‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 5)Chapitre 47 sur 81 · CHAPITRE JI · texte numérisé non relu

CHAPITRE JI

Des causes de la vie extérieure du sang.

$ 747. Si, après avoir passé en revue les phénomènes les :

(1) Haller, Elem, physiolog., t. I, p. 449.

(2) Bid., p. 455.

(3) Gefæsslehre, p. 104.

(4) Haller. Elem. physiolog., t. I, p. 449; t. IT, p. 464. (5) Loc. cit.,t. I, p. 400.

(6) Elemente der Physik', 1. I, p. 486.

plus essentiels de la marche du sang , nous voulons remonter aux causes de cette dernière , nous avons d’abord à examiner quelles sont celles des battemens du cœur.

ARTICLE I

Des causes du mouvement du cœur.

La première chose à faire, pour connaître la cause des mouvemens du cœur, est de rechercher quelles sont les circonstances dans lesquelles ils ont lieu.

I. Or nous voyons d'abord un fait positif, c'est que le cœur réagit contre une stimulation, c’est-à-dire que certaines impressions le sollicitent à manifester sa vitalité de la manière qui lui est propre, par le mouvement. Lorsque ses mouvemens normaux viennent à languir, on peut les rendre plus forts ou plus accélérés, et quand ils ont cessé, on peut aussi les ranimer, par l'application d’un stimulus. Après qu'il a été enlevé à un animal vivant et bien portant, son impressionnabilité est plus vive , sa mobilité plus énergique , sa vitalité de plus longue durée, que quand on l’a tiré du corps d’un animal épuisé ou dont la mort a été lente. Les irritations qu’on dirige sur sa face interne agissent avec plus de force que celles ‘qu'on porte sur sa face externe. Mais on peut aussi le couper par lambeaux , et déterminer chacun d'eux à entrer en mouvement. Les actions à l’aide desquelles on fait naître ces phénomènes varient beaucoup, et on les désigne sous le nom d'irritations. |

1° Au premier rang se placent l'électricité et le galvanisme. Lorsque Humboldt (1) mettait un cœur entre deux morceaux de substance musculaire, ou entre d’autres corps conducteurs, et qu'il armait ceux-ci, son mouvement éteint se ranimait, ou celui qui persistait encore s’accélérait; si le cœur était déjà assez affaibli pour ne plus battre qu’une seule fois toutes les quatre minutes , le nombre de ses pulsations s’éle-

(4) Ucber die gereiste Muskelfaser, t. I, p, 343.

vait à trente-cinq par minute, et quand, au bout de cinq minutes , les battemens se séousalént redescendus à trois, une nouvel application du galvanisme les faisait remonter à vingt-cinq par minute.

2°. Haller (1) et Senac (2) ont vu la chaleur de la main ou de l’haleine provoquer de nouveaux mouvemens dans le cœur de l'embryon de Poulet. L’eau chaude en déterminait de plus rapides encore, mais qui duraient moins.

3° Une irritation mécanique, le contact d'un corps solide, l'apposition du doigt Surtout, la compression, les piqüres, les incisions , provoquent des mouvemens.

4° Il en est de même des irritans chimiques, par exemple, des acides.

5° L'air apit avec plus de force encore que les acides (3),

et même que tous les autres stimulus (4). Il suflit de pousser

de l'air dans les veines caves pour ranimer les battemens du cœur long-temps après là mort. Peyer (5), Harder (6) et Brunner (7) ont vu l’insufllation du canal thoracique réveiller les pulsations de cet organe chez dés animaux morts. Portal (8), Hunauld et Senac (9) ont même été témoins du phénomène sur des cadavres humains.

6° Les liquides agissent en raison de leur volume, de leur choc et de leur nature chimique. Mais, sous ce dernier point de vue, le sang est le stimulus naturel du cœur. Nous en avons la preuve dans les faits suivans, dont Senac avait déjà présenté l’ensemble (10).

a. Quand on s'oppose à l’abord de sang nouveau, en liant les troncs veineux, le mouvement du cœur devient plus fai-

(4) Opera minora , t. II, p. 389.

(2) Loc. cit, t. II, p. 440.

(3) Haller, Opera minora, t. 1, p. 152.

(4) Zbid., p. 470.

(5) Sébect, Die Transfusion des Blutes, t.I, p. 242... (6) Ibid. p. 245.

(7) Ibid., p. 249.

(8) Jbid., t. II, p. 442.

(9) Loc. cit., t. II, p.439.

