‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 5)Chapitre 14 sur 81 · CHANGEMENS QU'ÉPROUVE LA MASSE DU SANG · texte numérisé non relu

CHANGEMENS QU'ÉPROUVE LA MASSE DU SANG

& 667. Les premiers changemens que l’on remarque dans la masse du sang, sont les suivans :

4° D'abord, lorsque le sang entre en contact avec l’äir en quantité un peu considérable, il se couvre d’une écume vermeille, même lorsqu'il ne tombe pas d'une certaine hauteur, ets que loin de là il coule en bavant à la surface du corps de l'animal.

2° Il exhale, quand l'air est froid, une vapeur visible, et qui a faiblement l’odeur du sang (halitus sanguinis). Cette vapeur se condense en gouttelettes à la surface des corps froids, par exemple des plaques métalliques, qu'on tient au dessu d'elle; mais, à l’état d'expansion, on peut la recueillir dans des bouteilles , où elle n’éteint point la flamme d’une bougie, ne trouble pas l’eau de chaux, mais fait naître dans la dissolution de deutochlorure de mercure des flocons blancs, qui consistent en une combinaison de matière animale et de protochlorure. Si l’on secoue cette vapeur avec de l'eau, le liquide prend l'odeur du sang, sans déceler aux réactifs ce” qu'il contient, mais tombe en putr éfaction au bout de quelque temps, aîtire l'oxygène del’air, et produit, suivant Hunefeld , des vapeurs blanches quand on en approche de l'acide hydro= chlorique, ce qui annonce un dégagement d'ammoniaque (1).

3° Le sang des Mammifères et des Oiseaux se refroidit peu à peu , ou prend la température du milieu ambiant, tandis que l'évaporation s'accompagne d’une diminution positive de la chaleur. Schubler a trouvé que la chaleurgdu sang , la température extérieure étant à 6,2 R., descendait, en. une heure, de 31 degrés à 8, et en deux heures à 5,6 (2). Le sang frais

(4) Physiologische Chemie des menschtichen Organismus,t. II, p. 243. (2) Poggendorf, Annalen der Physik, 1, XXAÏX, p, 902.

exposé au dessous de zéro ne se coagule qué lentement d'après Hunter ; mais si on lui laisse perdre sa vapeur avant de le mettre au froid, la coagulation a lieu d’une manière plus rapide.

a. Coagulation du sang.

8 668. Le changement le plus frappant est la coagulation ; ou, plus exactement, la séparation en solide et liquide , qui, dans le sang humain, commence , terme moyen, cinq minutes après la sortie de la veine , quoiqu'il lui arrive quelquefois de se manifester déjà au bout d’une minute, tandis que , dans certains cas , elle n’a lieu qu’au bout d’une demiheure , ou même d’une heure entière. Cette coagulation est terminée en huit heures, bien qu'elle en exige parfois vingtquatre. D'abord , le sang devient épais comme de la crème , ou même consistant et tremblotant comme une gelée moile. S'il est disséminé par gouttes à la surface d’un corps solide, ou étalé en couches fort minces, il se dessèche tout simplement par l'effet de l’évaporation. Mais, s’il se trouve réuni en grandes masses, à la première période , qui dure fort peu de temps, succède la seconde, qui se prolonge bien davantage ; à la surface de la gelée on voit paraître un liquide clair, le sérum, et le reste se condense en une masse solide , le caillot, qui ne peut plus être ramenée à la forme liquide , ni par le sérum ni par l'eau.

lo Le sérum est un liquide limpide, tirant sur le jauneverdâtre, visqueux, collant, d’odeur fade et un peu répugnante , de saveur salée. Il est plus léger que le sang entier, et plus pesant que l’eau : sa pesanteur spécifique est de 1022 à 1037, selon Martine, Musschenbroek, Jurin et Haller (1), de 1027 à 1029 suivant Berzelius (2), de 4009 à 1011 chez les hommes bien portans et moindre chez les femmes, d’après Lauer (3). Thackrah (4) a trouvé les deux extrêmes de

(4) Elem. physiolog., t. IL, p. 422.

