Membranes vasculaires
Ac Les membranes vasculaires, qui sont la première variete , entourent des parties sensibles, et se composent de vaisseaux qui, dans la pie-mère cérébrale et la choroïde de l'œil , ne sont unis que par un tissu cellulaire parenchymateux trèsdébcat , tandis que, dans la pie-mère rachidienne, ils sont soutenus et portés par l'enveloppe celluleuse dense et presque tendineuse de cet organe, et n’atteignent point là leur terminaison , mais se rendent à des parties douées de sensibilité. La choroïde oculaire fait le passage aux tissus vasculaires ; car ses vaisseaux, qui se divisent sous des angles aigus, et qui, marchant à peu près parallèlement les uns aux autres, forment des réseaux déliés et superposés, se partagent d’une manière moins dendritique , conservent à peu près le même calibre , sont extrêmement nombreux, et paraissent se terminer en partie dans son propre tissu. D’un autre côté , les vaisseaux du testicule, organe plastique à la vérité, mais doué en outre d’une sensibilité exquise , forment , au dessous de son enveloppe tendineuse , une expansion qu’on peut considérer, avec Cooper (1), comme une membrane vasculaire.
B. Tissu vasculaire.
12° La seconde variete}, ou le tissu vasculaire, est un entrelacement de vaisseaux sanguins et de leurs extrémités périphériques. Aussi ce tissu est-il éminemment susceptible de turgescence, ce qui lui a fait donner l’épithète d'érectile, et renferme-t-il des nerfs quand il est parvenu à un haut degré de développement ; de sorte que nous rencontrons ici, dans la série des tissus plastiques, le point où des nerfs commencent à devenir apparens.
(4) Observations on the structure and diseases ofthe Testis, London 41530 , in-40 , fig. -- Die Bildung urd Krankhçeiton des Hodens, p. 6.1
438 SYÉTÈME CELLULAIRE.
Les plexus choroïdes du cerveau, formés par le plissement de la membrane vasculaire, sont en quelque manière le prototype de ce tissu, dont ils ne se distinguent qu’en ce qu'il sort d'eux des artères qui vont répandre leurs ramifications dans les parties voisines.
La choroïde de l'œil se développe en un tissu vasculaire incomplet et privé de nerfs, le corps ciliaire , et en un tissu vasculaire complet et potitŸé de nerfs, l'iris. Le corps ciliaire est composé de vaisseaux qui ont environ 0,0180 ligne de diamètre, sont un peu flexueux , s'anastomosent fréquemment ensemble, marchent pour la plupart parallèlement les uns aux autres , de la circonférence vers l’intérieur; puis, Continuant d'avancer en faisceaux coniques distincts , forment les procès ciliaires, à l'extrémité libre et interne desquels ils s’infléchissent sur eux-mêmes èt reviennent vers la circonférence.
Dans l'iris, les vaisseaux arrivans forment au pourtour, en se divisant et s’anastomosant , un cercle à partir duquel ils convergent, en faisceaux parallèles , légèrement onduleux , et semblables à des colliers de perles’, vers l'intérieur, où une partie d’entre eux produisent un second cerclé; puis, quand ils ont attéint le bord interne de l'iris, ils s’infléchissent et reviénnent à la ciréonférence. Berzelius (1) soutient que cet organe est un muscle; mais comme les fibres déliées qu'on y aperçoit ne sont autre chose que des vaisseaux, la fibrine que ce chimiste en a extraite devait provenir du sang contenu dans les vaisseaux, sinon même de la couche fibreuse des artères.
Dans les corps cavernéux du pénis, des artères gréles se continuent avec d'amples veines, qui représentent un réseau compliqué et à mailles très-serrées. La mémbrane scléreuseé, qui sert d'enveloppe à ces corps, envoie à l’intérieur des cloisons , qui forment les céllules tapissées par les veines.
On trouve un tissu analogue dans le clitoris , les petites lèvres de la vulve, les mamelons etla matrice remplie du produit de la conception.
(4) Traité de chimie, t. VIL, p. 470. .
