‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 3)Chapitre 5 sur 108 · À, INFLUENCE DE LA RESPIRATION · texte numérisé non relu

À, INFLUENCE DE LA RESPIRATION

& 764. C'est par la respiration qe s'opère la conversion du sang veineux en sang artériel. |

A° Les dispositions diverses de la marche du sang dans le règne animal ($ 693- 696) nous montrent.ces deux formes du liquide tantôt mêlées ensemble, tantôt distinctes l'une de l'autre , et dans le premier cas accompagnées ou non de vaisseaux respiratoires.

(4) Beobachtungen ueber die Nerven und das Blut p. 440. (2) Opera minora, t. I, p. 90, 205.

(3) Expériences sur la raies , P. 348.

Les vaisseaux respiratoires , c’est-à-dire des vaisseaux particuliers qui conduisent le sang aux organes de la respiration et l'en ramènent, manquent non seulement chez les animaux les plus inférieurs, qui n’ont aucune trace d’un système vasculaire quelconque , mais encore chez les Insectes et les Crustacés. Ici donc les deux formes du sang ne sont point encore séparées l’une de l’autre , et la masse homogène de ce liquide ne fait qu'acquérir une partie du caractère artériel par linfluence de la respiration, comme aussi une partie du caracière veineux par celle de la substance organique.

Quand on rencontre des vaisseaux respiratoires , ils sont tantôt d’une seule espèce, et tantôt de deux sortes.

Le premier cas a lieu lorsque , comme chez tous les Échinodermes, ou du moins quelques uns d’entre eux, un seul et même vaisseau conduit le sang aux organes respiratoires et l'en ramène. La portion du sang fluctuant qui est devenue artérieuse dans les organes respiratoires, rentre dans le reste de la masse de celiquide, etse mêle avec celle qui est devenue veineuse par l’action sur elle de la substance organique.

Lorsqu'il y a réellement circulation dans l'organe respiratoire , au moyen de vaisseaux afférens et efférens , le mélange est total ou seulement partiel.

Il y a mélange total quand il n'existe qu’un seul système artériel dont les branches se répandent aussi bien dans les organes respiratoires que’‘dans tous les autres organes, tandis qu'un système veineux , également unique , reprend le sang de tous les organes indistinctement , par conséquent ramène au cœur le sang artériel et le sang veineux mêlés ensemble (695, 3°).

Un mélange partiel s'opère quand le système vasculaire se partage en deux portions destinées, l'une aux organes respiratoires, l’autre aureste du corps; lorsque par conséquent le sang veineux qui revient de cette dernière reprend le caractère artériel dans l’autre avant d'être porté aux divers organes, mais qu'aussi une partie de ce même liquide ne pénètre pas dans l'organe respiratoire , et va gagner directement ou le

cœur ($69%5, 1°) ou l'aorte ($ 695,2), pour aller de là se distribuer dans le corps. :

Enfin les deux formes du mouvement du sang sont réellement séparées quand les deux systèmes ne, communiquent ensemble nulle part ailleurs qu'à leurs extrémités, de sorte que le sang veineux passe des veines du corps, ou du système de la veine cave, dans les artères de la respiration, acquiert la nature artérieuse dans les vaisseaux capillaires de celles-ci , revient ensuite par les veines de la respiration, et pénètre dans Jes artères du corps, ou le système aortique, qui le distribue aux différens organes.

Il peut y avoir ici un seul cœur ou plusieurs. :

D ans le cas d’un cœur unique, sa situation varie également.

Tantôt on le trouve entre les veines de la respirationet l'aorte. Il reçoit alors du sang artériel, qu'il distribue par tout le corps, ce qui lui fait donner aussi le nom de cœur général ou de cœur aortique. Le sang qui revient du corps se rend immé-— diatement aux organes respiratoires , de sorte qu'un seul et même vaisseau est à la fois veine cave et artère pulmonaire ($ 695, 4).

Tantôt le cœur, appelé alors cœur respiratoire , est placé entre les veines caves et les artères de la respiration. Il reçoit donc du sang veineux, qu’il envoie aux organes de la respiration, d'où ce liquide, devenu là artérieux, passe dans un tronc vasculaire remplissant à la fois les fonctions de veine respiratoire et d'aorte , qui le distribue dans tout le corps (8 695, 5°).

