‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observationChapitre 39 sur 64 · IE · texte numérisé non relu

IE

a été créé en même temps. Elle se partage en deux branches, la préformation syngénésique et la métamorphose syngénésique.

FE. La Préformation syngénésique porte aussi le nom de système d’émboitement. Elle suppose qu'à la création de chaque espèce, tous les individus qui doivent paraître dans la série des temps ont été créés Simultanément, et de manière à être emboîtés les uns dans les autres. À chaque génération , la boîte misé à découvert s'ouvre, et laisse sortir celle qu’elle renferme , laquelle , à son tour, contient déjà toutes les autres générations, jusqu'à la fin du monde. L’admission d'un pareil emboitément n’a d'autre trace de preuve en sa faveur que le Volvox globator, qui renferme en lui-même des petits, dans le corps desquels on aperçoit déjà d'autres petits ; cependant la chose ne se passe point ici autrement que chez le Polype, où le rejeton poussé de plus petits réjetons avant de s'être séparé du tronc ; lés petits se forment de même peu à peu dans le corps du V’olvor, et ils n’y existent point depuis la création du monde, puisque lui-même doit naissance à la génération hétérogène ou spontanée. Roose fait remarquer avec justesse que l'hypothèse de l'emboitement rend nécessaire l'emboîtemeñt d’un infini d'hypothèses, et conduit à des propositions aussi indémontrables que dénuées de vraisemblance. Ainsi, par exemple , comme elle exige que les êtres organiques aujourd'hui vivans soient aussi vieux que le premier mdividu de leur espèce , il leur faut des qualités toutes spéciales pour pouvoir se maintenir si long-temps sans altération. L'embryon qu’elle dit être conservé, avant la fécondation, dans l'ovaire de la femelle , est tellement petit qu’on ne peut pas le vor, quoiqu'il possède déjà son corps complet; qu'on imagine, d’après cela’, quel doit être le volume des embryons qu'il recèle dans son ovaire, et de ceux que ces derniers logent dans le leur, etc. Si l'on admettait que l’animalcule spermatique est un embryon , il résulte des calculs de Buffon que, dans l’hypothèse des syngénésistes , unhomme adulte serait à l'embryon de la sixième génération qu'il renferme en lui , dans la même proportion, eu égard’ au volume , que notre système solaire au plus petit atome qu’on puisse apercevoir avec le secours

da microscope. C'est tomber presque dans l'absurde que d'admettre de telles proportions comme des réalités. Aussi Bonnet dit-il que l'hypothèse de l'emboîtement est un des plus grands eflorts de l'esprit sur les sens (4). Mais c'est évidemment l'imagination qui fait taire ici les sens et la raison , car les sens disent qu'aucun embryon n'a encore d'ovaires au début de sa vie, que par conséquent il peut bien moins encore contenir d'autres embryons , et comme cette donnée ac quise par les sens se concilie avec d'autres phénomènes, la raison reconnaît qu'on ne peut pas concevoir la chose autrement. Cependant on a trouvé la doctrine de l'emboîtement ap plicable à d'autres vues ; ainsi elle a servi à expliquer l'origme de l'âme ,çar on a dit que les animalcules spermatiques existent depuis ltcréation du monde, et qu'ils ont une âme animale , qui devient âme humaine dans l'embryon ; on a aussi expliqué par là le péché originel.

IL. Adoptant la panspermie Syngénésique , Buffon et Treviranus ont admis que la matière vivante générale est primordialé et indestructible, et, suivant Oken (2), les Infusoires sont les animaux primitifs, qui, lors de la création , acquirent une existence non moins générale et non moins indestructible que celle de l'air, de l'eau et de la terre. Dans cette hypothèse, notre planète n'était pas moins animée , dès le premier moment de la création, qu'elle ne l'est aujourd'hui. Mais une foule de faits concordans rendent une pareille proposition incroyable ; nous avons la preuve que la masse organique augmente Sous nos yeux, et que la matière inorganique diminue dans la même proportion. Quant à l'indestructibilité , nous ne connaissons pas de substance organique qui ne soit composée et susceptible de se résoudre en plusieurs substances inorganiques. S'il n’en était ainsi, que deviendrait donc la matière vivante lorsque nous brûlons et incinérons un Corps animal ou végétal dans une cornue? Dans l'hypothèse que la vie repose sur une matière dont la quantité à été déterminée primordialement sur notre planète, et ne peut s’ac-

(4) Considérations , 6 3.

(2) Loc, cit», p. 22.

croître, la perte du moindre atome doit faire un vide] dans la nature organique : la combustion est une décomposition complète , et combien n'a-t-elle pas détruit de matière organique! Mais , à l'égard des animalcules spermatiques , l’hypothèse de leur impérissabilité peut effectivement être d'une grande ressource, et Oken , par exemple, s’en est servi pour démontrer que ces animaux garantissent à jamais le genre humain du danger de mourir de faim. « Car, dit-il, depuis la » création, le monde végétal est en équilibre avec le monde » animal, et la somme totale de ce dernier ne peut jamais » s'accroître , par conséquent on n’a point à redouter que les » hommes se multiplient au point de ne plus trouver assez de » nourriture sur la terre (1) ». Cependant l'expérience nous apprend que les Infusoires sont les plus périssables de tous les êtres organiques , qu'ils se corrompent , et qu'un moment arrive où il ne reste dans l’infusion aucune trace de leur vie ni d'aucune autre vie quelconque. Mais les Spermatozoaires n'apparaissent qu'à l'âge où la sexualité est arrivée à sa ma turité, et, chez la plupart des animaux , ils ne se montrent chaque année qu'à l'époque du rut; ils disparaissent dans certaines maladies , et reviennent après la guérison. Le seul argument qu’on puisse opposer à ceux qui prétendent qu'ils sont devenus absolus dans les cas où ils paraissent ne point exister, c’est que de telles hypothèses ne s'accordent point avec les lois de notre entendement; que, si l'entendement n'est pas ce qu'il y a de plus élevé en nous ,ilne nous est pas étranger non plus , et constitue un membre sans lequel notre organisation morale manquerait d'harmonie ; enfin, qu'il est impossible à la raison d'admettre ce qui est en contradiction manifeste et avec l'entendement et avec le témoignage des sens.

TL. Si maintenant nous jugeons la syngénèse du point où nous nous trouvons placés, nous voyons qu’elle manque de clarté dans l'admission de ses germes primordiaux.

je Par germe, on entend , en général , la possibilité inhérente à une chose de devenir autre chose que ce qu'elle est

(1) Loc, cit, p. 94,

actuellement. Mais cetie idée vague a besoin qu’on la précise davantage. La possibilité suppose encore une condition, par l'accession de laquelle elle devient réalité. Cette condition ne saurait résider dans la chose elle-même, et doit être en dehors d'elle , sans quoi on verrait déjà paraître la réalité. Mais la condition extérieure peut être essentielle ou non essentielle. Elle est essentielle lorsqu'elle détermine à sa manière l'essence de la réalité qui se manifeste par son accession , quand, par exemple, le germe n’exprime que la possibilité générale, et qu'il dépend de la qualité déterminée de cette condition extérieure que la chose devienne telle ou telle : ainsi, l'hydrogène porte en soi le germe de l’eau, de l'huile, etc., ou peut devenir eau, huile, etc., lorsque les conditions essentielles pour cela ont lieu, c’est-à-dire lorsqu'il se combine avec des proportions déterminées d'oxygène , de carbone, etc. La condition extérieure n’est point essentielle quand elle ne détermine pas l'essence du changement, mais donne seulement ‘Occasion à ce changement de s'effectuer, et en modifie les circonstances prochaines ; ici donc, le germe renferme en lui non pas seulement la possibilité ‘générale , mais encore la possibilité particulière du changement : la chose contient le germe d’un développement dans une direction déterminée; par exemple , la dissolution d’un sel neutre a en soi la possibilité de cristalliser ; la manifestation du phénomène de la cristallisation dépend de la température , du mouvement, des parois du vase, etc., mais le sel cristallise sous une forme fondamentale déterminée , que les conditions extérieures peuvent bien modifier, mais qu'elles n’ont pas le pouvoir d'altérer dans son essence et de convertir en une autre. Ce dernier sens est le seul dans lequel le mot de germe ait une signification arrêtée ; aussi l'usage est-il de ne l’employer que pour désigner la disposition intérieure à un développement déterminé, puisqu'autrement nous serions obligés d'admettre des centaines de germes dans chaque chose , ce qui ne dirait rien à l'esprit. Mais nous ne trouvons, avant l'acte de la génération, aucune matière qui n'ait besoin que d'une circonstance générale favorable pour devenir un fruit orsanique. Que l'œuf non fécondé se trouve au dedans ou au dehors du corps femelle , à

une haute ou à une basse température, dans le gaz oxygène ou dans le gaz hydrogène , etc., jamais il ne s’y développe d'embryon. La fécondation n’est donc point une condition non essentielle , et qui puisse être remplacée par une autre circonstance ; c'est donc, au contraire , une condition essentielle de la production du fruit, et avant elle l’organisme ne porte en soi que le serme général de ce fruit. Mais la syngénèse évite par un subierfuge la preuve qu’elle voulait donner, puisqu'elle se sert de l'expression vague et qu’elle y attache une signification erronée.

