VII. AU
5o ACTION DE L'ORGANISME SUR LE SANG:
mais le faire l'expiration , il n’en voyait pas moins le sang jaillir de la carotide, ce qui prouvait que le liquide traversait l'organe pulmonaire ; il a reconnu même (1) que l’affaissement de la cavité thoracique produit par l’ouverture des plèvres, n’empêchait pas la circulation de continuer encore pendant quelques minutes.
5° Le cœur s’abaisse avec le diaphragme pendant l’inspiration, et remonte pendant l'expiration, entraînant chaque fois avec lui les troncs vasculaires , comme l’a observé Haller (2): Ce physiologiste a vu la veine cave postérieure du Chat se vider pendant l'inspiration, et s’allonger de trois lignes en arrière dans la cavité abdominale, puis se remplir et revenir en avant pendant l'expiration. Portal (3) avait déjà remarqué, et Parry a constaté tout récemment (4), que la crosse de l'aorte, avec les carotides et les artères sous-clavières, s’abaisse pendant l'inspiration , et remonte vers la tête pendant l’expiration ; ici donc encore , l'inspiration s'accorde avec la diastole du cœur, et l'expiration avec la systole ( $ 710, 4° ). Mais on ne peut pas dériver de ces mouvemens les changemens que la circulation subit dans les poumons; car il suffit d’un mouvement respiratoire médiocrement fort, mais soutenu d'une manière uniforme, pour troubler la circulation.
6° Il est absolument impossible que, comme le prétend Haller (5), le diaphragme comprime la veine cave pendant l'inspiration; ce muscle doit bien plutôt alors, suivant la remarque d’Autenrieth (6), agrandir le trou carré de son centre tendineux. I] ne saurait non plus, comme l’a dit Bland (7), comprimer l'aorte dans l’inspiration ordinaire; mais il peut très-bien le faire dans les efforts. Cependant le phénomène des efforts n'est point de nature à nous éclairer sur les rap-
(4) Loc. cit., p. 209.
(2) Opera minora, t. I, p. 154, 203.
(3) Mém. de l’Acad. des sciences , 4768, p. 554.
(4) Experimentaluntersuchungen ueber die Naturursachen und Ver schiedenheiten des arteriæsen Pulses, p. 2,91.
(5) Opera minora, t. I, p. 140.
(6) Handbuch deriPhysiologie , t. I, p, 287,
(7) Froriep, Notisen , t, XIT, p. 20,
ports qui existent entre la circulation et la respiration ; aussi l’emploi qu’on en fait a-t-il donné lieu à des opinions erronées. Dans les efforts, en effet, ce qu’il y a d’essentiel, c’est un mouvement respiratoire , puisque le diaphragme s’abaisse ; mais c’est en même temps un mouvement d'expiration, puisque les muscles du bas-ventre se contractent puissamment. Les autres muscles du tronc et ceux qui s'étendent de celui-ci aux membres, y prennent plus ou moins de part, de sorte que les eflorts semblent être un eflet général des muscles du tronc , qui comprime principalement la cavité abdominale, qui, par conséquent , presse aussi sur l'aorte, comme le dit Bland , mais gêne la circulation d’une manière générale. Aussi, dans cet état violent, où les circonstances mécaniques prennent la prépondérance , le pouls devient-il d'abord plus fort et plus fréquent, puis petit et irrégulier : le sang s’élance d'une artère ouverte par un jet plus élevé, et des anévrysmes peuvent se produire ou se rompre, parce que le sang est emprisonné sur un point, et qu'il ne lui est pas permis de se répandre librement. La face et le cou se gonflent, rougissent, puis deviennent bleus ; 1l survient une stase dans les vaisseaux capillres ; s’il existe un point enflammé ou suppurant à la peau, dans une partie quelconque du corps, celui qui fait des ellorts, par exemple pour aller à la selle, y éprouve de la chaleur et de la douleur, non pas au bout de quelque temps, mais Imstantanément. La pénétration du sang dans les poumons est gênée aussi; les diverses branches des veines caves se tuméfient et crèvent quelquefois ; le cœur droit peut aussi être dilaté par à. Nous voyons donc ici une stase du sang dans ses deux points tropicaux à la fois, stase qui correspond à la suspension de la respiration.
