‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 4)Chapitre 10 sur 79 · C. Gastéropodes · texte numérisé non relu

C. Gastéropodes

$ 377**. Iln’y à qu'un petit nombre de Mollusques gastéropodes qui mettent au monde des petits vivans. Telles sont la Paludina vivipara et la Clausilia ventricosa. La plupart de ces animaux pondent des œufs. Parmi ceux-ci, il ÿ en a quel: ques uns, par exemple les Gastéropodes terrestres et d’eau douce, dont chaque jaune d'œuf a généralement son blanc et son chorion particuliers, mais dont tous les œufs d’une même ponte sont la plupart du temps liés ensemble par un moyen d'union spécial. Au contraire, parmi les Gastéropodes marins qui appartiennent à la section des Cténobranches, il en est beaucoup qui produisent toujours un chorion commun à une multitude de jaunes; mais ce chorion varie de forme suivant les espèces, il est coriace ou parcheminé , et, outre les jaunes, il enveloppe encore une quantité considérable de blanc , qui leur appartient à tous en commun.

A Les embryons qui se forment dans de pareilles enveloppes d'œufs laissent apercevoir chacun, de très-bonne heure, d’après les observations de Lund (2), un pinceau de longs cils, qui vibrent continuellement, et à la faveur desquels ils se meuvent d'abord dans le blanc , tant que leur enveloppe Îles renferme encore , puis plus tard dans l’eau de la mer, quand ils ont percé la capsule. Très-probablement ces cils sont des lames branchiales prolongées, et ils correspondent à ceux qu'on découv’e chez les embryons des Squales et des Raies. Mais Grant assure que des organes analogues exis-

(1) Annales des sc. nat., seconde série, t, IV, p. 233. (2) Eroriep, Notisen , t. XLI, p. 1.

tent épalement chez les embryons et les petits de ceux d’entre les Cténobranches pélagiques qui pondent leurs œufs entourés d’une substance gélatiniforme.

2° De tous les Gastéropodes, le Limnœus stagnalis est celui dont le développement à été étudié avec le plus de soin en particulier par Stiebel (4), Carus (2) et Baër. L'œuf de ce Mollusque se compose bien des mêmes parties que celui de nos Bivalves d'eau douce ; mais it est plus volumineux , il a une forme ovale, et la quantité du blanc y est plus considérable, proportionnellement au jaune. Le jaune, srenu quand on le contemple à l'œil nu, ressemble à un petit point jaune. Lorsqu'il commence à se former et à se développer en embryon, ce qui arrive dès le quatrième jour, selon Carus, la sphère vitelline exécute , dans le plan vertical, des mouvemens de rotation autour de son axe, dont la cause n’est pas encore bien connue jusqu’à présent. En même temps le jaune et l'embryon grossissent aux dépens du blanc; les grains du premier s’enflent , ils deviennent plus volumineux et vésicu- Jeux. Mais , au bout de quelques jours, la torsion devient de plus en plus faible, et elle s'arrête tout-à-fait bien longtemps avant l’éclosion. La perforation du chorion a lieu entre le vingtième et le trentième jour après la ponte de l'œuf. Quelque jours après que l'œuf est sorti du corps de la mère, il se forme à la surface du jaune , suivant Baër, une lécère tache, qui n'occupe qu'une très-pelite étendue de cette sphère , fait un peu de saillie au dessus de sa surface, et se trouve placée, quand la torsion à commencé, non point dans l'axe de torsion , mais sur l'un de ses côtés. C'est le germe, ou la partie de laquelle procède la formation de l'embryon. Elle-même se convertit, dans les limites entre lesquelles elle se montre alors renfermée, en pied du Mollusque, dont le dévelonpement commence en conséquence par son côté ventral. Mais simultanément elle s’élargit de plus en plus, en dehors du pied, par assimilation de la substance plasti-

(4) Meckel, Deutsches Archiv , t. IT, p. 557-568. (2) Von den acussern Lebensbedingungen der weiss-und haltbluetiger +

T'hiere , p. 52-70.

que du jaune , et représente ainsi de très-bonne heure une enveloppe annulaire et irrégulièrement globuleuse du jaune, la membrane proligère. Ensuite cette enveloppe, dont la partie qui devient le pied augmente toujours d'épaisseur, d’opacité et de longueur, et le jaune renfermé au dedans d'elle, acquièrent la configuration d’un corps réniforme , et le pied ou la partie la plus épaisse de la membrane proligère représente alors la plus petite courbure du tout, tandis que la plus grande correspond à la paroi dorsale du corps, c’est-àdire à la portion la plus mince de la membrane proligère. A cette époque encore l'embryon tourne autour d’un axe imaginaire qui le traverserait obliquement, en même temps qu'il exécute dans l'œuf un mouvement pour ainsi dire planétaire, c’est-à-dire qu'il décrit une ligne spirale revenant sur elle-même , ou une cycloide. Swammerdam paraît avoir déjà vu ce mouvement. Après que le jaune et la paroi du corps, par conséquent l'embryon lui-même , ont pris la forme d’un bateau , ou plutôt d’un rein, on voit apparaître, à l’extrémité céphalique , pendant le cours du sixième ou du septième jour, les deux tentacules, à quelque distance derrière Lesquels se prononcent une paire de languettes latérales, partant de la paroï du corps. Ges dernières parties sont étroites, longues et plates ; si l'on suppose l'embryon placé sur son pied , l’une de leurs faces est tournée en haut, et l’autre en bas ; elles appartiennent à la paroi du dos, et sont les bords latéralement saillans du manteau, duplicature de la paroi dorsale qui couvre une partie de la tête de l'animal en manière de capuchon. Quant au jaune, il se retire de plus en plus d'avant en arrière, devient plus grenu et plus vésiculeux dans la moitié postérieure de l'embryon que dans l’antérieure , et forme, dès le septième jour, immédiatement au devant de l'extrémité postérieure, un renflement médiocrement volumineux de la paroi dorsale. Suivant Baër, cette migration du jaune dépend vraisemblablement de ce qu'à cette époque il s’est déjà produit un canal intestinal, qui entoure le jaune d’une manière immédiate , et de ce que la moitié antérieure de ce canal, en grossissant et devenant l'estomac, se resserre avec force vers son axe, et chasse la portion du