(2) Traité de chimie, t. VII, p. 66.

(3) Literarische Annalen der gesammten Heilkunde, t. XNIIL, p. 393. (4) An inquiry into the natur and properties of blood, p. 47. VI. 3

1004 tet 4080. Senac (1) évalue :le poids d'un pouce cube à trois cent soixante-dix-neuf grains et deux tiers. Desséché en plaques minces, le sérum :se Couvre, comme tout autre liquide visqueux , de fissures affectant des directions diverses. Mayer (2) dit qu'il éclate alors en tables quadrilatères, dans le milieu desquelles se trouve une partie plus translucide et de forme sphérique.

20 Le caœillot (placenta, insula, hepar sanguinis, appelé aussi cruor dans l'acception la plus étendue du-mot) a la consistance d'une gelée ferme, de sorte que le doigt y laisse des impressions, qui ne tardent cependant pas à s’effacer. Sa surface est'd'un rouge clair, le bord translucide et jaunâtre, l'intérieur d'un rouge tirant sur le brun. Sa pesanteur spécifique surpasse non seulement celle du sérum, mais encore celle du sang entier : elle est de 1078 suivant Davy, 1084 d'après Musschenbroek, 1093 suivant Martine, 1126 selon Jurim (3). AusSi occupe-t-il ordinairement le fond du vase : Si‘celui-ci estétroit, il contracte fréquemment adhérence avec les parois, de manière que Le sérum se trouve :emprisonné:et me peut se réunir qu'au dessous de lui ; mais quelquefois aussi il surnage en vertu de sa texture spongieuse. Après la dessiccation, il-est d’un rouge-brun noirâtre, brillant à la surface; il se brise en feuillets ; sa cassure est mate, dense, avec des éclats et des stries d’un rouge clair.

3° Mais le caillot lui-même n’est qu'un mélange composé d'un tissu filamenteux gris, la fibrine ($ 675), et d'un liquide épais et rouge. le cruor. Sa ‘partie “essentielle est donc la fibrine, qui seule se solidifie ou se coagule. Comme da ‘coagulation, qui est le passage de l'état d'expansion ou ‘de liquidité à celui de resserrement ou de solidité, se manifeste nécessairement sous la forme de contraction, il faut quella fibrine abandonne la partie la plus liquide du sang, le. sérum, Jaisse celui-ci dans l'espace d’où elle se retire, et l’exprime même de son tissu à mesure qu’elle se condense davantage,

(4) Traité de la structure du cœur,'t.I, p. 301. ((@):Supplemente sur Lehre vom Kreislaufe , p. 8. (3) Haller, oc, oùt,, t, IT, p.39.

tandis qu’elle retient le cruor , qui est plus épais, a plus de pesanteur et adhère à elle avec plus de force. On détruit cette combinaison en lavant à plusieurs reprises avec de l’eau le caillot, qu'on a soin de remuer fortement et de malaxer ou d'exprimer , après quoi on décante le liquide, qui a dissous le cruor. On doit bien se garder d’agiter violemment ou de fouetter le sang frais , ou de le faire couler des vaisseaux dans de l’eau; car alors la fibrine ne se coagulerait plus qu’en petits flocons et grumeaux, et le cruor se mélerait au liquide. Souvent aussi une séparation partielle s’effectue d'elle-même, tantôt une portion du cruor se mélant avec le sérum, qu'elle colore en rouge, et au fond duquel elle produit plus tard un précipité , tantôt ane ‘partie du caillot n'étant formée que de fibrine seule et constituant ainsi ce qu'on appelle la couenne (CS 754, Y ).

