‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observationChapitre 38 sur 64 · C. Préformation." à · texte numérisé non relu

C. Préformation." à

$ 311. La théorie de la préformation , de l’évolution ou de l'involution, admet que le fruit est formé avant la fécondation, que toutes les parties qu'on découvre plus tard dans l'organisme , existent déjà, mais qu’elles sont enveloppées, et que l'unique effet de la fécondation est de leur fournir la nourriture qui fait qu’elles se développent et deviennent visibles.

A° La première chose que nous soyons naturellement en droit d'exiger de cette théorie, c’est qu’elle nous montre le fruit avant la fécondation. Il a déjà été prouvé que les animalcules spermatiques ne sont point des embryons ; ainsi nous n'avons plus à nous occuper que des ovistes. La monogénie ne saurait être attaquée par eux, si l'on a trouvé un fœtus dans l'œuf, par exemple Rœsel dans l'ovaire des Moules, il avait déjà été produit par la génération solitaire. Il est fréquemment arrivé qu'on a pris les enveloppes du fruit pour le fruit lui-même : Swammerdam et Spallanzagi prétendaient que la tache noirâtre de l'œuf de Grenouille non fécondé était l'embryon; mais elle n’est que la couche proligère ( $ 65, 2° ), qui n’a point d'organisation, et de laquelle l'embryon se forme peu à peu, après la fécondation seulement. Bonnet conclut ainsi : le jaune de l'œuf est une partie du fruit, c'est-àdire la vésicule ombilicale, qui tient immédiatement et par des vaisseaux tant aux intestins qu’au mésentère ; or, le jaune préexiste avant la fécondation; donc le fruit luimême doit

préexister aussi. Haller ajoute (1), comme confirmation , que le jaune ne peut point contracter postérieurement de con- __nexions avec le fruit, parce qu'il a déjà atteint son plein et entier volume avant la fécondation, et que son conduit est … plusieurs millions de fois plus gros que l'intestin ne l’est dans "les commencemens, parce qu’aussi les deux filamens ne peuvent guère se rencontrer d’une manière précise et s'accom— moder l’un à l’autre. Mais, avant l’incubation , le jaune n’a qu’un épiderme , sans vaisseaux ni conduit vitellin; le sac vitellin proprement dit , avec son conduit et ses vaisseaux , ne se forme que pendant l’incubation. Ainsi donc, il n'existe, avant la fécondation, ni organe quelconque du fruit, ni moins encore le fruit lui-même, mais seulement un embryotrophe. Si Malpighi et Croone ont cru voir l'embryon, ils se sont trompés, puisque les modernes, qui apportent infiniment plus de soin dans leurs observations , et qui disposent de microscopes bien plus parfaits, ont reconnu que le fruit apparaît peu à peu pendant l’incubation.

. On admit en conséquence que le fruit préexiste d'une manière invisible, et on se fonda principalement sur ce qu'en plongeant dans du vinaigre ou dans de l'alcool, quelque temps après la fécondation, un œuf où l'on n’apercevait qu'un hiquide, le fruit y devenait apparent, sous la forme d’une fibrille ; mais cette circonstance témoigne précisément contre la préformation , car le phénomène n’a point lieu dans le liquide de la vésicule non fécondée de l'ovaire : il ne s’observe qu'après la fécondation, peu avant l’instant où le fruit se forme. Nous devons donc admettre que le liquide était alors en tram de se séparer , et le fruit sur le point de se précipiter, et que l’addition du vinaigre et de l'alcool détermine une précipitation sous une forme analogue. C'était donc aller trop loin que de conclure de là , comme l’ont fait Haller et Bonnet (2), que le fruit existe déjà , avec les organes, avant la fécondation, et que si on ne l’aperçoit pas encore, il faut en accuser, et son défaut de mouvement, et sa petitesse, et sa transparence. Ainsi

(4) Loc. cit., t. VIII, p. 93.

