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de long et quatre de large (1). Outre qu'il se tuméfie et prend une forme plus ovale, il perd son apparence glanduleuse ordinaire, et change sa teinte grise ou jaunâtre en une couleur blanche , tandis que l’épididyme , de blanc qu'il était jusqu’alors, devient d’un jaune sale ; les canaux déférens, habituellement srêles et droits, deviennent volumineux et contournés, et les vésicules séminales, à toute autre époque si petites qu'on peut à peine les trouver, se développent et regorgent de liquide. Dans le Coq domestique et le Dindon, qui s'accouplent en différens temps de l'année, ce changement n’est point aussi prononcé, et le testicule conserve toujours une forme ovale (2). De même, chez les Mammifères, la turgescence des testicules, dés Vésicules séminales et de la prostate, est surtout fort remarquable dans quelques espèces , par exemple le Cerf, le Renne, le Bouquetin, la Taupe, le Hamster ; dans certains Rongeurs, les testicules deviennent plus gros que les reins, et chez plusieurs ils rentrent en même temps dans l'abdomen ($ 88, 3°). Cette turgescence est moins sensible dans l'Étalon, le Belier et quelques autres Mammifères(3), quoique chez eux les vésicules séminales ou la prosiate continuent de se sonfler même après la castration (4).
2 De même que l’excision des anthères n’abolit. point, dans les filets des étamines, les mouvemens destinés à les rapprocher du stigmate ($ 239), de même aussi l'instinct sexuel survit fréquemment à l’extirpation des testicules, par exemple chez les Bœufs et les Moutons, qui cherchent encore à s’accoupler à l’époque du rut. Ce phénomène s'observe également chez les eunuques ; aussi les sultans font-ils amputer lé membre viril à leurs esclaves, afin de n’avoir aucune inquiétude sur la fidélité de leurs femmes. Il résulte de là qué l'instinct sexuel ne dépend point d'une circonstance unique, et que sa cause matérielle est une exaltation simultanée de la vie dans toutes les parties du système génital. L'hypothèse
(4) Hunter, Observations on certain parts of the animal œconomy, p.37, 048,
(2) Tannenberg , Loc. cit., p. 41 - 22.
(3) Hunter, loc. cit., p. 37.
(4) Blumenbach, Handbuch der vergleichenden Anatomie , p. 430,
MOBILES MORAUX. 19 qui l’attribue aux animalcules spermatiques est donc dénnée de tout fondement (1).
3° Dans les animaux chez lesquels s'opère un accouplement extérieur, par exemple la plupart des Poissons et les Batraciens , c’est aussi le fardeau de ce qu’elle a produit qui agit sur le sentiment intérieur de la femelle ; l'ovaire sorgé distend le corps et comprime les viscères. L’instinet de la copulation se montre donc également ici sous la forme du penchant à l'exonération : l'anus s'agrandit chez les Poissons , ses bords se tuméfient et deviennent rouges (2).
Dans les animaux à sang chaud , au contraire, l'instinct de la copulation est provoqué, chez les femelles, non par un produit déjà existant ou par une substance qui demande à être expulsée, mais par le sang lui-même; il se rattache à la formation intérieure et non à l’exonération. C’est donc la congestion du sang qui prédomine ici à l'époque de la chaleur. Chez les Oiseaux, l'orifice de l’oviducte se dilate au temps des amours, fait une saillie plus prononcée dans le cloaque, et se rapproche davantage de l'ouverture extérieure, tandis que l'orifice du rectum est plus refoulé en arrière , disposition inverse de celle qui a lieu dans les temps ordinaires (3); les lèvres du cloaque sont rouges, chaudes , tuméfiées , couvertes de mucosités et lisses, au lieu qu'on y remarque des plis dans l’état habituel ; au toucher, on s'aperçoit d'un tressaillement intérieur des fibres musculaires ; le clitoris est gonflé et proéminent (4). Chez Les femelles des Mammifères, il s'établit une congestion dans les ovaires; les vésicules y prennent une teinte plus foncée, presque noirâtre, et se rapprochent davantage de la surface (5) ; on en distingue surtout plusieurs , en nombre à peu près proportionné à celui des petits futurs, qui grossissent sensiblement, deviennent transparentes , s’entourent de nombreux vaisseaux, et s’enflamment au point que la moindre pression suflit pour y déterminer un épan-
(2) Haller, Ælem. physiol., t. VIT, p. 536.