7° Le séjour du sang dans les poumons pendant l'inspiration était attribué par Boerhaave à ce que, ces organes étant pleins d'air, le liquide ne peut y circuler librement; mais Haller (1) a fait voir que la pression de l'air contre la force du cœur n'existe pour ainsi dire point, et de plus il a réfuté l’opi-
(4) Elem, physiol.; t. TI, p. 245.
nion suivant laquelle la pression des ramifications bronchiques, ou l'expansion de l'air échauffé, ou l’altération de sa nature, arrêtait la circulation dans les poumons (4).
III. Enfin on a encore, de nos jours, voulu faire dépendre la circulation des circonstances mécaniques de la respiration.
D'après Carson (2), les poumons sont violemment distendus par l'air, et ils font effort pour revenir sur eux-mêmes, par le fait de leur élasticité; en produisant par là un vide (3), ils suppriment une partie de la pression de l'atmosphère sur le cœur, favorisent par conséquent la diastole de cet organe, et rendent sa systole plus difficile, de manière qu'ils se comportent comme antagonistes de ses muscles; une fois les ventricules vidés par la systole (4), il faut, pour maintenir l'équilibre à la pression du dehors, que le poids de l'atmosphère sur tous les troncs vasculaires amène de nouveau sang; mais les valvules ne permettent pas qu'il revienne rien des artères dans le cœur ; comme, au contraire (5), une partie de la pression atmosphérique sur le cœur en général est supprimée par l'élasticité des poumons, et une partie de celle sur les oreillettes par la systole des ventricules, le sang des troncs vemeux trouve moins de résistance dans le cœur, et il y coule.
De même aussi Barry prétend que la cause en vertu de laquelle le sang coule dans les veines consiste en ce que la pression de l'atmosphère fait passer le sang de ces vaisseaux dans le vide que l'inspiration a produit dans la cavité pectorale; un tube ayant été introduit par le bas-ventre dans le péricarde, et son autre bout plongé dans une liqueur colorée, celle-ci y monta pendant l'inspiration et descendit pendant l'expiration ; elle s'élevait quelquefois pendant les deux temps, mais plus durant le premier ; après la mort, l'ascension durait encore quelque temps sans interruption. L'expérience avait le même ré-
(4) Loc. cit., p. 254-258.
(2) Inquiry into the causes of the motion of the blood, p. 1142. (3) Ibid., p. ASS
(4) Jbid., p. 124.
(5) bid., p. 181.
sultat lorsque le tube était introduit, non point dans le péricarde, mais seulement dans le sac de la plèvre (1).
8° Ces deux théories reposent sur un principe faux. La dilatauion de la cavité pectorale et l'expansion des poumons ont lieu d’une manière harmonique , de sorte qu'il ne se produit point de vide entre les parois et l'organe pulmonaire. Barry et Carson n'ont envisagé chacun qu'un côté du phénomène, en attribuant ce prétendu vide le premier à l'ampliation de la poitrine et l’autre à l’élasticité des poumons.
9° Les expériences de Barry sont insuflisantes pour com pléter la preuve. Wedemeyer (2) s’est convaincu qu'elles ne réussissent pas sur les animaux debout, mais seulement sur les animaux couchés , circonstance dans laquelle la situation et l'agitation impriment une violence contre nature aux mouvemens respiratoires. L’eau montait; davantage dans le tube quand la poitrine avait été ouverte, parce qu'alors les poumons ne peuvent point se dilater, convenablement. Les autres expériences de Barry confirment seulement la force aspirante du cœur, qui est plus grande pendant l'inspiration que pendant l'expiration, quoique Wedemeyer (3) n’ait remarqué aucune différence sous ce rapport.
10° D'après ces théories, la pression de l’air inspiré devrait chasser le sang des poumons , tandis qu'il coule en moindre quantité pendant l'inspiration que pendant l'expiration; la circulation devrait être plus rapide dans les vaisseaux capillaires, sur lesquels l'atmosphère pèse davantage que dans les troncs, et c’est également le contraire qui a lieu.
