À, INFLUENCE SUR ÉA QUANTITÉ PERMANENTE DU SANC
8 759. Nous avons déjà vu que la formation première du système vasculaire est déterminée par la force attractive que les organes exercent sur le sang ($ 440, 7°). Gette vérité a été confirmée par les recherches récentes de Baumgærtner (1). Il est de fait que le cerveau etla moelle épinière se forment à une époque où il n’y a point entore de sang ; le mouvement du sang ne commence; dans les Grenouilles (2) et les Salamandres (3), que sept à huit jours après la formation de ces deux organes , et dans la Truite qu'après un laps de temps de vingt-cinq jours (4). Là peau etles organes dessens, les muscles et les os, les organes digestifs et respiratoires; le foie et les glandes salivaires, commencent également par sortir de la masse organique primordiale, et n’admettent qu’ensuite le sang dans leur intérieur (8 440, 5°). Lorsque ce liquide afllue vérs eux, il ne peut y être déterminé mécaniquement par la force du cœur, car alors il se répandrait de tous côtés d'une manière uniforme et dont l'espace ; la pression , la pesanteur seraient les seuls régulateurs. Maïs il parvient aux divers organes en se frayant, à travers la masse organique primordiale, des voies qui ne sont d’abord que de simples fissures, mais qui pet à pen deviennent des Canaux pourvus de parois propres. Les vaisseaux ne sont done que la trace permanente dé mouvement primordial , l'expression pour ainsi dire stéréotypée du rapport entre le sang et les différentes parties organiques. Maintenant, la conformation du système vasculaire démontre que les dispositions mécaniques
(4) Loc. cit., p. 79.
(2) Loc. cit., p. A1.
(3) Loc. cit., p. 58.
(4) Loc, cit,, p. 28.
ACTION DE L'ORGANISME SUR LE SANG. ÿ)
n’exercent qu'une influence très-subalterne , et que le nombre, le calibre , la longueur, la forme des ramifications dans chaque organe varient en raison des qualités particulières et du rôle spécial de cet organe. Ainsi, par exemple , chaque artère, avant de pénétrer dans un organe, se partage en branches, afin de pouvoir l'embrasser tout entier et lui envoyer du sang sur tous les points; mais les branches se plongent aussitôt dans la substance de tous les organes plastiques et S'Y ramifient, tandis qu'au cerveau, elles enveloppent le viscère d'un réseau et n’envoient dans son parenchyme queleurs ramifications les plas déliées. Les artères rénaleset les spermatiques naissent tout près les unes des autres, et la différence de leur calibre ne répond point au volume des organes vers lesquels elles charrient le sang, mais à la fonction de ces organes , à la quantité et à la nature de leurs sécrétions. Dans chaque organe , la marche , la distribution et les anastomoses des vaisseaux capillaires ont un type particulier, qui permet à un anatomiste exercé de reconnaître, en voyant seulement une ligne carrée d'une pièce injectée, à quelle partie elle se rapporte.
Tous ces faits nous procurent la conviction non seulement que la masse organique attire le sang et détermine sa marche; mais encore que chaque organe attire le sang et en modifie le courant d'une manière correspondante à sa propre nature. Suivant qu’un organe est plus ou moins vivant, eu égard à sa destination et à son essence, il attire plus ou moms de sang après les premiers momens de sa formation, et acquiert par là des vaisseaux dont le nombre et la force sont en harmonie avec le rôle qu’il doit remplir. C’est ainsi qu'à mesure qu'il se perfectionne dans la série animale , le cerveau obtient peu à peu le riche système vasculaire qui le caractérise aux degrés les plus élevés de l'échelle (4), et si les membranes fibreuses, qui ne servent qu'à des usages mécaniques, reçoivent peu ou point de sang rouge, ce n’est pas parce que leurs vaisseaux sont trop petits, mais parce que le degré de leur
(4) Buxdach, Pom Baue des Gehirns, t. IX, p. 410.
activité vitale leur donne plus d'affinité avec la sérosité qu’avec les globules du sang. Du sang étendu d'eau, que Buniva injectait dans les artères d'animaux vivans, ne pénétrait jamais dans aucun vaisseau séreux ; mais si l’on venait à tuer l'animal par la section de la moelle épinière , ce même sang s'insinuait dans les capillaires jusqu’alorsincolores du périoste, des tendons et de la cornée transparente (1).