4° Comme Ja séparation du sérum et du caillot résulte immédiatement d'un acte mécanique, la proportion dans laquelle elle à lieu dépend non seulement de la quantité des deux substances qui existe dans le sang, mais encore du degré de cohésion que la fibrine acquiert en se coagulant. Le caillot est très-abondant, proportionnellement au sérum, soit parce que le sang contientune grande quantité de fibrine, soit parce que celle-ci ne se contracte que faiblement , de sorte qu’elle retient beaucoup de sérum dans ses interstices , et vice versa. Il faut aussi avoir égard au temps et à d’autres circonstances au milieu desquelles on observe la coagulation : quelquefois le caillot exsude encore du sérum au second Jour , et si on le met sur du papier gris, ou qu’on le comprime’, il en donne plus qu'il n’en aurait fourni sans cela. Voilà pourquoi on trouve tant de variantes dans l'énoncé des proportions respectives. Ainsi la proportion du caillot au sérum, dans le sang humain, est de 4 © 050 — 0,82, selon Hamberger, 4 ‘ 0,61 suivant Vieussens , 4 : 4 d'après Boyle, 4 : 4,40 suivant Tabor, 1 : 1,66,selon Homberg, 1 : 2 suivant Schwenke , 1 : 3 suivant Quesnay, 1 : 4, suivant Senac , 1 * 7 d’après Boerhaave, 1 : 10 selon Berger, 1 : 12 d’après Rosen (1) ; Rhades veut

(1) Haller, loc, cit, LT LE, P. 47,

qu'elle soit de 1 : 0,42, Thackrah de 4 : 0,74, Gendrin de 4 : 1,66, Thomson de 1 : 3. On obtient des données plus positives en desséchant complétement le caillot, puis comparant le poids de la fibrine et du cruor sec à celui du sang sur lequel on a opéré. Daprès cette méthode, dans mille parties de sang, la proportion du caillot au sérum variait entre 157 : 843 et 208 . 792 selon Rhades (1), ce qui donne pour terme moyen 178 : 822 ; selon Brande, les extrêmes étaient de 94 * 906 et de 158 : 842, le terme moyen de 130 : 870 (2). Prevost et Dumas, en opérant sur mille parties de sang , ont trouvé que les Oiseaux sont ceux chez lesquels le caillot abonde le plus, puisqu'il s'élève à 157 dans la Poule, 455 dans le Pigeon, 450 dans le Canard , 446 dans le Corbeau, 132 dans la Cigogne ; vient ensuite la Tortue, où sa quantité est de 150; il y en a moins chez les Mammifères ; savoir, 4146 dans le Simia callitrix , 129 chez l'homme, 128 dans le Cochon d'Inde, 423 dans le Chat , 102 dans la Chèvre, 93 dans le Lièvre, 92 dans le Cheval, 91 dans le Veau; moins encore, c’est-à-dire 69, dans la Grenouille ; enfin, moins que partout ailleurs chez les Poissons, savoir, 63 dans la Truite, 60 dans l’Anguille, et AS dans la Lote. La proportion du caillot humide au sérum, suivant Thackrah (3), est, dans le Chien, de 1 : 0,28—0,50, dans la Brebis de 4° 0,47, dans le Bœuf de 1 : 0,63, dans le Cochon de 1 : 0,65, dans le Cheval de 1 : 0,76; selon Davy, dans le Bœuf de 1 + 0,70; d'après Ficinus, dans le Pigeon ,

de À : 0,04, dans le Corassin de 4 + 1 24; selon Fiedler,

dans le Tapin de 1 : 0,50, et dans le Pigeon de1:0 ,05—0, 009.

* Phénomènes qui accompagnent la coagulation du sang.

$ 669. Plusieurs phénomènes ont lieu pendant la DIE tion du sang.

1° Parent (4) avait déjà remarqué des bulles d'air, qui crèvent et laissent ainsi des vésicules anguleuses dans le caillot. Brande a reconnu que cet air était de l’acide carbonique ; car

(4) Diss. de sero sanguinis hominis aliisque liquidis cnimatium p. 8. (2) Meckel, Archiv fuer Anatomie, A828, p. 337.

(3) Loc. cit., p. 29.

(4) Hist. de l’Acad, des sciences , 4744, p. 24.

il troublait l’eau de chaux (1). Aussi son dégagement est-il considéré par Home (2) et Scudamore (3) comme une circonstance essentielle et une condition de la coagulation; par Berthold (4) comme un phénomène qui favorise cette dernière. Mais Davy nie positivement qu'il ait lieu (5).