2 Les syngénésistes admettent , en outre, qu'il n’y a plus aujourd’hui de force créatrice dans la nature, mais seulement une matière vivante, où amorphe , ou déjà revêtue de forme, qui contient la raison suflisante de la génération et de toute vie en général. Leur système est done un matérialisme, ou une doctrine qui ne reconnaît d’agissant dans la nature que de la matière , et qui explique toute vie quelconque par une combinaison de substance. Mais le matérialisme est le paganisme de la physique : on est trop sous l'empire des sens pour pouvoir s'élever à l’idée d’une pure force de la nature agissant partout, et l’on se fait de cette force une idole, qu'on adore. Au lieu d'envisager les phénomènes tels qu'ils s'offrent réellement à nous, de chercher la loi d'après laquelle ils ont heu , et de saisir l’idée à laquelle ils se ramènent comme à une racine commune , le matérialiste admet par avance qu’il doit y avoir une matière particulière au fond de chaque phénomène particulier. Nous reconnaissons, par exemple, le fer pour une matière particulière, et nous voyons que, lorsqu'après l'avoir réduit en barre, on le plante perpendiculairement en terre, il acquiert, au bout de quelque temps, la propriété d'attirer ou de repousser un autre morceau de fer, et nous disons qu'il est alors devenu magnétique. Nous voyons que, tandis qu'il devient magnétique , aucun changement n’a lieu ni dans la terre ou l'air qui l'entoure, ni en lui-même, sous le rapport du volume, du poids, de la couleur, de la forme, de La saveur, de l'odeur, des propriétés chimiques, en un mot, de toutes les qualités par le moyen desquelles la matière se fait connaître à nous ; l'expérience nous dit donc

qu'il s est opéré ici un changement intérieur sans changement matériel , et qu'il s’est établi un nouvel état intérieur en vertu duquel se manifestent des effets différens de ceux qui avaient lieu auparavant. Mais nous appelons force l'état intérieur qui devient la cause d’une action ou d’une activité , et, conséquemment aux lois de la physique, nous cherchons à abstraire l'idée de la force magnétique des circonstances dans lesquelles elle s’éveille, des propriétés des corps dans lesquels elle se déploie, de la manière dont elle se manifeste, de sa comparaison avec d'autres phénomènes naturels, etc. Au lieu de se livrer à cette recherche empirique, le matérialiste va au-delà de l'expérience, et il admet une matière subtile qui a passé dans le fer, une matière qui n’a ni pesanteur, ni cohésion, ni forme , qui n'est ni visible , ni tangible , ni accessible à aucun autre sens, qui pénètre Les corps les plus denses sans avoir besoin de temps pour cela, qui cependant ne peut pénétrer d'autres corps beaucoup moins denses, qui agit sur d'autres corps éloignés de plusieurs centaines de lieues, etc.

C'est là une fiction hyperphysique , qui admet une matière à laquelle manquent les propriétés de la matière, qui range parmi les objets sensibles ce qui ne peut tomber sous aucun de nos sens , qui établit l'existence d’un corps particulier 1à où l'expérience ne montre qu'un état spécial. Mais, une fois qu'on en est arrivé à croire à l'existence d’une pareille matière hyperphysique , il n'y à plus rien qui embarrasse ; car, comme c’est un être de raison , elle s'accommode à tout , elle se plie à toutes les exigences du système , elle devient un génie docile qui , sur l'ordre du magicien physiologiste , tantôt passe à travers une porte fermée , tantôt se couvre de chaînes aériennes, et contre lequel on ne peut employer aucune arme sérieuse. Or, les germes préexistans sont de tels êtres fantastiques ; les molécules qui rôdent partout , traversent les organes , dont elles prennent l'empreinte en passant, se réunissent à un rendez-vous commun, et s'accollent ensuite en société ; les œufs invisibles de plantes et d'Infusoires , qui, suivant les expressions de Treviranus (4), doivent remplir

(4) Biologie, t. IL, p. 355.

l'air par myriades, jusqu’à ce que le hasard les amène dans un coin de fruit où ils puissent être fomentés ; les œufs em boités des animaux à génération digène, qui, comme le dit Darwin (1), devaient être infiniment plus petits que les diables à la tentation desquels saint Antoine résista et dont on assure cependant que vingt mille pouvaient danser la sarabande sur la pointe de la plus fine aiguille , sans se gêner les uns les autres ; Les animalcules infusoires qui, dans une momie d'Égypte, semblent être condamnés à une existence absolue jusqu'à ce qu'il passe par l'esprit d’un Fray de les ramener à la réalité ; toutes ces hypothèses méritent qu'on les tourne en dérision , car elles ne font que meubler la tête de fables , et n’apprennent absolument rien sur la nature.

3° Il en est des païens de la physique comme de ceux de l’histoire. Ils ne peuvent faire taire en eux la conscience qui leur dit que leurs idoles sont des créatures, et ils sont obligés de reconnaître une puissance supérieure qui les régit. Ainsi leur théophobie ne leur procure au fond aucun avantage ; elle les éloigne seulement davantage de la source proprement dite de toute vie, entre laquelle et la vie réelle ils placent des êtres intermédiaires qui, par reconnaissance pour limagination dont ils sont les enfans, étalent devant elle un spectacle de récréation. En se couvrant du manteau de l’atomisme , le matérialisme ne fait qu'éloigner sa sentence de mort; ne pouvant y échapper , il cherche à en différer l'exécution. Car si nous croyons à une espèce quelconque de germes préexistans, il ne nous en faut cependant pas moins demander d’où viennent ces germes et qui les à produits. Or là, le matérialisme est à bout, et se convertit brusquement en spiritualisme ; il ad met une force créatrice, distincte de la nature , mais qui a une fois agi au temps de la création, et qui a déterminé la matière d'une manière que nous ne saurions concevoir. En effet:

«. Cette force créatrice est en dehors du monde , par conséquent limitée, bornée , et l’on n’entrevoit ni comment elle aurait pu acquérir le pouvoir d'agir sur ce qui lui est étranger de toute éternité, ni comment la matière obéit partout à ses déterminations.

(1) Zoonomie, t. II, p. 260.

b. Elle est finie, car elle a cessé d’être ce qu'elle fut autrefois ; elle n’a pu ou voulu qu’une seule fois créer ; depuis lors elle se repose , et laisse faire à la matière ce qui lui convient.

De pareilles conceptions ne peuvent trouver accès dans notre esprit. S'il y a quelque chose d'illimité, d’absoiu, la nature , loin de lui être étrangère, doit être absolument son effet et sa révélation; et si jamais un être infini a créé les premiers organismes, son activité, l'acte de création, doit continuer sans interruption. ï

F. Epigenese.

$S 314. Réfuter la syngénèse, c’est établir la doctrine oppo- - sée, ou l’épigénèse, celle suivant laquelle la génération des divers êtres organiques s'effectue en des temps différens. Dans cette autre doctrine, les nouveaux individus sont réellement les produits des individus qui les engendrent , et la génération est une véritable production , une formation nouvelle. L'organisation de l'espèce impliquant l'aptitude ou la disposition à se reproduire , on peut dire qu'avec les premiers parens préexistent ici virtuellement ou dynamiquement toutes les générations futures, ce qui fait que Kant a désigné ce système sous le nom de doctrine ou théorie de la préformation générique. Elle a été admise dans tous les temps où la prudence n’a point obligé de recourir à des voies détournées pour la présenter, mais ses principaux fondateurs, parmi les modernes, ont été Wolff et Blumenbach.

L'époque de la génération peut être antérieure ou postérieure à celle de la fécondation.

La première opinion a été soutenue par Darwin, Prevost et Dumas , qui ont enseigné que la liqueur séminale contient le germe, mais qu’elle est sécrétée du sang. Mais comme nous n'avons pas plus trouvé le fruit dans le sperme (S 310) que dans l’œuf($ 309), elle se trouve par cela même réfutée.