(Le rapport entre les gouttières vasculaires et les îles de substance organique varie beaucoup. Les courans sont moins nombreux , leur volume relatif est plus considérable , et les mailles sont plus grandes, chez les jeunes animaux que chez les vieux. D’après les recherches de Cowper, de Spallanzani , de Wedemeyer, de Prevostet Dumas, auxquellesje puis joindre les miennes propres, les îles de substance sont extrêmement peütes , dans les poumons des Salamandres et des Grenouilles , eu égard à la force des‘courans ; elles n’ont même point une étendue absolue supérieure à celle de ces derniers, et souvent elles en ont moins. Il en est de même dans la choroïde, comme le démontrent de bonnes injections. Dans les parties peu riches en vaisseaux, les mailles sont extraordinairement grandes, en comparaison des courans. Chez les Insectes, il n’y à presque point de ramifications, et chaque membre n’a qu'un simple courant , afférent d’un côté, efférent de l’autre, qui se réfléchit à son extrémité ou même plus tôt, comme l'a démontré Carus , etcomme je l'ai vu chez une jeune Scutigère. La disposition est la même dans les Daphnies, suivant Gruithuisen. Dans la Sangsue et chez les Mollusques, au contraire, les vais- "seaux capillaires, d’après mes observations , se comportent absolument de même que chez les animaux supérieurs. Chez l'homme, le diamètre des plus petits d’entre eux varie depuis un millième jusqu'à un quatre millième et même un cinq millième de pouce. Les plus déliés ont été vus dans le cerveau, où, d'après les mesures prises par Weber, leur diamètre est d’un cinq mille centième — 0,00019 pouce. Suivant mes mesusures, leur diamètre est de 0,00037 à 0,00058 dans les reins,
(4) Bulletin de la Soc. philomat., n° 31, p. bb.
0,00037 à 0,00047 dans l'iris, et 0,00053 dans les procès ciliaires. Weber a trouvé leur diamètre de 0,00033 à 0,00050 dans la membrane muqueuse du gros intestin etfdans une glande lymphatique, de 0,00000 dans la peau, de 0,00025 à 0,00050 dans une peau enflammée. Chez les animaux jeunes, les vaisseaux capillaires sont plus forts, comme nous l’apprennent les observations de Dœllinger et de Sæmmerring , dont j'ai constaté l'exactitude. Sœmmerring a prouvé que les réseaux vasculaires de la choroïde ont mêmeun volume absolu plus considérable chez l’enfant que chez l'adulte , que, chez les animaux, ils ne correspondent point à la taille, et qu’ils sont aussi forts chez les plus petits de ces êtres que chez les plus gros. On en savait déjà autant des globules du sang, qui , dans les animaux inférieurs, ont un volume relatif et même absolu plus considérable que chez l’homme, qui, d’'après Hewson, Schmidt, Prevost et Dumas, sont plus gros chez l'embryon que chez les animaux adultes, mais qui, d’après Weber, sont moitié plus HERLHE chez le tétard que chez la Grenouille.
Les réseaux les plus serrés de vaisseaux capillaires, avec les mailles les plus fines, se voient, après la choroïde, les branchies , Les poumons, le foie et les reins, dans les membranes muqueuses, le derme , les muscles, le cerveau et la moelle épinière. L’injection démontre des réseaux beaucoup plus rares et des mailles plus a x dans les cartilages , les os , les tendons et les ligamens ; j'ai vu , à Utrecht, les cartilages des côtes, du larynx et de la trachée- artère injectés ; ils étaient parsemés d’outre en outre de réseaux vasculaires déliés , avec de très-grandes mailles. } (1)