(2) Consid. sur les corps organisés, 6 125.

Haller (1) pensait que le cœur doit exister avant le moment où il devient visible, parce qu'autrement le fruit ne pourrait pas croître ; mais le Polype croît sans cœur, et la même chose arrive aux monstres humains dépourvus de cœur. Du reste | il va sans dire que si l'on admet une fois des organes invisibles, la science n’aura plus rien de fixe , et qu’on pourra* tout prétendre ou tout nier à son gré. Bonnet, par exemple, disait que si le cœur paraît d'abord à nu chez l'embryon, c'est pure illusion de nos sens, parce qu'il doit y avoir des parois pectorales invisibles, et Haller soutient (2) qu'il ne se forme point de vaisseaux dans la membrane vitelline pendant l'incubation, que l'effet de cette dernière se borne uniquement à rendre visibles ceux qui déjà auparavant existaient à l’état invisible. Mais il ne saurait être question ici de visibilité acquise par une chose qui était invisible ; car il y a quelque chose de visible , un liquide qui acquiert une forme nouvelle et perd celle qu'il avait auparavant (3). Dans l'œuf de. Poule couvé, l'embryon a déjà plus d'une ligne de long, lorsqu'il paraît, de manière que , s’il existait auparavant, il ne pourrait point échapper à l’œil armé du microscope : de même toutes les parties qui deviennent visibles au début, ont un volume considérable proportionnellement à l'embryon, et ne possèdent point encore de texture propre dans le commencement, mais ne sont que des masses composées de petits grains (4). On s’est rejeté sur une métamorphose, et l’on a prétendu que le fruit devait être, dans l'œuf, comme la branche est contenue dans le bourgeon (5), ou le Papillon entier dans la chrysalide (6). Mais l’analogie n'est point admissible ; car ici les individus sont déjà nés par la génération, et il se forme peu à peu de nouvelles parties, qui n’existaient point auparavant : on n'aperçoit d'abord aucun rudiment d’ailes dans la larve, mais ces ailes se forment peu à peu, et puisque, pendant la

(4) Loc. cit., t. VIIT, p. 447.

(2) Loc. cit., t. VIII, p. 95.

(3) Wolf, Theorie von der Generation, p. 401,431,

(4) Baer, Ucber die Entwichelungsgeschichte der Thiere, t. X, p. 144, (5) Haller, Loc. cit,, p. 91.

(6) Jbid,, p. 4144.

métamorphose, la substance se transforme en des organes déterminés, c’est une preuve que les formes?ne sont pas données primordialement. Que la couche proligère ne soit pas réellement le germe lui-même, mais seulement la masse des matériaux destinés à sa formation, qu’elle ne soit pas transformée en membrane proligère par un simple changement de quelques propriétés, mais que celle-ci se forme de ses débris ; c’est ce dont nous avons la preuve sous les yeux dans les phénomènes que nous offre l'œuf fécondé de la Grenouille ( $ 298, 7°), puisqu'ici la couche proligère n’est d’abord que sillonnée et plissée, et qu’ensuite elle se déchire et se partage réellement (1).

2e Dans la théorie de l’évolution, on supposait, comme l’a déjà fait remarquer Fontana (2), ce qu’il aurait précisément fallu examiner, savoir, que la nature est hors d'état de produire aucune formation réellement nouvelle. Ge qui atteste qu’elle #'a bien ce pouvoir, c’est la reproduction de parties organiques quiont été perdues. Mais, quand on à une fois admis desiorganes invisibles, on peut tout dire, et aussi a-t-on nié le phénomène de larégénération, pour maintenir la théorie de l'évolution. Suivant Haller (3), les germes des organes sont disséminés et fourmillent dans le corps; si les organes subsistans viennent à être détruits, les germes latens acquièrent plus de nourriture et croissent ; une nouvelle tête pousse au segment postérieur du Ver de terre coupé en deux, parce qu'il porte le germe d’une nouvelle tête dans la queue, et le segment antérieur pousse une queue , parce que l'animal a le germe d’une queue dans la tête. Si l’on avait pu démontrer que le Lombric a la faculté de reproduire à la fois et sa tête et sa queue, les évolutionnistes n’en eussent pas été plus embarrassés; car il n’en coûtait pas davantage d'admettre les germes des deux organes dans le tronçon moyen du corps. Leur théorie ne craignait donc aucune attaque ; à chaque objection elle opposait des qualités du fruit dont ses adversaires ne pouvaient réfuter l'existence, puisqu'elles étaient invisibles.

