‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 3)Chapitre 4 sur 108 · INFLUENCE SUR LA QUANTITÉ VARIABLE DU SANG · texte numérisé non relu

INFLUENCE SUR LA QUANTITÉ VARIABLE DU SANG

$ 760. La vie, lorsqu'elle débute, déploie toute sa puissance , et crée elle-même le corps dans lequel elle veut se manifester d’une manière durable; une fois qu’elle s’est ainsi

(4) Addition de 3. Muller.

imposé des limites matérielles, elle a acquis un subsératum ; auquel elle se trouve liée désormais; mais jamais sa force primordiale ne s'éteint. Ainsi les courans primitifs du sang , tels qu'ils sont donnés par la force attractive des organes , deviennent peu à peu des canaux permanens , dans lesquels coule ce liquide, poussé par l'impulsion du cœur; mais le mécanisme n'est jamais dominant à lui seul, et la circulation du sang n’est point un mouvement routinier ou automatique ; sans cesse elle se règle sur l’état de la vie dans les divers organes.

1° Elle change de direction, comme la vie elle-même. Les vaisseaux des branchies cervicales disparaissent quand les branchies ventrales se développent ($442, 2°, 3°), et, lorsque les poumons entrent dans la vie, le courant du sang quitte les artères ombilicales pour se porter vers eux ($ 505) ; il y a une époque où le sang afllue en plus grande abondance vers les cartilages (S 427, 2°, 3°), les dents ($ 536 , 3°}, les organes génitaux ($ 557); il se dirige vers les ovaires après la fécondation ($ 290 ,3°), vers la matrice pendant la grossesse ($ 346, L). |

2° Lorsqu'une artère est devenue imperméable , les branches collatérales se développent , s’allongent , deviennent plus flexueuses , et, par le moyen des anastomoses , amènent aux parties inférieures la quantité de sang nécessaire pour entretenir leur vitalité, ainsi que nous l'avons démontré plus haut ($ 713, 4°). Les phénomènes qui ont lieu après la ligature des artères , dans les amputations ($ 761, 2) , prouvent qu'il n'y a rien là qui soit le résultat mécanique de l'afflux du sang, et que le sang arrivant à l'artère imperméable pourrait retourner par les veines. Ainsi l’'ampliation des branches collatérales tient uniquement à ce qu’en vertu de sa vitalité la portion saine du membre attire par des voies non ordinaires la quantité de sang dont elle a besoin. Cet effet est plus prononcé encore dans les organes qui occupent la ligne médiane du corps et reçoivent le sang de deux côtés à la fois; lorsque Parrÿ (1)

(4) Experimentaluntersuchungen , p. 62.

ACTION DE L'ORGANISME SUR LE SANG t1

liait l’ane des carotides, peu de minutes suffisaient pour que le volume de celle du côté opposé fût porté de sept lignes à huit, et même, dans un cas, à dix, ce qui ne pouvait dépendre que de l'attraction exercée par le cerveau et les autres parties de la tête. Quand Haller (4) blessait ou liait Paorte , de manière que le tube intestinal ne reçüt plus de sang par les artères, ce liquide refluait promptement des veines mésentériques vers l’intestin.

3° Il ne s'agit point ici du volume de l'organe , mais de son importance pour la vie générale. Magendie assure que , dans la phthisie pulmonaire , quand une grande partie des poumons est détruite, on trouve les vaisseaux pulmonaires quisubsistent encore assez dilatés pour admettre à peu près la même quantité de sang que tous ceux réunis des poumons sains (2). Cet effet ne dépend point du mécanisme ($ 716, 4°); il tient bien plutôt à ce que les portions restantes du poumon se chargent des fonctions de celles qui ont été détruites, ce qui fait aussi qu'on ne voit pas le sang artériel perdre rien de sa couleur vermeille dans la phthisie pulmonaire.

ko Dans l’asphyxie, on rétablit la circulation en irritant soit la peau , par des frictions, soit la membrane muqueusé du nez, par de l’ammoniaque gazeuse , soit enfin les poumons, par l'insufflation du gaz oxygène. Comme l'expérience ne nous dit pas que l'excitation de ces organes exerce une influence sympathique sur les battemens du cœur , pour pouvoir les ranimer quand ils ont cessé, nous devons admettre que les organes dans lesquels elle a rappelé la vie, mettent de nouveau le sang en mouvement, et que c’est ainsi seulement qu’ils sollicitent le cœur à reprendre ses battémens. Lorsque Jurine avait asphyxié un Monocle par l'immersion dans l'alcool , et qu'ensuite 1l le remettait dans l’eau , il voyait les mouvemens reparaître d'abord dans l'intestin, puis dans les antennes et Jes organes génitaux, ensuite dans le cœur, et en TES lieu dans les membres (3).

(1) Opera minora, t. T, p. 417.

(2) Journal de physiologie, t. I, p. 405.

(8) Histoire des Monocles, p. 58.

5° D'après les observations de Parry (1), les carotides cessent de battre plus tard que d’autres artères à l'approche de l’asphyxie , et reprennent également vie avant elles. On poura rait attribuer cet effec à ce que le sang conserve mieux dans les carotides que dans d’autres artères, la direction suivant laquelle ïl est chassé par le cœur , et qu’en conséquence l'impulsion directe de cet organe vers le cœur doit entrer en ligne de compte ($ 746, 7°). Cependant les expériences de Legallois (2) nous apprennent que la continuité de la colonne sanguine dans les artères est une condition indispensable du rappel à la vie ; car, quand l'asphyxie avait duré assez longtemps pour que les carotides fussent vides en grande partie, et eussent perdu leur turgescence, la révivification était im— possible. Or si la colonne de sang, lorsqu'elle est continue, pesait sur sa paroi avec une égale force dans toutes les directions, nous ne pourrions expliquer le phénomène qu'en disant que le cerveau exerce sur le sang une attraction plus puissante que celle d’autres organes.

6° On a rarement observé l'inégalité de la fréquence du pouls dans des parties diverses du corps. Zimmermann a rapporté un cas dans lequel le pouls de l’artère radiale droite donnait cinquante-cinq faibles pulsations et celui de la gauche quatre-vingt-dix fortes (3). Si le fait est exact, et si la diffé rence ne tenait point à quelque cause mécanique locale , nous ne pourrions l'expliquer qu'en admettant une inégalité dans l'attraction exercée sur le sang.

a. Diminution de l'influence organique.