Nous sommes cependant obligés de faire connaître ici quelques autres opinions encore sur la part que les sexes pren-

. nent à la génération. Suivant Walther, c’est l'homme qui crée, qui engendre réellement, et la femme ne fait que concevoir;

le premier est positif, et la seconde est négative ; mais la géné- | ration est l’anéantissement de la négativité de la femme par la | positiveté de l'homme; celui-ci se crée lui-même et son! pareil dans la femme, et se réunit avec ce qu'il crée, de la | même manière que l'idée avec la perception sensorielle qui lui correspond (1). Mais, en traçant l’histoire de la sexualité, nous avons trouvé un antagonisme absolument différent, qui seul peut être actif ici. D'ailleurs la génération au moyen des sexes est un acte de formation avant pour condition deux principes, qui doivent être actifs tous deux; mais, dans la génération asexuelle, le mâle ne procrée jamais, et c'est toujours la femelle seule qui le fai.

I y à quelque chose de plus spécieux dans l'opinion que la femelle fournit la substance, le corps du fruit, et l'homme, au contraire, la force, la forme, le caractère et l'âme. Mais l'essence des sexes en général doit s'exprimer d’une manière particulière dans la génération. Or nous avons vu que l'homme ne se distingue point par la prédominance du dynamisme, ni la femme par celle de la matérialité ; quela force du premier est dirigée de dedans en dehors, vers l'individualité , et celle de la femme de dehors en dedans, vers la génération. La vé-| rité qui fait la base de l'opinion précédente est que le sperme agit d'une manière dynamique; mais ja fécondation, considérée d’une manière générale, est un acte dynamique , et la femme ne produit pas en fournissant une matière morte, mais | en imprimant la forme à cetie matière, ce à quoi elle n’est que stimulée par l'influence masculine.

Nous ne pouvons pas non plus admettre, avec Linné, que la femme est le principe médullaire, le système nerveux, et l’homme le principe cortical, qu’il donne les os, les vaisseaux , le sang , les muscles et la peau, car il n'y a point de séparation semblable dans la vie, et l'organisme n’est point | composé de telles individualités ; loin de là, celles-ci se développent de sa généralité. L'expérience nous apprend aussi que les sexes sont bien ce qui influe par excellence sur ces deux sphères du fruit, mais qu'ils ne les donnent pas d'une

(4) Walther, loc. eit., $ 621.

manière absolue, puisque le fruit reçoit telle ou telle qualité tantôt de son père , et tantôt de sa mère.

Suivant Henschel (1), le pollen est un poison végétal qui tend à arrêter le progrès de la vie de la plante, et qui favorise la formation du fruit en exerçant une action vénéneuse sur le stigmate et la végétation entière. Mais il est impossible que le plus élevé des actes de la végétation , la formation du fruit, dépende d'une restriction apportée à la vie, et il doit plutôt tenir à une exaltation de cette même vie; cependant, comme la vie végétale est concentrée et exaltée dans la fleur, la formation du fruit peut certainement être favorisée par une restriction apportée à l'extension de l'accroissement; si le stigmate se flétrit après l’action du pollen , cet effet ne paraît dépendre que de ce que, la fécondation exaltant la vie dans l’intérieur de l'ovaire , cette concentration fait périr les organes. situés à la périphérie.

Wolff regarde les fleurs comme des feuilles modifiées et en même temps incomplètes, dans lesquelles limperfection va en augmentant du dehors au dedans; la formation des fleurs se rattache donc au défaut de sucs , à la sécheresse (2); le pollen est une substance alimentaire parfaite, que l'arrêt de développement des anthères a empéché de se déposer dans ces dernières pour les nourrir, mais qui rétablit la végétation suspendue dans l'ovaire , de sorte que la fécondation est une nutrition qui s'opère du dehors en dedans (3); voilà pourquoi, chez les animaux, l'accroissement cesse à l’époque de la puberté, et l'ovaire est le dernier produit dans lequel la formation s'arrête, pour recommencer de nouveau lorsque le sperme a remis en vigueur la nutrition suspendue (4). Mais nous ne pouvons point considérer la fleur comme le résultat d’une formation incomplète de feuilles ; c’est sous le rapport seulement

(4) Loc. cit., p. 435.

(2) Theorie von der Generation , p. 228-243. — T'heoria generations , . bb, « (3) Theorie von der Generation, p. 245-250, — Theoria generations , p. 53-89.

* (4) Theorie von der Generation, p. 254. — Theoria generationis , p. 450-154. |

de l'extension qu’elle nous paraît être une contraction, une

mutilation de la feuille; sous le point de vue de la conforma- |

tion , des propriétés chimiques et de la vitalité, elle est évi-

demment une formation d’un ordre plus relevé, et l'on con= | çoit que cette concentration de la vie végétale n'ait lieu que |

quand l'accroissement se trouve borné dans son extension, sans que nous puissions dire pour cela que le défaut de nourriture est la cause de la formation de la fleur. Ainsi la nutrition est la continuation ‘de ce qui existe, et la génération la formation d'un nouveau produit ; si le pollen ou le sperme animal n’était qu'une simple substance nourricière, l'ovaire du végétal ou de l'animal ne ferait que croître, sans qu il se formât de fruit; la génération, comme CR donné à une nouvelle vie, doit être quelque chose de particulier, et quand cette direction nouvelle est mise en train, il ne faut point de substance alimentaire spéciale , attendu que le corps femelle

en fournit déjà une quantité suffisante : il y a d’ailleurs beau- |

coup de plantes chez lesquelles la génération précède l’entier développement des feuilles, et des animaux chez lesquels elle commence à s'effectuer avant que l'accroissement. soit devenu stationnaire.

IT. Postformation des germes.

$ 315. Nous ne pouvons donc admettre comme vraie qu'une

génération épigénétique, qui, lorsqu'elle se fait par le concours des sexes, rentre dans la fécondation elle-même. Mais nous pouvons nous la figurer ou comme absolument matérielle , ou comme dynamique dans son essence ($ 316).

A. Postformation matérielle.

Si le germe d’un nouvel individu est formé par des indivi= dus déjà existans, en vertu d'un changement matériel, la génération doit être une opération chimique. En effet , les sub-

stances procréatrices se distinguent des autres substances organiques par leurs qualités physiques et leurs propriétés chimiques ; elles doivent donc subir un changement de composition pour qu'il naisse un nouvel individu qui soit également composé de matières organiques diverses. Ce phénomène

doit avoir lieu dans tous les cas, puisque de la substance de l'être procréateur émane un nouveau corps organique qui en est le produit. Mais la question est de savoir si la génération consiste tout simplement en ce changement chimique , si le changement de composition est la seule et unique cause, la cause complète de la génération. Lorsque Empédocle enseignait que le fruit résulte de la rencontre des substances procréatrices mâle et femelle, et qu’il varie de forme suivant que l’une ou l’autre de ces substances prédomine, ce n’était là qu un énoncé sommaire de ce qu'on devait formuler un jour en termes plus explicites , quand la chimie aurait fait des progrès et se serait introduite dans la physiologie. Ainsi Hœæsch disait que la force vitale est une attraction modifiée par la matière organique (1) ; que les substances procréatrices sont des mélanges d'élémens provenant du corps entier, et de germes de tous les organes, qui sont formés dans le corps, pris par les vaisseaux Iymphatiques , et conduits par le sang dans les testicules ou les ovaires (2); que ces substances contiennent en Outre une aura seminalis, au moyen de laquelle elles se mêlent ensemb'e (3); enfin, que ce mélange éveille la force plastique sommeillante dans chaque germe, de sorte que celui-ci donne alors la forme et la composition convenables au liquide qui afflue de l'ovaire ou de la matrice (4). Suivant Ackermann, la vie consiste en une combustion lente, dans laquelle il y a coagulation du produit oxidé et ensuite expulsion de ce même produit (5); la formation d'un nouvel individu dépend de l'attraction générale et de la répulsion des molécules (6) ; or, comme le mâle est oxygéné , et la femelle hydrocarbonée (7), la génération tient à ce que la liqueur femelle est oxidée par le sperme et réduite en un caillot (8), dans le-

(4) Versuch einer neuen Zeugungstheorie , p. 45, (2) Ibid. p. 75-79.

(3) Zbid., p. 80-84.

(4) Ibid, p. 144.

(5) Infantis androgyni historia, p. 52.

(6) Zoid., p. 47.

(D) Ibid., p. 56.

(8) {bid., p. 50.

quel se manifestent des mouvemens vitaux , parce que le milieu où elle se trouve fait qu'il s'opère continuellement des changemens en elle, les substances modifiées étant rejetées au dehors , et de nouvelles molécules admises. Mais ,

1° Ges opérations chimiques supposent toujours une matière organique qui existe déjà, et dont elles n’expliquent point l'origine.

20 Dans la génération spontanée , où il se forme de nouvelle manière ‘organique, des substances différentes donnent les mêmes Infusoires, et une même matière en produit de différens en des circonstances diverses ; par conséquent, ces sub= stances ne sont point les seules choses dont il s'agisse icr.