SYSTÈME CELLULAIRE: 159 tt Organes vasculaires,
13° Les organes vasculaires constituent la seconde espèce des parties vasculaires, celles qui représentent des lacis de vaisseaux ayant des limites à eux, dans lesquels le courant des humeurs se ralentit, et où ces dernières subissent en même temps une métamorphose matérielle spéciale. On leur a donné le nom de glandes , lorsqu'on n’attachait point encore de sens déterminé à ce terme, qu'aujourd'hui encore on emploie traditionnellement en parlant d'eux. Leur analogie avec les ganglions nerveux leur a fait imposer par les physiologistes français la dénomination plus convenable de ganglions sanguins.
A. Ganglions lymphatiques.
14° Les ganglions lymphatiques , ou glandes lymphatiques , qui forment la première variété, sont la plupart du temps groupés plusieurs ensemble , surtout dans le tissu cellulaire atmosphérique , et une enveloppe celluleuse assez forte les entoure. Après avoir pénétré dans leurintérieur, les vaisseaux lymphatiques se divisent en une multitude de branches, qui s’entortillent les unes avec les autres, sont unies ensemble par du tissu cellulaire parenchymateux, se croisent avec de grêles vaisseaux sanguins qui viennent s’y joindre, puisse réunissent de nouveau , et sortent de l’autre côté du ganglion. Les branches entortillées et recourbées des vaisseaux lym- . phatiques présentent l'apparence de cellules sur la coupe transversale de l'organe. Suivant Fourcroy, les ganglions lymphatiques donnent peu de gélatine et beaucoup d'une substance insoluble dans l’eau, qu'il appelle fibrine , avec du phosphate calcaire , du chlorure de sodium et du chlorure de potassium.
B. Ganglions sanguins.
15° Les ganglions sanguins, ou glandes sanguines, seconde variété , sont des lacis de vaisseaux sanguins ramifiés , entremêlés de vaisseaux lympbhatiques et de tissu cellulaire parenchymateux. Il n'existe donc qu'une différence purement relative entre eux et les ganglions lymphatiques. Mais, tandis que ces derniers sont fort nombreux , petits, répandus d’une manière presque générale , et partout à peu près égaux, Îles ganglions sanguins sont en petit nombre, volumineux , conformés d'une manière particulière, et fort différens les uns des autres. Deux d’entre eux, la rate et la glande thyroïde, reçoivent plus de sang, proportionnellement à leur grosseur, qu'il n’en arrive à d’autres organes.
a. Rate.
16° La rate ressemble aux corps caverneux plus qu’à toute autre partie du corps. Elle à une enveloppe fibreuse, qui envoie dans sa substance des prolongemens , dont les uns forment autant de gaînes aux vaisseaux , à leur entrée dans l’organe , les autres produisent des cloisons qui descendent de la surface et se fixent aux gaînes. Les artères ne se divisent pas peu à peu en ramifications toujours décroissantes, et, au contraire , elles. ne tardent pas à se réduire en petites branches ; les plus gros vaisseaux capillaires sont très-flexueux, les moyens s’écartent les uns des autres en façon de pinceaux, les plus déliés sont longs, filiformes et entrelacés ensemble. Ils se continuent avec les radicules veineuses, dont le plexus forme des cellules anastomosées. Les points de transition entre ces dilatations celluleuses et les branches veineuses cylindriques donnent au tissu un aspect comme troué. La connexion des branches veineuses avec les cellules est évidente ; Car on peut faire passer une sonde des premières dans les secondes, et soufller la rate entière en poussant de l'air dans les veines; on
SYSTÈME CELLULAIRE. Ar
peut aussi, en ouvrant une cellule, faire parvenir de l'air ou de l’eau dans les autres et dans les veines. La connexion entre les artères et les veines n’est pas moins manifeste ; les injections passent même plus facilement ici des unes aux autresque dans d’autres organes.
Les branches veineuses ont un diamètre bien plus considérable que celui des branches artérielles correspondantes. La proportion est ici de5 : 1, d'après Heusinger (1), tandis qu'aux membres , elle n'est que de 2,5 : 1. Comme, en outre, les parois des veines spléniques sont très-flasques et molles, et que leur solidité est à celle des parois artérielles : ; 4 ? 4 (2), il résulte de là que , quand on injecte les artères, après avoir plongé la rate dans de l’eau chaude, la masse passe d'ellemême, suivant Schmidt (3), dans les veines jusqu’à ce que les artères soient complétement vides.