(2) Guersent , dans le Dict. des sc. médic., t. XVI, p. 554.
(3) Spangenberg, Disquisit, circa part. genit. fœmineas avium , p. 37. (4) Tbid., p. 27.
(o) Cruikshank , dans Philos, T'rans,, 1797, p. 198,
chement de sang (1); les orifices des oviductes sont comme enflammés , la matrice regorge de sang , ses parois ont acquis plus d'épaisseur, ses villosités sont rouges et plus longues , sa sécrétion muqueuse plus abondante (2); mais ce qui frappe surtout, c’est l’état d'inflammation plus ou moins vive de la partie inférieure du vagin et des lèvres de la vulve, qui sont très-sensibles, rouges , chaudes , tuméfiées, proéminentes et couvertes d’un mucus fort odorant, de même que, dans la fleur des végétaux, lorsqu'elle s'est épanouie, le stigmate , jusqu'alors sec, laisse transsuder une humidité qui le prépare à recevoir le pollen. Il survient même assez fréquemment une hémorrhagie , par exemple chez les Chiennes, les Jumens, les Vaches, les Buffles, les Civettes , mais surtout chez les Singes, tels que le Macaque et le Mandrill.
4° L'instinct sexuel est exalté par l'impression physique que produisent les individus de l’autre sexe, et nous reconnaissons comme loi générale qu'il ne se dirige que vers des individus de la même espèce , mais en même temps de sexe différent. Au reste, ce phénomène tient aux lois générales de l’excitement, puisque les seules choses qui agissent comme excitans sur l'organisme sont celles qui ont une certaine affinité avec lui, tout en présentant une différence et un antagonisme dans leur mode particulier d'existence. Nous le retrouvons jusque dans les organes sexuels eux-mêmes , car Renauldin a observé un homme hermaphrodite , à mamelles de femme , qui avait un goût décidé pour les plaisirs de l’amour et toutes les habitudes des autres hommes, excepté une répugnance à toucher le sein des femmes (3).
b. Instinct de la procréation.
$ 241. Si la copulation est un besoin des individus, ce
besoin lui-même à pour cause le besoin de l’espèce. L'espèce
n'étant qu'une chose idéale, l'Instinct de la procréation , qui \
(4) On a aussi trouvé les artères ovariénnes très-développées chez les femmes voluptueuses.
(2) Jœrg, Grundlinien zu einér'atlyemeinen., Physiologie des Menschen, p. 473-177.
(3) Dict, des sc. médic., {, XXX, p. 878.
s'y rapporte, porte aussi, comparativement à celui de la copulation , un cachet plus prononcé d'idéalité. Mais l'idéal ne peut dominer l'animal que par un intermédiaire matériel, et l'espèce manifeste sa domination en faisant naître, par des circonstances matérielles, un instinct qui tend à sa propre conservation. Ainsi, l'animal éprouve un besoin au dedans de lui-même, et en satisfaisant à ce besoin, dans son propre intérêt, il accomplit un acte qui profite à l'espèce. L’amour de la progéniture agit ‘donc en ui, mais sans conscience : cet amour n’a point pénétré dans sa connaissance , et le domine seulement à titre de sentiment vague et d’impulsion qui émane de l’organisation. La volonté de l'individu devient le moyen d'atteindre un but qui lui est inconnu comme tel, et, pour que cet effet ait lieu, l'organisation de l'individu est en harmonie avec les circonstances au milieu desquelles se trouve l'espèce.
1° L'instinct de la copulation se manifeste d'abord comme amour de la progéniture, en déterminant les animaux ovipares à chercher, avant l’accouplement , un milieu dans lequel les êtres qui doivent naître d'eux puissent se développer. C’est probablement pour se procurer de la fraîcheur qu'au temps de la copulation la Rainette quitte son arbre , ou le Crapaud son trou , et va se plonger dans une eau croupissante , qui est le seul lieu où ses œufs puissent se développer. Beaucoup de Poissons passent de la mer dans les fleuves, ou des rivières dans les ruisseaux , peut-être parce que le courant, en sens contraire duquel ils s’avancent ainsi, affecte d’une manière agréable leur corps gorgé de laitance et d'œufs; mais leurs œufs ne trouveraient ailleurs ni un abri contre la fureur des flots et la dent des poissons voraces , ni la chaleur solaire et l’eau plus pure, plus chargée d'air, dont ils ont besoin pour éclore. Au printemps, les Oiseaux quittent les pays chauds et se rendent dans des climats plus froids, pour y trouver la température et les alimens qui leur conviennent , mais qui ne sont pas moins nécessaires aux petits qu'ils y mettent au monde.