(4) Muller, Archiv fuer Anatomie , t. I, p. 907. (2) Reil, Archiv fuer die Physiologie, t, AL, p. 482. (3) Loc. cit., t. VIII, p. 471. Tr

3° Dit-on, par exemple, que, suivant cette théorie, les germes des frnits doivent pouvoir se développer aussi dans, l'ovaire sans l'influence du sperme, ses partisans répondent | que le sperme est nécessaire sous ce point de vue qu'il doit | pénétrer dans le fruit par de petites ouvertures de la membrane de l'œuf, arriver jusqu’à son cœur , mettre cet organe en mouvement par l'excitation qu'il produit en lui, et opérery ainsi l'animation (1) : qu'auparavant le fruit est comme engourdi dans l’ovaire, et que son cœur ny exécute que des mouvemens lents et insensibles , à peu près comme chez un animal plongé dans le sommeil l'hix er (2); qu'il a tous les organes , et qu'il ne lui manque rien, sinon la force impulsive du cœur, mais que le cœur lui communique cette force , en. même temps qu'il lui fournit de la nourriture. Avant la fécondation, en effet, les particules élémentaires sont telle- - ment serrées les unes contre les autres, que les intervalles qu'elles laissent entre elles sont aussi petits que possible ; or, le sperme écarte ces mailles, et permet que de la substance alimentaire s'y dépose; mais c'est cette réplétion des mailles qui constitue la nutrition, et la génération tout entière n’est autre chose qu'une nutrition (3). Pour expliquer la monogénie , il suffisait d'admettre deux choses, d'abord des sermes invisibles, répandus par tout le corps (4), ensuite un suc invisible qui éveille ces germes, comme fait le sperme (5).

Si nous sommes surpris de ce que des hommes à qui la science est si redevable, aient pu tomber dans de pareilles réveries, nous éprouvons au moins une douce satisfaction de voir avec quelle noble franchise ils indiquent la cause de cette erreur. Bonnet dit (6) : « La philosophie ayant compris » l'impossibilité où elle était d'expliquer mécaniquement la for- » mation des Corps organisés, à imaginé heureusement qu'ils » existaient déjà en petit, sous la forme de germes, ou de corps

(4) Haller, Loc. cit, t. VIII, p. 495.

(2) Haller, loc. cit., t. VIII, p. 454.

(3) Bonnet, Considér. sur les corps org., $ 27-36. (4) Haller, loc. cit., t. VIIT, p. 170.

(5) Bonnet , Considétations, $ 73.

{6} Zoid., S 1.