$ 761. Quand le rapport entre les organes situés hors du système vasculaire et le sang est diminué ou aboli d’une manière , soit mécanique, soit dynamique , la circulation s’affaiblit ou s'arrête dans ces organes.

(4) Loc. cit., p. 124.

(2) Œuvres, t. I, p. 350.

(3) Rudolphi, Grundriss der Physiologie, 1. LI, p, 299. .

I. Ce cas a lieu d’abord quand la libre communication entre une artèré et l'organe auquel elle doit amener le sang est interrompue ou détruite.

1° Lorsqu'une artère a été coupée en travers, le sang, d'après les lois de la mécanique ($ 726, 4) coule avec plus de vitesse, et même en sens inverse, et si une autre force ne venait opposer son action , l'hémorrhagie ne pourrait cesser qu'au moment où les artères se seraient vidées assez pour qu’elles ne fussent plus en état d'exercer aucune compression sur le sang encore coulant dans leur intérieur , et que le battement du cœur s’arrêtât. Cependant l’hémorrhagie cesse d'elle-même bien avant cette époque, ou du moins il suffit d’une pression modérée du doigt pour la suspendre , tandis qu’autrement une action beaucoup plus forte serait nécessaire pour empêcher une artère de battre. L’eflet tient en partie au raccourcissement de l'artère, sur laquelle les organes environnans exercent. en même temps une compression ‘8 734, 5°). Mais ce n’est là qu’une circonstance subordonnée; car , lorsqu'on pratique une opération , on voit, comme le fait remarquer Wedemeyer (1), que les premiers courans ont une force bien supérieure à celle des derniers , Ce qui ne saurait dépendre de la situation du vaisseau ; l'artère crurale d’un Chien, que Verschuir (2) avait coupée en travers, et qui avait bientôt cessé de saigner , même après qu on en eut comprimé la partie supérieure pour chasser le sang qui pouvait s’y trouver , ne fournissait aucun écoulement , quoiqu'elle fût disséquée dans l'étendue d’un demi-pouce, que le cœur battit avec force et rapidité , et qu'elle-même s’allongeât à chaque pulsation. Verschuir attribue ce phénomène à la constriction de l'orifice ; mais il est bien difficile que le resserrement aille jusqu’à l’occlusion complète ($ 734, 2°) , et dans tousles cas il ne saurait résister à la puissance du cœur ; le sang coule dans des vaisseaux capillaires qui ont moins d’un centième de ligne de diamètre , et il s'arrête de lui-même dans des artères coupées dont le diamètre s'élève à plusieurs lignes , qui ne

(1) Untersuchungen, p. 402.

(2) De arteriarum et venarum vi drritabili, p, 86.

pourraient guère se resserrer sur elles-mêmes au point d'égaler les capillaires. L’orifice est clos par un caillot ; mais celuici ne se forme que quand déjà le sang s'arrête, et il se produit alors même que l'ouverture demeure béante (1). Ilcommence aussi par être très-mou , facile à déplacer , et s’il avait à supporter Le moindre eflort de Ja part du sang, à coup sûr il céderait , ce qui n’arrive pas. Un homme auquel Sarlandière (2) avait amputé le bras, revint le trouver une heure après , le moignon découvert, et quoique les ligatures eussent été arrachées ayec l'appareil, quoiqu'il n’y eût pas non plus de caillot, le sang ne coulait pas. Bell (3) reconnaît que la cessation de l'hémorrhagie ne peut s'expliquer que par des causes mécaniques, et il l’attribue à une force attractive que les parois des artères exerceraient sur le sang. Mais alors il faudrait démontrer pourquoi cette force ne se manifeste qu'après la section du vaisseau. Le phénomène paraît dépendre uniquement de ce que le sang n’a plus de but dans une artère ouverte ; n'étant attiré par aucun organe , il se détourne et passe dans les artères voisines , où l’attirent les organes avec lesquels cellesci peuvent communiquer librement. Nous trouvons donc ici un conflit entre l'attraction vivante et la pression de la paroi et de la colonne liquide poussée par le cœur ; ce n'est que quand l'artère est volumineuse, et par suite le courant trèsfort, qu'on voit le mécanisme l'emporter ; dans le cas contraire, le rapport dynamique conserve la prééminence et sauve la vie en arrêtant l'hémorrhagie. De là vient qu'une artère ouverte cesse plus vite de saigner lorsqu'on la frappe de mort par la torsion , la contusion , le pincement, quoique l'ouverture n’en reste pas moins béante (4) ; le sang s'arrête , d'après Velpeau, lorsqu'on la comprime pendant à peine quelques heures , qu'on y introduit un bout de sonde ou de corde à boyau , ou qu’on la dissèque dans une certaine étendue et qu'on en replie l'extrémité. Les phénomènes de la gué-

(1) Bell, Æssay on the forces by which cireulates the blood, p. 22. (2) Mémoire sur la circulation du sang , p. 48.

(3) Loc. cit. {p. 9-20.

(4) Bell, Loc, cût,, p. 9.

rison des plaies de cette nature, dont Jones surtout a fait une étude approfondie, prouvent la justesse de l’opinion que nous avons émise. D'abord le sang s'arrête depuis la plaie jusqu'à la branche la plus prochaine, et forme un bouchon, en se coagulant; ainsi, Bell, par exemple, a trouvé un caillot long d’un pouce dans l'artère , à la suite d'un coup de feu dont l'hémorrhagie avait cessé d'elle-même. Le sérum du caillot coule par l'orifice du vaisseau, ce qui démontre que celui-ci est demeuré béant ; le cruor s’insinue dans les parois des artères , et les teint d’un rouge foncé; la fibrine se ramollit et est résorbée. Mais l'artère ne se remplit plus de sang depuis le point où elle a été blessée jusqu’à la plus prochaine branche intacte, et s’oblitère, au contraire, par le moyen de la lymphe plastique qu'épanchent les vaisseaux de ses parois. Cette étendue de l'artère devient peu à peu ligamenteuse, et finit par seréduire à un simple filament (*). Il peut même arriver, comme l’a observé Van Hoorn (1), que, vers le dixième jour après la section , elle soit détachée par la suppuration, qu'on ait ou non appliqué une ligature au dessus de l’orifice extérieur. Les poumons des phthisiques présentent souvent de vastes cavernes, dans lesquelles pendent librement des vaisseaux non endommagés , quoiqu'il n’y ait point eu d'hémorrhagie, ou du moins qu’elle n'ait pas été assez considérable pour causer la mort (2).