La disposition des vaisseaux de la rate fait que ce viscère est susceptible d’éprouver des changemens considérables de volume. On le voit, dans le cours d’une vivisection , entrer en turgescence , se gonfler et durcir quand on lie la veine porte ou la veine splénique (4) , ou quand on trouble d’une autre manière la circulation et la respiration (5). On le trouve aussi dans cet état sur les cadavres des sujets dont une inflammation (6) ou une atrophie (7) du foie a dérangé la circulation hépatique. Au contraire, la rate est petite et flétrie après les hémorrhagies épuisantes et le vomissement.
La rate ne reçoit que des nerfs peu nombreux et gréles. Elle a beaucoup de lympbhatiques. Les vésicules blanches qu’on y a trouvées quelquefois , même chez des hommes qui avaient joui, d'une bonne santé, mais qu’on rencontre plus fréquemment chez les Mammifères, sont encore problématiques. D’a-
(4) Ücber den Bau und die Verrichtungen der Mas , p. 93. (2) Haller, Elem. physiolog., t. VI, p. 401.
(3) Commentatio de pathologia lienis, p. 48.
(4) Haller, Element. physiolog., t. VI, p. 404. (5) Gendrin , Hist, anatom. des inflammations , t. I, p. 206. (6) Andral, Précis d’anat. pathologique , t. II, p. 240.
(7) Gendrin, Hist, anat. des inflammations , t. II , D. 426.
près’Assolant (4), elles sont larges de 0,2 à une ligne, la plupart du temps rondes, quelquefois anguleuses, tantôt fort rapprochées les unes des autres, tantôt éparses, attachées au tissu entourant, et pourvues d'un très-petit nombre de vais seaux; elles ne renferment point de cavité dans leur intérieur, et ne laissent échapper aucun liquide quand on les incise. Suivant Heusinger (2), l'air qu'on souflle dans les veines pénètre dans ces vésicules, mais une masse plus dense n’imjecte que les vaisseaux qui s’y répandent; parmi ceux-ci, les artères paraissent ne se distribuer qu’à la surface, et les vemes venir de la profondeur ($ 813, 2°).
Selon Vauquelin, la substance de la rate'contient beaucoup d’albumine, un peu de fibrine, de la matière colorante du sang , une petite quantité de matière soluble dans l’eau bouil- Jante et un peu soluble dans l'alcool , de lhydrochlorate d’ammoniaque, du chlorure de:sodium, de la soude et du phosphate de potasse. |
B. Glande thyroïde.
17° La glande thyroïde ne présente pas de cellules veineuses semblables à celles de larate; mais elle se; fait remarquer, tant par la grande quantité de sang qu’elle reçoit, car ses artères ont autant de diamètre que celles du cerveau (3), que par les nombreuses anastomoses de ses vaisseaux sanguins , supérieurs et inférieurs , droits et gauches. IL est facile aussi d'injecter ses veines par les artères. Les vaisseaux d’un gros calibre décrivent beaucoup de circonvolutions dans son intérieur ; les capillaires, lorsqu'ils fournissent une branche , s’écartent un peu du côté opposé, de sorte qu'ils représentent des divisions dichotomiques ; les ramifications les plus déliées marchent à pen près en ligne droite. La glande thyroïde a des vaisseaux lymphatiques considérables, plusieurs branches ner-
(4) Recherches sur la rate, p. 41.
(2) Loc. cit., p.42 (3) Schreger, Fragmenta anatomica et physiologica, p. 19,
veuses , un tissu cellulaire parenchymateux qui unit énsemble les ramuscules vasculaires, et une enveloppe celluleuse. Elle est susceptible de se gonfler, et augmente de volume quand la veine cave supérieure a de la peine à se vider , notamment dans les efforts violens. D'après Frommherz et Gugert(1) , elle contient de la ptyalme, de la caséine, du mucus , de l’osma-: zome, de la graisse, de la fibrine , du carbonate et du phosphate de potasse , un peu de chlorure de potassium, des phosphates de chaux etide magnésie, et des traces de carbonate calcaire et d'oxide de fer.
