CHAPITRE PREMIER
à De l'acte de la procréation considéré sous le rapport de la quantité.
EL. Fécondité en général.
$ 264. La quantité de la procréation , ou la Fécondité , se détermine :
. 1° D'après le nombre des individus qui naissent dans un seul et même acte de procréation. | ( 2° D'après le nombre d'actes de procréation qui ont lieu pendant un laps de temps déterminé, ou pendant la vie de l'individu procréateur ($ 265).
A. Procréation simultanée.
Sous le premier de ces deux points de vue, il y a généralement quelque chose de fixe dans chaque espèce, c'est-à-dire que les individus de cette espèce produisent à peu pr sun nombre égal d'individus pendant un laps de temps donné. Plus ce nombre est considérable et plus aussi il y a de latitude pour les variations individuelles. Nous allons citer quelques faits, à titre d'exemples. | K
1° Une tige de maïs porte deux mille graines, et un pied d'Helianthus annuus quatre mille (4). 1ly à des cas où un pied
(4) Dict. des sc. médic., t, XIV, p. 481,
104 FÉCONDITÉ EN GÉNÉRAL, d'orge donne quatre-vingt-dix épis, contenant chacun quatrevingts grains, Ce qui fait en tout sept mille deux cents de ces derniers. On parle de cent mille graines fournies par un Platane , trois cent mille par un Orme, trois cent soixante mille par un pied de Tabac, et sept cent mille par un Giroflier (4).
2° Les Infusoires naissent par génération spontanée en quantité innombrable , notamment dans l’infusion de certaines substances , du foin entre autres.
3° Une Ascaris nigrovenosa contenait sept cents petits vivans (2); un Distoma hepaticum trois à quatre cents œufs, d’après Ramdohr; un Æchinorhynchus gigus, plus de cent mille (3). ee
Le Poli a trouvé un million d'œufs dans l'ovaire de l'Ostrea cristata, et deux millions dans celui de l'Arca Noæ. Pfeifer à vu une Mulette rendre dans l’espace de cinq heures cinquante masses dont chacune contenait mille à onze cents œufs, et il a trouvé quatre cent mille petits dans les branchies d'une Anodonte (4).
5° Les Papillons pondent de trois à cinq cents œufs, les Fourmis quatre à cinq mille , les Abeilles cinq à six mille. Réaumur a trouvé vingt mille petits dans le corps d'une espèce de Mouche ; on évalue à trente mille le nombre des jeunes Guêpes qui sont engendrées annuellement dans un nid de médiocre volume , attendu que ce nid contient dix mille cellules, et qu’il se produit trois générations par année (5). Une Écrevisse donne environ deux cents œufs.
6° Les Raies et les Squales produisent cinquante petits. Suivant Bloch, le Cyprinus harbus contient huit mille œufs, le dobula vingt-six mille, le vimba vingt-huit mille, le ba/- {crus soixante-sept mille, le rwfilus quatre-vingt-quatre mille, l'ergéhrophthalmus quatre-vingt-onze mille , le jeses quatre-vingt-douze mille, le carassius quatre-vingt-treize mille , le blicca cent mille, le brama cent trente mille, le
(4) Treviranus, Biologie, t. IT, p. 356.
(2) Rudolphi, Entosoorum hist. nat., t. 1, p. 322,
(3) Cloquet, Anat. des vers intestinaux, p. 97.
(4) Naturgeschichte deutscher Mollusken, t.T, p.445.
(5) Smellie, Philosophie der Naturgeschichte, t. IE, p. 96.
tinca deux cent quatre-vingt-dix mille , le gibelio trois cent mille, le carpio trois cent trente mille, mais parfois aussi six cent mille; la Perca cernua soixante et quinze mille, la fluviatilis deux cent quatre-vingt mille, la lucioperca trois cent quatre-vingt mille; le Salmo salar vingt-sept mille, l'Esox lucius cent trente-six mille, le Gadus morhua de quatre à neuf millions (1).
7° De tous les Reptiles, les Batraciens sont les plus féconds. La Salamandra terrestris pond quarante à quatrevingts œufs, le Triton niger deux cents, les Triton igneus et fæniatus bien davantage (2); le Bufo calamita douze cents (3).