Enfin, Kaltenbrunner (3) a publié des observations dans

(*) Consultez à ce sujet : Velpeau, Recherches sur la cessation spontanée des hémorrhagies traumatiques primitives (Journ. univ. hebdom. de médecine, 1830, t. I, p. 144, 48$, et LIT, p. 57). — Amussat, Nouvelles recherches expérimentales sur les hémorrhagies traumatiques (Mémoires de l’Académie royale de médecine, 1835, t. V, p. 68). — L.-J. Sanson , Des hémorrhagies traumatiques , Paris, 4836 , in-8°.

(4) Diss. de dis quæ in partibus membri, præsertim osseis , amputatione vulneratis notanda sunt, p. 29.

(2) Jahn, Die Naturhetlkraft in ihren Aeusserungen und Wirkungen dargestellt , p. 273.

(3) Heusinger, Zeitschrift fuer die organische Physik , t, I, p. 305-309. — Kaltenbrunner, Experimenta cirea statum sanguinis et vasorum in inflammatione , p. 4. ,

lesquelles nos vues se retrouvent exprimées par des faits émpiriques. Lorsqu'une grosse artère du mésentère d'une Grenouille ou d'un Bét avait été coupée en travers, le sang aflluait de tous côtés , arrivait même des branches par un mouvement rétrograde , et s’épanchait en un jet continu ; mais le mouvement d’afflux et de reflux vers la plaie ne tardait pas à diminuer ; il s'établissait une fluctuation , le sang coulait d’une manière d'abord rémittente, puis intermittente , ensuite à des intervalles de plus en plus éloignés; enfin, il ne sortait plus du tout , la portion d’'artère comprise entre la plaie et la plus prochaine branche intacte ne contenant plus du sang complet, mais seulement de la sérosité : à l'endroit où le courant du sang s’infléchissait pour passer dans la branche non lésée, il se manifestait un tourbillon, et quand il arrivait à un globule de s’égarer dans la portion de vaisseau qui n'avait plus de rapports avec aucun organe , 1l y sautillait jusqu'à ce que le courant l’eût repris et entraîné dans la branche intacte. Les branches plus petites, après avoir été coupées, laissaient à peine échapper quelques globules ; car le sang passait de suite dans la plus prochaine anastomose , qui se dilatait rapidement et détournait tout le liquide du vaisseau dont les relations avaient été brisées. Les petits courans s’effaçaient de même dans les capillaires coupés; les globules ne pénétraient plus dans la branche ouverte, mais passaient devant son orifice sans s’y arrêter, et elle-même ne tardait pas à devenir indiscernable. |

2 Quand on lie une artère , le sang doit, d’après les lois de la mécanique, s'arrêter et s’accumuler dans l’espace compris entre la ligature et la dernière branche libre. C’est aussi ce qui arrive, mais pendant un laps de temps très-court seulement ; car cette étendue de vaisseau, qui n’a plus de rapports avec aucune partie vivante, ne tarde pas à ne plus recevoir de sang, comme l'avaient déjà démontré autrefois les observations microscopiques. Reichel (1), en examinant une branche liée de l'artère mésentérique , a vu les globules du sang re-

(4) De sanguine ejusque motu experimenta, p, 44.

tourner vers le tronc à chaque diastole du cœur, et finir par passer presque tous dans d’autres branches de ce tronc; il a reconnu aussi (1) qu'une branche d’une artère commençait par se dilater un peu, après avoir été liée, mais que bientôt elle versait son sang dans les autres branches libres , et n’en recevait plus, quoiqu'elle demeurât béante et qu'elle contint incontestablement de la sérosité ; lors même que les mouvemens convulsifs de l'animal accroissaient assez l'impulsion du sang pour que quelques globules fussent chassés dans son intérieur, ces corpuscules revenaient promptement sur leurs pas. Haller (2) a observé également qu'après la ligature d’une artère, quand il n’y a pas de branches au dessus, comme à l'aorte , et que le cœur bat violemment, le sang s’accumule dans le vaisseau , mais qu en tout autre cas, ce liquide passe dans les branches collaérales , la portion qui n’est plus en rapport avec aucun organe demeurant vide et s'oblitérant. De même aussi, après l'opération de V'ANGYEYSME, l'artère s'o— blitère, au dessus de la ligature, jusqu'aux branchés libres les plu prochaines, et celles-ci se dilatent ($ 760 , 2°); leur dilatation n’est point un effet purement mécanique ; car, après les amputations, les branches collatérales qui ont été coupées, comme l'artère principale, et qui, par conséquent, n’ont plus aucun office à remplir, loin de se dilater, se vident, au contraire , et s'oblitèrent. Carminati (3) prétend même que, si ordinairement on ne trouve pas pleine de sang une artère embrassée par deux ligatures ($ 715, 3°), c’est qu'après l'application du premier lien, le sang n'arrive plus au vaisseau ; car, lorsqu'on serre simultanément les deux ligatures, la portion d'artère comprise entre elles est pleine. Wardrop a fait une découverte fort instructive , celle qu'un anévrysme au dessous duquel on a lié l'artère Rent instantanément une partie de la force de ses batténlai diminue de volume et s'oblitère peu à peu (4). Or il est évident, d'après cela, que

(A) Zoid., p. 47.

(2) Opera minora, t. I, p. 74, 189.

(3) Giornale per servire alla storia della medicina, t. I, p. 264. (4) Froriep, Notisen, t XVI, p.155.

VIT. a

. Ta tueur recevait le sang non par la force impulsive du cœur, mais par la force attractive des organes.