» 2° Comme un dégagement de chaleur accompagne toute on. Fourcroy admettait qu'il s'en opère un aussi pendant la coagulation du sang. Mais il ne pourrait être constaté, dans le sang des Mammifères et des Oiseaux, que par le ralentissement du refroidissement , puisque la température de ce liquide surpasse celle de l'atmosphère , avec laquelle elle doit se mettre en équilibre. Gordon, Thomson et Scudamore (6; ont admis en effet qu'il se refroidit avec plus de lenteur ; Gendrin (7) dit que le sang descend à vingt-quatre degrés immédiatement après sa sortie des vaisseaux, qu'il conserve cette température pendant la coagulation, et qu'ensuite il se refroidit très-rapidement. Cette opinion a été combattue par J. Davy surtout (8), quiattribue lerefroidissement plus lentde la couche supérieure du sang à ce qué la chaleur qui rayonne des parties profondes et du fond échauffé du vase, se répand de bas en haut, explication adoptée également par Schræder van der Kolk (9). Quand Davy remplissait de sang d’un Mammifère une bouteille échauflée et entourée de laine, il conservait sa température primitive pendant la coagulation, et même plusieurs minutes encore après, et ce n’était qu'au bout de dix minutes qu'il se refroidissait d'environ un demi-degré du thermomètre de Fahrenheit. Denis(10) mit du sang d'homme dans un vase entouré d'objets ayant la température du corps humain , et reconnut que le mercure ne montait point dans le

* (4) Home, Lectures ; ©. IIT, p. 43.

(2) Zbid., p. 3.

(3) V’ersuch ueber das Blut, p.25.

(4) Beitræge zur Anatomie’, p. 241. on (5) Heusinger, Zeitschrift fa die organische Physik, U IX, p. 304. (6) Loc. cit, p. 56-65.

(7) Hist. anatomique des inflammations , t. IL, p. 424. (8) Meckel, Deutsches Archiv, t. I, p. 447.

(9) Diss. sistens sanguinis coagulantis historiam , p. 56.

. (40) Recherches expérimentales sur le sang humain , p. 75.

38 COAGULATION DÜ SANG.

thermomètre pendant la coagulation. Hunter à fait, sous ce rapport, une observation plus décisive encore ; à une température extérieure de quatorze degrés R., celle du sang tiré des vaisseaux d’une Tortue marquaït quinze degrés ,et le liquide descendit à quatorze pendant le cours même de la coagulation.

On conçoit aisément, à part même l'évaporation qui accompagne la coagulation , que celle-ci ne soit point marquée par ün dégagement de chaleur, puisqu'il n’y à que la fibrine qui sé $0lidifie, et qu’elle n'entre que pour un quatre-centième environ dans le sang ; aussi n’a-t-on point non plus remarqué d'élévation de température pendant la coagulation du sérum par les acides.

3° Ilne paraît pas non plus au dire de Schrœder van der Kolk (1), que le sang diminue de volume en se coagulant.

Lo Heidemann (2), Treviranus (3) et Gruithuisen (A) ont vu la fibrine se mouvoir pendant les progrès de la coagulation. | 5o Suivant Bellingeri (5), l'électricité du sang se met en équilibre avec celle de l'atmosphère durant la coagulation surtout, avant et après laquelle elle change peu.

6° Lorsqu'on examine au microscope du sang desséché , on Y découvre , dans la masse rouge , une multitudè de zones qui , lorsqu’elles sont étroites , paraissent plus foncées, mais qui , quand elles ont plus de LAN PBUE, ressemblent à des lacunes ou à des fissures. Ces fissures proviennent évidémment du retrait que la masse a éprouvé en se desséchant, quoique la coagulation puisse aussi y avoir pris part. Elles afféctent des directions diverses , de sorte que la masse comprise entre elles varie également de forme. Ce phénomène paraît tenir surtout à une cause mécanique, notamment à ce que la goutte de sang étant plus épaisse sur un point que sur un autre, 1l s’est produit plus de caillot dans l’un et davantage de sérum

(4) Loc.cit., p 07.

