CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE TISSU SCLÉREUX
23° Le tissu scléreux présente des modifications diverses s: suivant la situation qu'il occupe et les usages auxquels il est destiné.
Partout il possède un certain degré d’extensibilité et Fr contractilité. Mais ces propriétés sont moins développées en lui quand il a pour usage d'établir des limites bien tranchées: Elles ne se déploient que par l'effet d'un changement lent et graduel de la nutrition ; ainsi, la dure-mère dans l'hydrocéphale, le périoste dans les exostoses , la capsule scléreuse de l'œil ou des testicules dans le gonflement de ces deux organes, éprouvent un haut degré de distension , et se resserrent quand la tuméfaction vient à cesser. Toutes les fois, au contraire , que , dans l’état normal, un effort brusque agit sur lui, il cède, soit en s'allongeant , comme font les ligamens jaunes tendus entre les arcs des vertèbres, soit en se prétant à l’enflure des organes qu'il renferme , comme on le voit à la rate et aux Corps CaYerneux , et reyient ensuite sur lui-même, attendu qu'il n’y a point de forces étrangères qui le ramènent dans ses limites primitives. Mais Béclard (1) a eu tort de re-
(4) Additions à l’Anatomie générale de Bichat, p, 479.
TISSU SCLÉREUX. 215 garder comme une espèce à part et distincte du tissu scléreux, celui qu'il appelait élastique , ét auquel ilrapportait . äussi lamembrane musculaire des artères , des veines, des vaisseaux lymphatiques et des conduits excréteurs.
2h En général, la couleur est blanche, tirant sur le gris, le jaune ou le bleuâtre. Mais, à la cornée, le tissu scléreux devient , comme le tissu de membrane muqueuse, complétement incolore ‘et transparent. Les connexions scléreuses, notamment les tendons , ont le brillant de l’arsent ou le chatoiement de la nacre. D'après Béclard , Le tissu élastique seraït caractérisé par la couleur jaune et Le défaut d'éclat; mais lès enveloppes élastiques de la rate et des corps caverneux ne Sont point jaunes, et les ‘enveloppes non élastiques n'ont également pas de brillant partout où leur surface ne se trouve point tapissée d'une membrane muqueuse.
25° Considéré d’une manière générale, le tissu scléreux se compose de fibres particulières, très-serrées les unes contré les autres et solidement unies par du tissu cellulaire. Chacune de ces fibres peut être divisée en plusieurs filamens parfaitement cylindriques et un peu onduleux, dont le diamètre est de 0,0030 ligne selon Schultze (1), où de 0,0015 à 0,0018 d’après Krause (2). C’est dans les connexions scléreuses qu’on distingue le mieux les fibres; elles sont parallèles les unes aux autres dans les tendons allongés et les ligamens articulaires, mais irrégulièrement entrelacées dans les tendons étalés en mémbrane et dans les ligamens des os non mobiles. Elles présentent surtout une grande intrication ét fort peu de développement dans les enveloppes scléreuses ; aussi deviennent-elles indiscernables dans l'albuginée de l'œil, et. disparaissent-elles entièrement dans la cornée transparénte ; cependant, comme cette dernière membrane se déthire en lambeaux concentriques après qu’on Va fait macérer dans des acides étendus , et que ses épaississemens anormaux ont pres” que toujours une forme annulaire , on peut présumer qu’elle
(Sy ghintiéchor Lehrbuch der vergleichenden Anatomie, t. T, P. 424. (2) Handbuch der menschlichen Anatomie , t. I, p. 51.
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renferme des fibres disposées en anneau (1). Plusieurs enveloppes scléreuses, comme: l’aponévrose crurale, la duremère et la cornée transparente soumise à la macération, se partagent en couches ou feuillets.
26° Les vaisseaux sanguins sont rares et grêles dans les connexions scléreuses. Ils se ramifient un peu dans le tissu cellulaire qui unit les fibres, et suivent la direction de ces dernières. Les enveloppes scléreuses sont traversées par les vaisseaux qui se rendent aux organes qu'elles renferment, et elles leur fournissent souvent des gaînes. Plusieurs, comme les gaînes musculaires, la cornée opaque, etc., n’ont que peu de vaisseaux. On ne peut démontrer ceux-ci par l'injection, dans la cornée transparente, que quand l'inflammation leur a fait acquérir un plus grand diamètre. Le périchondre et surtout le périoste sont plus riches en vaisseaux, qui s’y ramifient d’abord dans toutes les directions , puis en prennent une longitudinale, et envoient leurs branches dans l'os, tandis qu'il ne reste dans l'enveloppe scléreuse elle-même que des ramifications insignifiantes.
27° La pesanteur spécifique d’un tendon était de 1088 à 1093 , suivant Schubler.
28° La dessiccation rend le tissu scléreux dur, cassant, semblable à de la corne, jaune brunâtre et translucide; mais l'immersion dans l’eau lui fait reprendre les qualités qu’il avait auparavant. D’après Chevreul (2), les tendons que l’on fait sécher à l’air perdent 0,5687 d’eau, tandis que, dans le vide, leur perte s'élève à 0,6202. Une fois desséchés, ils absorbent en vingt-quatre heures 1,4787, et en huit jours 2,7179 d'eau. Ur tendon de Bœuf donna dans le vide 0,5039 de ce liquide, un ligament jaune de vertèbre 0,5567, -et un autre ligament 0,7680. Du reste, tout tissu scléreux quelconque acquiert de l’extensibilité et de la contractilité lorsqu'il s'est saturé d’eau par l'effet d'une macération assez prolongée. Quand on le fait bouillir avec de l’eau, il donne de
(4) Gendrin, Hist. anat. des inflammations , t. I, p. 331. (2) Considérations générales sur l’analyse organique etses applications , p. 108.
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la gélatine ; les tendons sont ceux qui en fournissent le plus ; on en obtient peu ou point des ligamens placés entre les arcs vertébraux, qui, d’après Stauff (1), donnent une gelée plus analogue à l'osmazome qu'à la gélatine. Ces ligamens ne contiennent pas non plus de fibrine qu'on puisse précipiter de la dissolution hydrochlorique par la potasse ou le cyanure de potassium et de fer (2). La fibrine manque également dans les tendons (3) et dans la membrane ‘albuginée de l'œil ; mais elle existe dans la cornée transparente (4). -
B. Tissu squelettique.
$ 795. Le second sous-ordre des organes médiats de la vie animale comprend le squelette, qui, en raison de sa dureté et de sa solidité, procure au corps une forme permanente. 1° Le squelette se compose de cartilages et d'os.