CHAPITRE II
De l’action de l’organisme sur le sang.
$ 747. Nous avons déjà fait remarquer que la qualité du sang variait dans les deux sexes (6 168, 1°), pendant la grossesse ($ 847, 2°), la vie embryonnaire ($ 464, 3°; 467, 10°), la jeunesse ($ 539), l’âge avancé ($ 584, 1°) et le sommeil d'hiver ($ 612, 4°), attendu qu'elle est déterminée tant par le mode de formation du sang au moyen de la digestion et de la respiration, que par celui de la décomposition de ce liquide pendant la nutrition et la sécrétion. Mais, indépendamment de toutes ces circonstances , l’état de la vie dans le reste de l'organisme exerce une influence sensible. Le sang, par sa mobilité, établit une connexion entre les différentes parties du corps, et, de cette manière, sa qualité varie aussi suivant l'état des fonctions. Sa susceptibilité à cet égard, et en général sa grande variabilité, se manifestent surtout par les changemens qu'il subit fréquemment dans ses propriétés pendant même qu'il coule de la veine.
lo D'après Bellingeri (1), la portion qui s'écoule la première est la plupart du temps moins électrique, et, suivant Rossi (2), il arrive quelquefois qu'à une portion non électrique en succède une électrique , puis une autre qui ne l’est point.
2° La première portion est ordinairement plus foncée en couleur et plus dense. J. Davy a trouvé, chez divers animaux qu'il avait fait périr d'hémorrhagie , que la dernière portion était au moins d'un à deux millièmes (3), mais quelquefois aussi de cinq à sept (4) plus légère que la première ; de sorte
(4) Bulletin de la Soc. médic. d'Émulation , 4823, p. 643.
(2) Jbid., p. 639.
(3) Hensinger, Zeitschrift fuer die organische Physik , t. II, p. 889. (4) Meckel, Deutsches Archiv, t. I, p. 130.
que, chez un Bœuf, par exemple, la pesanteur spécifique de la première était de 1058, et celle de la dernière de 1051.
3° La première portion se coagule plus tard que la dernière (8 754, 5°).
4° La première donne plus de globules que celles qui viennent après; cependant la quantité de ces globules augmente dans les dernières portions. Ainsi, d'après Thackrah (4), la proportion du sérum au caillot a été, dans un cas , d'abord de 12,25, puis de 1:1,41, enfin, de 11,76; et, dans un autre cas , d’abord de 11,28, puis de 1:1,04 , ensuite de 41 :1,31; plus tard, de 1°4,13, et enfin de 1: 1,19.
5° La première portion contient davantage de fibrine. Scudamore (2) a trouvé, dans mille grains de son caillot, douze grains de fibrine, tandis que la même quantité de caillot de la dernière portion ne lui en avait donné que six de fibrine. D'après les observations de Davy, la quantité de la fibrine tomba , pendant l'hémorrhagie , de 0,37 à 0,34, ou de 0,47 à 0,37, ou de 0,17 à 0,16, mais monta, dans un cas, de 0,36 à 0,40 (3). Lavagna à également trouvé d’abord beaucoup de fibrine dans le sang d'un Lapin, tandis qu'il n’y en avait presque plus pendant que l’animal se mourait (4).
6° Davy a reconnu aussi que le sérum de la première portion était plus épais que celui de la dernière, la pesanteur spécifique étant tombée de 1027 à 1022, ou de 1024 à 1048.
7° Souvent il se forme une couenne sur la première portion, tandis qu'il ne s’en produit pas sur la dernière. Hewson (5) cite plusieurs cas de ce genre, quelques uns, entre autres, dans lesquels le phénomène fut offert par le sang obtenu de saignées répétées le même jour, ce qui prouve que le sang se modifie pendant cette opération et à son occasion.
8° Gendrin (6) fait remarquer que, quand la saignée vient à être interrompue par une syncope , le sang qui coule ensuite
(4) An inquiry into the natur of blood, p.400.
(2) Versuch ueber das Blut, p. 99
(3) Heusinger, Zeitschrift rs die organische Pl ysik, t. II, p.389. (4) Meckel, Deutsches Archiv , t. IV, p. 154.
(5) Experimental inquiries , t. 1, p. 53.
(6) Hist, anat. des inflammations , t. II, p. 439.
ne forme plus de couenne, qu’il donne un caillot plus mou et plus volumineux , et qu’ une plus grande quantité de cruor se dépose dans le sérum.
Schrœder (1) cherche à expliquer ces phénomènes d'une manière mécanique ; il pense que les vaisseaux capillaires se rétrécissent pendant la saignée, qu’ils admettent par cela même moins de globules du sang, et qu'ils charrient plus de sérum dans les veines , de manière que le sang veineux devient plus aqueux , et que c’est à cette cause qu'on doit attri- ‘buer qu'il ne produit pas de couenne. Schrœder se fonde sur une observation d'après laquelle Le sang de la veine cave d'un cadayre se coagula aussi tard et donna un caillot aussi ferme que la première portion du liquide obtenu par la saignée. Mais plusieurs des observateurs que nous avons cités ont remarqué ces phénomènes sur le sang artériel et non sur le sang veineux; Lavagna, par exemple, les a vus sur le sang de la carotide. D'ailleurs, la diminution de la densité du sérum pourrait difficilement être expliquée par un rétrécissement des vaisseaux capillaires : ce rétrécissement luimême, quand il a lieu réellement, est plutôt le résultat de l'application des vaisseaux à la masse diminuée du sang, qu’une constriction capable de mettre obstacle à la pénétration des globules. Schrœder dit encore, à l'appui de sa théorie, que, dans une forte saignée, le sang est rendu plus liquide par l’afflux de la lymphe , que, pendant l’agonie, la contraction de l'estomac le mêle avec du suc gastrique et de la bile, et que ces circonstances l'empêchent de se coaguler; mais il serait bien difficile que, pendant la courte durée d'une saignée , assez de lymphe affluât dans le sang pour pouvoir produire ces phénomènes ; et l'admission d'un mélange de suc gastrique et de bile est une hypothèse trop forcée, pour qu'on puisse lui accorder la moindre confiance. Les expériences sur la coagulabilité du sang ($ 754) prouvent que ses qualités chimiques sont susceptibles d’être changées subitement par une modification quelconque de l’état de la vie, et, quoique les phénomènes ci-dessus mentionnés puissent dépendre
(4) Diss, sistens sanguinis cougulantis historian, p. b3.
en partie de circonstances mécaniques, comme aussi de l'afflux d’autres liquides, lils n’en attestent pas moins avec quelle facilité le sang est apte à se laisser modifier par tout changement suryenu dans l’état général de la vie.
ARTICLE I
De la manière d'agir de l’économie sur le sang
$ 748. L'action des parties environnantes:sur le sang doit être ou mécanique ou chimique , c’est-à-dire se rapporter ou à l'étendue dans l’espace , ou à la constitution de la substance. Mais, dans l’un comme dans l’autre cas, une réciprocité d'action est tout aussi bien la cause que l'effet de cette influence matérielle.