8° Il n'y a pas d'Oiseau qui ne ponde a un seul œuf. La ponte est de deux dans les Vultur cinereus et fulous, Falco albicilla, brachydactylus et apivorus, Strix nisoria et bubo , Columba palumbus , turtur et risoria, Charadrius ædicnemus , Ardea grus et Otis tarda; de trois à quatre dans les Gypaetes barbatus, Falco imperialis, fulvus, halyaëtes, palumbarius, peregrinus | subbuteo , buteo , ater, rufus et milous, Striz nyctea, uralensis, brachyotos, scobs , aluco , flammeu, obus, tengmalmi et noctua, Corvus cornix, frucilequs et graculus , Ardea stellaris , Scolopax rusticola et Ofis tetrax ; quatre à cinq dans les Corvus corax, corone, monedulu, pyrrhocorax et caryocatactes, Oriolus galbulæ, Coracius garrula, Anthus campestris , arboreus, pratensis et aquali-— eus, Saxicola rubicola, Emberiza hortulana, Muscicapa qrisola et albicollis, Turdus viscivorus, musicus, pilaris, merula, cyanus et sazatilis, Sylvia philomela, nisoria, orphea, cinerea , hypolais, Droite: et phragmitis ; cinq à six dans les. Falco nisus, æsalon, tinnunculus > Pygargqus et cinereus, Lanius excubntor, AE et collurio, Corvus glandarius, Me rops apiaster, Motacilla alba, sulphurea et fluva, Saxicola œnanthe et rubetra, Cinclus aquaticus, Muscicapa luctuosa , Turdus iliacus , Sylvia luscinia , rubecula , suecica, curruca , hortensis et atricapilla; six à huit dans les Lanius minor,
(1) Naturgeschichte der Fische , t. IT, p. 217.
(2) Ratbke, Beitræge zur Geschichte der Thierwelt, t.1, p. 29. (3) Spallanzani, Expér. sur la génération, p. 33.
Sturnus vulgaris, Corvus pica , Troglodytes parvus , Tetras wrogallus et lapogus, Phasianus colchicus; dix dans les Mergus albellus , Tetrao tetrix et Requlus flavicapillus ; douze dans les Tetrao bonasia et Colymbus cristatus ; seize dans les Tetrao perdix, rufus et coturnix. Faber (1) assure que ce nombre est toujours exactement le même chez certains Oiseaux , que la Bécassine , par exemple , n’en pond jamais ni plus ni moins de quatre. Quelques uns, le Cygne chanteur entre autres, en donnent cinq ou sept, et jamais six.
9° Parmi les Mammifères, la Vache, l'Aurochs, le Chameau, le Dromadaire , la Biche , le Renne, le Bouquetin , le Chamoïs , la Chévre , a Brebis , l'Éléphant , le Rhinocéros, boston. la Baleine , le Doi le Phoque, la. 11. ment, le Zèbre, l’Anesse et les grands Singes ne font qu un petit; la plupart des Chéiroptères , les petits Singes, l'Élan, le Chevreuil, l'Ours , le Raton, en mettent bas deux ; la Loutre, le Lynx, le Blaireau, le Glouton, la Taupe, la Marmotte , le Lièvre , le Castor, le Cochon d'Inde et le Muscardin , trois à quatre; le Chat sauvage , le Lion, le Léopard, le Tigre , le Chacal , le Putois, le Tatou et le Lérot, quatre à cinq; le Chien, le Loup, le Renard, le Chat domestique, la Marte , la Belette , l'Écureuil, le Sarigue et l'Hermine, cinq à six ; le Furet, le Lapin, le Mulot, le Rat d’eau et le Souslic, six à huit ; la Souris et le Hamster jusqu’à dix ; le Surmulot , la Musaraigne et le Cochon jusqu'à quinze.