» organiques. » Plus loin (4), il ajoute : « Quelque effort que » nous fassions pour expliquer mécaniquement Ja formation du » moindre organe, nous ne saurions en venir à bout ; nous » sommes done conduits à penser que les corps organisés qui » existent aujourd'hui existaient avant leur naissance dans des » UT ou corpuscules organiques. » Plus loin encore (2) r il dit qu'on prendra, si l’on veut, sa théorie pour un roman, ” etque lui-même est fort Mepaco à l’envisager sous ce point . de vue, mais qu'elle est cependant préférable à une hypothèse parement mécanique. Haller fait le même aveu (3) : « Comme ni l'âme pensante ( de l'individu }, ni le hasard, » ni une force aveugle imprimant le mouvement aux parties » Organiques , ne peut former l'organisme, il ne nous reste » d'autre ressource que d'admettre que l'embryon est déjà » formé avant la fécondation. » Assurément, si nous n'avions à choisir qu'entre les hypothèses dont l’'énumération a été faite plus haut, nous donnerions la préférence à la fable de l'évolution. Bonnet et Haller nous paraissent complétement justifiés ; l'erreur n’était point en eux, mais dans leur siècle, qui, voyant le matérialisme dominer partout, ne trouvait d'autre .moyen d'y échapper qu’en se jetant dans les bras du spiritualisme, germe de l’idéalisme ; car chaque esprit mdividuel est porté par son époque, et s’il lui est accordé de pouvoir devancer le temps , et de jeter quelques regards sur un pays encore éloigné, jamais cependant il n’y parvient lui-même , et il ne peut qu'exciter ses contemporains à réunir tous leurs efforts pour qu'un jour la postérité y arrive et en prenne possession.

LA

LA

D. Métamorphose.

$ 312. La théorie de la métamorphose admet que la génération dépend d’une matière vivante qui n’a besoin que d'arriver à une situation convenable pour changer de forme et prendre celle d'un organisme vivant. Si les partisans de la préexistence simultanée de la matière et de la forme avaient cru

(4) Zhid., $ 25.

(2) Zbid., $ 44.

(3) Haller, loc. cié,, t. VIUX, 5. 443:

trouver principalement l’une et l’autre dans le corps femelle,

ceux de la préexistence de la matière sans forme pensèrent

devoir la placer surtout dans le côté maseulin, de sorte que la

théorie de la métamorphose prit les dehors d’une,doctrine pan-

spermique. Cette hypothèse avait déjà compté des sectateurs

dans l'antiquité. Démocrite faisait provenir le sperme de toutes. les parties du corps. Suivant Héraclite , les germes des êtres.

vivans sont répandus sur et dans la terre entière , oùilserrent |

jusqu'à ce que chacun rencontre les parties génitales d'un de: ses frères déjà développé , jette en lui ses racines, se dépouille de l'enveloppe qui l'avait couvert jusqu'alors, et arrive

lui-même:à se développer. Dans les temps modernes, Per-

rault admit que les élémens des êtres vivans sont générale-

ment répandus dans la nature entière, qu'ils n’attendent|

qu'une occasion pour se développer , et qu'ils la trouvent lorsque le principe salin spirituel du sperme vient à agir sur eux. Cette théorie a surtout été développée par Buffon ; suivant ce.

grand naturaliste, il existe une matière particulière de laquelle,

tous les êtres vivans tirent leur nourriture ; dès que l’organisme est arrivé à maturité par la nutrition, il se sépare de chaque organe des molécules organiques, qui lui ressemblent et qui en sont des modèles en petit ; si ces molécules arrivent

dans une partie d’où elles ne puissent plus sortir , elles pren. |

nent la forme de Vers intestinaux ; chez les animaux dépour-

vus de sexes, elles produisent de nouveaux individus dans toutes les parties du corps indistinctement ; mais chez ceux qui ont des sexes, elles sont obligées de se rendre dans lovaire et le testicule’, pendant l’acte de l’accouplement les matières des deux sexes se mêlent ensemble, et s'unissent d’après les lois de la même aflinité que celle qui règne entre les organes d’où elles proviennent. Needham admettait également une matière vivante générale , qui nourrit les organes, et dont le superflu , élaboré par divers organes sécrétoires, forme le germe organique dans le sperme ; il faisait consister la nutrition et la génération dans la force expansive des germes organiques, en conflit avec la force de résistance des sels. Bonnet penchait aussi pour la panspermie, puisqu'il ne s’en tenait point à l’idée du germe, adoptée dans Ia théorie de

