À. COPULATION
a. Epoque de l'accouplement.
$ 275. La génération est liée, chez divers êtres organisés, à un certain moment de la journée.
Nous en avons déjà la preuve dans la génération spontanée : jusqu'à dix heures du matin, on n’aperçoit aucune Cerca- Tia ephemera , et vers midi l’eau entière en fourmille ; le soir, ces animalcules meurent, etle lendemain matin il en renaît d’autres; Nitzsch a observé ce phénomène six jours de suite. La Cercaria major devenait visible vers dix heures du matin, mais vivait plusieurs jours (1).
La plupart des plantes épanouissent leurs fleurs et procréent pendant la journée. Les fleurs de l'Oxalis ne s'ouvrent qu'au soleil; cependant Bory de Saint-Vincent assure que la lumière artificielle les fait également s'épanouir. Le Convolvulus ipomæa possède une si grande irritabilité, qu'il ne supporte qu'une faible lumière solaire, et qu'ils n’ouvre ses fleurs que pendant la matinée. La fleur s'ouvre le matin, entre trois et cinq heures, dans le Tragopogon ; vers sept heures dans le Nymphæa alba , qui la sort alors de l’eau, pour l'y replonger le soir, après l'avoir fermée ; de onze heures à une heure dans le Portulaca oleracea , la plupart des plantes grasses et plusieurs autres végétaux. C’est à cette époque de la journée qu’en général le pollen est le plus sec, que les étamines ont le plus d'irritabilité, que les Insectes diurnes déploient le plus de vivacité, et que les motifs de l’accouplement végétal ont le plus de puissance. Plusieurs synanthérées, malvacées et convolvulacées s’épanouissent à midi. D’autres fleurs, qui demeurent closes dans la journée, s'ouvrent vers le soir, ou, après avoir été fanées et inodores jusqu'à ce moment, déploient leur beauté, tandis qu’autour d'elles voltigent pendant la nuit des Insectes qui avaient passé la journée dans le repos et la retraite ; le S1/ena noctiflora s'épanouit à cinq heures du soir, et le Mirabilis jalappa à huit heures ;
(1) Beitræge zur Infusorienkunde ; p. 45.
l'OEnothera biennis, qui se referme le matin, reste ouvert dans les temps froids et couverts, etc.
Si l’on a considéré ces phénomènes de la floraison comme une horloge végétale, il faut aussi admettre une horloge générale de la vie, puisque l'instinct de la copulation se manifeste également à des heures différentes de la journée chez les animaux. Plusieurs de ceux-ci, qui s'étaient déjà cherchés dans la journée, s'accouplent de grand matin ; tels sont le Coq de bruyère, qui fait entendre son appel pendant la nuit, et dont la femelle se rapproche dans la matinée ; les petits Tétras, qui se réunissent avant l'aurore et se dispersent peu après le coucher du soleil; la Biche, que le mâle poursuit dès le soir, et qui lui cède principalement le matin. On dit avoir remarqué que les Jumens qui ont été fécondées dans la matinée, ont une gestation plus régulière, ou mettent bas à une époque plus déterminée, après onze mois et dix jours (1). Le Cyprinus blicca ne s'occupe que de la génération pendant trois à quatre jours, depuis le lever du soleil jusqu’à dix heures du matin; mais, quand la saison est froide, il ne consacre qu’un seul jour, entier il est vrai, à cette fonction (2). Beaucoup d'Insectes, tels que les Mouches, les Libellules, les Papillons diurnes , etc., s’accouplent principalement au soleil, et vers midi. Le Cyprinus rutilus, et autres Poissons, ne fraient la plupart du temps que vers le milieu de la journée. C’est aussi l'époque de l’accouplement des Chauve-souris. Les Chamois ressentent plus vivement le besoin de la copulation depuis dix heures du matin jusqu'à cinq heures du soir. Les Sauriens, les Ophidiens, etc., sont aussi déterminés à l'union des sexes par la plus grande chaleur du soleil. Les Éphémères, les Cousins, les Coléoptères, les Papillons crépusculaires et nocturnes, s’accouplent vers le soir ; les Vers de terre, après le coucher du soleil ou à la suite d’une averse; les Chats, le Blaireau, le Renne, pendant la nuit; la Taupe et le Rat d'eau à la clarté de la lune. Chez l'homme, l'instinct génital se fait sentir en trois momens de la journée : le matin, au réveil , il est pure-
(1) Bechstein, Gemeinnuetzige Naturgeschichte, 1, 1, p. 255, (2) Bloch , Loc, cié., t. I, p. 85,
ment matériel, excité par la chaleur, la situation et le retour des stimulans, comme le réveil des animaux après l’engourdissement d'hiver; l'âme y prend moins de part , et les affaires du jour lui causent plus de distraction; à midi, l'excitation des alimens le ranime ; mais la soirée est le véritable moment de l'amour; l'imagination y prend un vol plus hardi, et le sentiment plus de chaleur : aussi l’accouplement est-il moins matériel alors , et le repos de la nuit qui y succède est favo-
rable à la fécondation de la femme, comme à la restauration des forces de l’homme.
b. Lieu de l’accouplement.