(2) Reil, A4rchiv, t, VI, p. 425.

(3) Biologie, t. IV, p. 557.

(4) Beitræge zur Physiognosie , p. 89.

(5) Bulletin de la Soc, méd. d'Emulation , 4823 ;.p. 645,

dans l’autre; cependant il serait possible aussi qu'on. dût y voir la manifestation d’une forme. de cristallisation. propre au sang. Mayer croit avoir remarqué qu'en vertu de la force plastique vivante inhérente à la fibrine, Le sang cristallise en aiguilles coniques, qui s’écartent en rayonnant d’un centre commun, et qui vont en s'élargissant à mesure. qu'elles se rapprochent du pourtour de la masse. (1): il ajoute que le cruor forme , au contraire, des tables quadrangulares, qui présentent un bord de couleur foncée, et, dans le centre, un point rond, ou une sphère de rouge pâle. Suivant lui, ces corps seraient le contenu proprement dit des globules du sang , il leur arriverait quelquefois de se disposer en lignes , mais, dans un verre de montre, ils produiraient au centre des masses sphériques, qui iraient toujours en di- “minuant vers la circonférence (2). Il me parait que ces formations tiennent , pour la plus grande partie , à des circonstances purement mécaniques. Le sang ne prend la forme rayonnée attribuée à la fibrine que quand on le laisse sécher dans un verre de montre ou autre corps creux analogue; les fissures qui se produisent nécessairement pendant la 1dessiccation , s'étendent du point où le sang est accumulé en plus grande quantité , vers celui où il forme la couche la plus mince , et vont par conséquent en rayonnant du centre à la circonférence ; souvent aussi il se forme des fissures transversales dans les rayons , de sorte que le tout représente une voüte bâtie en briques, et au pourtour, où la masse était plus mince que partout ailleurs, de légères fentes , simulant des stries de couleur foncée, s’entrecroisent sans régularité les unes avec les autres, de manière à faire naître là une apparence celluleuse. Si le sang a été séché sur une surface plane, tantôt 1l ne présente qu'un réseau produit par des fissures irrégulières , tantôt 1l offre des formes qui semblent plus régulières, quoiqu'elles ne soient pas moins accidentelles , par exemple un centre à petites cellules, entouré d’une fissure irrégulièrement annulaire , d'où partent d’autres fissures, qui

(4) ne zur Lehre vom Kreislaufe, p. 7-40.

E (2) Jbid., p.14. ,

Lo COAGULATION DU SANG.

s'étendent en rayonnant vers la périphérie, laissant ‘entre elles des espaces de couleur plus foncée , et à la circonférence un réseau à masses serrées, résultant de fibres éparses en toutes sortes de directions. Si le sang a été étendu d’eau avant qu'on le soumît à la dessiccation, les formes les plus diverses se montrent associées ensemble; par exemple, une partie garnie de petits points et de:stries très-fines, qu’entoure une couronne de vésicules, d’où partent des zones allant gagner en ligne droite la circonférence, marquée par un rebord de couleur foncée; des vésicules éparses , entourées d’un réseau celluleux ; des coagulations en forme de filamens, d'étoiles à quatre ou cinq branches, de pattes d'oie, etc. ; mais surtout des dendrites incolores, en lignes droites , souvent symétriques, qui se composent de troncs longitudinaux. fournissant à angle droit des branches transversales , d’où parfois aussi se détachent, également à angle droit, de courts rameaux longitudinaux. (Ces fissures n’ont rien de commun : avec la cristallisation; elles dépendent entièrement de la forme de la goutte de sang étalée , et de la disposition plane ou concave du porte-objet. Il s’en produit de semblables dans. tous les liquides animaux visqueux qui se dessèchent, et Fontana, par exemple , en a décrit d’analogues dans le venin de la vipère soumis à la dessiccation. Comme la masse adhère au: porte-objet, elle ne peut pas se contracter à mesure que las dessiccation diminue son volume, et il doit, par conséquent, s’y produire des fissures, qui, sur un porte-objet concave , sont plus considérables vers le bord, plus faibles dans le milieu, où la masse est plus épaisse et où les particules conservent plus de cohérence les unes avec les autres. Ces fissures ne paraissent différer en rien de celles d’une masse de terre qui se dessèche) (1).