(40) Loc. cùt., t. II, p.432. |

ble (1). Cet organe se contracte bien, parce qu'il contient encore un peu de sang , mais ses contractions sont faibles, et, comme il n’y à qu'une puissante systole qui puisse le vider d'une manière complète , une certaine quantité de sang reste dans son intérieur. Barkow (2) a vu, après la ligature de la veine cave, l'oreillette se contracter sans chasser de sang dans le ventricule ; lorsqu'il vint ensuite à ouvrir le cœur et à le distendre avec des pinces, le sang s’écoula, et les pulsations cessèrent. ©

b. Quand, sur un animal ouvert vivant, on a réduit le cœur déjà fatigué au repos en le vidant, si on y laisse arriver du sang , il se meut de nouveau.

c. La portion du cœur qui ne reçoit point de sang meurt la première. Lorsque les poumons, aflaissés sur eux-mêmes par l'ouverture de la cavité pectorale, ne fournissent pius de sang au cœur gauche, celui-ci cesse de battre, tandis que Je eœur droit, qui admet encore du sang, continue d'agir. Si, au contraire, après avoir lié l'aorte, on pratique la sec— tion des veines caves et. de l'artère pulmonaire, de manière

que le cœur droit se vide sans recevoir de nouveau sang, l'oreillette droite est tout-à-fait immobile, et le ventricule droit ou ne se meut plus du tout, ou n’exécute que des mouyemens extrêmement faibles, et cela seulement en vertu de sa connexion avec le ventricule aortique, qui alors est la partie dans laquelle les pulsations persistent le plus longtemps (3).

. d. Quand on se contente de lier les artères , pour empêcher que le cœur ne se vide, il se contracte plus fs équemment:et avec plus de violence fée ua le sang est libre d'y entrer et d'en sortir.

e. Enfin, nulle liqueur autre que le sang ne détermine des mouvemens du cœur aussi forts et aussi réguliers (4). Lorsque Dieffenbach faisait couler du sérum dans les veines d’animaux qu'il avait réduits à l'état de mort apparente en lais-

(2) Hallér, Opera minora, t: I, p.170.

(2) Meckel, Archio fuer Anatomie , 1830, p. 5.

(3) Haller, Opera minora, t. I, p. 60.

(4) Senac, loc. cit, t. IL, p435:

sant perdre tout leur sang, la revivification n'avait pas lieu, . tandis que le cœur recommençait à battre dès qu’il injectait du sang entier.

Merk (1) nie que ce soit le sang qui sollicite le cœur à se mouvoir, parce que l’afflux et l'écoulement de ce liquide ont lieu peu à peu, et que le mouvement du cœur s'opère au contraire tout d'un coup. Mais une irritation quelconque n’appelle une réaction qu'à la condition d'être portée ellemême jusqu'à un certain degré, et comme on ne saurait nier que lirritation produite à la vessie par l'urine soit la cause qui la détermine à se vider, parce que le viscère a la faculté de retenir Le liquide pendant des heures entières sans se contracter, de même on ne peut mettre en doute que c’est le sang qui stimule le cœur, parce que ce muscle ne se vide qu'après avoir été rempli entièrement. Une autre objection, celle que le cœur de l'embryon se meut avant de contenir du sang, est réfutée par l'observation du fait contraire ($ 399, 7°). Une troisième enfin, celle que le rhythme des battemens du cœur peut changer dans des circonstances qui n’exercent aucune influence sur le courant du sang, est sans valeur, puisque la faculté d'être affecté par la stimulation du sang n’exclut pas celie de ressentir l’action des autres stimulus.

IT. Mais nous reconnaissons dans le cœur une force motrice qui, bien qu'elle ne se décèle ordinairement que quand elle vient à être sollicitée du dehors, peut néanmoins se manifester sans cette condition, et d’après un type propre à elle.

7° La systole a lieu sans stimulation. Le cœur excisé et vidé se meut encore d’une manière rhythmique, pendant plusieurs heures, par exemple chez les Grenouilles et les Salamandres (2), et l'air n’en est point la cause, car le mouvement continue même sous le récipient de la machine pneumatique (3). Il arrive aussi quelquefois que le cœur continue de se mouvoir après la ligature des troncs veineux (4).

8° Les stimulations ont beau continuer d’agir, la diastole ne

(4) Ueber die thierische Bewegung, p. 412.

(2) Spallanzani , Expér. sur la circulation , p. 356. (3) Arnott, loc. cit., p. 86.

(4) Haller, Opera minora, t. X, p. 451, 208.

s’en établit pas moins : quoiqu’on lie les artères, de manière à empêcher! le cœur de se vider, la systole et la diastole continuent cependant d’alterner ensemble. Quand Fontana piquait le cœur au moment de la diastole commençante , l’organe continuait de se distendre, et il ne pouvait, ni par des piqûres multipliées ni par l'application des caustiques ou du fer rouge , déterminer une contraction qui fût seulement d’un instant plus prolongée que la systole normale.