Quand il y existe deux cœurs, ils sont ou séparés l’un de l’autre, comme chez les Céphalopodes, ou réunis en une masse unique, et alors ils constituent les. deux moitiés d’un seul et même organe, comme chez les Oiseaux et les Mammifères ($ 695, 6°).

2° À ce degré d'organisation , le plus élevé de tous, le cœur n’est plus le point tropical opposé aux vaisseaux capillaires en général ; il est devenu un double point de transition, et alors seulement aussi il a pleinement acquis le caractère d’un organe central. Il attire le sang de toutes parts, et le pousse également de tous les côtés; mais les points tropicaux sont placés à la périphérie, et constitués de telle sorte que cha-

cun d'eux n’attire que dans une direction et repousse dans la direction inverse. En effet , les poumons font antagonisme au reste du corps; celui-ci attire le sang artériel, le convertit en sang veineux , et ensuite le repousse ; les poumons, au contraire, attirent le sang veineux, le convertissent en sang artériel, et le chassent. Ainsi le sang coule , dans un sens , de la masse du corps vers les poumons, en traversant le système de la veine cave, le cœur droit et les artères pulmonaires, puis il va, dans l'autre sens, des poumons au corps entier, en traversant les veines pulmonaires, le cœur gauche et le système aortique. Il ne décrit donc ici qu’un véritable cercle, et l’on s'exprime d’une manière fort peu exacte quand on parle d'une grande et d’une petite circulation.

Treviranus (1) reconnaît que le sang, quand son oxygène lui aété soustrait, se porte vers les’organes de la respiration, et que, lorsqu'il s’est chargé d'oxygène dans ces organes, il est repoussé par eux : mais le mode d'action opposé du’reste de l’organisme n’est pas moins essentiel. Reuss attribue Ja circulation du sang à ce que l'organe respiratoire, comme pôle positif , attire le sang veineux qui est animé de l'électricité népative , et repousse le sang artériel, dont l'électricité est positive. Mais, bien que cette hypothèse implique l’admission d'une polarisation négative dans les vaisseaux capillaires du reste du corps, elle ne rençdl raison que de la forme la plus élevée de la circulation, celle qu'on observe chez les Mamiifères et les Oiseaux, et n’explique pas la circulation en général, notamment celle qui a lieu chez les animaux inférieurs.

3° Si le changement de composition qui accompagne la conversion du sang artériel en sang veineux ($ 751, 752) entraîne à sa suite un mouvement de ce liquide (S 758-763), Le changement inverse qui s'effectue dans les organes respiratoires doit également être accompagné de mouvemens. Quelques phénomènes qu’on a observés sur des branchies, portent à croire qu'il en est ainsi. Lorsque Hales mettait dans un verre

(5) Die Erscheinungen und Gesetsen des Lebens, t, L, p. 398.

de montre , avec quelques gouttes de sang , un lambeau détaché de la branchie d'une Moule, il voyait, à l’aide du microscope, le sang se mouvoir avec force dans les petits vaisseaux et aux bords de la branchie ; plusieurs #lobules étaient repoussés par les orifices des vaisseaux ouverts et attirés par des vaisseaux voisins , tandis que d’autres tournaient sur euxmêmes et se repoussaient mutuellement , de sorte que Hales crut devoir considérer ces mouvemens comme électriques. Sharpey a vu que, quandil fxait dans de l’eau les branchies coupées de têtards de Grenouilles ou de larves de Salamandres, les globules du sang sorti de la plaie , imitant en cela d’autres corps légers qui nageaient dans le liquide , couraient rapidement de la base au sommet des branchies, le long de leurs branches, et s’écartaient ensuite sur le côté ; lorsque la branchie était libre , elle nageait elle-même, dirigeant en avant la surface de la plaie. Sharpey a observé des courans analogues sur les organes respiratoires de Gastéropodes, de Moules, d'Amphitrites et d’Actinies. Huschke a reconnu , sur des larves de Salamandres , que l’eau exécutait autour des branchies un mouvement analogue à l’ébullition, tandis qu’elle coulait tranquillement le long d’autres parties du corps : sur un lambeau détaché des feuillets branchiaux d’une Mulette, l’eau remontait le long d’un des côtés, puis revenait sur elle-même en tournoyant (1). Carus a observé que l’albumine liquide dans laquelle nage l'embryon duëLimaçon, est attirée du pont où se trouve l'organe respiratoire, et repoussée plus loin en avant, d’où résulte un tournoiement, qui parait produire les mouvemens de l'embryon ($ 377) dont nous avons donné la description (2).

