ARTICLE II
Des secretions revétues d’un caractère spécial. I. Salive.
$ 822. La salive est sécrétée par les glandes appelées salivaires ; Car on en trouve dans l'intérieur de ces organes quand on les dissèque: on la voit quelquefois aussi, pendant la vie, jaillir de leurs conduits excréteurs, ou en suinter quand une plaie les a divisés. Comme on peut se la procurer aisément, et en quantité suffisante , chez l'homme bien portant, nous la connaissons mieux que toute autre sécrétion quelconque du corps humain. C’est surtout Mitscherlich (1) qui a contribué à . en éclaircir l’histoire, ayant eu occasion de la recueillir pure et exempte de mélange avec les autres sécrétions de la cavité orale, chez un homme dont l’orifice du canal de Stenon était oblitéré, et sur la joue duquel s’ouvrait une fistule livrant passage au liquide qui provenait directement de la glande parotide.
4° Nuck estimait à une livre la quantité de salive qui se sécrète ordinairement dans l’espace de vingt-quatre heures. Cette quantité peut être beaucoup plus considérable dans les cas de blessures des glandes salivaires et autres états morbides (2). L. de Buch (3), ayant éprouvé, sans cause appréciable, une salivation qui persista pendant six mois , perdait chaque jour une livre de salive , dont peut-être avalait-il autant, et sa santé n’en reçut aucune’atieinte. Une ,parotide sécrétait, d'après Mitscherlich (4), dans l’espace ide vingtquatre heures, soïxante-cinq à quatre-vingt-quinze grammes —= 1067 à 1559 grains prussiens. Or, si les parotides pèsent
(4) Rust, Magasin fuer die gesammte Heilkunde, t. XX VIII, p. 491. (2) Haller, Elem. physiol., t. VI, p. 59.
(3) Scherer,* Algemeines Journal der Chemie, t. V, p. 440.
neuf gros, les glandes sous-maxillaires cinq 'et les sublinguales trois (1), et si leur sécrétion correspond à leur poids, si, par conséquent, la salive d’une parotide est à la masse totale de la salive comme 1 : 3,77, cette masse sera, par jour, de 4030 grains — 8,39 onces, à 5889 prains — 12,26 onces, c'est-à-dire , terme moyen, de dix onces. Schultz (2) dit que la parotide d’un Cheval, dont on avait coupé le conduit excréteur, donna , en veb'quateé heures, cinquante-Cinq onces et sept gros ; mais, comme la blessure avait stimulé l’activité vitale, nous ne pouvons pas conclure de là que, dans l’état normal, la sécrétion totale de la salive s’élève à dix hvres en vingt-quatre heures chez le Cheval (3).
2° La salive est claire comme de l’eau, avec une légère nuance bleuâtre. Siebold (4) la compare à de l’eau dans une livre de laquelle on aurait ajouté une goutte de lait. Il évalue sa pesanteur spécifique à 1008, Gmelin (5) à 1004, Mitscherlich de 1006 à 1008. Elle est un peu visqueuse ; elle file, suivant Siebold, comme une dissolution de gomme dans quarante parties d'eau; aussi ne se congèle-t-elle point si facilement que l’eau, et se couvre-t-elle d'une écume abondante lorsqu'on l’agite, de même que quand on la fait bouillir. Cette consistance est due surtout à du mucus mélangé avec elle, qui, par le repos , forme un dépôt floconneux, et qu’on peut aussi séparer par la filtration, après quoi le liquide est parfaitement clair, la plupart du temps un peu jaunâtre, et ne file plus entre es doigts. Ce mucus ne provient pas des follicules mucipares de la cavité orale seulement; car Mitscherlich (6) a reconnu que la salive qui coulait de la fistule parotidienne , déposait aussi du mucus par le repos, mais n'en donnait tout au plus que 0,0007, et en abandonnait même
(4) Haller, Elem. physiolog., t. VI, p. 446.
(2) De alimentorum concoctione experimenta nova, p. 87.
(4) Historia systematis salivalis, phystologice et pathologice Const derati, p. 45.
(5) Tiedemann et Gmelin, Recherches expérite ie sur la digestion, ten. D.
(6) Loc, cit,, p. 508.