la préformation, mais cherchait en même temps ce germe dans l'œuf. Suivant lui, l'air, l'eau , la terre et tous les corps solides sont de vastes et nombreux magasins, où la nature a déposé les germes des êtres vivans ; la prodigieuse petitesse de ces germes les met hors de l’atteinte des causes qui opèrent la dissolution des mixtes; ils entrent dans l'intérieur des plantes et des animaux, ils en deviennent même parties composantes , et lorsque ces composés viennent à subir la loi des dissolutions , ils en sortent , sans altération , pour flotter dans l'air ou dans l’eau , ou pour entrer dans d’autres corps orga-

| nisés ; portés dans Fécéice d’un arbre, ils y donnent naissance aux boutons , aux racines, aux ae Tara aux feuilles, aux fleurs et aux fruits ; portés dans les ovaires de la femellé ou dans les vésicules séminales du mâle, ils sont le principe de la génération du fœtus (1); celui-ci ressemble à la mère, parce que les germes viennent des organes maternels, et con-

© tiennent par exemple l'extrait d’un nez excessivement long de … la mère (2); parmi le nombre infini des germes , il n’y en a … qu'un petit nombre qui se développent , parce que le fluide nourricier ne se porte en assez grande abondance qu'à quelques uns d’entre eux, et que les autres, bientôt affamés, cessent de croître (3) ; mais ils ne peuvent pas se développer dans le corps des mâles, parce que ceux-ci sont dépourvus des organes nécessaires pour les fomenter (4). Suivant Treviranus (5), une matière constamment agissante est répandue dans la nature entière ; cette matière, qui communique la vie

à tous les organes , est invariable dans son essence, mais variable dans sa forme , qui change continuellement; amorphe par elle-même , elle ne prend une forme déterminée que sous l'influence de causes extérieures, et cette forme varie comme les causes qui la produisent. Cette matière porte le nom de “principe vital ou de matière vivante, et l'on ne peut déterminer si elle est de l'hydrogène ou de l'oxygène, ou si elle se

(4) Bonnet, Considérations, $ 4. È (2) Ibid., $ 90-92.

(3) Ibid., $ 63.

(4) Tbid., $ 62.

(5) Biologie, t. XI, p. 403,

soustrait à nos moyens d'investigation. Oken trouve cette ma= tière vitale dans les animalcules infusoires ; ceux-ci sont répandus dans l'air , dans l’eau et dans toutes les substances ali- | mentaires ; ce sont eux qui opèrent la nutrition (1); ceux du sperme jouent le principal rôle dans la génération, qui consiste, : en une synthèse, c'est-à-dire en une fusion de Spermato- A zoaires tant entre eux qu'avec une vésicule de l'ovaire; la femme donne le sol dans lequel le germe s'implante , elle fournit la matière organique pour l'accroissement de l’embryon ; mais la vésicule de l'ovaire ne donne rien de maté—. riel à ce dernier , elle ne fait que lui imprimer la forme, qui | unit ensemble les Cercaires, de manière à ce qu'elles repré sentent en miniature le type de l'animal à l'espèce duquel”. l'embryon appartient (2); peu importe qu'il arrive peu ou point %| d’animalcules spermatiques dans les vésicules , car l’accrois-" sement ultérieur est fourni par le sang de la mère (3).

lo La théorie de la métamorphose, envisagée d’une ma-#, nière générale , repose sur l'hypothèse que l'essentiel de las, vie consiste en une matière déterminée, hypothèse contre laquelle s'élève formellement l'expérience; car la matière de w notre corps est ici de la fibre musculaire , là de fa substance | nerveuse, ailleurs des os et du tissu cellulaire, en un mot partout spéciale et particulière ; mais la vie ne Peside ni dans celui-ci, ni dans celui-là, mais dans le tout, dont elle réunit et lie ensemble les diverses parties. Or, si nous ne trouvons pas de matière organique générale , il n’y a pas non plus de substance nutritive générale. Quelque variés que soient les alimens, la vie se maintient sous la forme qui lui est propre, et crée continuellement la matière organique qui lui convient ; elle peut même ne pas employer la substance organique seulement à cet usage , car il y a beaucoup d'êtres organisés qui ne se nourrissent que de choses inorganiques. La matière change continuellement dans notre Corps, pendant que notre vie reste une et la même ; la vie corporelle est un état con- |

