TISSUS CORNÉS LAMELLEUX
15° Le second genre comprend les tissus cornés qui’ sé produisent aux surfaces, et qui, par conséquent, affectent une forme lamelleuse , ou les enveloppes cornées. = La surface qui les produit offre une organisation ou particulière ou commune.
a. Ongles,
16° Le premier cas a lieu pour les ongles, qui constituent la première espèce.
Les ongles se rattachent aux tissus stratifiés produits dans des follicules, en ce que le repli de la peau dans lequel ils
(1) Journal de chimie médicale, t, V, p. 578,
naissent , peut être considéré comme le commencement d’un follicule: Ils tiennent le milieu entre les poils ét l'épiderme ; en ce qu'ils se développent principalement par la racine; comme les premiers, et ne sont qu’en partie formés, comme le second , par la surface qu'ils recouvrent. On’ peut, jusqu’à un certain point, les considérer comme dés filamens cornés analogues aux poils, qui se sont confondus en une masse épidermatique. Ce sont des plaques cornées, translucides, blanchâtres, flexibles et élastiques, étalées sur le dos des dernières phalanges des membres. L'endroit proprement dit où ils se produisent est le pli de la peau enveloppant leur racine; la peau présente , sur ce point , des papilles riches en vaisseaux, qui sécrètent la substance unguéale. De là, jusqu'à peu près vers le milieu de la longueur de l’ongle, la peau sous-jacente est unie intimement avec le périoste, épaisse, spongieuse; et présente des rangées longitudinales de papilles vasculaires, séparées par des sillons parallèles, qui sécrètent également de Ia matière cornée. Sur ces points, l’ongle est en éontact immédiat avec la peau ; car l’épiderme se réfléchit bien à sa racine , vers le pli cutané; mais’ il ne s’y introduit pas; ouné le tapisse pas réellement, et se réfléchit de nouveau pour aller se continuer avec la surface supérieure de l'ongle ; parvenu à l’extrémité de ce dernier, il passe au dessous de lui, mais se perd, à l'endroit où commencent les séries de papilles, dans un tissu mou, qui est placé entre celles-ci et l'ongle, auquel il adhère, et qui paraît être la substance unguéale non encore solidifiée , par conséquent l’analogue du mucus, de Malpighi. Il résulte de là que l'épidermie fait Corps. tant avec la surface supérieure qu'avec la surface inférieure de l’ongle, ; de sorte que celui-ci tombe quand l'épiderme des doigts ou des orteils se détache. |
La pesanteur spécifique de l'ongle est de 1,191, selon Kapff. Examinée au microscope , sa substance parait être non pas entièrement compacte , mais un peu spongieuse , On parsemée de quelques cellules, dont le diamètre serait de 0,0007 à 0,0018, d'après Krause (1). Quelquefois, les couches de’
(4) Loc, cit., LI, p. 78,
TISSUS CORNÉS. 239 l’ongle diffèrent les unes des autres, eu égard à la couleur ou à la densité; cependant on ne parvient pas pour cela à les séparer. L'ongle offre , en outre, des stries longitudinales, qui sont les copies des papilles cutanées sous-jacentes , et non de véritables fibres ; car on peut le déchirer aisément en tra vers, après l'avoir fait ramollir.
L'ongle croît en longueur, à partir du pli cutané qui contient sa racine; car c'est là qu’on voit paraître le commencement de tout nouvel ongle qui se forme. À ce bord radical s'appliquent incessamment de nouvelles languettes , qui font sortir du pli la portion sécrétée avant elles, et la poussent vers le bout du doigt ou de l'orteil. Aussi voit-on les taches blanches, ou autres marques colorées, et même, suivant Astley Cooper, les trous qu'on a pratiqués exprès , s'avancer en deux ou trois mois du voisinage de la racine au bord libre opposé.
