MUSCLES NON SOUMIS A LA VOLONTÉ
12° Nous trouvons une plus grande diversité encore dans la seconde espèce, celle des muscles non soumis à la volonté, ou qui appartiennent à la vie plastique.
Sous leur forme la plus inférieure, ces muscles se rallient au tissu scléreux dont nous parlerons bientôt, tandis que, sous leur forme la plus élevée, le caractère du muscle s’'exprime en eux d’une manière plus complète encore que dans les muscles soumis à la volonté. #
Leur caractère commun consiste en ce qu'ils sont situés dans la paroi d’une cavité, entre deux membranes, dont l’externe, celluleuse ou séreuse , les unit avec les parties vorsines, de manière qu'eux-mêmes affectent une formeplus ou moins membraneuse , et qu'ils ne s’attachent nulle part au squelette osseux. Leurs fibres sont moins parallèles et plus entrelacées : il y a moins de tissu cellulaire entre elles. Ces muscles reçoivent moins de nerfs, et ceux-ci appartiennent surtout au système ganglionnaire. Enfin ils sont plus sollicités à se mouvoir par tout ce qui stimule la membrane interne que par l'influence des nerfs , et leurs mouvemens tendent principalement à expulser au dehors le contenu des cavités.
Sous le rapport de la configuration, ils affectent trois formes différentes; muscles creux , qui sont les plus complétement développés , forment des couches non interrompues de fibres croisées en des directions diverses, et opèrent le mélarige du contenu de leur cavité; muscles annulaires, dont les fibres , prises isolément, forment une portion de cercle, qui sont placés plutôt obliquement qu’en travers dans la paroï d’un canal, et qui, lorsqu'ils agissent, expulsent tout à coup le contenu de ce canal; muscles longitudinaux, qui s'étendent le long d’un conduit, en font cheminer lentement le contenu, et sont les moins complétement développés de tous.
Eu égard à leur situation, on les ‘partage en muscles des vaisseaux et en muscles des membranes muqueuses. :
a. Muscles des vaisseaux.
13° La première variété est constituée par les muscles des VAISSEAUX.
Ces muscles sont étalés à la surface de la membrane vasculaire commune , partout où le vaisseau acquiert plus d’mdépendance et ne fait point, à titre de capillaire, partie intégrante d’un autre organe. Ils comprennent ceux dans lesquels la substance musculaire est parvenue au plus haut point de développement. On les partage en trois sous-variétés, d'après les trois formes principales de la direction des fibres, et d’après les trois parties principales du système vasculaire.
14° Le cœur, comme muscle creux, ressemble aux autres muscles plastiques par l’intrication de ses fibres, qui sont pour la plupart obliques, presque spirales , dont les unes s’étendent en long et les autres en travers , qui enfin se croisent en différentes couches. Mais il diffère d'eux par sa rougeur intense , par la force de sa masse, par l'épaisseur et la fermeté de ses parois, par l'union de ses fibres avec des ten dons, et par cette autre circonstance qu'une membrane sérense spéciale l'enveloppe. En même temps il représente la substance musculaire dans toute sa pureté et dans toute sa puissance ; car il renferme moins de tissu cellulaire et de nerfs
que les muscles soumis à la volonté ; aussiles surpasse-t-il à l’égard de l'intensité et des résultats de sa force motrice, de manière qu'il n'est pas seulement le point central du système vasculaire, mais encore le point culminant du système musculaire , qui manque de centre. |
Les analyses ont constaté qu'il contient plus de fibrine que les autres muscles. Braconnot a retiré d'un cœur de bœuf 0,1820 de fibrine, avec de la graisse et du phosphate calcaire , 0,0273 de cruor et d’albumine, 0,0157 d’osmazome , 0,0019 de lactate de potasse , 0,0015 de phosphate de potasse, 0,001? de chlorure de potassium, et 0,7704 d'eau.
Par antagonisme avec les fibres du cœur, celles des artères et des veines sont plus incomplétement développées.
15° Les muscles artériels consistent en fibres annulaires , qui ressemblent , jusqu’à un certain point, au tissu scléreux, mais n'en font point partie, et représentent une forme particulière , inférieure, des fibres musculaires ($ 733). En effet, indépendamment de leur force motrice ($ 734, II; 735,11), ils ont des’ nerfs ; leurs fibres tiennent peu les unes aux autres, et sont bien plus faciles à séparer que celles du tissu scléreux, Elles sont cassantes, propriété qui n'appartient point au tissu élastique ; elles ont infiniment moins d'extensibilité que ce dernier; car si Les artères s’allongent beaucoup , c'est par le seul fait de l’écartement de leurs fibres annulaires, et non par une véritable extension de ces fibres. Comme il n'existe pas de tissu cellulaire entre elles, elles ne donnent point de gélatine , non plus peut-être que d’osmazome, par l'ébullition. Si elles sont insolubles dans l'acide acétique, mais très-solubles dans les acides minéraux, et si les alcalis ou le cyanure de potassium ne les précipitent point de la dissolution, ce phénomène paraît tenir à ce que leur substance, comme l’admet Gmelin (1), tient le milieu-entre la fibrine et l’albumine concrétée. Du reste , nous avons déjà posé précédemment ($ 783, 12°) la question de savoir si la fibrine que l’on extrait de l'iris n'appartiendrait pas aux vaisseaux extrêmement mobiles de cet organe.
(4) Handbuch der theoretischen Chemie , t. IX, p. 4068.