3° Dans le monde inorganique , les substances tendent à se mettre en équilibre par l'affinité chimique : la disparition de la différence met les élémens dans des conditions telles qu'ils maintiennent leur existence tant que de nouvelles influences ne viennent point troubler l'équilibre. L'opération chimique atteint son terme dans un produit fixe et qui reste en repos: Au contraire, dans la génération, il se forme une combinaison où les substances sont dans une nouvelle tension et ont de là tendance à s’écarter les unes des autres.

fe Enfin la chimie n’explique jamais l'essentiel , ce qui fait que le liquide se coagule en une diversité de formes harmo—, niques, ce qui entretient l'expulsion des choses qui ont été changées , et maintient l’uniformité de la matière organique.

B. Postformation dynamique.

$ 316. L'épigénèse dynamique S'en tient à l'expérience :(8 313, 2°). Elle reconnaît pour matériel ce qui est déterminé. cet persistant, ce qui remplit l’espace et frappe les sens; mais. elle reconnaît immédiatement dans da conscience une chose ‘générale, toujours active et purement intérieure, quelque ‘chose qui n'offre de différences que dans le temps, une force : ‘qui détermine le côté extérieur ou matériel. Comme elle aperçoit des phénomènes qui s'offrent dans les corps, sans reposer sur une matière particulière, tels que la cohésion, l'adhésion, la pesanteur, elle admet aussi qu'ils sont les Me nifestations de forces , et cherche à en découvrir Les lois. Elle

prétend qu'il ya, au fond de l'existence et de F'activité de la matière, quelque chose qui ne tombe pas sous Les sens, qui, par conséquent, n'est pas matériel, une chose intérieure, qu'on ne peut saisir que par la pensée , quelque chose d’idéal, de général, qui devient la cause d'une activité déterminée, en un mot, une force. Elle reconnaît que le dynamique, c’est-àdire le rapport des forces , peut être changé, sans que la ma-

tière ait besoin pour cela de subir un changement, mais que

tout changement dynamique déterminé en provoque un dans le mouvement, ainsi que dans la composition et la configuration de la matière, que la force ne peut se manifester que dans la matière, parce que celle-ci n’est autre chose que la manifestation, l'expression persistante de la force, la phénoménalisation du général ou de l'intérieur dans le concret ou l’extérieur, enfin qu’une force particulière suppose aussi une matière spéciale, puisque celle-ci est la manifestation de son existence , la condition sans laquelle elle ne saurait déployer son acuvité. Aussi Harvey comparait-il déià la génération à une opération dynamique du monde inorganique; comme le sperme, dit-il, n'arrive certainement point dans la matrice,

qu’encore moins y séjourne-t-il long-temps , et qu’il féconde

à la manière d'une force infectante, la femme paraît être fé-

Condée par son contact sans le concours d'aucune chose ma-

térielle et susceptible de frapper les sens , de la même manière que le fer devient magnétique par le contact de l'aimant (1). Ainsi Wolff admettait qu'une force essentielle fait la base de la vie et de la génération (2). Zanders a déjà démontré (3) que Ja nature dynamique de cette fonction ressort clairement des résultats fournis par les expériences de Spallanzani, dont le témoignage à d'autant plus de poids ici qu'abstraction faite de son immense talent d'observation, le matérialisme qu'il professait l’avait préservé de se laisser entraîner à l'erreur par le préjugé dans l'appréciation d'un fait qui était plutôt propre à contredire sa propre théorie.

(4) Loc. cit., p. 404, (2) Loc. cit., p. 2.

(3) Beitræge zur Geschichte der T'hiermetamorphose "p. 197-244.

4° Pour pouvoir manifester une activitéchimique considérable dans une matière , il faut que l’autre matière soit en quantité proportionnelle. Suivant Spallanzani , une parcelle de sperme dont le volume était à celui de l'œuf comme 1 : 1,064,777,777, suffisait pour opérer la fécondation ($ 295, 2°). Nous ne voyons rien de semblable dans le domaine de la chimie : nulle part une substance n’y peut changer totalement la composition d'une autre dont la masse est de mille millions plus considérable que la sienne.

2° Tout effet matériel varie suivant la quantité proportion nelle des substances. Les qualités physiques et les propriétés chimiques des corps se règlent sur la quantité des substances qui se réunissent pour former ces corps ; un sel est ou acidule, ou parfaitement neutre, ou alcalin, suivant que l’acide et l’alcali qui le constituent s’y trouvent l’un par rapport à l’autre dans telle ou telle proportion. Mais cette circonstance ne modifie point les phénomènes dynamiques; l'électricité est la même partout, quelle que soit la proportion de grandeur entre les plaques métalliques, ou entre le disque de verre et le frottoir. De même , le sperme des Batraciens fécondait ou ne fécondait pas toujours au même degré. Que le volume du sperme fût à celui de l'œuf comme 1 : 1,064,777,777 , ou comme À * À, ou comme 100 : 1, l'effet était constamment le même; il n’y avait aucune différence dans la perfection d'organisation et de vitalité des animaux engendrés par là, on n’en apercevait même point dans la durée de leur développement ($ 295, 3°). Ce phénomène diffère absolument de ceux qui résultent d’une action matérielle, chimique, et nous pouvons affirmer hautement qu'un effet qui demeure le même au milieu de circonstances si différentes, n’est point chimique. De même, nous avons vu que, dans la fécondation intérieure, il n’y a pas la moindre proportion entre le nombre des fruits et la quantité du sperme ($ 295, 5°), la durée ($ 295, 8), ou la fréquence ($ 295, 9) de l’accouplement , ou entre le volume de la vésicule ovarienne et celle de l'œuf qui s’en produit (8 295, 6° ).

3° L’acide agit diversement sur le métal suivant qu'il est concentré ou étendu ; le sperme des Batraciens fécondait de

THÉORIES DE LA PROGRÉATION. 321 la même manière , qu'il fût étendu de deux, de cinqmille ou de cent vingt mille parties d'eau ($ 287, Ho).

° Pour que deux substances agissent chimiquement l'une Sur l’autre, il faut qu'elles se touchent. Dans les phénomènes dynamiques de la vie, l'espace perd ses droits; la matrice tient aux mamelles par des connexions spécifiques ; elle est en rapport avec elles, non par des canaux et des filamens , mais par l’harmonie ou la consonnance de l’idée qui préside à tous les phénomènes de la vie. Daus le dynamisme, il y à des conducteurs et des non conducteurs; lorsqu'un corps se trouve dans un état dynamique déterminé , et qu'entre lui et un troisième corps il en existe un autre dans lequel le même état puisse être aisément provoqué , le premier corps agit sur le troisième à distance et à travers celui qui les sépare l’un de l’autre. Le sperme des Batraciens à également son conducteur, qui est le mucus du frai, et son non-conducteur, qui est le blanc d'œuf d'Oiseau ( $ 290, 3°). On peut dire sans doute que le sperme , attiré par affinité chimique, pénètre le mucus , comme il pénètre la membrane de l'œuf; mais , d’un côté, une pareille attraction n’est elle-même point encore chimique, et l’on ne peut voir en elle qu’un rapport dynamique servant de condition à un effet chimique; d’un autre côté, on n'aperçoit pas comment le blanc d’œuf d'Oiseau interrompt cette attraction, puisqu'il ne le peut point faire en vertu de sa cohésion, puisque le sperme peut pénétrer à travers la membrane de l'œuf, puisque le blanc d'œuf ressemble beaucoup au mucus du frai sous le point de vue de sa composition , Puisqu'’enfin il nest pas sensiblement métamorphosé par le sperme , et qu'en conséquence on ne saurait dire qu’il détourne à son profitet absorbe la force chimique de la liqueur prolifique. Dans la Salamandre, le sperme n'arrive qu’au premier des œufs attachés les uns à la suite des autres comme des grains de chapelet, et cependant tous sont fécondés. La même chose arrive chez les Oiseaux , lorsqu'il existe déjà des œufs clairs développés ($ 293). Si donc le mucus qui entoure les œufs se montre encore Conducteur de la force fécondante hors du corps , à quel degré ne doivent point agir comme conducteurs de cette force les organes vivans qui sont unis ensemble Ils ; 21

