‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 3)Chapitre 37 sur 108 · À. MUSCLES SOUMIS A LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

À. MUSCLES SOUMIS A LA VOLONTÉ

2° Les muscles soumis à la volonté composent la première espèce.

Ils ont une affinité ébpryehainé avec le système nerveux, sous l'influence immédiate duquel ils se trouvent, ont des nerfs à la fois volumineux et en srand nombre, et n’en reçoivent jamais que du cerveau et de la moelle épinière. Comme organes de la vie extérieure , ils sont placés du côté de la périphérie. Peu d’entre eux s'appliquent à la membrane muqueuse , sur la limite qui la sépare de la peau. La plupart sont au dessous de cette dernière, et contribuent à former la paroi viscérale ; ils ont plus de puissance aux membres que partout ailleurs. De ces particularités il résulte aussi que les muscles soumis à la volonté ont un volume considérable , et que ce sont eux qui, de tous les tissus , occupent le’plus d'espace. Chacun d'eux s'attache, par ses deux extrémités, à deux parties mobiles , différentes l’une de l’autre sous un rapport quelconque. Du tissu scléreux' sert d’intermédiaire à ces attaches; car, d’un côté, les bouts des fibres des tendons et des muscles $ *engrénent l'un dans l’autre, comme deux pinceaux qui se pénétreraient réciproquement, et de l’autre ces tendons s’insèrent au périoste ou au périchondre , ou se confondent avec eux. Il n’y a qu’un très-petit nombre de muscles qui aboutissent à la peau ou à la membrane muqueuse.

3° La substance musculaire est molle , plus extensible que la plupart des tissus scléreux, moins susceptible de s’allonger que la fibrine pure et que la peau, moins solide que la peau et le tissu scléreux. Sa pesanteur spécifique est de 1072 ou de 1073 d’après Kapff (1).

he Le muscle se compose ; comme le nerf, de fibres qui sont renfermées dans une enveloppe celluleuse , tiennent en-

(4) Untersuchungen ueber das specifische Gewicht thierischer Sub stansen , p.10.

semble par da tissu cellulaire parenchymateux, et sont unies, par une enveloppe celluleuse, en faisceaux produisant de a gros faisceaux par le même mécanisme, jusqu'à ce qu'après avoir présenté plus d'une fois cette sorte d'emboîtément, le muscle: finisse par acquérir une enveloppe celluleuse Lénérale. |

5° Par la division simple , on obtient des fibres d’un jaune rougeûtre, qui ne sont pas parfaitement rondes , mais un peu angulèuses. Krause (1) les compare pour la plupart à des prismes tétragones où pentagonés!, arrondis sur les angles, ét ayant au moins 0,0038 ligne d'épaisseur , sur 0,009 de large , et au plus 0,0200 d'épaisseur , sur 0,0312 de Jarge.

6° Une telle fibre peut encore être divisée en fibrilles, et Von à cherché à pousser la division aussi loin que possible , . afin de connaître l'élément mécanique proprement dit du muscle. Suivant Weber (2), une fibre aussi déliée qu’un cheveu (environ 0,0240 de ligne) est fissile en treize à dix-huit filamens simples. D'après Krause, elle renferme de huit à cinq cents filamens. Il résulte de à que les évaluations qu'on a données du diamètre des fibrilles élémentaires s'éloignent singulièrement les unes des autres. Il est de 0,0088, d'après Raspail (3), 0,0033, selon Gendrin (4), 0,0030, suivant Schultze (5). Muys l'évaluait au quart, et Prochaska au ciniquième d’un globule du sang; Fontana au quart du plus petit vaisseau ‘capillaire , Prevost et Dumas à 0,0014, Krause dé 0,0009 à :0,001%. Raspail (6) l'a trouvé de 0,0220 dans lé Bœuf , et Muller de 0,0024 à 0,0060 dans le Perroquet. La ténuité des fibrilles ne permet pas d'apprécier $i elles ‘ont encore des enveloppes celluleuses, ou si ellés sont accolées immédiatement les unes aux autres.

Outre que les fibres, à l’état de composition, sont ondu-

(1) Handbuch der menschlichen Anatomie , t, X, p. 57.

(2) Anatomie des Menschen , t. X, p. 386.

(3) Répertoire général d’anatomie, t. II, p. 47.

(4) Hist. anat. des inflammations , t. IL, p. 488.

(5) Systematisches Lehrbuch der vergleichenden Anatomie; t.T, p. 122. (6) Nouveau syst. de chimie organique, p. 244.

leuses , on remarque aussi sur les filamens, en les examinant au mICrOSCOpe, des stries transversales , alem ot bment plus claires et plus foncées , qui semblent provenir de la flexuosité des fibrilles. Krause pense que ce sont seulement des plis de l'enveloppe celluleuse d'une fibre, et il leur assigne en général une largeur de 0,0007 de ligne.