2° Les femelles de beaucoup d'Oiseaux ne s’accouplent qu'après avoir construit un nid pour recevoir ct couver leurs
œufs, pour loger et soigner les petits qui en éclosent. Les Oiseaux qu'on élève dans les appartemens, arrachés à leurs habitudes naturelles, ne peuvent construire eux-mêmes un nid ; au temps de la pariade, ils s'épuisent en mouyemens, et ramassent avec soin des plumes et du coton; mais leurs eflorts sont vains , et, tant qu'il n’y a pas de nid, la femelle résiste avec persévérance au mâle ; leur donne-t-on un nid, aussHôt ils se livrent aux plaisirs de l'amour, parce que les Jouissances de la maternité leur sont alors assurées.
3° L'animal répugne à s'accoupler avec un individu inhabile à la génération. Un mâle qu’on dépouille du plus bel ornement de son sexe, par exemple un Bruant , à qui l’on arrache les plumes de la queue (4), est repoussé par les femelles, et le Taureau ne s'approche point d’une Vache hermaphrodite , quoique l'organisation rende l'accouplement aussi facile qu'avec une Vache ordinaire (2).
4° Les Chevreuils femelles et les Biches apprivoisées s'échappent souvent, à l'époque du rut, pour aller se livrer aux mâles, reviennent à leur prison au “bout de vingt-quatre ou ARE heures , et ne demandent plus alors à en sortir (3).
b° Après que l'animal femelle est fécondé, l’exaltation vitale se retire de la périphérie vers le centre des organes génitaux ; le sang, porteur de la vie plastique , a trouvé dès. lors l’objet sur lequel il peut exercer sa plasticité , et l'instinct de la copulation est éteint. C’est une règle générale que lauimal fécondé ne s 'accouple plus ; la remarque en a été faite par Harvey (4) sur la Biche, par Cuvier (5) sur les Singes, et par Thaer sur les Jumens. D'après Corse (6), l'Éléphant femelle fécondé repousse à coups de trompe les tentatives du mâle pour s'accoupler, mais répond à toutes ses autres caresses. La Truie seule fait exception, car elle est dans
(4) Rudolphi, Beitræge zur Anthropologie, p. 183.
(2) Hunter, Loc. cit., p. 49.
(3) Mellin, dans Voujahrsgeschenk fuer Jagdliebhaber, 1794 . , P. 89. (4) Exercitationes de generatione , p. 307.
(5) Meckel, Deutsches Archiv , t. IT, p. 524.
(6) Philos. Trans., 1799, p. 46.
l'usage de s'accoupler même pendant la gestation (1); mais il est probable qu'elle ne le fait qu'à l'état de domesticité , soit parce qu'elle a trop de nourriture et de chaleur, soit parce que les soins de l'homme affaiblissent son instinct et l'éloignent de la nature. La chose a lieu plus rarement chez les Jumens , les Vaches et les Chamelles , où elle est même évidemment contraire au vœu de la nature, puisque la première ou la seconde récidive entraîne presque toujours l'avortement (2). Le mâle lui-même n'éprouve en général aucun désir auprès des femelles déjà fécondées. Harvey a remarqué (3) que le Coq ne s’accouple jamais avec une Poule qui est sur le point de pondre.
Ainsi, quoique l'instinct procréateur primordial et dominant soit enveloppé et individualisé dans celui de la copulation, cependant il perce déjà, chez l'animal, à travers cette enveloppe. Le besoin de se débarrasser de l’irritation produite par la substance destinée à la procréation , et de faire cesser la congestion établie dans les organes génitaux , est la première impulsion pour l'individu, mais la subordination du besoin individuel au but de l'espèce ne tarde pas à se faire apercevoir.