Il serait plus instructif d'observer la coagulation elle-même au microscope, si cette observation pouvait étre faite avec toute l'exactitude ‘désirable. On voit naître à la surface une pellicule, qui ne montre pas de parties discernables, et au dessous de laquelle se forme un tissu celluleux. Suivant Ma-

(4) Addition de J. Müller.

gendie (1), les mailles de ce tissu grandissent peu à peu par la contraction de la fibrine, tandis qu'elles disparaissent sur certains points; entre la partie centrale colorée et la circonférence transparente, il resterait des ramifications , qui S'uniraient ensemble à la manière des vaisseaux ou mieux des nervures d’une feuille. Home (2) prétend que le caillot entier du sangest parsemé de canaux ramifiés et réunis en forme de réseau, qui, lorsqu'on place le caillot, dans une dissolution de colle de poisson colorée , sous le récipient de la machine pneumatique , exhalent du gaz acide carbonique et se remplissent de cette masse: suivant lui, ils seraient produits par le gaz acide carbonique qui se développe pendant la coagulation, de sorte qu’on ne les us pas dans le sang auquel on aurait soustrait son acide gazeux en le soumettant à l’action de la pompe ; il ajoute que ces conduits se déchirent pendant la dessiccation. Je n'ai pas pu parvenir à les voir (*)

** Phénomènes accessoires de la coagulation du sang.

$ 670. Passons maintenant à l'étude des circonstances accessoires de la coagulation.

1° La coagulation présente quelques variétés chez les différens animaux. Ce qui paraît avéré, c’estque, de tous les sangs, celui des Oiseaux se coagule le plis vite, celui des Reptiles et des Poissons avec le plus de lenteur. Mais, pour déterminer le rapport d’une manière exacte, il faudrait des observations multipliées , que nous ne possédons point encore, car les cir- . Constances individuelles sont la source d’une grande diversité. Suivant Blundell (3), le sang des Chiens commence au bout de dix secondes à se coaguler, etau bout d’une minute il est déjà entièrement solide , tandis que celui de l'homme ne s’épaissit qu'après une minute au plus tôt et en exige cinq pour prendre l’état solide. D’après Thackrah (4), la coagulation demande

(2) Précis élémentaire de physiologie, t. II, p. 308.

(2) Loc. cit., t. IT, p. 9-43.

(*) Comparez, sur la coagulation du sang, Raspail, Nouv. syst. de chim. organique, p. 372, pl. IV, fig. 45.

(3) Physiological and pathological researches , p. 430.

(4) Loc. cit., p, 29.

cinq à treize minutes pour le sang du Cheval , deux à dix pour celui du Bœuf, une demie à trois pour celui du Chien, une demie à une et demie pour celuide la Brebis , du Cochon et du Lapin , une demie à une pour celui de l'Agneau , une à deux pour celui du Canard , une demie à une et demie pour celui de la Poule. Fiedler (1) dit que le sang des Pigeons s’épaissit instantanément, et qu’il est solidifié au bout de cindgäffinutes, mais que c’est seulement au bout de vingt-sept minutes qu’il commence à abandonner du sérum, tandis que celui des La. pins ne devient épais qu’au bout de huit minutes, abandonne du sérum au bout de vingt-deux, et en exige vingt-sept pour acquérir la même solidité que celui des Pigeons au bout de cinq. dé | Chez les animaux sans volés , là coagulation est bien plus mcomplète. Il résulte des observations de Carus (2) que le sang du Limaçon des vignes se coagule en deux ou trois minutes , et qu'il se partage en un tiers de sérum et deux tiers d'un caillot semblable à du gluten peu épais. Gelui de l’Ecrevisse se coagule en une minute, suivant le même auteur, et donne un caillot à la fois plus abondant et plus ferme. Mais Gaspard assure que le sang du Limaçon des vignes ne fait que se séparer en un liquide surnageant bleu , et en un autre plus pesant, incolore ,* quoique un peu opaque (3); Erman dit également qu’il ne se partage point en caillot et en sérum, et que c’est au bout de plusieurs semaines seulement qu'il donne , par la putréfaction , un précipité pulvérulent (4).Selon Blainville (5), le sang rouge des Annélides ne se coagule pas non plus , mais laisse# en s'évaporant , une masse gélatimeuse qui , après la dessiccation, peut se redissoudre dans l’eau et reprendre le même aspect qu'auparavant ; il ne s’en sépare pas non plus de matière colorante spéciale.