$ 276. Le lieu de l’accouplement varie beaucoup, soit eu égard au séjour ordinaire, comme chez le Rat d'eau, par exemple, qui choisit pour cela une eau peu profonde , aucun être vivant aquatique, même parmi les Plantes, ne s'accouplant ailleurs que dans l'air, soit en raison des circonstances du rapprochement, qui a lieu, par exemple, chez le Blaireau, devant la demeure de la femelle , et chez le Freux, au bord du nid. La première impression reste dans la mémoire, car les Cerfs retrouvent l’endroit où leurs désirs ont été satisfaits l'année précédente (1). Plusieurs animaux cherchent alors la solitude : le mâle quitte ses pareils, pour ne point avoir de rivaux, et la femelle abandonne ses petits, parce que l'amour qu'elle leur porte est étouffé par Le nouvel instinct qui se développe en elle. Ainsi la femelle de l'Élan, lorsqu'elle entre en Chaleur, quitte ses petits et se réunit avec un certain nombre d’autres pour suivre un mâle; après l'accouplement, toutes ces femelles se séparent de nouveau ; chacune va chercher ses faons d'un et de deux ans, et reste avec eux. L'instinct génital ne fait donc réellement que changer de direction, puisqu'il porte l'âme, tantôt à commencer une nouvelle génération, tantôt à conserver ce qui a été produit précédemment. La femelle du Chevreuil s'éloigne également de ses petits, pour fuir d'abord le mâle, au devant duquel elle va ensuite; les jeunes quittent aussi, à l’époque de leur premier rut,
(4) Bechstein , loc, cit, 4, T, p. 470.
celles qui sont moins avancées qu’elles en âge, et, après la fécondation , reviennent à la famille , dans le sein de laquelle elles restent jusqu'au temps de la parturition, pour aller former alors une nouvelle famille. Le même phénomène a lieu chez les Cerfs, qui se cachent alors dans les haïliers, de manière qu'on les aperçoit rarement. Le Sanglier chasse ses petits, etc. D’autres animaux, par exemple, les Chats, acquièrent une sorte de pudeur pendant le rut, et s’accouplent fort rarement sous les yeux de l’homme. |
Ce que l'instinct animal produit dans ces différentes formes, est chez l'homme l'effet d’une cause plus profonde, le sentiment. L'homme seul à véritablement de la pudeur, et connaît tout le prix du secret pour accroître l'intimité de l'union des sexes. Mais ce qu’il y à de remarquable, c’est que le sentiment naturel de la pudeur peut être détruit par la grossièreté des désirs, comme chez certains idolâtres de la Sibérie, qui s'accouplent sans craindre les regards des autres (1), ou par des aberrations singulières de l'esprit humain , notamment celles qui se couvrent du manteau de la religion. A Otahiti, 1l y à des accouplemens publics dans les fêtes religieuses, et le droit canonique avait introduit en France, au quatorzième siècle, l'épreuve du congrès, à laquelle les tribunaux recouraient dans les demandes en ‘divorce pour fait d’impuissance ; cette épreuve, qui se faisait en présence d’experts-jurés, fut entourée de formalités nombreuses pendant le seizième siècle, et abolie en 1677, par arrêt du parlement, à l’occasion d’un certain marquis de Langey, qui, après avoir vu son premier mariage déclaré nul pour cause d'impuissance constatée par l'épreuve du congrès, en contracta un second, dans lequel il procréa sept enfans (2). |
c. Moyens excitateurs de l’accouplement.
$ 277. Les animaux emploient différens moyens pour s'exciter mutuellement à la copulation.