par les liens de la continuité et de la sympathie ($ 291 )? La matrice et les oviductes représentent la chaîne qui unit la sphère intérieure et la sphère ‘extérieure ($ 117): comme l’oviducte conduit l'œuf de l'ovaire à la matrice, de même aussi il peut conduire là force fécondante de celle-ci à celui=, à. La surface du vagin, de la matrice et de l’oviducte est lu brifiée par le même liquide qu'elle sécrète; il est possible que le sperme $e répande uniformément dans ce liquide, qu'il soit absorbé par lui, et qu’il pénètre ainsi dans toute étendue des organes génitaux. Mais si la fécondation ne consiste qu'en ce que l'ovaire ‘des corps organisés digènes ac quiert [a capacité d’exalter l’activité vitale de son produit, l'œuf, jusqu’au degré où l'ovaire des corps organisés monogènes amène le sien par sa propre énergie, oh peut concevoir aussi que lexaltation spécifique imprimée par le sperme à la vitalité de là matrice soit le moven de la fécondation. En effet, comme la loi de la polarité règne partout Oui ya sympathie , de sorte que le changement survenu dans un pôle en entraîne un correspondant dans le pôle opposé, il est possible qu'un rapport de même nature existe entre là matrice, où son orifice, et l'ovaire. Naturellement, si la ma- | trice reçoit le sperme même, son excitation sera plus forté| et la fécondation plus assurée ; mais, dans les cas où les facultés génitales seront puissantes etles désirs vénériens ardens, il suffira que le sperme touche lorifice de la matrice, dont là substance peut se comporter comme conducteur, même peut être alors que l’orifice est clos (8 293, 6°). Maïnténant , comme la fécondation intérieure s'opère dans l'ovaire ( S 294 ), et qu'il n’est pas prouvé que le pollen ou le sperme parvienné en substance à ce dernier organe ($ 292), nous ne pouvons, sans noùs écarter de l'expérience , admettre autre chose sinon que la fécondation mtérieure est le résultat d’une excitation sympathique de l'ovaire. L'éveil d'une vie propre dans l'œuf, qui dépend ici de la stimulation imprimée à l'ovaire par l’influence vitale que la matrice à reçue du sperme, tient, dans la fécondation extérieure, à l'absorption du sperme par le liquide de l'oviducte, par l'entourage albumineux de l'œuf plus développé dans l'ovaire.

sg

THÉORIES DE LA PROCRÉATION. | 323 5° Toute action chimique a besoin d’un certain laps de temps, et les résultats sont tout différens selon que les sub. stances ontiété plusou moins lüng-temps en contact l’une avec l'autre: L'action dynamique, au contraire, s'exerce en un instant, Les œufs des Batraciens étaient fécondés par le contact momentané dü sperme, tout aussi complétement que quand on les laissait long:temps en rapport avec lui. | É: 6° Lorsqu'un liquide qui exerce une action chimique est mis

à plusieurs reprises en contact avec une substance qui lui fait

te

ui à

antagonisme, l'effet va toujours en s'affaiblissant Au contraire, la force fécondante du sperme n'était point épuisée par la fécondation , etelle se montrait tout aussi efficace sur les œufs de la cinquantième Grenouille qu’elle l’avait été sur le premier (8297, 3°). De même, le pôle d’un aimant conserve toujours la même force, quelque souvent qu’on le mette en rapport avec le pôle opposé d'un'autre aimant , et avec du fer non aimanté. | re |

To La faculté fécondante du sperme ressemble plus aussi à une aCtivité dynamique qu’à une activité chimique , sous ce pôint de vue qu’elle ne tient point à telle ou telle partie de ce liquide , ni à sa portion volatile ($ 290, 2°), ni à ses portions non volatiles ($ 287, 8°), et qu’elle est, détruite par la simple influence mécanique de la succussion (S 287, 6°).

8° Lorsqu'un Changement matériel s'est opéré , il s'annonce: par les qualités sensibles du corps qui l’a -subi. Mais, rien absolument ne distingue l'œuf qui vient d'être fécondé de celui-qui ne lapoint été ($ 298, do). Lorsque Knight (4) fé-

condait des pois blancs avec du pollen de pois gr , ils por-

taient: des'graines absolument semblables à celles qu’ils donnent ordinairement; maïs , en:semant ces graines, on obtenait des:preds: de pois oris à feuilles et tiges colorées, à fleurs purpurmes etrà graines de couleur foncée. La même chose a’ été observée sur des'arbres fruitiers!

9e Lai différence d'action de là fécondation sur lavenir,. puisqu'elle porte souvent avec plas de force sur un temps éloigné que sur le présent immédiat ($ 304, 304 , 295 306, 1%°), ne Saurait avoir lieu d'une manière matérielle: F à GA}-Frôriep, Votizen, t, TX, p. 49.

10° Des facteurs matériels déterminés donnent toujours le même produit. Dans la génération, au contraire, le produit varie en raison de circonstances dynamiques individuelles, de sorte qu'il ressemble tantôt au père et tantôt à la mère. La ressemblance des enfans avec les parens ($ 303 ) ne peut nullement être expliquée d’une manière matérielle, car elle ne se rapporte pas tant à une qualité ou quantité détermisée de la, matière , qu’à une certaine proportion des forces, de manière | qu'elle représente plutôt la prédisposition que la réalité. Quand la physionomie des parens se répète chez les enfans, c'est la forme PET CAR nez aquilin n’est pas formé d'une autre matière qu'un nez retroussé, et quand un père sex-digitaire engendre un fils qui présente la même diflormité, il est impossible que ce soit ni par l'effet d'une exubérance de matière plastique, car la faible masse des doigts surnuméraires aurait facilement pu être employée dans le reste de la conformation , ni par celui d’un superflu d’une matière parti- : culière pour les doigts, car il n'y a point de matière telle. On voit aussi se transmettre certains talens ou penchans, comme d'un autre côté on trouve des enfans doués d'or ganes qui Mmanquent à leurs parens ($ 302 ).

ARTICLE Ile

Des données fournies par l'expérience quant à l'essence et à la modalité de la procréation.

& 347. Si nous rapprochons les différentes théories de la génération , nous trouvons que chacune renferme quelque chose de vrai, mais une partie seulement de la vérité. Il y a une préexistence ($ 309-314), celle de la force génératrice, et une postformation ($ 315 , 316), celle du fruit; l'ovaire procrée ($ 309), mais en tant seulement qu'il forme l'œuf jusqu'à un certain point ; et le sperme procrée($ 310), mais seulement en tant qu'il exalte la formation au point de lui faire prendre le caractère de génération. Il y a une préformation (8311), mais seulement du type, et une métamorphose ($ 312), mais seulement de la matière. La syngénèse (5313) contient du vrai, en tant que l'idéal ou général est primordial],

et l'épigénèse ($ 314) , en tant que tout ce qui est particulier naît en son temps. La génération est matérielle ($ 315) sous

ce point de vue , que la force a besoin d’un substratum , et elle

est dynamique en tant qu’une idéalité préside à l'acte matériel.

Après avoir saisi ces résultats , si nous quittons lesopinions pour revenir aux faits , afin de les embrasser tous d’un coup d'œil général, et de ramener leur diversité à une série unique d'idées , il ne s’agit pas moins là que de faire une nouvelle tentative pour dévoiler le mystère de la génération et en expliquer le miracle. Or, la seule raison pour laquelle nous renonçons à cette entreprise, c’est que nous ne reconnaissons ici nimystère ni miracle. à

Quand on dit qu’un objet est mystérieux, on donne à entendre par là qu'on sait tout le reste, et qu'il n'y a que la connaissance de cet objet qui nous soit interdite. Mais la génération est une activité naturelle, qu'on peut connaître, comme toute autre, en interrogeant Léxétience: pour savoir quels en sont les conditions , les phénomènes et les effets, les ramenant à des idées, et mettant ces idées en harmonie avec les décisions de notre raison. La nature n'étale pas moins à nos veux la génération que la digestion , l'accroissement de la plante , ou la cristallisation d'un sel. Mais, dira-t-on, nous ignorons et jamais nous ne saurons ce qui se passe à proprement parler dans le sperme et la liqueur procréatrice femelle, pendant la fécondation. Sans doute’, nous ne le savons pès ; mais ce qui explique notre ignorance, c'est qu'il n ya qu'un seul intérieur, notre propre moi , “e nous puissions connaitre : car il serait absurde d'exiger que nous puissions connaître immédiatement l'intérieur d'un autre, et en ce sens Haller avait raison de dire qu'il nous est interdit de pénétrer dans l’intérieur de la nature. Notre moi seul nous est connu, et nous ne savons ni comment un autre se sent, ni comment il saisit les objets ; par lamême raison nous ignorons l’état intérieur d'une gouttelette de sang ou d'une goutte de dissolution saline ‘qui est sur le point de cristalliser. Les conclusions que nous tirons à l'égard de tous ces objets sont fondées uniquement sur l'analogie, et le dernier terme de comparaison demeure toujours

