la turgescence vitale parle de la manière la plus formelle en faveur de cette influence; dès que j'avais coupé les nerfs cruraux d'une Grenouille, je voyais constamment la cuisse devenir tout à coup flasque, flétrie et ridée, tandis que les autres membres demeuraient rénitens.et fermes. |

L° Après avoir coupé en travers la moelle épinière de Grenouilles, Treviranus (3) a observé que , dans les parties dont les nerfs avaient leur extrémité centrale au dessous de la section , les pulsations des artères diminuaient de force et de fréquence , que la circulation s’arrêtait tout-à-fait, et qu'alors méme qu'elle se rétablissaitau bout de plusieurs heures dans les vaisseaux capillaires, on ne la voyait cependant point reparaître dans les branches. Legallois (4) a constaté qu'après la destruction de la moelle épinière , la circulation s'arrête , quoique le cœur continue encore de battregpendant un laps de temps assez long. Il pensait devoir attribuer le phénomène à

(4) Jbid., 4827, p. 445.

(2) Loc. cit, p. 155.

(3) Biologie , t. IV, p. 267, 648.

(4) Œuvres, t. I, p. 374,

ACTION ,DE L'ORGANISME SUR LE SANG, 83 ce que les mouvemers du cœur se réduisaient alors à. de faibles convulsions semblables à celles qu'on aperçoit en lui après l'avoir détaché du corps; mais Wilson (1) a: renversé cette explication , en faisant voir que, quand on a détruit la moelle épinière, le cœur bat quelque temps d'une manière faible , et comme en sautillant, maïs que peu à peu il exécute des mouvemens plus forts et plus réguliers , tandis qu'après l'excision de cet organe, ses battemens sont d'abord assez forts et s’affaiblissent ensuite par degrés. Du reste, Wilson (2) a vu la circulation persister encore pendant plusieurs minutes dans la membrane natatoire de Grenouilles dont il avait percé la moelle épinière avec un fil de fer mince , au lieu qu’elle s’arrêtait Isur-le-champ quand il avait soudainement détruit cette moelle.en faisant agir sur elle une grosse baguette (3).

5° Le même 'expérimentateur a reconnu (4) que la circülation devient ! plus rapide dans la membrane natatoire après l’aspersion.du cerveau avec de l'alcool ; que quand le cervéau a été détruit d’un coup de marteau , elle s'arrête pendant quelque temps, puis reprend , mais avec lenteur : et qu’elle s'accélère , au contraire , si l'organe encéphalique n'a? point été entièrement détruit. Baumgaertner (5) a fait dés observations.analogues :sur des Grenouilles ‘dont ‘il avait ‘détruit le cerveau,etila moelle épinière; en général, la circulation se ralentissait aussitôt ; ét cessait au:bout d'un: quart d'heure : si l'on excisait.le cœur , les veines amenaient peu: de:sans à la plaie,.et 4l en refluait peu aussi, ou même point, par les artères. l'os 19 16° Enfin,, l'imagination, suivant qu’elle prend telle outelle direction, exerce une. influence: spécifique sur Ja circulation dans certains organes. La honte fait porter le sang. à la‘figure, Sans accroître les battemens du cœur ; et nous avons “déjà! vu (S 565 , 1°) que les idées qui se rapportent à la génération

(4) Ueber die Gesetze der Functionen'des Lebens, p. 47. (2) Jbid., p. 60. p# (3) Loid., p. 73.

(4) Ibid., 72.

(5) Loc, cit., p.154,

“ont pour effet de déterminer un afflux plus considérable de cé liquide vers les testicules et la verge, les ovaires, la matrice et les mamelles.

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