Etant la partie la plus jeune, la racine est par cela même aussi la plus molle ,.et elle entoure les papilles du pli cutané, au nombre desquelles correspond celui des excayations qu’elle présente. Mais l’ongle augmente d'épaisseur dans le sens de sa longueur, de sorte que son bord radical est la partie la plus mince, et le bord opposé la partie la plus large; on aperçoit même quelquefois des interruptions dans cet accroissement d'épaisseur. On l'explique au moyen de nouvelles couches qui se déposent à la face inférieure, que produisent les papilles cutanées existantes en cet endroit, et qui s'y voient affectant , comme nous l'avons dit, la forme d'une sulistance molle, en train de s'endurcir. De là vient aussi que l’ongle porte, à sa face inférieure, des stries longitudinales correspondantes aux sillons logés entre les séries des papilles.
Les ongles.se dissolvent dans les acides et les alcalis caustiques. Ils sont composés de substance cornée, d’une trèspetite quantité de matière soluble dans l’eau par l'ébullition prolongée, et qui paraît être analogue à la gélatine ou à la ptyaline , enfin d'un peu de graisse, de phosphate calcaire et de carbonate de chaux.
. Membranes cornées.
47° La seconde espèce d'enveloppes cornées comprend celles des surfaces communes, qu’elles protégent contre les agressions du monde extérieur. Ces enveloppes appartiennent ou à la peau ou à la membrane muqueuse.
* Épiderme.
18° La première variëté est l’épiderme , qui recouvre le côté éxtérieur du corps entier.
19° Suivant toutes les probabilités, l'épiderme se forme par une métamorphose graduelle de la couche supérieure du mucus de Malpighi , situé au dessous de lui. Ce mucus est une substance molle , qui devient plus ferme dans l’eau bouil- Jante ou dans l'alcool, mais qui , par la macération , se réduit en un mucus formant un sédiment dans l’eau. Tantôt on lui a attribué une texture cribleuse ou réticulée ; tantôt on l’a représenté comme un réseau vasculaire, ou comme un tissu cellulaire très-délicat, renfermant une substance analogue à l’albumine (1). Cependant il n’est qu’une substance molle, spongieuse , dans laquelle le microscope fait découvrir des grumeaux , que sécrète, sous forme liquide, le réseau vasculaire superficiel de la peau, et qui très-vraisemblablement se métamorphose en épiderme. La plupart du temps, il ne constitue qu'une couche extrêmement mince, qui, lorsqu'on enlève l’épiderme, demeure adhérente à sa face inférieure , où l’on peut à peine la distinguer. Ce mucus n’est bien apparent que chez les Nègres, à cause de la couleur et de l’épaisseur qu'il présente dans cette race ; il le devient aussi, chez les blancs, toutes les fois qu'un état morbide quelconque en accroît la quantité. On a trouvé différentes couches chez le Nègre. Cruikshank n'en admettaitque deux, ;l’une inférieure noire, et l’autre supérieure grise; mais, Gaul-
(4) Meckel, Archiv fuer Anatomie , 4827, p. 39,
tier et Dutrochet (*) en ont distingué trois, qu’Andral (1) a reconnues aussi chez des Européens dont la peau était malade , et qu’on peut considérer comme les différens âges de cette substance. Ge sont : une couche inférieure blanche , qui revêt les papilles de la pèau et en efface les inégalités ; une moyenne, qui est le siége proprement dit du pigment; une supérieure, blanchâtre, qui se rapproche du tissu corné', et qui se continue avec le véritable épiderme.