10° Dans l'espèce humaine , la proportion entre les enfans qui viennent au monde seuls et les jumeaux est, en Allemagne, d’après Sussmilch (2) , de 60 ou 70 : 1; en Erance . de 70 ou 80 : 1 ; en Angleterre, de 72: 1; à l'hospille de la Maternité, de 91:14; à l'Hôtel bre dé 100 : A. On voit un cas de jumeaux triples sur six à Sons mille naissances à peu près; un de jumeaux quadruples sur vingt-cinq à cinquante mille, et un de jumeaux quintuples sur plusieurs millions peut-être.
(1) Ueber das Leben der hochnordischen Vœgel, p. 168. (2) Gœitliche Ordnung in der Verænderungen des menschlichen Geschlechts, 1.1, p. 195.
: Procréation successive.
$ 265. Plusieurs autres causes encore influent sur la fécondité :
1° La fréquence des actes de reproduction dans le cours de chaque année. Les petits animaux se propagent plusieurs fois par an ($ 244, 12°). Ainsi, parmi les Mammifères, certams Rongeurs, comme les Saut] is, les Lapins, les Cons » d'Inde, mettent bas toutes les cinq à six semaines, pendant l'été; un Rat produit cinq à six fois par añ douze à dix-huit petits, ce qui fait en tout soixante à cent huit. | 2° IL est une circonstance importante , celle de l'époque à laquelle se développent les organes génitaux, parce qu'elle fait que les petits peuvent se reproduire après un laps de temps plus ou moins long après leur naissance. Chez les Infusoires et les Polypes, les jeunes produisent avant même de s'être détachés du corps de la mère. Ceux du Vo/vox globator, encore contenus dans le corps de la mère, engendrent déjà eux-mêmes d'autres petits dans leur propre corps. Saussure a vu un Infusoire qui, par scission , en avait produit cinq le premier jour, soixante le second, et un nombre incalculable le troisième. Pendant que le j jeune Polype est encore implanté sur le corps de sa mère, il, pousse souvent à sa surface un nouveau petit , qui lui-même se couvre d’autres rejetons , de sorte que la mère porte à la fois trois générations ; et, comme un Polype à bras produit , dans l'espace de deux mois , quarante- cinq petits, qui se propagent à dater du cinquième jour, il doit provenir d’une seule mère , en cinq mois, trente générations, ou vingt-cinq mille Polypes. Le développement marche avec plus de rapidité encore dans le Polype à bouquet, puisqu'au dire de Bonnet, plus de cent vingt petits naissent d'un nœud dans le cours de vingt-quatre heures.
+ 3° On doit prendre aussi en considération la durée de l'aptitude à procréer, par conséquent le nombre des procréations pendant la vie de l'individu. Les plantes annuelles et un trèsgrand nombre d'insectes ne peuvent se reproduire qu’une seule fois dans leur vie, tandis que le Chêne, le Tilleul, etc.,
portent des fruits pendant plusieurs siècles. L'aptitude à procréer varie , chez les animaux, sous le rapport de sa durée. Dans ceux qui sont en état de se reproduire dès la seconde année, elle dure six ans chez la Chèvre , sept chez la Vache, huit chez la Chatte, neuf chez la Marte , dix chez le Renard, onze chez la Brebis, quatorze chez la Chienne et la Truie. Parmi ceux qui ne peuvent se reproduire que dans la troisième année, elle dure neuf ans chez le Lama, dix-huit chez la Jument, le Zèbre et la Louve, vingt-sept chez l’Anesse. La femme peut avoir des enfans pendant vingt-cinq ans, depuis l'âge de quinze à vingt ans jusqu’à celui de quarante à quarante-Cinq.
IT. Fécondité dans les espèces.
$ 266. Chaque espèce offre une proportion à peu près fixe. Une naissance (1) a lieu par année sur environ vingt-cinq, ou sur vingt-trois à trente hommes vivans (*); on peut compter, terme moyen (2), trois à quatre enfans par mariage (**), et sur cinquante mariages un qui reste stérile (3). Mais la fécondité de chaque espèce paraîtêtre déterminée par les circonstances suivantes :
1° Plus le mode de procréation est incompi et simple, plus aussi l'espèce est féconde. La génération spontanée fait naître une innombrable quantité d’'Infusoires sous nos yeux, lorsque les circonstances sont favorables. Dans la monogénie, il naît un nomhre énorme de petits ; les Naïdes, parexemple, en produisent un tous les cinq à sept jours (4). IL se produit plus de petits dans l’accouplement extérieur que dans l'accouplement intérieur : ainsi il y a une différence , sous ce rapport, entre les Poissons osseux et les Raies ou Squales ($ 264, 60),
(4) Sussmilch, Loc. cit., t. I, p. 225.