A1 Enfin il est faux que , comme le prétend Barry, le sang ne coule dans le cœur que pendant l'inspiration; car on le voit suivre un cours uniforme dans les veines , et l’on reconnait que la respiration n’exerce qu'une influence très-secondaire. Quand on ouvre la cavité pectorale , les battemens du cœur et la respiration continuent chez les Grenouilles qu'on
(2) Recherches expérimentales sur les causes du mouvement du sang dans les veines.
(2) Untersuchungen , p. 315.
(3) Jbid., p. 293.
abandonne à elles-mêmes, et chez les animaux à sang chaud dans les poumons desquels on souffle de l'air, elle continue pendant plusieurs heures, quoique les poumons et le cœur soient exposés d’une manière immédiate et soutenue à la pression de l'atmosphère. Hallér (1) a vu , en pareil cas, les veines caves se vider pendant l'inspiration et se remplir pendant l'expiration. Chez des Grenouilles auxquelles Baumgaertner (2) avait lié les poumons, la circulation durait encore le lendemain, et chez des Lapins que Wilson (3) avait tués d'un coup sur la tête, le cœur batiait encore , quoique la respiration eût cessé; on a vu vivre pendant plusieurs semaines des enfans qui avaient le cœur pendant hors de la poitrine; la circulation s'exécute chez l'embryon sans le moindre mouvement respiratoire; enfin on trouve quelquefois la surface entière des poumons adhérente aux parois de la poitrine, de manière qu'il y à là impossibilité mécanique de la production d'un vide. Les théories précédentes paraissent n'avoir quelque intérêt qu'en ce qu’elles font le pendant de celles des physiologistes allemands qui refusent d'accorder la plus lésère influence au mécanisme.
12° Poiseuille a bien réfuté l'opinion que le mouvement du sang dans le système veineux dépend de la respiration ; mais il explique les phénomènes précédens (1°-3°) par les circonstances mécaniques de cette dernière fonction. Suivant lui, pendant l’inspiration et l’ampliation de la poitrine , l'air contenu dans cette cavité se dilate, de manière que la pression de l'atmosphère devient prédominante et chasse le sang des troncs veineux dans la poitrine; pendant l'expiration, la pression de l'air intérieur reprend le dessus, les veines sont comprimées , et le sang sort de la poitrine (4). Mais cette atténuation ét cette condensation de l'air existant dans la poitrine ne sont pas des faits ; ce sont des hypothèses, dont nous
(1) Opera minora , 1.1, p.139.
(2) Loc. cit., p. 554.
(3) Loc. cit., p. 54
(4) Journal de Magendie, t. X, p. 281.
démontrerons le néant lorsque nous traiterons de la respiration.
L'inspiration n’agit que sur les troncs des veines et non sur leurs branches. Poiseuille attribue cette circonstance à ce que l'air extérieur comprime les veines jusqu’au point de les obturer , de sorte qu’il n'arrive pas de sang aux poumons par aspiration de ces organes (1). Gependant il paraît bien plus naturel d'admettré que l'attraction exercée par les poumons sur le sang veineux se manifeste avec plus de force dans les troncs veineux , qui sont plus voisins , que dans les ramifications , qui se trouvent à une plus grande distance.
Enfin Poiseuille a trouvé que la respiration artificielle, après l'ouverture de la poitrine, entretient bien la circulation, mais qu’elle n’a pas, comme dans l’état normal , le pouvoir d'augmenter et de diminuer l’afflux du sang vers les poumons. IL explique ce phénomène en disant que, quand on emploie l'insufflation, l'air contenu dans les poumons devient prédosminant sur l'air extérieur, et qu'il conserve cette prédominance même après qu'on à cessé de souffler et que les poumons se sont affaissés en vertu de leur ressort. Cependant rien ne justifie une telle hypothèse, et il est plus vraisemblable que, quand on souflle de l'air dans les poumons d’un animal qui vient d’être tué, l’afflux du sang vers ces organes n’augmente pas, comme dans la respiration naturelle, parce que le sang qui se trouve dans les autres organes n'arrive point à acquérir pleinement le caractère veineux, de
sorte que , par cela même, l'organe pulmonaire l’attire avec moins de force.