Quelques physiciens regardent les filamens comme des tubes. Tel est Raspail (4), qui dit que chaque tube est plein d'une substance non entièrement miscible à l’eau froide, et contenant cà et là des globules isolés , mais que d’ailleurs la paroi est complétement lisse. D’autres voient en eux des séries de globules, comme par exemple Krause , suivant qui les globules ont 0,0006 à 0,0009 ligne de diamètre , sont jaunâtres, parfaitement sphériques, accolés les uns aux autres par un liquide visqueux et clair comme de l'eau, mais assez faciles à séparer. Cependant il paraît s'être glissé ici desillusions d’optique, et la seule chose que nous sachions certainement, c’est qu'il existe des filamens sinueux d’une ténuité excessive.

7° Les nerfs pénètrent la ‘plupart du temps dans les muscles par leur partie moyenne, et fournissent aux deux extrémités de ces organes des branches qui marchent entre leurs faisceaux , parallèlement à eux, et dont les ramifications les plus déliées passent en travers sur les fibres, sans pénétrer en elles, ni aller jusqu'aux filamens. Suivant Prevost et Du: mas (2), elles décriraient une anse, viendraient se réunir aux plexus d’où elles émanent , et s’'anastomoseraient avec des filets voisins.

- 8° Lies artères entrent également presque toujours par la partie moyenne des muscles, et sous des angles divers. Elles se divisent dendritiquement dans le tissu cellulaire situé entre les plus gros faisceaux, et les branches qui pénètrent dans l'un de ceux-ci s’y divisent de la même manière ; les ramifications les plus déliées marchent entre les fibres, parallèlement à elles, en serpentant un peu (3), et, s’anastomosant

(A) Jbid., p. 243.

(2) Froriep , Votisen, t. VI, p. 65, (3) Meckel, Deutsches Archiv,t, VI, p.487.

ensemble par des branches obliques, elles les couvrent d’un réseau à mailles allongées. Les vaisseaux capillaires suivent en très-grand nombre les fibres, mais seulement appliqués sur elles, sans pénétrer dans leur intérieur, ni arriver jusqu'aux filamens les plus grêles. Du reste, ils ne s'étendent que jusqu'aux limites des tendons , dans lesquels ils ne pénétrent pas.

9° Les fibres, prises isolément, sont d’un rougeâtre pâle ; mais, en masses, elles paraissent, comme les globules du sang , d’un rouge vif. Cette couleur est due à du cruor ; car, ainsi que ce dernier, les muscles prennent une teinte plus claire à l'air, et surtout dans le gaz oxygène, tandis qu’ils deviennent d'un rouge obscur dans le gaz hydrogène sulfuré. L'eau pure froide enlève promptement la couleur , effet que ne produit point une dissolution de sel. De même , dans les cachexies, où le sang contient trop peu de cruor, les muscles finissent par pâlir évalement. Mais la rougeur ne dépend point du sang contenu dans les vaisseaux; car elle demeure la même en cas de suspension de la respiration , où le sang prend une teinte plus foncée dans les vaisseaux , et elle ne change pas non plus à la suite d’une hémorrhagie épuisante, tandis qu’alors la peau et la membrane muqueuse pâlissent, parce qu'elles ne sont rouges qu’en raison de leurs vaisseaux sanguins. Il résulte donc de là que la fibre des muscles soumis à la volonté est pénétrée elle-même de cruor, et qu’elle a de l'aflinité chimique pour cette substance.

10° Comme il n’est point possible de débarrasser les fibres musculaires des enveloppes celluleuses, des nerfs des vaisseaux sanguins et des vaisseaux lymphatiques , l'analyse chimique de la substance des muscles ne nous fait point connaître quelle est au juste la nature de cette fibre:L’eau froide donne une dissolution rouge , qui réagit à la manière des acides , et de laquelle Ja chaleur précipite des flocons rouge-brun de cruor et de l’albumine unie à un acide libre. La portion non coagulable du liquide laisse, par l’évaporation, un extrait jaune brun, que Bérzélius nômme extrait de viande; plus de la moitié de cet extrait est dissoute par l'alcool, et la dissolution évaporée donne l’osmazome , ou l'extrait de viande