Le -

Le DÉVELOPPEMENT DES MOLLUSQUES.

jaune qu’il contient dans la moitié postérieure , qui est formée encore d’une paroi plus mince. Baër a observé de trèsbonne heure une limitation en forme d’enveloppe du jaune, consistant en substance à grains très-déliés, et annonçant devoir être le canal intestinal. Jusqu'à présent on ne sait pas encore bien comment ce canal se produit ; cependant l’analogie porte à présumer que la membrane proligère qui enveloppe Le jaune se partage en deux feuillets , dont l’externe devient la paroi du corps , et l’mterne le canal intestinal. Au neuvième jour, selon Carus, on aperçoit les veux, puis le cœur, qui est déjà formé de deux sacs, une oreillette et un ventricule , et qui se trouve logé au dessous de la paroi dorsale, à quelque distance derrière Îa tête. Au onzième ou douzième jour, la masse du jaune , qui a déjà subi une diminution considérable , repousse fortement la paroi dorsale en arrière et à droite , de sorte que cette paroi produit là , de concert avec une partie du jaune, une petite éminence qui fait une légère saillie au dessus du pied, en arrière et à droite. Au bout de quelque temps le sommet de cette éminence s'incline d’abord en avant , puis à gauche. C’est là le rudiment des circonvolutions qu’on aperçoit chez le Limnée adulte : car plus l’embryon avance en âge, plus cette éminence devient considérable , et plus aussi elle se contourne en spirale, de manière qu’à la fin de la vie embryonnaire elle décrit déjà quatre tours et demi (on en compte six à sept chez l'adulte ). Il est très-présumable que c’est principzlement le canal intestinal qui détermine la torsion de la paroi du corps du Mollusque. En effet, la bouche et l'anus ne sont pas en face, mais sont près l'un de l’autre, et l'intestin forme une anse dont les contours s'étendent dans la coquille, jusqu’au bout presque de laquelle elle prolonge son sommet. Or cette anse est simple d'abord, c’est-à-dire tant qu’on n'aperçoit point encore de circonvolutions à l'extérieur de l’embryon ; mais dès qu'elle acquiert plus de longueur, elle se roule sur elle-même , pousse au devant d'elle, comme un sac herniaire , la paroi dorsale , qui est très-délicate et mince, et la force de prendre part à l’enroulement. La coquille se forme au dessous de l’épiderme, dans le mucus de Malpighi,

DÉVELOPPEMENT DES MOLLUSQUES, sÿ

et son origine remonte à peu près au dixième ou onzième jour. Une fois l'embryon éclos, elle s'agrandit par la sécrétion qu'une glande et le manteau accomplissent d’un suc calcaire , que le manteau dépose au bord de la coquille, là où se trouve l'ouverture de cette dernière. Baër assure qu’on ne. découvre des vestiges de foie qu’à la fin de la vie embryonnaire, mais Carus en fait remonter l’origine bien plus haut. Nous ignorons encore comment cet organe se produit. Nous ne savons pas non plus si le fruit possède déjà des organes génitaux à l’époque de son éclosion.

3° Swammerdam a observé aussi des mouvemens rotatoires dans l'embryon de la Paludina, vivipara qui, du reste, au , moment où il quitte l’œuf, à une coquille de quatre tours, garnie de pusieurs rangées de soies fines. Des mouvemens analogues ont été vus également sur les embryons de Suwccinea amphibia par Demortier (1), sur ceux d’une espèce de Limace qui paraît être le Limax cinereus par Laurent (2), et sur ceux du Planorbis cornea et du Limnœus palustris par Jacquemin (3), de sorte qu’il paraît que les embryons de tous les Gastéropodes terrestres et d’eau douce tournent sur euxmêmes, dans leur œuf, à une certaine époque de la vie.

4° Selon Jacquemin, peu de jours après la ponte de l'œuf du Planorbe ( vraisemblablement peu de temps après que là membrane proligère s’est formée, et qu’il s’est produit ainsi une sorte de bandelette claire au pourtour du jaune, principalement sur l’une de ses deux moitiés), on commence à apercevoir, sur la bandelette d’une des moitiés, un tremblement ondulatoire , auquel succèdent ensuite des mouvemens de rotation. Deux jours plus tard environ il se manifeste, dans la substance du jauñe, de faibles contractions, qui ont lieu en différentes directions; lorsque ce phénomène arrive, la simple rotation horizontale se convertit en une révolution du fruit dans une direction plus où moins verticale , ce qui a pour résultat un déplacement de ce même fruit dans l'intérieur de

(4) Froriep , Notizen, t. XLV, p. 418.

(2) Annales des sc. nat., seconde série , t, IV, p. 249. (8) Zsis , 1834, p. 7,

Page 1