.hotre propre conscience, Nos regrets à l'égard du mystère de

la génération tiennent uniquement à ce que nous ne ‘prenons | point la nature telle qu’elle est , mais. cherchons toujours der-

rière elle quelque chose qui.ne s'y trouve: ‘pas , un mécanisme * |

ingénieux , un petit ressort qui fasse aller toute la machine , quelque chose enfin qui n'existe nulle part dans la nature. Celui qui considère un phénomène comme un miracle donne à entendre qu'il conçoit bien les autres. ‘Le dynamiste ne trouve pas la génération incompréhensible , parce qu’il a l'idée de l’action légitime des forces sur lamatière, parce qu’il

reconnaît dans toute la nature la puissance de l'idéal sur le |

matériel, et parce qu'il ne voit dans la génération qu’une forme particulière de cette puissance. Le matériäliste seul a droit de parler ici d'un mystère , mais seulement parce que tout est mystère pour lui dans la nature; car la formation d’une goutte de chyle, le mouvement de la séve, l'existence méme d'un atome de poussière, sa cohésion, Son adhésion, sa pesanteur, me sont pas moins inexplicables que la génération par'kes

lois de la mécanique et de la chimie. I1 faut se faire à soi

même une grossière illusion pour s s'imaginer que l’on com-. pp ce qui arrive à ae pas , à chaque instant, et qu’ Ha n’y à que l'extraordinaire qu'on ne conçoive point : de même

le sauvage regarde le lever et le coucher du soleil comme des

événemens tout naturels, mais il voit dans les éclipses de cet astre un miracle qu'il attribue à de mauvais génies. Si l’on veut tout concevoir matériellement, on ne rencontre partout que mystères qui rendent toute connaissance impossible, on ne voit partout que miracles qui empêchent de trouver la nature aulle part. Plus d'un. phénomène , notamment le Commencement d’une nouvelle existence, annonce clairement l’action d'un infini , et fait sortir l'esprit de son sommeil léthargique : : les préjigés relatifs à tout ce qui concerne la génération , la fécondation , la grossesse, la parturition, etc., ressemblent aux disco d’un homme ivre , au fond desquels se trouve le sentiment vague et mal saisi d'une puissance supérieure. Il n°y a pour nous qu'un seul miracle, celui de l'existence infinie,

et qu'un seul mystère , la manière dontle fini procède de l'infini. Une fois que nous reconnaissons pour le miracle général et primordial cet acte incompréhensible, dont notre raison

ke |

aperçoit la nécessité, mais dont notre intelligence ne peut saisir la modalité , dès que nous contemplons dans ce sens la nature telle que l'expérience nous apprend à la connaitre , äl

n'y a plus pour nous d'autre miracle ni d'autre mystère im pénétrable.

JL Fsepie de la génération.

$ 318. Nous arrivons à connaître l'essence particulière de Ja génération en la comparant avec d’autres phénomènes. C'est un acte de la vie, et, comme telle , elle ne saurait être complétement isolée ; elle. doit avoir ‘de. l'affinité avec toutes les autres activités vitales , elle doit avoir des liaisons plus particulières avec quelques unes d'entre elles sous Certains ap ports. Ainsi elle est analogue à la digestion (Albert Meckel, Gruithuisen, Carus) , en ce qu'elle produit une existence organico-matérielle , et à la pensée (Harvey , Humboldt), jen ce qu’elle. est purement idéale, quant à son fond : elle a de. l'analogie avec le magnétisme animal (Autenrieth)), en ce qu’elle repose sur la liaison intime de deux vies individuelles , et avec l'infection ou la contagion (Harvey, Slevogt \Camerer , Osiander , Treviranus), en ce qu'elle transmet à un individu ce qui vit dans un autre. Ces points de comparaison | euxmêmes ont de l’aflinité ensemble, puisqu' on aperçoit de l'analogie entre la digestion et la pensée, entre l’infection et le magnétisme animal. Cependant Les analogies ne font que re- culer le point de vue ; un fait particulier ne S "explique point par un autre fait Dar Liciiliers mais seulement par ce qu'il y a de général au fond des faits entre lesquels. on découvre de l'ae nalogie. Aussi n'examinerons-nous ces analogies qu'après avoir constaté expérimentalement les phénomènes vitaux COn— sidérés isolément les uns des autres ;, ici NOUS nous, Contente— YOnS. de.les comparer avec d'autres modes d'origine ; Car ils ont pour caractère général la production d'un nouvel individu organique , et sont, par conséquent, des nodes d'origine en général.

. 1: Nousreconnaissons les caractères essentiels suivans dans love, de. phénomènes dynamiques.

«1° Le produit est.une activité continue, qui n'arrive, point

à une existence stable ; c'est en quelque sorte un courant qui ne s'arrête pas. La pensée fuit, faisant place à une autre; elle peut se reproduire , se diriger vers tel ou tel fait 'particulier , ou se généraliser, mais jamais elle ne devient stable ; le magnétisme est une activité continue ; et de même que la production de la chaleur , de la lumière , de l'électricité, du son, cesse, de même aussi ces activités s’éteignent ; seulement leur écho retentit jusqu'à ce qu’elles se soient épuisées par propagation. : Ç 2° Le produit se multiplie : l'idée engendre une série d'idées nouvelles, l’aimant rend le fer magnétique, le Corps électrisé fait naître un état électrique dans les corps conducteurs , les vibrations du son font vibrer de la même manière les corps qu'elles rencontrent, la lumière se propage à travers les corps transparens, et se réfléchit à la surface des COrps opaques.

3° L'être qui produit conserve son essence sans altération ; l'âme reste la même, et rien ne lui a été soustrait, après qu’elle à créé des pensées diverses ; le corps qui produit du son, celui qui excite l'électricité opposée dans un autre, l'aimant qui rend le fer magnétique, ne perdent rien non plus ; Ja chaleur et la lumière peuvent bien être le résultat d’une décomposition , mais elles se manifestent aussi dans cette circonstance , par exemple dans l'électricité , la compression ; la décomposition peut aussi accompagner la production de l’électricité , mais seulement comme effet, et non comme condition essentielle. |

IT. L'origme d’un corps inorganique présente les caractéres inverses. à

L° Le produit persiste, il acquiert une existence stable, parce que les substances sont arrivées à l'équilibre , et qu'elles sont retenues par une force fixe, qui n’agit que dans l'intérieur du corps particulier , c’est-à-dire par la cohésion.

5° L'activité qui s’est déployée pendant la production s’éteint en lui ; car une fois que l’affinité chimique est satisfaite, et que les substances se sont combinées , tout rentre dans le repos , condition indispensable de l’existence persistante.

6° L'être producteur est anéanti comme tel ; car aucur

corps ne peut naître sans que les substances qui doivent le

former aient perdu leur état antérieur de combinaison.

* III. Dans la formation des êtres organisés , nous trouvons : 7o Une combinaison des caractères de l’origine matérielle et

de l’origine dynamique. L’être qui produit n’est point anéanti,

mais persiste, et cependant il ne naît point une activité

transitoire , mais une existence persistante. Il se produit un

. être matériel, mais l'activité, au lieu de s'étendre en lui,

s'y multiplie. Il se forme donc des êtres chez lesquels le dynamique et le matériel sont englobés dans un même cercle , et qui représentent l'identité de l’activité intérieure et de l’existence extérieure.

8° Il se forme , en outre, un être qui a en lui-même la raison de sa persistance , puisqu’en sa qualité de tout formé par

“une réunion de parties diverses , il ne cesse de se décomposer

et de se former de nouveau par l'effet d'une activité contr-

mnuelle , tandis que le phénomène dynamique n’est que l'attri-

but d’un être , et le corps inorganique un simple produit , qui

a seulement reçu ses attributs des facteurs auxquels il doit naissance , sans pouvoir les renouveler par lui-même.

9° Dans la génération, enfin , il se forme un être chez le-

quel une idéalité est le principe déterminant , et la matérialité

l'expression de cette idéalité. En effet, dans le principe, cet être est un liquide homogène et amorphe; mais l'idée de l'organisme agit en ce liquide , et crée de lui toutes les formes dont l'organisme a besoin pour réaliser l'idée et manifester son essence. Continuellement cet être reçoit des substances étrangères, et les métamorphose en sa propre forme : ainsi il se nourrit d’abord du blanc, puis du jaune ou d’un liquide séreux, ensuite du lait, plus tard de tel ou tel aliment ; mais, au milieu de toutes ces diversités , il se crée toujours la même composition et la même organisation. La matière est donc ici une chose subordonnée , qui se métamorphose et qui ne sert qu'à réaliser l’idée ; l’idée est la chose primordiale, préexistante, qui reste toujours semblable à elle-même. Dans le phénomène dynamique, au contraire , la force apparaît sans corps qui lui appartienne en propre, elle est impuissante à se créer une

matière propre, et, en faisant naître des formes dans des ma-

tières diverses elle serévèle comme la force privée de corps, c’est-à-dire comme ce qui donne la forme, sans être, sormême apte à en prendre une. Enfin, dans les corps inorganiques , la matière est l'essentiel, la forme est subordonnée etindifférente , puisqu'elle ne provient que de l'extinction de l’activité des forces plastiques ; Le sel ne change pas ,'qu'ilsoit ‘dissous dans l’eau ou solide, pulvérulent ou cristallisé , en cubes ou en trémies, etil peut passer d'une forme à une autre sans pour cela changer .de caractères essentiels , sans:que.ses propriétés chimiques se modifient.