(*) Daprès le relevé du mouvement de la population en France, depuis 4847 jusqu’en 4834, on compte une naissance sur 32,5 habitans (Annuaire du bureau des longitudes, 1837, p. 139).
(2) Jbid., p. 167. à
(*) De 1817 à 1834, on a compté, en France, 3,72 ou presque quatre enfans par mariage ( Annuaire de 1837, p. 139).
(3) Diet. des se. médic., t. VE, p. 501.
(4) Muller, Naturgeschichte einiger Wurmarten, p. 49.
entre les Batraciens et les autres Reptiles (8 264, 7°). L'incubation et la gestation rendant plus considérable la consommation de force qu'entraîne la génération, ne permettent pas non plus une si grande fécondité. Dans les dernières formes de l'ovaire, de nouvelles vésicules remplacent sans cesse celles qui se vident; dans les plus parfaites , la fécondité est moindre, parce qu'il ne se produit qu’une seule fois des vésicules pendant le cours de la vie, et qu'’ainsi, à l’époque de la maturité du sexe, le nombre des individus qui peuvent être procréés se trouve déterminé d'avance ($ 144-147).
2° Le depré de perfection de l’acte procréateur est proportionné au degré de développement de la vie en général. Les êtres doués d’une vie inférieure sont plus féconds , d’un côté , parce que la génération est cliez eux une opération plus simple, et, de l’autre, parce que le produit étant un être incomplet, il se propage par cela même de meilleure heure ($ 265, 2°). Dans les organismes supérieurs, la génération implique un plus grand nombre de contrastes; elle est plus compliquée , non seulement parce que tout est plus riche et plus complexe dans la vie de l'être qui procrée, mais encore parce qu'il sort de cet être un produit plus noble, dont la formation exige une plus grande dépense de force , et qui n’atteint son développement complet que plus tard ($ 265, 3°). L'ntensité de la faculté procréatrice est donc en raison inverse de son extension.
3° Les directions diverses de la vie exercent aussi de l'influence. Là où le système nerveux, notamment son organe central , est restreint, où par conséquent F'individualité joue un moins grand rôle, et où la vie se rapporte davantage à l'espèce , l'organe génital a bien plus de volume et la fécondité est plus considérable (1). Ainsi les Hyménoptères, les Diptères et les Névroptères se distinguent des autres Insectes par un développement plus marqué de la vie animale, et par des proportions plus exiguës de leurs organes génitaux. Le
-même phénomène s'observe chez les Squales et les Raies,
comparés aux Poissons osseux. Les Rapaces, en qui l'irrita-
(4) Meckel, Traité gén. d’anat, compar., t. I, p. 31
bilité prédomine, sont les moins féconds des Oiseaux, et les Gallinacés , chez lesquels la prépondérance appartient à la plasticité , sont les plus féconds ($ 264, 8). Chez les animaux à plasticité énergique , la génération est plas soutenue, de manière que tantôt ils produisent plusieurs fois par année, n'ayant qu'une gestation fort courte , comme les petits Mammifères, notamment les Rongeurs ($ 244, 12; 265, 1°), tantôt ils ne mettent bas qu'une fois par an, mais portent plus long-temps et rentrent en chaleur peu après la parturition, comme les gros Mammifères , en particulier les Ruminans et les Solipèdes ($ 244, 45°).