9 Il n'y a pas jusqu'aux lambeaux d’un cœur mis en pièces qui montrent des alternatives de coñtraction et d'expansion.

40° Nous reconnaissons donc là un type intérieur, qui consiste en deux temps alternatifs, s’appelant réciproquement l’un l’autre, et que nous discuterons plus amplement lorsque nous en serons arrivés à l’examen de l’action musculaire.

IIT. Nous avons trouvé ($ A80, 485) que la parturition dépendait d'une force mhérente à la matrice, qui se déploie d’après un type propre, et qui agit de son propre essor, mais qui, dans l’état normal, est sollicitée par l'irritation à se manifester, et que là règne une harmonie en vertu de laquelle la force interne et la stimulation du dehors arrivent simultanément au point où doit éclater l'effet commun de toutes deux. Nous avons reconnu, en outre, que l’organisme porte en lur-même la raison de sa périodicité ($ 594, 1°), mais que celle-ci est mise en jeu par un rapport harmonique du monde extérieur ($ 594, 3°). Une harmonie semblable se montre à nous dans le cœur; quand cet organe s’est contracté , non seulement sa force contractile est épuisée, mais encore le stimulus qui la sollicitait s’est éloigné , et la diastole a lieu; après qu’il s’est reposé pendant cette dernière, non seulement sa force contractile est, pour ainsi dire, rajeunie ($ 593), mais encore le sang s’est accumulé en telle quantité dans son intérieur, qu'il doit agir sur lui comme stimulus, et ces deux circonstances réunies amènent la systole.

$ 718. Le cœur agit comme muscle, notamment comme muscle creux, de sorte que la cause de ses mouvemens ne se déroulera clairement à nos yeux que quand nous considérerons la force musculaire sous toutes ses formes. Par anti-

cipation, nous allons signaler quelques traits qui sont’ parti: culiers au cœur. |

- Ac Get organe est le plus robuste de tous les muscles. Il se distingue d'eux tous par sa rougeur plus intense, sa fermeté plus grande , la pureté plus prononcée de ses fibres, qui sont serrées les unes contre les autres, sans gaînes celluleuses , et qui reçoivent les nerfs, proportion gardée , les plus grêles. Sa force motrice est plus puissante que celle d'aucun autre musele; en introduisant la main dans le bas-ventre d’un animal à sang @haud vivant , la faisant passer par une ouverture du diaphragme et empoignant le cœur, on peut se convaincre de l'énergie avec laquelle il exécute’ son élévation et son abaissement. Cet organe agit sans interruption , pendant le sommeil comme à {ous les momens de la veille ,-et durant la vie entière, à partir de l'instant où il n'existe point encore d’autres muscles , Jusqu'à celui où ces derniers ont déjà cessé d'agir. Enfin, tandis que les autres muscles ne servent jamais qu’à certaines fonctions et d’une manière partielle, le cœur est le muscle général de Ja vie, son activité est la condition de toutes les autres. /

20 Il y a des liens intimes entre le cœur et tout l’ensemble de l'organisme. Quand une des conditions extérieures de la vie, notamment la chaleur, ou l'air , ou le sang, vient à être soustraite , le cœur cesse de se mouvoir, et tous les phénomènes de Ja vie s'éteignent : l’animal tombe dans l’état de mort apparente (congélation, asphyxie, épuisement par hémorrhagie), c’est-à-dire que la vie devient latente. Elle n’est point attaquée dans ses fondemens , mais seulement arrêtée dans ses manifestations, parce que les conditions de ces dernières manquent, et quand on les lui rend, elle rentre de nouveau en exercice. Mais si l'état latent se prolonge, la vie s'éteint, et le cœur perd son irritabilité, comme sa faculté d'agir.

3° Lorsque les connexions du cœur avec le reste de l’organisme ont été détruites, ou que son activité normale est éteinte, par la cessation de la vie générale, il manifeste encure pendant quelque temps une vie partielle sous l’influence de sti=. mulus mis en rapport avec lui ($ 634, VI). Mais la durée de cette vie. partielle n’est point en raison directe de la force

CAUSES DU MOUVEMENT DU COEUR. 303 musculaire; loin -de là même, elle est d'autant moindre, dans les différentes espèces d'organismes animaux, que la vie animale est plus développée, qu'il règne davantage d'unité entre les fonctions, et qu'en particulier la respiration est un besoin plus impérieux pour la vie générale. Ainsi l'irritabilité du cœur dure plus long-temps chez les fœtus qui approchent du terme de la maturité que chez les animaux venus au monde; Forchhammer, par exemple (4), l’a vu battre encore trois à quatre heures dans des embryons de Blennie, et ses mouvemens persistent plus long-temps chez lesanimaux vertébrés qui viennent de naître que chez les adultes , comme l'avait déjà remarqué Senac (2). Il conserve plus long-temps son irritabilité chez les animaux à sang froid que chez ceux à sang chaud. Ainsi Scoresby a vu le cœur du Requin battre encore pendant quelques heures après avoir été arraché du corps. Son activité s'éteint plus vite chez les Oiseaux que chez les Mammifères, ce qu’explique peutêtre Le plus grand besoin de respiration qu'éprouvent ces animaux. Du reste, abstraction faite du hasard des circonstances dans lesquelles de telles observations sont recueillies , il ne faut point s'attendre à trouver ici une parfaite harmonie avec l'échelle générale de l’organisation et de la vie. Le cœur d’un