(4) Die Zougung , p. 92. {3} Rrid., p. 101-405,

THÉORIES DE LA PROCRÉATION. $oi

tinuel de dissolution et de formation simultanées de matière organique, etaveclemêmealiment chaque espèce d'êtres vivans crée la matière organique qui lui est propre. La vie est donc quelque chose de supérieur, qui domine sur la matière, comme la loi de la nature règne dans l'univers. En ne reconnaissant . pas cette vérité, la doctrine des panspermistes fait de l’es- clave le maître, et du fortuit l'essentiel ; elle devient matérialisme ou atomisme ; elle explique le tout par les parties, un tableau de Raphael par des pots de couleur. Mais, en supposant même qu'il y eût une matière organique générale , il nous manquerait encore l'essentiel, ce qui donne la forme vivante à la substance amorphe , ce qui lie les atomes de manière à produire ici un champignon et [à un homme. Cette liaison et ces formes ne peuvent point être accidentelles, puisque nous reconnaissons en elles des lcis et de l'harmonie ; aussi les panspermistes eux-mêmes sont-ils obligés d'admettre | une cause spéciale. Buffon dit que c’est une force inconnue, - dont la loi fondamentale consiste en ce que les molécules qui se ressemblent le plus contractent union les unes avec les autres ; Needham l'appelle une force réelle et productive, qui réunit la matière primitive simple en un germe déterminé; Oken en fait un type qui donne ou imprime la forme. Mais cette force et cet archétype sont ce qui fait que la matière soit un organisme déterminé, qu'elle soit précisément ce qu’elle est, et non autre chose. Or c’est là principalement ce que la théorie de la génération doit soumettre à notre mtuition. Donc la panspermie ne résout point le véritable problème , elle rêve de toutes sortes de choses non essentielles, et s'arrête là où la théorie devrait réellement commencer. Nous consentons à admettre que nous naissons de molécules , d’élémens mconnus , d'oxygène ou d'hydrogène , d’animalcules spermatiques, mais nous voulons savoir pourquoi c’est nous qui provenons de là, et non un simple amas d'Infusoires adhérens les uns aux autres, une masse informe de molécules. S'il faut une force créatrice pour cela , elle pourra déterminer la matière sans avoir besoin des molécules enfantées par, notre imagination. :

2° Il ya un degré de la vie où elle tient de près à l'existence

inorganique. Tel est celui des 'Lithophytes qui, de prime abord, ressemblent davantage à une incrustation qu’à une plante ou à un animal. Pendant la vie , il y a conflit entre ce qui vit et ce qui ne vit pas ; un échange mutuel a lieu entre eux ; la nutrition convertit l'morganique en organique , l’eau. | et l’air en matière vivante. La mort fait cesser l'unité de | vie et le conflit des choses diverses qu’elle domine, elle résout l'organisme en ses principes constituans. La vie, au contraire, | fait naître des organismes nouveaux de ce qui n’a point vie, | en établissant un centre de gravitation, au moyen duquel des choses qui n'avaient jusqu'alors qu'une existence isolée se pénètrent réciproquement et deviennent un véritable tout. | L'organique et l'inorganique ne sont donc point absolument opposés l’un à l’autre ; ils ne sont essentiellement qu'un , le résultat du même esprit de la nature , l'effet d’une seule et même cause. L’inorganique lui-même fait pare d’un organisme, c’est-à-dire de l'univers , et la vie n’est qu'une des formes de l’existence générale . mais une forme dans la= quelle s’ajoute à l'existence, comme simple partie, l'aptitude | à former un tout , qui tient ici réunies les diverses forces disséminées dans les corps inorganiques. En se refusant à re- | connaître, dans la contemplation de la nature, l'esprit qui | l'anime , on faisait de la vie une chose totalement étrangère, entièrement différente de l'existence inorganique , et l’on aimait mieux recourir aux hypothèses les plus fantastiques, que d'admettre la conversion de la matière inorganique en ma: tière organique. Ainsi, dans les idées des panspermistes, l'air est un magasin de germes pour des Infusoires ($ 13) et pour tous les êtres organisés , quoique l'expérience ne nous apprenne rien d'aucun de ces germes, quoique l'entendement | ne conçoive pas comment , au milieu d’un tel chaos, des ger- | mes si multipliés pourraient arriver au sol qui leur convient, quoique la raison n’aperçoive pas comment ce sol lui-même aurait commencé.