y. Thymus,
18° Le thymus reçoit de tous:les côtés ses vaisseaux , qui sont pr ionnellement fort grêles , et dont les ramifications forment, avec le tissu cellulaire parenchymateux, des masses serrées les unes contre les autres, par conséquent anguleuses, mais qui s’arrondissent en arrivant à la surface. Ces masses se réunissent, au nombre d'une douzaine environ, en un lobule, dans lequel elles laissent un vide, qui communique librement avec celui du lobule voisin ; mais les lobules sont unis en lobes par du tissu cellulaire, dans lequel se répandent les branches vasculaires. Le thymus paraît être susceptible aussi de se gonfler; il serait possible que l'asthme appelé thymique dépendiît moins d’un accroissement anormal permanent de ce Corps, que de sa tuméfaction périodique. D'après Morin (2), le thymus du Veau contient 0,7000 d'eau , 0,1409 d’albumine, 0,0165 d'osmazome, avec du lactate de potasse et de chlorure de potassium , 0, 0600 de gélatine, avec du phosphate de potasse , 0,0005 de graisse acide, 0,0030 d’une matière animale particulière, et 0,0800 de fibrine, avec des phosphates de soude et de chaux.
(4) Schweïigger, Journal fuer Chemie , t. L {p. 191, (2) Journal de tliknts médicale , t, IIT, p. 454,
d. Capsules surrénales.
19° Les capsules surrénales ’recoivent à leur surface! un nombre considérable d’artères grêles, dont les ramifications les plus déliées marchent parallèlement , et très-serrées les unes contre les autres, s’anastomosent de distance en distance, par des branches latérales obliques, se dirigent vers l'intérieur , et représentent, prises ensemble, la substance extérieure ou Corticale, qui, par conséquent, est plus dense, plus ferme , et en apparence composée de fibres convergentes. La substance intérieure est plus lâche , plus molle, plus rougeûtre ; elle se compose en grande partie de veines, qui forment, les unes un réseau de radicules dilatées en manière de cellules et anastomosées ensemble, les autres pe central, dont la lumière a été prise pour une cavité particulière. Déjà Morgagniavait remarqué qu’on peut, en poussant de l'air par une des veines qui sortent de l'organe, le faire pénétrer dans cette prétendue excavation. Schmidt démontra en outre les orifices des veines qui s’y abouchent (1), et la connexion du vide central avec le système veineux se trouva ainsi bien établie ; mais ce sont Home (2) et J. Muller qui les premiers ont fait voir que les vides ne sont eux-mêmes autre chose que des troncs veineux. Les veines qui sortent des capsules surrénales sont moins nombreuses, mais plus ‘grosses que les artères qui y arrivent. Du reste, ces organes reçoivent plusieurs filets nerveux, et 1ls ont une enveloppe celluleuse simple. :
$ 784. 1° Le second ordre des tissus plastiques comprend le système cutané. Bichat fut le premier qui apprécia dans toute leur portée les connexions de la peau avec la membrane
(4) Diss. de glandulis suprarenalibus , p. 32. (2) Meckel , Deutsches Archiv, t, V, p. 262. |
muqueuse et les glandes. Stimulés par son exemple , quelques uns des partisans de la philosophie dite naturelle, en Allemagne , Kessler, par exemple (1), considérèrent les glandes comme des ramifications de la peau réfléchie à l’intérieur , opinion en faveur de laquelle l'observation s’est prononcée depuis. Wilbrand (2), en particulier, s’est attaché à représenter tous ces organes comme ne constituant qu'un seul système
Ébnsidéré sous le point de vue de sa substance , ce système nous apparaît comme un développement supérieur de celui du tissu cellulaire. Quand on le met bouillir avec de l’eau, il se convertit presque entièrement en gélatine, et lorsqu'on le fait ramollir dans de l’eau froide, il se résout peu à peu en un tissu lamelleux, de sorte qu’il semble n'être originairement que du tissu cellulatré réduit en couches nombreuses, superposées et condensées. Mais il diffère de ce tissu sous “plu: sieurs rapports ; en premier lieu, il n’est point subordonné à d'autres parties, mais représente des organes indépendans , doués d’une activité vitale à eux propre; puis il ne forme pas des espaces clos, mais se trouve entièrement à découvert, ou communique par des ouvertures béantes avec la surface extérieure, et constamment entre en conflit avec le monde du-dehors ; enfin il ne se compose point de parties séparées , mais forme un tout non interrompu, qui néanmoins varie à l'infini eu égard à sa texture, et présente des modifications spéciales dans chaque point de son étendue.