3° L’obturation d’un vaisseau agit de la même manière que

sa ligature. Wedemeyer (1) a vu, par exemple , que des vaisseaux capillaires dont les dernières extrémités étaient bouchées par des caillots, ne contenaient point de globules , ét que, quand le courant y chassait par hasard un de ces corpuscules , il ne faisait qu'y osciller, jusqu’à ce qu'il füt rentré dans le tronc. Haller (2) a observé que, quand le sang s'était accumulé dans une dilatation anévrysmale de l'artère mésentérique, sans pouvoir s'écouler, le tronc finissait par se vider entièrement au dessus de la dilatation. De même, un corps étranger qui à pénétré dans une artère peut arrêter la circulation du sang, sans l'empêcher d’une manière mécanique ; d’après les observations de Velpeau, il suflit de plonger une aiguille à coudre dans une artère du calibre d’une plume à écrire , pour déterminer l'occlusion du vaisseau par un caillot solide (3).

IL. Lorsque l’activité vitale d’un organe baisse, l’afflux du sang vers cet organe diminue également. Le contenu même ‘des organes creux paraît exercer. de l'influence ; du moins, les observations de Spallanzani (4) l'indiquent-elles, en nous faisant voir que la circulation du sang cesse dans la vésicule biliaire aussitôt que cette poche a été vidée par une trèspetite ouverture , et(o) qu'il arrive peu ou point de sang aux poumons vides d'air.

he Il est certain que les membres paralysés reçoivent moins de sang , qu’ils ont un pouls plus petit, qu'ils sont plus froids et plus maigres que les membres sains du même individu (6). Ainsi, par exemple, Abercrombie (7) rapporte des

(A) Untersuchungen , p.196.

(2) Opera minora, t. I, p. 85.

(3) Froriep, Notisen, t. XXIX , p.169,

(4) Expér. sur la circulation, p. 463.

(5) Ibid., p. 270.

(6) Baumgaertner, loc. cit., p. 155.

(7) Ucber die Krankheïten des Gehirns , p. 178,

cas de paralysie subite d’un membre, dans lesquels celui-ci était froid et sans pouls , tandis que le pouls était fort et accéléré dans les autres membres. Storer a observé une paralysie rhumatismale d’un bras, dans laquelle le pouls cessa d’abord au poignet, puis enfin ? à l'aisselle , celui de l’autre bras étant

demeuré normal. Otto (A) a remarqué qu’on trouve quelquefois rétrécies les artères des membres qui ont été paralysés - pendant long-temps.

5° Lorsque Baumgaertner (2), après avoir coupé le nerf sciatique d'une Grenouille , le galvanisait jusqu’à ce que l’irritabilité des muscles de la patte fût éteinte, la circulation du sang cessait aussi dans la membrane natatoire. 6° Petit a remarqué le premier que , dans la gangrène, on

trouve les artères ou vides ou pleines de sang coagulé, de sorte que des parties assez volumineuses peuvent se détacher, après avoir été sphacélées, sans qu'il en résulté d’hémorrhagie. Dans un cas de gangrène de la jambe, Thomson (3) a trouvé l'artère crurale pleine de sang coagulé jusqu’à quatre pouces au dessus du sphacèle ,et, dans un autre cas de gangrène à la cuisse, ce caillot s’étendait jusqu’au point où l’artère nais-

sait de l'iliaque. Il est bien possible que la stase du sang soit quelquefois cause de la gangrène , comme Andral, par exemple , le prétend (4) à l'égard de la gangrène she des vieillards ; mais on pourrait difficilement en dire autant de la vacuité des artères, qui, suivant la remarque faite par Wedemeyer (5), entre autres, a fréquemment été observée aussi en pareil cas ; on doit done reconnaître que, quand la vitalité est éteinte dans une partie, le sang tantôt sort de ses artères et n’est plus remplacé par d'autre, tantôt devient stagnant et se coagule.

(4) Lehrbuch der hbloie Anatomie , t, I pe 315, (2) Loc, cit., p. 449.

(3) Meckel, Deutsches Archiv , t. I, p. 448.

(4) Précis d'anatomie pathologique , t. II, p. 373. (5) Untersuchungen, p. 402, |

b. Accroissement de l'influence organique.

8 762. L'ancien adage , wbi stimulus ibi fluvus , est d'une vérité incontestable. Il signifie que , quand l’activité vitale s'accroît dans un organe , celui-ci attire davantage de sang ,: d'où il suit naturellement que chaque organe fait toujours , par sa vitalité, antagonisme au sang et à la circulation. Le suc vital Mois’ iln’a point encore de direction permanente (S714, 6°), se porte tantôt d’un côté et tantôt d’un autre, Suivant que l’activité vitale s’accroît dans telle ou telle partie , et les sucs végétaux ont toujours de la tendance à se porter vers les points sur lesquels agit de préférence l'impression des agens extérieurs (1).

1° Le sang afflue en plus grande quantité non seulement vers les points qui sont stimulés par la chaleur, par le frottement, par la compression, ou par une autre cause extérieure, mais encore vers tout organe qui accomplit sa fonction avec plus d'énergie que de coutume. Ge cas a lieu manifestement pour les organes de la vie animale ; toutes les fois que l'esprit travaille d’une manière pénible et soutenue, l'accroissement du courant du sang vers le cerveau s'annonce par la rougeur et la chaleur de la tête, par un sentiment de plénitude , quelquefois même par un battement visible des carotides et par le gonflement des veines jugulaires (2). Lorsque l’on contemple long-temps de petits objets, l’œil devient rouge, «et semble être plus plein. Les phénomènes du cours de la vie que nous avons déjà signalés ($ 760, 1°) prouvent 14 l’accroissement de l’activité vitale des organes plastiques s’accompagne d’une augmentation de la quantité de sang qu'ils reçoivent.

2° L'augmentation de la quantité de sang doit déterminer l'ampliation des vaisseaux capillaires, de sorte que ceux qui

(4) Treviranus, Biologie, t, IV, p. 58.

(2) Burdach, V’om Baue des Gehirns, 1, LIT, p. 407.

n’admettaient qu'une seule série de globules en charrient maintenant plusieurs , et acquièrent par conséquent une couleur rouge qui les rend visibles. C'est ce qui arrive, par exemple, à la conjonctive, quand l'œil à été irrité, ou la vue fatiguée ($ 703, 2°). Cette ampliation des capillaires a été observée, au moyen du microscope, par Hastings (1) après l'emploi de l’'ammoniaque caustique , de l'hydrochlorate d’ammoniaque et du chlorure de sodium , par Wedemeyer (2) après la galvanisation, et par d’autres. On voit aussise gonfle? soit les veines cutanées de l'extrémité inférieure chez les personnes qui prennent un bain de pieds, soit celles d’une partie qui suppure , quand on touche la surface de l’ulcère avec une substance caustique.