he Les différences qui se rattachent à la nourriture coïncident en partie avec celles qui dépendent de la vie animale ou plastique. Ainsi, parmi les Oiseaux, ceux qui Se nourrissent d'animaux vertébrés sont moins féconds que ceux qui vivent d'animaux sans vertèbres ou de plantes , et cela de telle sorte qu'une nourriture qui Consiste en animaux à sang chaud coïncide avec la moindre fécondité, et une nourriture végétale avec la plus srande (1). La même règle s'applique aussi aux Mammifères; les grands Carnassiers produisent peu de petits et ne s’accouplent qu’une seule fois par an , quoique leur gestation ne Soit pas de très-longue durée, de manière qu'un long intervalle s'écoule entre un acte de procréation et l'autre. \ 5° La grosseur a une influence marquée. Les petits animaux de proie sont beaucoup plus féconds que les gros ($ 244, 9°); la force vitale, qui n’est épuisée ni par la formation d'une masse considérable, ni par de violens mouvemens , tourne au profit de la propagation. Parmi les plantes seulement, on trouve plus de fécondité chez les grandes que chez les petites, attendu que l’individualité est plus faible dans le règne végétal.
6° Les êtres vivans inférieurs vivent de préférence dans l'eau, et l'eau paraît être l'élément dé la fécondité; car, généralement parlant, les animaux terréstres , surtout les habitans de la mer, produisent davantage. Ainsi les Poissons sur-
(1) Faber, Loc, cit, p.469,
FÉCONDITÉ DANS LES ESPÈCES. 1ii
passent tous les autres vertébrés sous le rapport de la fécondité ($ 264 6°).
7° Eufin les diverses circonstances qui viennent d'être examinées sont en harmonie avec le but de la conservation de l'espèce qui se propage, et en même temps avec celui du maintien de la totalité des êtres organisés. Les fruits des végétaux sont produits en très-srand nombre, tant parce que leur développement dépend de circonstances accidentelles, que parce que leur substance sert de nourriture à beaucoup d'animaux. Les animaux qui n ont qu'un accouplement extérieur pondent un nombre énorme d'œufs, parce que ceuxci courent plus de dangers, qué l’acte de [a procréation est purement matériel, et que les parens ne prennent pas le moindre souci de leurs petits. Chez ceux qui ont une incubation et une gestation, l'âme participe davantage à la fonction génitale, et comme l'instinct maternel protége les petits, l'existence de ces derniers est plus assurée; aussi ne faut-il pas une aussi grande fécondité pour conserver l'espèce. Les animaux faibles, herbivores, petits, sont plus féconds, attendu que leur vie est moins garantie par la force intérieure , et que leur chair convient davantage à la nourriture d’autres animaux; ils sont moins nuisibles pour le tout. Si les srands herbivores étaient aussi féconds que les petits, avec la con- Sommation qu'ils font d'alimens, la végétation serait trop ravagée et finirait par manquer. De même, si les carnassiers avaient une fécondité égale à celle des herbivores, et que les gros d’entre eux égalassent les petits sous ce rapport, ils feraient de trop grands ravages dans le règne animal, et anéantiraient beaucoup d'espèces. En même temps, les petits des animaux qui se nourrissent de la chair des vertébrés acquièrent plus tard la force de chasser leur proie, tandis que Ceux qui vivent d'animaux sans vertèbres ou de plantes , trouvent plus aisément à satisfaire leurs besoins; les premiers doivent donc être nourris plus long-temps par leurs parens que les autres, dont le grand nombre rendrait cette obligation impossible à remplir.
$ 269. La fécondité varie beaucoup chez les divers individus d'une même espèce, Ainsi on trouve quelques exemples
de fécondité extraordmaire dans l'espèce humaine. Tantôt c'est l’homme qui paraît y contribuer le plus; Tiraguelli, par exemple, eut de plusieurs femmes légitimes trente enfans ; à Londres, vivait en 1772 un homme qui avait eu quarantesix enfans de huit femmes; Babo, comte d'Ebensberg , parut à la chasse, devant l'empereur Henri, avec trente-deux fils, outre lesquels il avait encore huit filles; un paysan du gouvernement de Moscou mit au monde, avec deux femmes seulement, quatre-vingt-sept enfans, dont quatre-vingt-trois existaient encore en 4782, époque à laquelle lui-même était âgé de soixante- quinze ans; sa première femme avait eu vingt-sept accouchemens, dont quatre de quatre enfans, sept de trois, et seize de deux; la seconde mit au monde dix-huit enfans en huit couches. Dans d’autres cas, c’est à la femme principalement que paraîtse rattacher Ia fécondité extraordinaire; une femme de Paris eut six couches, de trois enfans chacune (1); une autre mit au monde quarante-quatre enfans, savoir, trente d'un premier mariage en vingt-deux ans, et quatorze d'un second en trois années; elle eut la première fois trois enfans, la seconde cinq, et la troisième six (2); une autre encore comptait cinquante-trois enfans ; elle en avait eu dix-huit fois un, cinq fois deux, quatre fois trois, une fois six et une fois sept (3).