Le système cutané ne partage la propriété de former un tout continu qu'avec deux autres systèmes, le vasculaire et le nerveux. Aussi représente-t-il celle des sphères des organes plastiques qui confine aux organes de la vie animale, et prend-il place, dans la série des tissus, entre le système vasculaire et Le système nerveux. Des vaisseaux et des nerfs, incorporés dans une base de tissu cellulaire modifié et surtout condensé , en constituent les parties élémentaires essentielles, dont
(4) Das Hautsysten in allen seinen Verzweigungen anatomisch, physio= logisch und pathologisch betrachtet , p. 44-30.
(2) Grundzsuege zu einem Systeme der PM ystologie des Orgamimus , P. 263. %
tantôt l'une et tantôt l’autre a la prédominance, L'une des surfaces de ce système est fixée immédiatement à des muscles ou à des membranes scléreuses, par du tissu cellulaire, et liée aux autres systèmes organiques par des vaisseaux et des nerfs. L'autre surface est libre; comme siége proprement dit de la vie cutanée, on y découvre des réseaux extrêmement fins de vaisseaux capillaires , avec les extrémités périphériques des nerfs ; comme limite séparant l'organisme du monde extérieur, elle’est revêtue d'une enveloppe protectrice, produite par de la substance cornée et par du mucus. Le conflit avec le monde extérieur consiste à recevoir du dehors et à éliminer du dedans ; le système cutané accomplit donc l'ingestion et l’éjection. Lorsque son activité est plus développée dans une direction particulière, il forme des prolongemens tantôt saillans au dessus de la surface, les phanères, tantôt plongés au dessous d'elle , les cryptes. Les cryptes sont des organes d’éjection, tandis que les phanères sont surtout des organes d'ingestion, soit plastique, lorsque la prédominance des vaisseaux les rend absorbans ( villosités), soit sensitive, quand la prédominance des nerfs leur imprime le caractère de la vie animale ( papilles).
2° Le système cutané forme , d'un côté, la surface extérieure du corps, de l’autre la surface intérieure, ou la paroi, des cavités qui s'ouvrent au dehors (*). Il se partage donc en peau proprement dite et en membrane muqueuse, laquelle, à son tour, se divise en membrane générale , celle des organes digestifs et respiratoires, et productions spéciales de cette membrane, les glandes. Le principe servant de base à la classification de tous ces organes ne peut être puisé que dans le caractère physiologique, en vertu duquel le système cutané tient le milieu entre le système du tissu cellulaire et le système nerveux. Or le système du tissu cellulaire a pour caractère de se rapporter exclusivement à la vie plastique, de se concentrer à l'intérieur , d’être clos et isolé. Nous aurons donc à examiner celles des formations cutanées qui possèdent la plas-
(*) Voyez Nouvelles Recherches sur la structure de la peau, par G, Breschet et Roussel de Vauzème, Paris 1835, in-8°, fig,
ticité au plus haut degré , qui sont situées le plus en dedans, qui sont le plus séparées et le plus spécialisées, qui par conséquent aussi ont le plus d’aflinité avec le système cellulaire ;: ensuite nous passerons à celles dans lesquelles les relations avec la vie animale, la situation au dehors, l’uniformité de texture, la réunion et l’universalité se prononcent de plus en plus.
À. Membrane muqueuse.
$ 785. Conformément à ce principe , la membrane muqueuse forme le”premier sous-ordre des productions cutanées.
4° Déjà sous le rapport de son origine elle tient de près au tissu cellulaire, puisqu'elle se’ forme à l’état d’une vésicule close , qui constitue l’intérieur du corps de l'embryon, et qui est le siége principal des opérations par lesquelles l'organisme se-développe-($ 417,-8°; 436, 3° ). Nous ne pouvons pas non plus la considérer comme une réflexion de la peau extérieure, puisque celle-ci se produit beaucoup plus tard, et alors seulement est mise en communication avec elle par une ouyerture qui s’eflectue tant de dedans en dehors que de dehors en dedans ( $ 438, 2° ). Elle représente des organes creux, qui s'étendent dans l'intérieur du corps et s'ouvrent à la surface , extérieure, pour accomplir le principal de tous les conflits matériels avec le monde extérieur; en d’autres termes, elle formela surface interne du corps, par laquelle certaines substances pénètrent du dehors dans l’intérieur ( dans le tissu cellulaire ), et d’autres se déposent du dedans au dehors,
2° Comme elle tient plus à la vie plastique que Ja peau , elle se distingue de cette dernière par un tissu plus mou, plus spongieux , plus pénétrable, plus facile à déchirer et plus transparent. Sa couleur est le blanc grisätre, plus ou moins rouge, suivant l'abondance des vaisseaux sanguins. Elle a peu d'extensibilité et de contractilité. Après avoir élé desséchée, elle est mince, lisse et raide.