3° Quand les vaisseaux capillaires d’une partie molle et extensible sont pleins, la partie paraît naturellement plus volumineuse; si, en même temps, elle a une grande cohésion , si son élasticité réagit contre l'expansion, elle offre le phé- nomène de la rénitence, et résiste à la pression du dehors. Cet état a lieu généralement pendant la vie, et disparaît à la mort ($ 633 , 9° ; 634,11) : aussi le connaît-on sous le nom de turgescence vitale ( #urgor vitalis). Comme expression d'une vitalité active, il constitue une sorte de biomètre , et il est susceptible de croître ou de décroître, tant dans l'organisme en général, que dans chaque partie molle. Mais ces alternatives se manifestent surtout dans quelques organes, à l'essence de la fonction desquels il appartient de se déployer seulement par momens ; tels sont, d’un côté, les organes de la génération ($ 164, 1°; 240, 1°, 3°; 297, 2°), notamment les ovaires ($ 298 , 3°; 328, be), les oviductes (8 328 , 2°), la matrice ($ 346, 1°, 2°; 348, 3°), le vagin et les petites lèvres ($348, 2; AS7, 1°; 489, 6°), les mamelons (8519, 7°), les testicules ($ 240, 1°), le scrotum (S$ 88, 8°) et le pénis ($ 278, 3°); d’un autre côté, des organes périphériques, dans lesquels l’état du moral s'exprime, comme les crêtes

(4) Meckel , Deutsches Archiv , t. VI, p. 228, (2) Untersuchungen, p. 243. 3,5

cutanées ($ 183, I; 247, 3°, 7°)chez divers animaux, et, dans l'espèce humaine, la peau du visage, que la pudeur couvre d'une teinte rouge, ou quela colère rend brillante, en même temps qu'elle y dessine des veines tuméfiées. Le phénomène de la turgescencé se déploie même dans le cerveau ; lorsqu'après une plaie de tête, cet organe faisait saillie à travers l'ouverture du crâne, pendant la vie, on le trouve affaissé après,la mort. Les tumeurs fongueuses de la dure-mère de-. viennent également moins saillantes quand l'activité vitale diminue, par exemple à la suite de fièvres aiguës. Au contraire , on remarque que le cerveau se gonfle et fait plus de saillie à travers les plaies du crâne lorsque la circulation ac: quiert plus d'activité, comme pendant la fièvre , après l'usage de boissons spiritueuses, où sous l'influence des affections morales (1). Le tissu qu’on appelle érectile, parce qu'il est éminemment susceptible de cette turgescence , a pour caractère la possibilité de varier plus que d’autres sous le rapport de la quantité de sang qu'il renferme, aptitude dont ilestredevable tantôt à une plus grande abondance de tissu cellulaire, tantôt à l’extensibilité où même à la dilatation réelle des vaisseaux.

4s Hebenstreit (2) considérait la turgescence comme l'effet d'une force vivante particulière , en vertu de laquelle certaimes parties se déploient et s’épanouissent quand elles viennent à être irritées, de manière qu'alors les liquides pénètrent facilement en elles. Mais Pexaltation de l’activité d'une partie solide ne se manifeste que par contraction ; car l'accroissement de la vitalité ne peut consister qu’en ce qu'une chose parvienne à un plus haut degré de ce qu'elle est déjà par sa nature propre , qu'en ce que la contraction augmente dans un organe contracté , ou l'expansion dans une partie dilatée. La turgescence ne part point des vaisseaux:, mais des parties situées hors des vaisseaux ; comme celles-ci représentent la substance

(4) Burdach , 7’om Baue des Gehirns, t. TITI, p. 31. (2) Doctrinæ physiologicæ de burgore vitali brevis expositio, Léipzick, 4795 , in-4°. |

organique solide, quand leur vie prend plus d'énergie, elles forment un antagonisme plus prononcé avec la substance organique liquide , c'est-à-dire avec le sang, et attirent ce dernier en plus grande quantité, dans le même temps que les vaisseaux capillaires cèdent et se diatent. La tension peut augmenter, d’un côté parce que le sang acquiert plus d'expansion, ou que la vapeur séreuse expansible devient plus abondante dans le tissu cellulaire, d’un autre côté parce que la tonicité des vaisseaux capillaires dilatés et du reste du tissu réagit ; mais la réplétion demeure toujours la cause principale ; car le pénis injecté ressemble au pénis en érection , les oviductes injectés se meuvent tout comme les oviductes turgescens ($ 328) et une tête préparée, comme celles que savait si bien injecter Ruysch, offre tous les caractères de la turgescence vitale. La tônicité elle-même ($ 735 ,2°) n’est autre chose qu'une forme inférieure , et appartenant à toutes les parties vivantes, de là turgescence vitale : elle dépend de la tension entre Je tissu et les liquides qu’il contient, le tissu solide étant distendu par ces liquides , sur lesquels il tend à se resserrer.

5° Nous avons donc un antagonisme entre les parois des vaisseaux capillaires et le tissu organique qui les entoure : si les premiers ont le dessus , ils se resserrent ($ 736), et si la vitalité du tissu ambiant l’empoñfte , ils se dilatent. IL serait possible que certains stimulans agissent avec plus d'énergie sur l’un ou sur l’autre de ces deux élémens. Thomson (1) n’a observé que l’ampliation des vaisseaux capillaires après avoir mis du sel commun en contact avec la membrane interdigitale de la Grenouille, et que leur resserrement après avoir fait agir de l’ammoniaque sur cette même membrane. Cependant cette différence paraît être déterminée plutôt par l'intensité dé la stimulation et par le degré de l’excitabilité : de l’eau chaude appliquée sur la patte d’une Grenouille, ne produisit d'abord, suivant Hastings (2), qu’un resserrement des vais seaux Capillaires ; mais l’action prolongée Qu souvent répétée

- (4) Meckel, Devtsches. Arehiv,.t. E, p.437. (2) Jbid., t. VI, p.230.

de ce liquide en amenait la dilatation , et si l'on appliquait ensuite de la glace, les vaisseaux se resserraient de nouveau ; de même, la glace opérait d’abord une constriction, puis une expansion des vaisseaux , après quoi l'eau tiède ou l'essence de térébenthine faisait de nouveau resserrer ces dérniers.