$319. Les caractères d’un produit organique sont donc:

1° Identité du dynamique et du matériel dans la manifestation. |

2 Totalité et persistance par soi-même.

3° Domination primordiale et prédominance non interrom- -pue-de l'idéal , avec subordination du matériel.

Mais ces caractères sont aussi.ceux .de la nature en .généméral , car elle se montre à nous comme une association du dynamique et du matériel , dans laquelle le dynamique ,.ex- pression immédiate de l'idéal, prédomine , et le matériel n’est -que son expression persistante. Elle nous apparaît comme une somme de particularités et de dépendances, dont l’ensemble forme un:tout qui persiste par lui-même en vertu d'une .unité idéale. L’être organique est donc une imitation du tout de la mature, une-répétition de la même tendance qui règne dans V'univers, mais une répétition renfermée dans le cercle de -certaines-bornes individuelles. Maintenant, comme} la nature “entière repose sur l'infini et qu'elle n’en est que le côté exté- “eur, ou la.manifestation sous les formes du fini, comme en ‘outre'on ne peut chercher la véritable cause de toute production d'êtres organiques que dans le principe idéal de l'univers :6$228,229, 232), la génération est .une vraie création , c'est-à-dire que, par elle, se répète , dans les bornes de l’in- :dividualité , la manifestation de l'esprit universel en des-direclions différentes, qui, liées par l'unité idéale, représentent “un tout réunissant en lui-même ses propres conditions. Gette «manière.de voir découle de l'idée rationnelle. que toute mani- -festation extérieure doit reposer sur une existence-intérieure,

Je-relatif sur un absolu ; le fini sur un infini, toute pluralité quelconque sur une unité suprême. Elle trouve.:sa confirmation dans l'expérience , qui nous montre partout le particulier dépendant du général , le matériel de l'idéal , l'extérieur de l'intérieur; elle a pour elle encore que la force génératrice se manifeste en une multiplicité de formes ayant pour fondement une unité ($ 222), que cette force ne s'éteint jamais sur da terre ($ 244, 6°), qu’elle a des connexions intimes avec les ‘phénomènes généraux de l'univers ($24A), qu'elle agit par l'intermédiaire des élémens ($9, El, 44, III; 236, IL, TT; 274, “ 4°; 287, 2°) , etc. Et comme cette manière de voir repose sur notre intuition tant extérieure qu'intérieure, par conséquent sur l'accord des forces de tous degrés qui agissent en nous, elle satisfait aussi notre esprit, et procure un Pet d'appui solide - à toute. notre existence.

à Cette doctrine , dont on trouve déjà un ‘apercu dans les temps anciens, a été plus distinctement entrevue par les : modernes, et soutenue par Winckelmann (1) et autres. Mais elle remplissait surtout l'âme de Harvey. Harvey avait immortalisé son nom, moins en observant la cireulation d'une manière imlédiate , qu’en la déduisant des faits parune série de :raisonnemens rigoureux. Fatigué des débats que cette découverte avait soulevés, ilse livra, dans sa solitude champêtre, " à des recherches sur la sénération , pour lesquelles ‘il ‘eut 1 d'appui du royal ami au sort duquel il s'était attaché durant les troubles civils, abandonnant ses biens au pillage et ses manuserits aux Insectes. Sa résolution était prise de ne plus rien publier ; cependant Georges d’Ent obtint de lui un traité de la génération, et le fit imprimer. Get ouvrage n’est point * parfait quant à la forme, et renferme quelques erreurs qui ‘tenaient à l'époque , par Cole sur les fonctions de l'ovaire; mais on y reconnait un esprit vraiment : grand, sans : prétention dans:ses recherches , digne appréciateur de la nature ,fe riche en idées inspirées par le génie. « Une erreur générale »* » des philosophes du jour, dit Harvey, est de cheréher la * » cause de la diversité des organes dans celle ‘A Ja substance

(4) Entourf einer dynamischen Pathogenie ;'p. "1 É

» qui doit les former , comme si la génération n'était que la » séparation , la combinaison ou l’arrangement d'une chose » donnée, tandis que , de la même albumine, se développent » et se nourrissent les os , les ongles, les plumes , la chaineet : » toutes les autres parties du Poulet. En se placant sous un » tel point de vue, on n’a que la cause matérielle devant less » yeux, et l'on oublie pour elle ce qu'il y a d’essentiel dans » la nutrition et la génération , comme dans la nature entière, : » Ja force divine et l'âme du monde (1). Toute génération est » d'origine divine et suit les mêmes lois que les mouvemens » des astres (2). L'homme et la femme ne sont que les organes#. » par l'intermédiaire desquels agit celui qui procrée toutes » choses (3). Comme il doit se manifester le même art et la » même intelligence dans l'organisation du Poulet que dans la”! » formation de l’homme et dans la création entière , la véri- » table cause de la génération de l’homme doit résider en une” » force qui soit plus noble et plus élevée que l'homme lui- » même , ou en d’autres termes la ‘force qui le produit doit®! » être plus parfaite et plus rapprochée de la nature divine que » son intelligence individuelle (4). Quiconque observe sans prévention et juge sainement fait dériver la production de » toutes choses du même être éternel et tout puissant qui est. » Ja cause de l'univers , qu'on lui donne d'ailleurs le nom de » Dieu , de force de la nature, ou d'âme du monde (5). »

$ 320. Notre théorie a donc pour axiome que la nature est la manifestation de l'infini dans le fini. Comme l'infini est l'absolu , l'unique, et que le fini est le relatif, le multiple , il n’y a non plus que deux formes primordiales essentielles de toute activité naturelle, celle dans laquelle le multiple procède de | l'unité , et celle dans laquelle le multiple retourne à l'unité.

4° La création n’est primordialement et dans son essence qu'une apparition du multiple au milieu de l'unité primordiale, un développement d'antagonismes relatifs qui procèdent de

(4) Loc. cit., p.38.

(2) Jbid., p. 490.

(3) Ibid., p. 492.

(4) Zbid., p.:194.

(3) Jbid., p. 495.

l'unité, une résolution de l'être général en différentes formes d'existence, un déploiement. Comme dans la nature en général, de même aussi, dans tous les cas particuliers, le déploiement est ce qui précède, et la première manifestation de l'existence; d’un être unique se développe un antagonisme, et d'une chose indifférente procèdent des choses différentes. Les phénomènes dynamiques nous découvrent dans toute sa … pureté l'activité des forces naturelles, libres et non encore enchaînées à l'existence matérielle par leur neutralisation mutuelle, et parmi eux le magnétisme se montre à nous comme ‘le type général de ce déploiement d'un étre en antagonismes et en directions diverses : car, pour le voir se manifester dans une masse homogène de fer, il suffit que cette masse affecte une certaine position par rapport à la terre, ou soit mise dans un Certain état d'ébranlement, sans que l’influence d'une matière spéciale soit nécessaire pour cela ; c’est le seul phénomène dynamique particulier qui se développe à demeure, dans son substratum , sans impulsion du dehors ; il consiste en une division permanente de la force en deux directions particulières, qui, bien qu'homogènes au fond, sont cependant en antagonisme l’une avec l’autre dans leur spécialité ; c’est principalement par cet antagonisme qu'il se manifeste ,fet l’action mutuelle ou le conflit n’est qu’une conséquence , une chose accidentelle; enfin il se manifeste dans la direction en longueur, ou sous la forme de ligne, qui est la plus pure expression de l’antagonisme, de la polarité , de la pluralité. La décomposition chimique est l’accomplissement matériel de ce déploiement; le corps s'y résout en parties hétérogènes, ou en antagonismes, qui apparaissent comme substances persistantes. La division mécanique n’est qu’un prototype de ce phénomène , puisqu'elle se rapporte uniquement à l'existence extérieure, à la limitation dans l’espace. Enfin, toute production est une division de l'être producteur et de l'être produit ; l'être producteur est une chose générale, dans laquelle une chose particulière se manifeste comme antagonisme ; mais le particulier tend à se séparer du général, et l'être produit se détache de l'être producteur, pour persister dans sa forme spé- * ciale, L'eau, qu'elle apparaisse sous sa forme élémentaire

(S12), où comme liquide général , végétal ou animal, où comme sécrétion de l'ovaire, est, par cela même qu’elle ex" prime l'indifférence générale de la matière, le corps général, | de la résolution duquel résulte immédiatement la génération.