3° Un tissu cellulaire dense, résistant et dépourvu de graisse, qu'on peut jusqu’à un certain point regarder comme une membrane à part, ou comme une enveloppe celluleuse, attache sa face externe à des fibres musculaires ou à des mem-
branes scléreuses , ou à dutissu cellulaire parenchymateux, ce qui contribue à la rendre plus solide et à entretenir sa cavité perméable.
L° En vertu de ses relations intimes avec la vie plastique, elle reçoit un très-grand nombre de vaisseaux sanguins, qui se ramifient dans sa couche de tissu cellulaire , dont les rami : fications déliées pénètrent dans sa substance même, et qui, lorsqu'elle a une certaine épaisseur, y forment des lacis tels que cette circonstance, jointe à la laxité de sa texture, lui permet de se tuméfier à un degré considérable, par exemple dans les inflammations. Les vaisseaux capillaires les plus déliés se répandent immédiatement au dessous de la face interne et libre, de sorte que celle-ci est le siége le plus fréquent des hémorrhagies; quand ils sont très-développés, ils forment une couche séparable du reste de Ia membrane muqueuse, et qu’on appelle membrane villeuse (membrane muqueuse proprement dite , de Bichat ).
5° Les nerfs accompagnent surtout les vaisseaux, et ne deviennent plus nombreux que sur certains points. Ils appartiennent en partie au système cérébro-spinal , et en partie au système ganglionnaire.
6° La surface interne de la membrane muqueuse est rendue brillante par l'humidité qui la couvre. Quand élle se développe davantage, elle prend une apparence raboteuse, due à des saillies séparées par des enfoncemens.
Les saillies sont tantôt des replis et des valvules, tantôt des excroissances aplaties ou cylindriques ( villosités ou flocons }), avec des vaisseaux nombreux et vraisemblablement aussi des nerfs.
7° Les enfoncemens de la membrane muqueuse, appelés cryptes muqueuses Où follicules mucipares , sont également très-riches en vaisseaux , et représentent tantôt des dépressions et excavations peu profondes de la substance, tantôt des renversemens et de petits sacs en forme de bouteilles, avec un orifice étroit et un fond qui fait saillie à l'extérieur.
8° La membrane muqueuse se putréfie très-facilement dans l'eau, et s'y résout en une bouillie grisâtre. Les acides la dissolvent aisément. Elle se resserre d'abord dans l'eau bouil-
lante ; mais, quand l’ébullition dure quelque temps, elle donne un peu de gélatine, que l’on peut précipiter à l'aide du tannin, quoique Berzelius (1) nie le fait.
9° Elle a enfin pour caractère que, surpassant de beaucoup la peau sous le rapport de l'étendue , elle est, eu égard à la continuité, partagée en différens organes et groupes ou systèmes d'organes, et présente les plus grandes diversités dans chacun de ses points. Ici on la trouve épaisse et ferme ; là épaisse et molle. Dans telle partie, elle est mince et solide, dans telle autre, minceet délicate. En général, elle est d’autant plus molle ou mince qu’elle occupe une région plus profonde , et d'autant plus épaisse et ferme qu’elle se rapproche davantage de la surface extérieure. Il y a des points, ceux surtout dans lesquels elle offre de la mollesse et une certaine épaisseur , où elle tient peu aux parties voisines ; ailleurs elle y adhère intimement, ce qui a lieu principalement quand elle est mince et dense. Sur certains points, elle est plus développée, plus épaisse, plus spongieuse, plus rouge, plus riche en vaisseaux et en nerfs, ainsi qu’en saillies et en enfoncemens. Dans d’autres, au contraire, elle est plus mince, blanchâtre, et semblable à une membrane scléreuse. Elle présente, en outre, de grandes différences dans la forme, de ses réseaux capillaires. |
Considérée d’une manière générale, elle se partage en productions ünipolaires qui sont des organes distincts, consacrés uniquement à l’éjection, les glandes, et en productions bipolaires , qui sont universelles, et accomplissent à la fois l'ingestion et l’éjection, les membranes muqueuses de la digestion et de la respiration.