6° Comme Thomson et Hastings, Wedemever, Œsterreicher (1) et autres ont observé un ralentissement de la circulation dans les parties affectées par de forts stimulans. Nous ne pouvons pas le considérer comme la suite de l'ampliation (S 727, 1°) ; car si le sang s'écoulait par les veines avec autant de rapidité qu'ilsarrive par les artères , les vaisseaux capillaires ne se dilateraient point : il faut donc que la circulation soit ralentie primitivement dans les parties turgescentes , et le passage du sans dans les veines rendu plus difficile, ce que nous avons déjà démontré (8 278, 3°) avoir lieu relativement à la verge. Le tissu érectile possède , avec des artères fort peu volumineuses et qui se réduisent en vaisseaux capillaires très-déliés , de grosses veines qui, s'anastomosant ensemble, forment un réseau très-complexe, offrant de nombreuses dilatations fixées au tissu celluleux de l'organe (2). De même que le sang s’accumule dans le réseau veineux pendant la turgescence , de même aussi, d’après Lauth ,quelque chose d’analogue jusqu'à un certain point a lieu chez la personne qui rougit : Cet anatomiste a trouvé qu’en poussant une injection rouge dans les artères de la face, la peau rougissait d’une manière uniforme, mais qu'en faisant passer l'injection dans les veines, les joues devenaient d’un rouge foncé, tandis que le menton , le bout du nez et le front rougissaient moins , et que la rougeur se prononçait moins encore sur les autres parties du visage.

7° Lorsque cet état franchit certaines bornes, et devient morbide , il constitue l’inflammation. Ici le sang afllue de tous côtés, même en rétrogradant, vers la partie atteinte d’une excitation anormale , il coule avec plus de lenteur dans ceite

(4) Darstellung der Léhre vom Kreislaufe , p. 64, 429. . (2) Weber, Anatomie des Menschen, t. 1, p. 446.

partie , et il en distend les vaisseaux capillaires , qui , admettant alors trois ou quatre séries de globules , au lieu d’une seule, deviennent apparens par leur rougeur, d’'invisibles qu'ils étaient auparavant : enfin les globules entrent en sta- . gnation au centre de la partie enflammée , et s’y collent ensemble , de manière qu'il n’y a plus de limites appréciables entre eux, non plus qu'entre leur masse et le tissu environnant, tandis qu’au pourtour la circulation s’accomplit avec plus de rapidité, et les artères battent avec plus de force ; les ‘ battemens du cœur et la fréquence du pouls augmentent aussi lorsque l'inflammation est très-considérable sous le point de vue de l'intensité et de l'étendue.

( Les expériences de Thomson, Hastings et autres sur’ le mode d'action des excitans mis en contact avec les vaisseaux capillaires, ont dévoilé des faits intéressans , mais dont ces auteurs n'ont point toujours tiré des conclusions exactes. Œsterreicher et Kaltenbrunner paraissent avoir été plus heureux sous ce rapport. Œsterreicher fait remarquer que la distension des vaisseaux capillaires et des artérioles, qui .succède à l'application de légers excitans , tels que l'alcool faible, l’ammoniaque étendue et le sel marin, n’est point le phénomêne primordial, que l'excitation détermine un conflit plus fort entre la substance et le sang, et que la dilatation des vaisseaux capillaires ést uniquement le résultat de l'affluence d’une quantité plus considérable de sang vers le parenchyme. Il m'est souvent arrivé, en irritant le cœur d’une Grenouille avec une faible pile galvanique , ou même seulement avec la pointe d’une épingle, d'y déterminer une accumulation de sang tout-à-fait locale , qui ne durait que quelques secondes, et qui ressemblait à une tache d’un rouge très-foncé. Quand d’autres substances, comme l’ammoniaque , d'après Thomson, provoquaient des resserremens ou des rétrécissemens des vaisseaux capillaires , ce n'était point là un acte de contraction de la part des vaisseaux vivans, mais seulement un phénomène chimique. Une même substance peut, quand elle est étendue, agir comme stimulant et déterminer une congestion, tandis que , lorsqu'elle est concentrée, elle ne produit qu'une action chimique et fait resserrer la partie sur elle-même. Mais

les astringens agissent de cette dernière manière, alors même qu'ils sont étendus. Le froid et certaines causes internes sollicitent les vaisseaux capillaires à se vider , parce qu'ils affaiblissent le conflit entre la substance organique et le sang ; on aperçoit ensuite le phénomène connu sous le nom de chair de poule, parce que les nombreux follicules pileux et sébacés disséminés dans la peau deviennent saillans, comme autant de petits grains, à la surface de cette membrane affaissée, Lorsqu'il y à inflammation , il s'opère, dans les vaisseaux capillaires, entre la substance organique et le sang, un conflit morbide, provoqué par l'irritation, qui paraît constituer l'essence de cette inflammation , qui n’est ni-sthénie, ni asthénie , et qui se rencontre dans des états très-différens des forces vitales. D'après les belles recherches de Kaltenbrunner, dont l’exactitude sé confirme chaque fois qu'on les répète, il ya d’abord, dans l'inflammation , accroissement de l’afflux du sang vers la parüe irritée, et par suite ampliation des vaisseaux capillaires; plus tard, la circulation devient irrégulière dans les réseaux capillaires remplis outre mesure ; enfin elle s'arrête d’une manière complète , et il s'opère une véritable désorganisation , attendu que la condition de laquelle dépend l’organisation d’une partie , c’est-à-dire la répartition de la substance orga: . nique en petits courans et en îles de substance solide, est détruite. Le conflit morbide que l’irritation fait naître entre la substance’ et le sang réagit sur ce dernier en masse , et fait naître en lui la disposition à produire une eouenne inflammatoire quand il est sorti des vaisseaux. Si la partie enflammée a des surfaces libres, il peut survenir une exsudation de lymphe plastique, qui est susceptible elle-même de s'organiser. Mais si cette partie est parenchymateuse, les choses en demeurent à l'abolition de toute distinction entre les petits courans et les îles de substance organique , état’ auquel on donne le nom d'’induration. La suppuration s'établit à une époque plus éloignée, et nous n'avons point à nous en occuper ici ; quand l’inflammation continue ; elle se développe autour de ce qui a subi une entière désorganisation, et en procure l'élimination.