1° La fécondité correspond au degré de développement de la sexualité. Elle est d'autant plus considérable que l’homme est plus homme, et la femme plus femme, dans toute son essence. Avec un bassin étroit, des menstrues peu abondantes, des seins peu marqués , et de l'indifférence pour les hommes et ies enfans, la femme est moins féconde. Suivant Thaer, on reconnaît la fécondité de la Vache, non seulement à ce qu'elle a un large sacrum et donne beaucoup de lait, mais encore à cé qu’elle est douce, quoique hardie. Comme une réceptivité plus prononcée et un développement plus libre du tissu cellulaire caractérisent le corps de fa femme, il y avait quelque apparence de fondement dans un préjugé répandu parmi les
(4) Dict. de médec., t. IV, p. 184.
(2) Osiander, Handbuch der Entbindungskunst , t. 1, p. 949. (8) Zbid,, p. 320.
anciens, qui croyaient que la fécondité féminine se reconnaît à la pénétrabilité de ses organes, c’est-à-dire à la facilité avec laquelle les fumigations faites aux parties génitales communiquent leur odeur à l’haleine, et à celle avec laquelle les substances colorantes appliquées aux paupières teignent la salive (1). En général, la menstruation est une condition de rigueur; cependant il ne manque pas d'exemples de femmes qui ont été fécondées quoique cette fonction fût irrégulière chez elles, dont les règles n’ont paru qu'après la naissance de plusieurs enfans (2), ou qui les ont perdues après le mariage, sans pour cela cesser d'être fécondes.
2° Trop d'ardeur pour les plaisirs de l'amour diminue la fécondité dans les deux sexes : la violence de l'instinct égoïste rétrécit la vie pour l'espèce. Cette règle s’applique même aux animaux; l’Anesse est très-ardente, aussi reste-t-elle fréquemment stérile après l’accouplement ; lorsqu'une Jument témoigne trop d'ardeur, on lui fait des fomentations froides sur la croupe , ou bien on la fatigue par de longues courses, avant de la livrer à l’étalon (3). Suivant Marc (4), deux ou trois enfans seulement par année naissent de deux mille prostituées (*). Les filles de joie que les Anglais envoient à Botany-Bay, et qui s'y marient, acquièrent dans ce nouvel état, aurapport de Péron, une fécondité qu’elles n'avaient point eue auparavant (**). L'homme peut assurément procréer plus d’enfans avec plusieurs femmes qu'avec une seule, et l’on assure qu'il se trouve dans la Guinée des pères qui en ont soixante-dix
(1) Grimaud, Cours complet de physiologie , t. IE, p. 255.
(2) Kahleis, dans Meckel, Deutsches Archiv ,t. VII, p. 495.
(3) Dict, des sc. médicales, t. XIV, p. 485.
(4) Zbid., t. VI, p. 546.
(*) Parent-Duchâtelet (De la prostitution dans la ville de Paris, t, I, p. 230) élève ce nombre bien plus haut, et le porte à vingt et un enfans sur mille prostituées. Il ajoute que les filles publiques sont plus aptes à la fécondation qu'on ne la cru jusqu’ici, mais qu’il faut, pour que celle-ci ait lieu, une réunion de circonstances, notamment le concours de la volonté et du laisser-aller , que d’ailleurs beaucoup de prostituées avortent par le fait ou de l'exercice du métier, ou de manœuvres criminelles.
(**) Cette remarque a été pleinement confirmée par Parent-Duchâtelet (loc, cit.,t. 1, p. 242) sur les prostituées de Paris.