(J'ai vu aussi ces mouvemens sur les lames branchiales des têtards de Grenouilles et des larves de Salamandres, et je me suis convaincu qu'ils ne sont point dus à un ébranlement proyenant de l'animal ou d’une partie quelconque de son corps. Les corpuscules contenus dans l’eause portent perpendiculairement

(A) Isis, 4826, p. 623.

(2) Nov. Act. Nat, Cur., t, XII, P. IL, p. 765.

sur les lamelles de la branchie coupée, les suivent jusqu'à une certaine distance, et, à ce qu’il m'a paru , dans da direction du petit courant sanguin , puis s’en éloignent. Je suis persuadé que ces mouvemens proviennent , par des causes entièrement mécaniques, des changemens de composition qui accompagnent la respiration ; l’eau tendant, d’après les lois de l’endosmose , à abandonner de l'oxygène au sang, et le sang à déposer de l’acide carbonique dans l’eau , ou, si nous raisonnons suivant l'hypothèse chimique , l'acide carbonique qui se produit par l'effet de l’aflinité réciproque du carbone et de l'oxygène, tendant à s'épandre dans l’eau, ou à se mettre en équilibre de dissolution avec elle. Quand on plonge un poumon ou une vessie urinaire de Grenouille , pleine d’eau salée, dans de l’eau contenant de petites particules animales microscopiques , on voit celles-ci tantôt se mouvoir lentement sur la poche, tantôt s’en éloigner, probablement selon que la dissoluon saline emprisonnée et l’eau pure entourante traversent les pores de la membrane, par l'effet de leur tendance à se mettre en équilibre de dissolution, d’après les lois de l’endosmose. ) (1)

$ 765. Les idées qui ont été développées précédemment (S 764, 2°) accordent à [a respiration une influence des plus grandes sur la circulation du sang. Cette fonction exerce et une action chimico-dynamique, et une action mécanique. Mais quoique cette dernière ne puisse point être révoquée” en doute, il ne faut cependant pas lui attribuer le rôle le plus essentiel.

1° Le voismage du cœur et de l'appareil respiratoire annonce déjà une connexion intime entre les fonctions des deux organes ; mais ce qui prouve que les poumons ne déterminent pas la circulation du sang par leur mouvement, c’est que cette dernière s’accomplit, dans l'embryon , avant qu'il y ait des poumons capables d’influer sur elle par. les mouvemens qu'ils exécutent.

2° Il y a un certain accord entre le rhythme de la ré

(4) Addition de J. Muller.

tion et celui des battemens du cœur, de sorte que , généralement parlant, ces derniers sont plus rapprochés les uns des autres chez les animaux dont les mouvemens respiratoires se succèdent avec plus de rapidité. Mais ce qui prouve contre l'influence de toute action mécanique, c’est que les deux mouvemens diffèrent l’un de l’autre sous le point de vue de la fréquence, qu'ils n’ont pas lieu simultanément, et qu'on ne remarque point de différence entre les battemens du cœur qui ont lieu pendant les divers temps d'une respiration. Nous devons admettre, en général, que quand une quantité plus considérable de sang s’artérialise dans un laps de temps donné, la circulation est plus rapide et le cœur bat d’une manière plus fréquente. Mais il faut aussi faire entrer en ligne de compte , d'un côté, que le nombre des respirations n’est point une échelle qu'on puisse appliquer partout à l'estimation de la quantité des eflets produits par la fonction; d’un autre côté, que la fréquence des battemens du cœur ($ 716, 1e) est déterminée par d’autres circonstances encore. Afin d'exprimer au moins approximativement la proportion, nous donnons latable suivante des nombres de respirations et de battemens du cœur pendant l’espace d’une minute, table dont la première et la seconde indicatioe appartiennent à :Treviranus (1), tandis que les autres ont été fournies par Prevost et Dumas(2).

Respiration. Pouls. Proportion.

‘Poissons. . . . . 25—30 2233 1 : 0,88.

Page 1