Toute:irritation provenant d’une substance qui n’agit point

d'une manière chimique, détermine un afflux du sang: les causes débilitantes produisent le collapsus et l'inanition des vaisseaux capillaires. La plus légère irritation de la conjonctive entraîne l'accumulation du sang dans les capillaires, sans qu'on puisse expliquer ce phénomène par un mouvement dans les troncs vasculaires , sur lesquels l'irritation n’agit point; l'excitation qui prend sa source dans une passion, tantôt fait pâlir la peau, et tantôt produit l'effet inverse, et fait rapidément monter le rouge au visage. Toutes les parties érectiles recoivent plus de sang lorsqu'elles viennent à être irritées. La peau tombe dans le collapsus et devient sèche dès qué la réaction vivante entre la substance et le sang diminué dans les fièvres typhoïdes. Tous ces phénomènes ont lieu d’une manière indépendante du cœur. Chez l'embryon, des accu- . mulations partielles de. sang se manifestent dans divers organes , l’un après l’autre, en raison de leur développement successif ; le commencement même de la formation et du cours du sang à lieu au pourtour de la membrane proligère , indépendamment du cœur , parle conflit du sang avec la substance virtuelle. L’explication de ces phénomènes exige seulement qu'on admette le conflit 7 et n'impose pas la nécessité de croire à une force propulsive appartenant en propre au sang lui-même, force dont rien ne prouve l’existence. ) (4)

B. Influence sur le courant vers le centre.

$ 763. S'il est démontré, par les considérations auxquelles nous nous sommes livrés jusqu'ici, que les organes attirent le sang et déterminent son cours dans les artères, il nous reste encore à examiner la cause de son retour au cœur.

I. Walther comparait la circulation avec les mouvemens des corps célestes, et l’attribuait à la loi qui veut que tout mouvement organiqne soit circulaire, parce qu'un corps central détermine les corps extérieurs à tourner autour de Jui.

(4) Addition de J. Muller,

-Vend (4), donnant plus de développement à cette idée, prétendit que l’ellipse est le reflet de la polarité primitive, ou de l'antagonisme entre l'un et le tout de la nature; qu'ainsi la circulation du sang (2) représente l'indifférence de l'unité et de l'infini; que quand le rayon parvient d’un des foyers de l'ellipse à sa circonférence, il est réfléchi vers l’autre foyer (3); qu’en conséquence l'aorte est le rayonnement du foyer artériel, du cœur gauche ou solaire, que le sang parvenu dans les capillaires aortiques, qui sont le zénith planétaire du sys- 1ème vasculaire , subit une réflexion, et revient, par le système de la veine cave, dans le foyer veineux, dans le cœur droit, d'où l'artère pulmonaire part en irradiant, de même que la veine pulmonaire revient au foyer primitif (4). Mais, comme nous ne trouvons pas de corps central autour duquel le sang tourne , et qu’il ne nous est pas possible non plus de considérer les deux moitiés du cœur comme les deux foyers d'une ellipse que le sang décrirait dans sa révolution, ces sortes de comparaisons ne conduisent à aucun résultat.

II. Les divers organes, en tant qu’ils renferment les dernières ramifications du système vasculaire, comme partie intégrante de leur tissu, jouent , par rapport au cœur , le même rôle que la périphérie à l'égard du centre; dans l’un et l’autre point, il y à une exaltation de la vitalité, dont la portion de la carrière du sang comprise entre eux n'offre qu'un pâle reflet. La circulation est l'expression permanente du rapport réciproque entre le centre et la périphérie ; en conséquence de quoi elle est accomplie par la vitalité de l’un et de l’autre.

Ae La force propulsive du cœur correspond à la force attractive des autres organes. Ceux-ci attirent le sang à eux, et comme ce liquide s’y attache lorsque leur vitalité devient plus considérable’( $ 762, 6° ), comme il perd même alors ses limites bien tranchées et semble éprouver un commencement de fusion ( $ 763, 7°), nous devons présumer que les”

(4) Die elliptische Blutbahn, p. 32.

(2) Loc. cit., p. 38.

(3) Loc. cit., p. 52.

(4) Loc. eùt., p. 71,

organes, en vertu de leur vitalité, admettent le sang dans leur substance et tendent à se réunir avec lui. Mais, dans l'état normal, cette réunion ne s’accomplit pas ; le sang maintient, au contraire , son intégrité ou son indépendance , et de là résulte que la tendance à la réunion demeure continuellement active , précisément parce qu'elle ne se réalise jamais ;. les organes ne cessent pas d'attirer des globules du sang à eux, et ceux qui ont déjà été en contact avec eux doivent toujours faire place à de nouveaux. Ainsi l'attraction que la périphérie exerce sur le centre pourrait déjà faire refluer le sang des organes, par cela seul que, n’atteignant jamais à son but, elle ne perd jamais non plus son eflicacité ou son pouvoir. Mais nous devons aussi attribuer une force répulsive aux organes ; en effet, cette force ne saurait leur manquer, puisqu'ils sont en antagonisme vivant avec le cœur, que celui-ci n'agit pas seulement sur le sang en l’attirant, et qu'il exerce encore sur lui une action répulsive ( $ 723 ). Or le rapport entre les deux forces varie suivant la loi de la polarité, de telle sorte que la force répulsive prédomine sur l'attraction dans le centre, et l’attractive sur la répulsive à la périphérie.