20° L'épiderme se distingue par sa solidité et sa sécheresse. Sa face inférieure, celle qui confine au mucus de Malpighi , est inégale ; l'externe est lisse et plus ferme. Du reste, il est translucide’, et, quand le mucus de Malpighi contient un pisment noir, il est lui-même noirâtre ou gris. Son épaisseur s'élève à environ 0,0500 ligne. ‘En examinant sa tranche au microscope’, on aperçoit un tissu spongieux, dont les nombreuses cellules, irrégulièrement arrondies, ont, d’après Krause (2), 0,0014 à 0,0142 ligne de diamètre. Lorsque l’épiderme est épaissi, notamment à la paume des mains ou à la plante des pieds, on parvient à y distinguer plusieurs couches. Wendt (3) a remarqué, sur la coupe perpendiculaire, des stries marquant les limites de ses différentes couches, dont la plus inférieure est la plus molle ; la médiane représente l'épiderme proprement dit, et la supérieure ou externe est l'épiderme mort et se détachant par écailles. Lorsqu'on enlève l’épiderme, surtout dans les endroits où il a plus d'épaisseur, et après l'avoir soumis à la macération , on remarque des filamens qui s'étendent de lui à la peau. Purkinje (4) est celui qui à examiné ces filamens avec le plus de soin. D’après : lui, ce sont des canaux qui prennent racine dans la substance de la peau par un renflement en forme de sac clos, traversent en serpentant le mucus de Malpighi, et pénétrent ensuite, tordus en spirale, dans l’épiderme , à l'endroit où il forme
(° Mémoires pour servir à l’histoire anatomique et physiologique des végétaux et des animaux , Paris 4837 , t. II, p. 360.
(4) Précis d'anatomie pathologique, t. I, p. 470.
(2) Handbuch der menschlichen Anatomie, t. T, p. 76.
(3) Hecker, Literar. Annalen der gesammten Heilkunde, t. XX VIT, p. 216.
(4) Jbid., p. 230.
de petites fossettes entre les papilles : du reste, ils sont blanchâtres, transparens , brillans et élastiques; on en compte quarante-Cinq à soixante et quinze sur une ligne carrée. Il est clair, d'après cette description , qu'on ne peut point les ranger parmi les vaisseaux, comme le pensait Bichat. Ils paraissent appartenir, quant aux points essentiels, aux follicules cutanés, dont leur renflement sacciforme représente le fond , tandis que le reste de leur trajet serait l'orifice allongé en un conduit excrétoire. On ne saurait voir en eux de sim-— ples prolongemens de l’épiderme ; car, outre qu’un tissu stratifié ne peut point produire de conduit excrétoire indépendant, ils sont parfaitement blancs dans le Nègre, d’après les observations de Sæmmerring (1). D'ailleurs , on n’en découvre aucune trace lorsque l’épiderme s’est détaché à la suite d’un épanchement de sérosité, provoqué par l'application d'une substance épispastique (*).
Les pores de l’épiderme, qu'on a cru devoir admettre pour expliquer la transpiration, ne sont point démontrés. Albinus (2) avait déjà fait voir que chaque poil perfore l'épiderme, mais que cette membrane ne présente point d’autres ouvertures. Les meilleurs microscopes ne font pas apercevoir de. pores, ce dont, par exemple, Cruikshank, Humboldt, Meckel, Rudolphi et Seiler ont acquis la conviction, et, quand Bichat expliquait cette particularité par la direction oblique des canaux, c'était là une pure conjecture, reposant sur l'hypothèse de conduits exhalans : à la vérité, Cruikshank a remarqué, comme l'ont fait depuis Béclard et Weber, que, quand on a enfoncé une épingle fine dans l’épiderme, le trou ne se. voit point avec le secours du microscope ; mais c’est là un effet de l'interférence de la lumière (3). D'un autre côté,
(4) Ucber die kæwrperliche Verschiedenheit des Negers vom Europæer, p. 46
(*) Comparez, au sujet de ces filamens, de la structure de l’épiderme et de sa formation , Breschet, Nouvelles recherches sur la structure de la peau , Paris 4835, in-8°, fig., p. 79 et suiv.
(2) Academ. annotationes , lib, VI , p. 60.
(3) Meckel, Archiv fuer Anatomie, 4827, p. 198.