2° La coagulation ne tient point à ce que le sang entre en contact avec l’air; car elle survient même lorsque, immédiate-

(4) Diss, de columbarum sanguine. Berlin , 4824, in-8°. + (2) Von den œussern Lebensbedingungen, p. 86. (3) Journal de Magendie, t. IL, p. 295.

(4) Aihandlungen der Ahademie zu Bertin , A8AG-1817, p. 209. (>) Cours de physiolog, générale, t. I 'p. 305.

ment à sa sortie du vaisseau, on reçoit ce liquide dans un flacon bouché, de même qu'elle s’accomplit, après la mort, dans l'intérieur des cavités closes du corps, tandis qu'on ne lobserve pas après avoir injecté de l'air dans les vaisseaux d’animaux vivans, ou quand, sur des cadavres humains, on trouve de l'air mêlé avec le sang. Mais le contact de l'air la favorise certainement ; il la rend et plus rapide et plus complète ; elle a lieu plus faiblement dans un vase étroit ou fermé que dans un vaisseau plat et ouvert (1). Ce phénomène ne paraît point tenir à une action chimique ; car, quoique Scudamore (2) prétende le contraire , il a été démontré, par les recherches de Davy (3) et de Schrœder (4), que la coagulation ne s'opère pas autrement dans le gaz oxygène ou dans le gaz acide carbonique, que dans l'air atmosphérique ; elle ne présente même pas de différence sensible dans le gaz hydrogène (5). Nous devons donc présumer que l’évaporation exerce ici de l'influence , et ce qui le confirme , c’est que , d’après les observations de Hunter, de Thackrah (6) et de Scudamore (7) , le sang qui coule lentement, goutte à goutte , et sur une grande surface, se coagule d’une manière plus rapide, quoique le sérum se sépare moins complétement du caillot ; d’ailleurs, suivant la remarque de Gendrin (8), la coagulation est plus lente par un temps humide , tandis que , au dire de Hunter et de Scudamore, elle marche avec plus de rapidité sous le récipient de la machine pneumatique. A la vérité, Davy révoque ce dernier phénomène en doute, mais à tort. Or comme , d'après Seudamore (9), la plus grande abondance de l’évaporation dans l'air raréfié y fait refroidir le sang plus vite que dans l'atmosphère, cette circonstance pourrait bien

(1) Schræder, Loc. cit., p. 9.

(2) l’ersuch ueber das Blut, p. 50.

(3) Froriep, Notizen , t, XXIIL, p. 294.

(&) Loc. cit., p. 81.

(b) Zbid., p. 47.

(6) Loc. cib., p. 37.

(7) Fersuch ueber das Blut, p. 34,

(8) Loc. cit., t. II, p. 426.

(9) V’ersuch ueber das Blut, p. 20.

être la cause de l'accroissement de célérité qu'éprouve la coagulation.