le Nous avons vu (S$ 739, 1°) que, quand les globules du sang ne sont plus sous l'influence du cœur et des organes, ils s’attirent mutuellement, puis se repoussent, et nous ne pouvons comparer ce phénomène qu'avec les mouvemens qui dépendent du changement de la polarité électrique. Maintenant pourquoi les globules du sang ne se comporteraient-ils pas de la même manière à l’égard des organes? Tout conflit repose sur l’antagonisme ; les organes attirent les globules du sang, parce qu'ils sont différens d’eux ; une fois entrés en rapport avec ces corpuscules, ils les imprèsnent de leur polarité, et la conséquence est que, par cela même, ils les repoussent. Ainsi, d’après cette vue, la tendance des organes à s’assimiler les globules du sang ne serait point réalisée matériellement, mais elle le serait dynamiquement. Les changemens appréciables aux sens que le sang éprouve alors ont déjà été. 2118 précédemment ($ 751); mais, quand bien même il n’en surviendrait aucun, nous n’en serions pas moins fondés à admettre un échange de polarité électrique, et, quoique ce

50 ACTION DE L'ORGANISME SUR LE SANG. | phénomène ne puisse être démontré avec le secours de nos électromètres, ce n'est point une raison de le révoquer en doute , car il ne nous est pas possible non plus de le mesurer avec l'instrument dans l'attraction et la répulsion des globules du sang , ainsi que dans divers autres phénomènes dont nous ne par venons à concevoir la production qu’en invoquant la loi du conflit électrique ; d’ailleurs, nous ne sommes pointtellement emprisonnés dans le cabinet du physicien que nous en soyons réduits à n’aller chercher toute électricité quelconque que dans nos ‘machines électriques. Bonorden (4) et Baumgaertner (2) ont admis déjà, comme nous, une force attractive et une force répulsive par räpport au sang.

2° Le centre et la périphérie agissent donc d’une manière simultanée et harmonique dans la circulation; le sang que les artères contiennent est poussé par le cœur et attiré par les organes ; celui que renferment les veines est attiré par le cœur et repoussé par les organes. À la périphérie, où le sang et les organes entrent en conflit chimico-dynamique, le mouvement n’est déterminé non plus que par des causes purement dynamiques ; 1l est mécanique, au contraire, dans le centre, où la force motrice vitale apparaît au point culminant de son énergie. Mais la question se présente .de savoir si le cœur, outre l’action qu’il exerce comme muscle creux, c’est-à-dire comme pompe aspirante et foulante, n'agit pas aussi comme masse vivante sur le sang. Il déploie la force mécanique la plus . énergique dans l'impulsion qu'il donne à ce liquide, de sorte qu’à peine pourrions-nous apercevoir quelques traces d'une répulsion dynamique ; mais il serait possible que sa force aspirante füt aidée par l'attraction de sa masse, et quelques circonstances ( 3°, 4°, be ) semblent indiquer que la chose a réellement lieu ainsi. |

3° Barkow a vu le sang veineux s’épancher dans les oreillettes, même après qu'elles avaient été: ouvertes, et s'arrêter après l’excision du cœur; aussi admettait-il que ce liquide

(4) Meckel, Archiv fuer Anatomie , 4827, p. d51. 42) Beobachtungen ugber die Nerven und das Blut , p, 162,

est sollicité par attraction (1). Les observations de Baumpgaertner (2) nous apprennent aussi que la marche du sang dans les veines n'était point troublée par la déchirure ou la section de l'oreillette, quoique beaucoup de liquide s'écoulât de la plaie ; mais ce qui était plus décisif, c’est qu'après la ligature des artères , qui supprimait l'effet de la force a tergo, et après l'ouverture de l'oreillette, qui faisait cesser la force aspirante, le sang continuait de marcher quand l'ouverture n’était pas trop grande , et venait remplir les ventricules, de sorte qu'il n’était pas non plus déterminé par la pression des parois à se porter vers la plaie.

3° La section des veines supprime l’action du cœur sur le courant veineux du sang. Après avoir pratiqué celle de la veine mésentérique, Haller (3) a vu quelquefois le sang, non pas s’écouler de Ia plaie, mais s’avancer par un mouvement de fluctuation vers l'intestin, ou (4) revenir de la plaie et prendre son cours vers le cœur par une autre veine; même après l’excision du mésentère (5), il ne sortait pas une seule goutte de sang par la plaie , mais ce liquide revenait sur lui: même etse répandait entre les feuillets du mésentère. Lorsque Kaltenbrunner (6)avait coupé une petite veine en travers, l’influence prépondérante des dispositions mécaniques (8726, 4°) faisait d’abord que le sang se portait de tous côtés vers la plaie; mais il ne tardait pas à devenir fluctuant, puis revenait sur ses pas, et s'éloignait de la plaie, en sorte que, depuis celle ci jusqu'à l'orifice de Ja plus prochaine branche intacte , la veine était vide, ou en grande partie pleine de sang stagnant et coagulé; de même aussi, qüand il s'était contenté de faire une piqûre à un vaisseau plus volumineux (7), le sang accourait

(4) Meckel, Archiv fuer Anatomie, 4830 , p. 42, 19:

(2) Loc. cit., p. 103, %

(3) Opera minora , t. 1, p. 95. ÿ

(4) Loc, cit., p. 415.

(5) Loc. cit., p. 419.

(6) Heusinger, Zeitschrift fuer die organische Physik, t.T, p. 305, — Kaltenbrunner anche circa stutum sanguinis et vasorum Ÿn 1nflammatione , p. 2.

(7) Loe, cit, p, 209, — Kaliérurek, loc, oit,, p, 4.

de toutes parts vers la blessure, puis le courant rétrograde cessait; le liquide devenait d’abord fluctuant, ensuite il reprenait tout à coup son élan, et reconfmençait à suivre le cours normal, en passant par dessus la plaie. Enfin , lorsque Baumgaertner (1) avait coupé une veine dans la membrane interdigitale d'une Grenouille, non seulement le sang coulant des radicules veineuses vers le cœur évitait la plaie, et ne passait que par les branches collatérales demeurées intactes, mais encore celui que contenait déjà le vaisseau blessé‘revenait Sur ses pas, pour prendre une autre route.

5° Après la ligature d'une veine, le sang se détourne de la branche oblitérée , et s'engage dans les branches collatérales, pour aller gagner le cœur. C'est ce qu'ont vu Haller (2), Spallanzani (3) et Hastings. La même chosé arrive aussi toutes les fois que l’on comprime les veines cutanées; car alors ces vaisseaux ne se tuméfient ni, beaucoup ni d'une manière continue.

Page 1