Béclard (4) a reconnu que, quand on emplit de mercure, jusqu'à la hauteur de deux pieds , un tube de verre dont le bout inférieur est fermé avec un morceau d'épiderme , il ne s'échappe pas une seule gouttelette de métal. Les petits enfoncemens qu'on aperçoit entre les séries de papilles à la main , notamment au bout des doigts, et d’où l’on voit suinter des gouttélettes de sueur, ne sont que de simples dépressions de la peau.
lo Quand on à détaché l'épiderme ,'et qu’on le plonge dans de l’eau chaude , il en absorbe un peu, et se renfle. Sur la peau vivante même, il absorbe à la suite du contact prolongé de l'humidité, par exemple chez les blanchisseuses ou après l'application de cataplasmes, ce qui le rendridé et blanc. La dilatation vésiculiforme que lui fait éprouver le liquide épanz ché au dessous de lui, dans les brülures, les exanthèmes, les vésicatoires, etc., suppose également une imbibition de sa part.
22° L'épiderme s’exfolie à la surface et se détache en pe-
tites écailles, qu’on distingue mieux que partout ailleurs au cuir chevelu , mais que l’on aperçoit aussi dans le bain, surtout à la plante des pieds. Si l’on râcle une partie quelconque avec un couteau, les parties exfoliées se détachent sous Ia forme d’une poussière grise , après quoi , si l’on continue de gratter, On n'obtient plus de ‘poussière , jusqu’à ce qu’il s’en soit reproduit de nouvelle, ce qui exige un laps de temps de seize à vingt heures. k
23° L'épiderme ne se dissout point dans l'eau bouillante ; mais une ébullition prolongée le rend'cassant et pulvérisable, parce que l’eau lui a enlevé une partie de ses principes constituans. Après une longue macération dans l’eau froide , il se réduit en une sorte de bouillie , sans passer à la putréfaction proprement dite. Il est insoluble dans l’eau ; l'acide sulfurique et les alcalis le réduisent en gelée. Même sur le vivant, il s'empare des äcides, des sels métalliques et de divers pigmens végétaux, et SUArt ainsi une couleur qui persiste presque toujours jusqu'à ce que la substance teinte se soit détachée et
Ê (1) Additions à l’Anatomie générale , p. 302
ait été remplacée par une autre nouvelle. Ainsi l'acide sulfurique et le nitrate d'argent le noircissent, le chlorure d'or le colore en pourpre , le nitrate de mercure en brun rouge, le carthame en rouge , le rocou en jaune , l'indigo en bleu. Au feu, ilentre en fusion, brûle avec flamme et laisse un charbon poreux ; à la distillation , il donne de l’ammoniaque et une huile jaune.
D'après John, il est composé de 0,935 de cératine ou d’albumine modifiée , 0,050 de substance analogue à la gélatine ou à la ptyaline et soluble dans l’eau , 0,005 de graisse, et 0,010 d'acide lactique , lactate , phosphate et sulfate de potasse , sulfate et phosphate de chaux, enfin un sel ammoniacal, avec des traces de fer et de manganèse (1).
** Épithelium.
24 La seconde variété des tissus cornés étalés sur des surfaces communes, comprend l’épithelium des membranes muqueuses.
L'épithelium ressemble à l'épiderme ; mais il est plus mince, plus transparent, plus mou, plus humide, et la macération le réduit plus promptement en une masse mucilagineuse. Il a beaucoup d'analogie avec une enveloppe celluleuse simple , notamment avec la membrane vasculaire commune , et l’on parvient à la détacher de la membrane séreuse par les mêmes moyens qui servent à enlever l’épiderme de la peau , la macération et l'immersion dans l’eau bouillante. Il est bien évident dans la cavité orale, le pharynx et l’œsophage, au cardia, à l'extrémité du rectum , au commencement de la cavitéi nasale et à la glotte, sur la conjonctive , au bord des paupières, dans l’urêtre Jusque derrière la fosse naviculaire , et dans le vagin jusqu'à l'orifice de la matrice. Mais , quoiqu'on ne puisse pas le démontrer dans les parties profondes, tout porte à croire qu'il n'y manque pas, et qu'il y est seulement rendu invisible par sa ténuité et sa confusion avec la membrane muqueuse. En effet, le cardia est le seul endroit
Le
(1) Gmelin, Handbuch der theoretischen Chemie, UU, p. 4365,