3° Quant à ce qui concerne les Infusoires, Needham expliquait leur origine en disant que la substance organique, lorsqu'elle est arrivée à un certain degré de dissolution, acquiert de nouvelles formes organiques en vertu de la force

plastique réelle. Suivant Wrisberg (1) chaque corps organisé est formé de vésicules semblables à celles qui apparaissent pendant la formation des Infusoires, et qui ne diffèrent de ces derniers que par l'absence du mouvement. Oken (2) prétendait que la substance organique n’est autre chose qu'une combinaison de myriades d'Infusoires, que la fermentation désagrége, ou plutôt dont la séparation se manifeste par les phénomènes de la fermentation ; la production des Infusoires n'est que larésolution d'un animal en ses parties constituantes, de même que la génération consiste en une réunion des Infusoires. Walther (3) soutient aussi que les Infusoires sont la chair réduite à ses élémens, le véritable chaos organique, d'où procède toute vie particulière, et dans lequel retombent aussi toutes les vies individuelles ; ce sont les monades organiques , les germes simples de la vie. Mais sur quoi reposent toutes ces assertions? Si l’on admet que le corps organique est » composé d'Infusoires parce qu'on voit naître des Infusoires lorsqu'il se décompose, nous pourrions tout aussi bien dire que l'homme est formé d'adipocire, puisque son cadavre se convertit en cette substance dans une eau courante. On pré- * tend que les premiers Infusoires étant des globules et que le Corps organique se composant de globules et pouvant donner des Infusoires, il résulte par cela même d’une agrégaon d'Infusoires. Nous consentirons à admettre que les observations microscopiques ne font point naître d'illusions , et qu'en réalité toute partie organique se compose de globules ; mais si ces #lobules sont des Infusoires, il suffirait de les sé— parer mécaniquement les uns des autres, pour les voir apparaître tels ; cependant , de quelque manière que nous nous y prenions pour isoler les uns des autres les globules, par exemple, qui constituent la substance nerveuse, en écartant les membranes qui les emprisennent , jamais ils n’acquièrent de vie indépendante, jamais ilsne manifestent de mouvemens comparables à ceux des animaux. D'ailleurs l'expérience ne

(4) Obs. de animalculis infusoriis , p. 90.

(2) Die Zeugung, p.19.

(3) Physiologie des Menschen, $ 614,

nous montre pas la moindre trace de ce que les physiologistes

prétendent ; aucun animalcule Infusoire ne provient de la dissolution immédiate d'une substance mise en infusion; cette substance subit d'abord une décomposition chimique , dont le.

résultat est delui donner la forme d’une masse mucilagineuse, . ” e & e e e Æ.