dé Thouvenel, que Berzelius considère comme un composé d'une substance extractive précipitable par le deutochlorure de mercure et le tannin , d’une autre substance non précipitable ; d'acide lactique libre, de lactates (de potasse, de soude , de chaux, de magnésie, et un peu d’ammoniaque) et de chlorures (de potassium et de sodium). La portion non soluble dans l'alcool contient, outre des carbonates et des phosphates de potasse et de soude, une matière extractive, qui peut être rapportée à la ptyaline, mais qui, selon Berzelius, se partagerait en cinq substances extractives différentes par leur manière dese comporter avec lesréactifs. En outre Chevreul (4) a remarqué une substance blanche, cristallisable en cubes, inodore, insipide, sans action sur les couleurs végétales, soluble dans l’eau et l’acide sulfurique, insoluble dans l'alcool, donnant de l’ammoniaque et de l'acide hydro yanique à la distillation, et qu’il nomme eréatine. La portion non soluble dans l’eau froide de la substance musculaire est blanche ; par la dessiccation , elle devient d’un gris jaunâtre et facile à pulvériser : l'eau bouillante en extrait de la graisse et de la gélatine , qui provient sans doute du tissu cellulaire, puisque le liquide exprimé des muscles frais ne donne point de gélatine ; la portion qui ne se dissout pas par l’ébullition est de la fibrine, qui se gonfle dans l'acide acétique et se dissout dans l’eau chaude ; est so- Iuble à chaud dans la potasse', précipite par l'acide hydrochlorique une combinaison non soluble dans l'eau , laisse du phosphate calcaire quand on l’incinère , mais du reste est plus dure, plus friable et plus difficilement soluble dans les acides et les alcalis , que la fibrine du sang.

La quantité des matériaux organiques est plus considérarable, proportionnellement à celle des matériaux morganiques, que dans les autres tissus. Berzelius à trouvé, dans la chair de bœuf :

LiDE nos M AUCS 0, ON

Cruor et albumine. . . . . « . 0,0220 Gé RCE AUS à : CE

(4) Journ. de chimie médicale, t. VE, p. 548.

SYSTÈME MUSCULAIRE. 203 Osmazome LOS RUE AE RMEON Matière salvaire : : : . . . . 0,0045 Phosphate de soude. . .: . . . 0,0090 Phosphate de chaux. . . . . : 0,0008 RMBATS PLUMES ES HOGITEPANT 00,9787

Les élémens Sont, d'après Sass (1) :

Carbone... 4 4 0 wndottnolch (0,4830 MAO Le diranmnre 06 Moine dt 02598 Hydrogène. … 1 Ste 14 64 «10,406 OSEO ne drditreonin route it )01764 ETS duunn cé vo 050

L'azote est plus abondant que dans d’autres parties. Du reste, la substance musculaire se comporte, généralement parlant, de la même manière à peu près que la fibrine du sang, avec les alcalis, les acides et les sels métalliques. Quand on la chaufle avec de l'acide sulfurique concentré, qu'on la fait ensuite bouillir long-temps dans de l’eau, qu'on évapore la dissolution neutralisée, et qu’on fait bouillir lextrait ainsi obtenu, on se procure, d'après Braconnot, une substance blanche, de saveur agréable et analogue à celle du bouillon de viande, qui donne des sels particuliers avec les acides , et que ce chimiste a nommée leucine.

11° On compte plus de trois cents muscles , la plupart pairs, dont chacun diffère de tous les autres par le volume, la forme et les connexions , mais qui, présentent beaucoup de particularités sous le rapport de la contexture et de l'activité vitale. En les appréciant d’après leurs formes principales, on les divise en muscles longs, qui se trouvent surtout à la colonne vertébrale; et aux membres, sont les plus complétement développés de tous , et obéissent d’une manière plus explicite aux injonctions de la volonté ; muscles plats, que l’on rencontre de préférence aux parois viscérales, qui sont plus ou moins membraniformes, et qui agissent fréquemment sans l'influence de la volonté ; sphincters enfin, qui, placés à l’orifice d'une membrane muqueuse , ont des fibres non entiè-

(4) Loc. cit., p. 32,

rement parallèles , mais entrecroisées çà et là, et se rallient sous certains rapports aux muscles que la volonté ne domine point. Mais il s’en faut de beaucoup que cette classification épuise toutes les diversités qu'on rencontre. Ainsi les muscles de la langue se rapprochent des muscles de la vie plastique par leur situation dans un repli de la membrane muqueuse, et par l’inextricable contexture de leurs fibres , tandis que, sous le point de vue de leur mobilité et de l’abondance des nerfs cérébraux qui s’y rendent, ils occupent le premier rang parmi les muscles soumis à la volonté. Les muscles de l’oreille externe et de l'oreille interne appartiennent à la même classe que ces derniers, quant à leur texture et à leurs connexions avec des os et des cartilages ,tandis que leur activité se trouve bien sous la domination de l’âme , mais n’est point déterminée d'une manière immédiate par la volonté.

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