1° Ils se servent pour cela de leurs tentacules, Les Lima-
(1) Gættingisches historisches Magazin, t. IT, p. 388, (2) Dict. des sc, méd., t. VI, p. 224,
cons se touchent fréquemment de leurs tentacules , avant de procéder à l’accouplement. Selon Stiebel, celui des Lymnées qui fait fonction de mâle excite l’autre en le touchant avec ses cornes. Les Insectes et les Arachnides se frottent mutuellement avec leurs antennes. Chez les mâles des Araignées, les premiers anneaux des antennes ressemblent à ceux des femelles, mais le quatrième représente un entonnoir, par l'orifice duquel le cinquième sort en forme de cueilleron, et dont la cavité renferme un corps arrondi, membraneux, garni à son sommet de plusieurs crochets et cartilages contournés en vis : ces organes entrent en turgescence à l'approche de la femelle , dans l'ouverture génitale de laquelle le mâle les introduit l’un après l’autre, jusqu'à ce que, les désirs étant exaltés au plus haut degré, l’accouplement s’eflectue par l'applicauon des deux ouvertures l’une contre l'autre. Dans cette hypothèse, qui appartient à Treviranus (1), les antennes pourraient être regardées ici comme une sorte de pénis sans canaux déférens, et servant seulement d’excitateur ; mais les anciens, et même encore quelques naturalistes modernes, leur attribuent en outre la fonction d'émettre le sperme. Nordmann (2) à vu aussi, chez les Lernées, le mâle introduire ses tentacules dans les parties génitales de la femelle. 2° Quelques Annélides et Insectes sont pourvus d'organes particuliers servant à cet usage. Dans le Lombric, les organes épidermiques dont il a été parlé précédemment ($ 132 1°), ne s’anéantissent qu'à l'époque de la copulation, peu de jours après laquelle ils disparaissent (3). Rathke a fait voir que, dans le mâle des Libellules, le canal déférent s'ouvre au neuvième anneau de l'abdomen, mais que le pénis, qui renferme le canal excréteur d’une petite glande et que des muscles servent à faire saillir en dehors, occupe le second anneau; pour pouvoir le mettre en rapport avec l’ouverture de l’oviducte située au huitième anneau, la femelle se courbe de manière que l'extrémité de son abdomen touche
(4) Ueber den innern Bau der Arachniden, p. 22,33, 41. (2) Mikrographische Beitræge , t. IT, p. 114. (3) Morren, Lumbrici terrestris hist. nat., p. 77 et 487.
à la partie antérieure de celui du mâle : après avoir volé quelque temps, ainsi accrochés l’un à l’autre, les deux Insectes se posent, et alors seulement à lieu l’accouplement réel par les ouvertures génitales respectives.
3° Dans les genres Helix et Parmacella, un appendice en ‘cul de sac de la cavité génitale commune renferme le dard, petit corps calcaire, pointu et à quatre tranchans, qui repose sur un léger tubercule; après que les cavités génitales se sont renversées sur elles-mêmes, de manière à faire saillie au dehors, les deux Mollusques font sortir leurs dards et s’en piquent un endroit quelconque de la peau; ils paraissent redouter cet instant, car aussitôt que l'un d'eux voit paraître le dard de son camarade, il sé renfonce subitement dans sa coquille; enfin cependant ce corps les atteint à l'improviste, et se brise, pour se renouveler plus tard (1).
4° D’autres animaux se blessent d’une manière différente. Le mâle saisit la Poule par le coletle derrière de la tête; l’Agouti mâle fait une large morsure à la nuque de sa femelle (2) : le Chat sauvage mord aussi la sienne au même endroit.
5° Chez d’autres, l'excitation consiste en des coups légers. Le mâle de la Cantharide frappe son abdomen contre celui de la femelle. Les Poissons se frottent le ventre l’un contre l'autre (3), ou bien la femelle donne des coups de tête sur l’abdomen du mâle (4). Les Tritons se placent tête à tête ; le mâle hérisse sa crête, la remue avec force à droite et à gauche, et pliant tortueusement la queue sur elle-même, en bat les flancs de la femelle (5). Le mâle de la Salamandra exiqua courbe sa queue en avant , la remue avec beaucoup de rapidité, et en frappe ensuite la femelle (6). Celui de la SaZamandra platycauda se place à côté de la femelle, s’amarre avec les pattes de devant, bat l'eau de sa queue, se rapproche alors
(4) Cuvier, Anat. comp., t. V, p. 477.
(2) Annales du Muséum, t. IV, p. 404.
(3) Froriep, Notisen, t. XXII, p. 54.
(4) Harvey, Exercitat. de generatione , p. 447. (5) Spallanzani , Exp. sur la génération, p. 56. (6) Rusconi, Amours des Salamandres , p. 28.