qui n'existait point auparavant dans la substance qu'on a fait

infuser, et qui est de formation entièrement nouvelle ; c'est”. |

alors Sblement qu'on voit paraître les Infusoires. Nous ne” pouvons donner l’épithète de vivans qu'aux corps qui se main-

tiennent d'eux-mêmes par le renouvellement de leurs maté | À

riaux : la substance d'un corps autrefoisorganisé qui concourt

à la formation des Infusoires , est dans un état de décomposi- * |

tion, par conséquent sans vie; toute formation d'Infusoires repose sur la décomposition d’une substance privée de vie,

que celle-ci ait préalablement fait partie d'un corps organisé »

ou d'un corps inorganique. La décomposition de ce qui na. point vie est un phénomène purement chimique ; mais l’ affi-4

nité chimique ne produit j jamais une chose semblable à celle

qui existait avant qu'elle s'exerçât, et toujours elle en produit une différente. Ainsi la matière inorganique ou la matière : qui à été auparavant organisée n’engendre jamais que des. formes diflérentes de cell qu’elle affectait par le passé, et

la vie des Infusoires n’est point Ja continuation d'une vie an- , * térieure. S'il se produit des Infusoires dans un organisme vi- *

vant, c est seulement au sein de la matière qui se détache de

lui, qui sort du domaine de la vie; et, si la matière qui a été

organisée, donne lieu à un développement plus facile, plus abondant et plus complet, de ces animalcules, c’est qu’elle

consiste elle-même en une association plus complexe d'élé-"

mens à l'état de tension chimique, c'est qu’elle est plus décomposable et plus apte à la manifestation du conflit galvanique.

Le vivant doit se développer de ce qui n'a pas vie, car nous *

trouvons des substances simples et indécomposables dans le monde inorganique , tandis que la matière organique est toujours une combinaison de ces substances simples, car il ne peut être question d'une matière primordiale organique : or, le composé supposant toujours le simple, la production de la matière organique 3 pour condition l'existence de la matière

inorganique. Les substances inorganiques simples sont indestructibles ; la matière organique, au contraire , est destructible , elle a même, de son essence, une tendance invincible à la décomposition, et c’est un être de raison qu’une substance vivante éternelle ; mais on ne peut pas concevoir que le péris- Sable provienne d'autre chose que de l'impérissable.

4° Nous trouvons la source du Système panspermique moderne dans l'esprit qui a dominé pendant ces derniers temps, et comme il est bon de caractériser cette période de l’histoire de la science, nous jetterons encore un regard sur la forme qu'a revêtue l'hypothèse panspermique qu'elle a vue naître. AU commencement du siècle , le Système qu’on désigne en Allemagne sous le nom de Philosophie de la nature, avait mis les esprits en émoi et causé un grand mouvement dans la science : mais il se perdit dans les nuages d’un monde idéal , et poussa l’arrogance jusqu’à dédaigner le bon sens comme une faculté purement plébéienne. Oken, avec toute la hardiesse du génie, PousSa ce système jusqu’àses dernières conséquences, etne craignit pas de prévenir quiconque aurait été tenté de faire voir combien il est contraire aux lois de l’entendement, en proclämant lui-même cette incompatibilité. Il termineson traité de la génération en disant : Omne vivum ex 000 ! Nullum vivum ex ovo ! Le résultat des deux propositions est — 0, et tel est , en effet, le point de vue précisément sous lequel Oken s’est placé. Suivant lui «le 0 n’est ni quelque chose , ni rien non plus ; il n’a » point d'existence, et cependant n’est pas dépourvu d'’exis- » tence ; il n’est ni fini, ni infini; c’est ce qu’on ne peut niex- » primer, nipeindre par aucun mot , l’absolu sans aucune dé- » termination. La plus haute réduction de l’algèbreest + ——0; D LOL; — — 0—, Toutes les propositions se déroulent » du 0 , non comme s’y trouvant déjà Contenues, mais comme

» réellement créées de rien, De même la création est une créa- » tion du néant (1). »

E. S'yngenèse.

$ 315. La Syngénèse admet que tout ce qui jouit de la vie

(4) Die Zeugung, p, 38.

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