3° Mais la coagulation ne repose pas d’une manière essentielle sur le refroidissement. Ce qui le démontre déjà, c’est qu'elle s'observe dans le sang des Reptiles et des Poissons, dont la température change peu ou point après sa sortie du corps ; c’est aussi que le sang , lorsqu'on l’expose à un grand froid , gèle sans se coaguler , puis redevient liquide à la cha: leur , et se coagule alors comme le ferait du sang frais , phénomène dont nous devons la connaissance à Hewson (1). Ce même observateur a reconnu, en outre, que la coagulation est hâtée par la chaleur; du sang plongé dans un bain-mariemarquant trente à trente-trois degrés de l'échelle réaumurienne, se coagula plus vite que le même sang à l’air dont la température était de dix à quinze degrés (2); de deux lambeaux de veme jugulaire d'un Chien, qu'on avait compris entre deux ligatures , puis excisés , l’un fut plongé dans de l’eau froide, et l’autre dans de l’eau chaude; au bout de trois quarts d'heure, le sang du dernier était coagulé , tandis que celui du premier conservait encore sa liquidité (3) ; des lambeaux analogues de veine ayant été mis dans de l’eau ou de l'huile à deux degrés, le sang s’y trouva liquide encore au bout de six heures, et ce fut seulement au bout de vingt-quatre heures qu’il s’y montra un peu épaissi (4). J. Davy a remarqué également que le sang demeurait liquide pendant plus d’une heure à zéro. Scudamore (5) a vu aussi que la coagulation s'opérait plus promptement à chaud qu’à froid, et que du sang auquel trois minutes suffisaient. pour se coaguler dans un flacon où on le laissait refroidir lentement, ne passait à l’état solide qu’au bout de cinq minutes dans une tasse, permettant un refroidissement plus rapide , et de sept dans une soucoupe , où sa température baissait encore plus vite (6), ce

(2) Jbid., p. 3.

(3) Ibid., p. 74.

(4) Ibid., p. 75.

(5) J’ersuchueber dus Blut , p. 47.

(6) Jbid. , p. 36.

qui , à la vérité, est encontradictionavec les observations rap portées plus haut. Gendrin (1) dit aussi que la séparation du caillot et du sérum à lieu avec d'autant plus de rapidité que la température est plus élevée, et qu’elle ne s'opère point à zéro; cependant il assure avoir observé qu’elle commence plus tôt en hiver qu’en été, ce qui tient peut-être à ce que l'état de la vie n’est point le même pendant cette saison de l'année. |

Quant à la détermination précise du degré de chaleur, J. Davy croyait avoir remarqué que la coagulation est un peu plus lente à trente degrés de l'échelle réaumurienne et plus rapide à trente-huit, que de vingt à vingt-cinq. Il est plus positif qu’une température égale à celle du corps vivant favorise plus que toute autre la coagulation du sang, ce qui résulte des observations faites par Hewson (2), Schrœæder (3) et Thackrah (4). Ce dernier prétend cependant que la coagulation, qui s'opère en deux minutes de trente à trente-neuf degrés du thermomètre de Réaumur , exige dix secondes de plus depuis quatre jusqu à huit , et quatre minutes depuis douze jusqu’à vingt-cinq, quoique d’ailleurs la séparation du sérum soit plus facile et plus abondante à une haute température.

b° Enfin , le sang sorti des vaisseaux ne se coagule pas parce qu'il cesse de se mouvoir, car, lorsqu'on le fouette', toute la fibrine qu'il contient se solidifie; mais, l'agitation ne lui permettant pas de se prendre en masses d’un grand volume, elle ne produit que des fibres ou des flocons qu’on ne découvre qu'en opérant la filtration. Le sang n’a donc par là perdu qu’en apparence sa coagulabilité, puisque le seul de ses principes qui soit susceptible de coagulation, à pris l’état solide, mais s’est réduit en molécules très-divisées. Suivant Thackrah (5), le mouvement artificiel retarderait la coagulation; mais Scudamore (6) a trouvé que le sang se coagule plus vite quand on -le fouette que quand on le laisse en repos, et Davy, qui le (4) Loc, cit., t. IT, p. 424.

(2) Loc. cit., p. D.

(3) Loc. cit., p. 48.

(4) Loc. cit,, p. 38 (5) Loc. cit., p. 38.

(6) Versuch ueber das Blut, p, 34.

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