‘Limaçon, arraché du corps, battit pendant un quart d'heure,

selon Carus (3), et conserva son irritabilité durant près de deux heures et demie; celui de l'Écrevisse battait cinq minutes , et demeurait irritable pendant dix.

4° De même, il est presque impossible d'établir rien de général relativement à la durée de son irritabilité comparée à celle des autres tissus musculeux , parce que l’état dans lequel les diverses parties se trouvaient avant la mort, et la nature des moyens stimulans qu'on emploie, deviennent la source de variations infinies. En général, le cœur conserve sa vitalité plus long-temps que d'autres muscles creux; mais la matrice prête à accoucher ( $ 484, 2° ) fait exception à cette règle. Les muscles soumis à la volonté perdent leur irrita-

(4) De blennii vivipari formatione , p. 42.

(2) Loc. cit., t. IT, p. 442.

(3) Von den œussern Lebensbedingqungen , p. 84.

bilité avant le cœur ; selon Haller (1), après lui, suivant Fontana , avant les oreillettes et après les ventricules, selon Nysten (2). La nature des stimulans exerce une influence considérable ; le cœur perd avant les muscles soumis à la volonté la faculté d’être mis en jeu par le galvanisme (3); mais il se meut encore sous l'empire de l'air, quand nul autre muscle creux n'a plus aucune trace de vitalité, et lorsque lui-même est déjà devenu insensible à tous les autres stimulus ($ 747, 5°).

5° Quant à ce qui concerne les diverses parties du cœur, ordinairement l'extinction du mouvement commence dans la plus artérielle de toutes, la ventricule aortique, et finit dans la plus” veineuse , l'oreillette droite. Walther (4) a vu qu’elle :avait lieu plutôt dans l'oreillette pulmonaire que dans le ventricule du même côté, et Haller, plutôt dans celui-ci que dans celle-là (5). Mais cette différence tient à ce que la portion veineuse est la dernière que le sang vienne stimuler ; car lorsque Walther et Haller (6) avaient excisé les veines et l'artère pulmonaires, le mouvement s’arrêtait d’abord dans l'oreillette droite, puis dans le ventricule droit, ensuite dans l'oreillette gauche, et enfin dans le ventricule aortique. Du reste, suivant Haller (7), la pointe conserve son mouvement propre et son irritabilité plus long-temps que les autres parties des oreillettes.

ARTICLE IL Des causes du mouvement du sang. :

$ 719. La circulation suppose de toute nécessité que le sang et sa paroi soient disposés de manière à la rendre possible. Mais la question consiste à savoir si cette appropriation suflit à elle seule pour réaliser pleinement le phénomène , ou s’il est be-

(4) Opera minora, 1. I, p. 469.

: (2) Recherches de physiologie, p. 293.

(3) Œsterreicher, Darstellung der Lehre vom Kreislaufe, p. 42. (4) Experimenta in vivis animalibus , p. M, (5) Haller, Opera minoru , 4. IT, p. 389.

(6) Zbid., p. 155.

(7) Ibid, p. 226.

.… Lut TOER, di JR } Lu L î à

Soin qu’une autre circonstance encore s’y adjoigne. Nous posons done le dilemme suivant : La raison suflisante de la circulation est ou dans le système vasculaire lui-même ($ 719- 734), ou en même temps hors de lui (8 735-738 ); si le premier cas a lieu, il faut la chercher ou dans le sang ($ 732- 734), ou dans ses parois, et soit dans le cœur (8 739-731), soit dans les vaisseaux ($ 732 ).

Nous avons trouvé dans le cœur ($ 706) un mouvement vivant, qui agit mécaniquement sur le sang, et nous avons vu qu'une fois ce liquide mis en mouvement, une direction et une carrière déterminées lui sont données ($ 694-704 ). L'hypothèse la plus simple est donc celle-que le cœur conent la raison suflisante de la circulation, et que, son activité vivante mise à part, le cercle entier des phénomènes qui se rapportent ici est le résultat de dispositions mécaniques. Or, nous trouvons des faits qui prouvent que le cœur peut opérer à lui seul toute la cireulation.($ 720-723 ), et des circonstances mécaniques qui expliquent les différens phénomènes de cette fonction ( $ 724-730 ).

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