2° La réaction, oule conflit, est lemoment qui succède à la création, puisqu'elle suppose qu'un déploiement a déjà lieu. En effet, les diverses parties qui font antagonisme QE | a égard de l’autre, sont des choses particulières, qui proviennent d’une chose commune , et qui n’ont la véritable cause de leur existence que dans la totalité. Ainsi elles s'attirent | réciproquement , entrent en conflit les unes avec les autres , se comportent en cela comme les parties d’un seul tout, et reviennent à leur unité primitive par cette réaction mutuelle, qui les confond en une seule. Le prototype de ce conflit est l'électricité, dont le phénomène fondamental consiste en ce qu'elle présuppose la différence des corps, en ce que deux corps diflérens entrent en conflit et produisent par leur réunion un tout dynamique renfermant l’antagonisme du positif” et du négatif ,-enfin en ce que ces deux membres d'une même forme tendent à faire cesser leur antagonisme et à revenir à l'unité primordiale. Cette réunion est déjà indiquée par la cohésion dans l'existence des corps les uns auprès des autres ; | dans la synthèse chimique , au contraire , elle devient pénétration réciproque des substances, existence homogène. De même aussi, lx génération résulte d'un conflit, soit d’eau où d'un autre corps ( $ 322), soit d'un liquide organique et de la paroï qui le circonscriti( $ 524 ), soit d’une femelle et d'un mâle ( $ 325 ).

3° La nature est l'identité complète du fini et de l'infini, de sorte qu'elle est à la fois et déploiement de la multiplicité et retour à l'unité par conflit ou réaction mutuelle. Voilà pourquoi on trouve toujours les deux directions réunies dans les phénomènes particuliers, entre lesquels il n’y à qu'une diférence relative, suivant qu'une de ces directions est ou pri mordiale ou prédominante. Ainsi le magnétisme et l'électricité se pénètrent et se croisent de manière qu'on pourrait appeler le premier électricité longitudinale, et la seconde magnétisme 4 transversal, De même, toute décomposition chimique est insé-

La THÉORIES DE LA PROCRÉATION. 535 parable d'une nouvelle combinaison, et toute combinaison entraîne à sa suite une séparation, l'opération ne parait synthèse ôu analyse qu'autant que lune ou lautre, ou se manifeste au début, ou prédomine pendant tout le cours. De même aussi là génération est à la fois décomposition et réaction ou con: flit, maïs de telle sorte cependant que la décomposition prédomine dans la propagation asexuelle et la réaction dans la propagation sexuelle.

“8 321. Quant à ce qui concerne Îa nature du produit,

f° L'esprit de l'univers est dans tout, et détermine tout être quelconque, même organique, mais en tant seulement que cet être est chose particulière et partie du tout. Ainsi l'on remarque, dans le monde organique , une tendance à la‘totalité, Mais imparfaite. Parmi les phénomènes dynamiques, l'électricité se montre partout à nous comme simultanéité des po- Jarités positive et népative, et le magnétisme comme simultanéité des polarités boréale et australe ; chaque ton résulte de vibrations qui sont coordonnées en un tout symétrique, etc. Mais , d’un côté, cette totalité n’est qu'un phénomène passager, qi n'arrive point à une existence stable, et d’un autre côté, éllé ne suit qu'une séule direction et n'embrasse point en elle une diversité ou une multiplicité d'activités. Dans toute combinaison chimique, les divers élémens se combinent en: proportion déterminée, eu égard à leur qualité et à leur quan: tité, et produisent ainsi une harmoñie; mais l'harmonieise tait aù héhent de sa résonnance en une existence tranquille et inactive. Le corps inorsanique montre uné tendance à la 10 talité dans la cohésion et dans les directions de: cette force, qui, liées par une loi intéricure, s'expriment par une config ration plus régulière ; ainsi l'eau liquidé prend la fornie de goutte ; l’eau Tiqaidé qui se solidifie revêt celle daisuilles unies ensemble sous des angles de soixante degrés; la vapeur d'eau qui passe à l’état solide, affecte celle de petites étoiles à six rayons réguliers; mais ce n’est qu'un tout dans l'éspace , un tout qui ne renferme en soi aucune agrégation d'activités diverses liées ensémble , un tout de formes extérieures qui demeurent dépourvues de rapports avec lactivité,

La génération est la réalisation de la tendance à Ja totalité ou à l'individualité ; les deux directions de la nature ($ 320 ), dynamique et ere (8518, 7° ), se réalisent simultanément dans le produit organique ; une pluralité de parties en activité continuelle se trouve englobée. dans une forme déterminée , et ramenée à l’unité d'action par le conflit ou la réaction nelle des activités diverses. Cette réunion de ce qui était isolé dans le corps inorganique, fait que le produit organique de la nature ressemble davantage à l'univers; sons corps est un monde en petit, un mICrOCOSME , et l'unité idéale de sa vie une émanation de l'âme du. Monde ; le particulier y devient mdividu et tout, par le fait de sa participation à l'infini. Chaque chose terrestre est une partie de l'univers et prend part à l'idée primordiale; mais ce n’est jamais qu'une circonstance particulière, une direction spéciale, un rayon isolé, qui part du centre général, et cet isolement fait qu'elle ne peut procréer. Mais quand il setrouve deux choses qui, se complètent l'une l’autre par leur antagonisme dynamique et matériel, de manière à représenter ensemble une totalité, et à se réunir en une idée vivante commune , alors.elles entrent dans un conflit où ce qui est séparé retrouve son unité pri-

mordiale , où l'individu quitte son individualité pour réaliser une idée plus générale et par conséquent plus élevée, qui appartient en commun aux deux facteurs. Mais la souche commune de toutes les individualités est l'esprit de l'univers; donc cet esprit manifeste ici son activité dans un produit fini, de sorte que la création se répète par rapport à un mdividu.

2° Sous le point de vue de la modalité de la génération, l'empire des êtres organisés se montre un tout dans lequel il ny. a que l'idéal qui soit primordial, semblable à lui-même et | toujours subsistant, mais où cet idéal se réalise dans les formes les plus diversifiées ( $ 225 ), et où la vie du produit varie aussi en raison de ces formes de la génération.

Nousdistinguons ce qui est commun de ce qui est général, et ce qui est séparé de ce qui est particulier. Les qualités qu'une chose partage aveclesautres choses sont communes, et l’état de séparation est celui dans lequel une partie du tout apparaît comme individualité. Au bas de l'échelle, la vie a les carac-

tères d'une chose commune , c'est-à-dire qu’elle présente les mêmes caractères que toute vie en général; mais elle est en même temps séparée, isolée, semblable à une direction dans un seul sens; sa génération a des conditions communes, qu'on retrouve partout; elle est par conséquent plus facile et plus féconde, et comme ses facteurs, même dans leur réunion, ne sont encore qu'un point de l'univers, le matériel ou le côté fini de la vie prédomine aussi dans le produit. La généralité, au contraire , est l’ensemble des caractères qui ne sont point exprimés dans les individus, mais n’appartiennent qu’au tout, et le particulier est une liaison spéciale d’attributs déterminés, qui fait que, dans son individualité , un être est un,ettel plutôt que tel autre. La vie d’un ordre supérieur est à la fois générale et particulière ; outre les caractères communs, elle à aussi Ceux du tout, et elle représente l’individualité comme un tout; aussi sa génération dépend-elle davantage de conditions particulières, qui se rapportent non à ce qui est com mun, mais à ce qui est général ; voilà pourquoi elle est plus diflicile et plus rare. Mais comme ce qu'il y a de commun dans les deux facteurs embrasse davantage, ces mêmes facteurs se pénètrent en une vie par le moyen de laquelle reparaît, dans les replis les plus cachés de l'organisme, l’unité qui se manifeste, dans le monde extérieur, sous la forme de là séparation et de la division.

$ 322. Le même esprit unique qui produit l'univers , y créé des individualités portant en soi le caractère du tout , et c’est ainsi que primordialement la vie apparaît sur la terre, comme génération spontanée.

. 4° La géognosie nous conduit assez positivement à admettre que l'eau fut ce qui exista d’abord sur notre planète, qu'à l'image du magnétisme elle se développa en terre et en eau , de telle manière que les divers corps qui naquirent de là entrèrent les uns à l'égard des autres dans un antagonisme électrique, qui en accrut le nombre, jusqu’à ce qu'il se fût développé un antagonisme assez parfait pour que son produit présentât l'allance de l'existence individuelle avec le caractère du tout,

Page 1