AMOUR
$ 242. Le troisième moyen que la nature emploie pour déterminer les sexes à s'unir, est l'Amour, ou l'état dans lequel âme s'attache intimement à un individu déterminé de l’autre sexe , et ne trouve de bonheur que dans cette union. L’instinct de la copulation fait aussi de ce rapprochement un besoin, mais seulement d’une manière secondaire et momentanée, de même qu'aux échelons inférieurs de la vie, la procréation en général n’est qu'un phénomène passager ($ 143), dans lequel l’autre individu ne sert que comme moyen de satisfaire le besoin du moment. L'amour, au contraire, est originairement dégagé de tout intérêt personnel et de tout besoin sensuel ; il ne repose que sur un sentiment profond et
(4) Meckel , Loc. cit., t. II , P. 524.
(2) Jbid., t. VI, p. 52.
(3) Loc, cit,, p. 26.
o MOBILES MORAUX.
vivant des perfections particulières de l'autre individu. Aussi s'élève-t-il, par son essence, bien au-delà des bornes du penchant à la conservation de soi-même , et doit-il par conséquent, comme l'instinct de la procréation ( $ 230, 241 ), dériver d’une puissance supérieure, qui détermine l'individu à agir dans l’intérêt de son propre but, et se sert de lui, en quelque sorte, comme de moyen. L’amour apparaît donc chez les animaux ($ 253 ) comme un sentiment puissant, quis empare d'eux, et auquel ils s'abandonnent, sans en connaître l’origine ni le but. Mais il ne déploie toute sa puissance que dans l’espèce humaine, tant parce que la différence sexuelle y est devenue entièrement morale, que parce que la procréation, en général, s’'idéalise toujours de plus en plus à mesure qu'on remonte l'échelle des êtres organisés. L'homme , quand l'amour s'allume dans son sein, à une conscience plus nette des moifs qui l'y font naître, puisque ce qui l’attire, beauté ou grâce, esprit ou moralité, est pour lui un objet d’intuition; par là il témoigne spontanéité et liberté , tout en suivant l'impulsion de la nature. Mais l'amour est d’autant plus ardent et plus durable qu'il se fonde non sur une seule circonstance, mais sur l'harmonie de plusieurs qualités , et qu’il a pour objet, par exemple, les charmes du corps associés au développement de l'intelligence, l’esprit tempéré par la bienveillance, la vertu revêtue de formes gracieuses. En prenant ce caractère, il se montre de nouveau, non comme un sentiment dont nous soyons maîtres, mais Comme un sentiment que nous recevons d’une puissance supérieure; de là vient que, quoique l'estime soit la seule et unique base de l'amour , et la bienveillance sa manifestation la plus générale, cependant , lorsqu'il a jeté de profondes racines dans notre cœur, l'estime et la bienveillance peuvent s’anéantir , et l'amour marcher de front avec la colère, du moins pendant quelque temps. Mais sa haute origine ne se dévoile jamais mieux que quand il prend naissance par une sorte d'inspiration, et non par l'intuition de circonstances particulières ; alors un seul coup d’œil nous fait apercevoir dans ja réalité le but véritable des désirs et des rêves qui nous avaient assiégés jusqu'alors ; un monde nouveau se déroule devant nous comme par enchantement ; tout
à coup, sans réflexion ni choix, nous sommes embrasés du
plus brülant amour, qui confond notre imdividualité dans celle
de l'objet aimé. Ainsi, sous la plus élevée de ses formes, de
même que sous la dernière, partout l’amour s'annonce comme une révélation d’une puissance supérieure.
La loi de l’amour est en rapport avec celle de l'instinct de la copulation ( $ 240, 4°). On peut la formuler ainsi : diflé rence spéciale dans une harmonie générale. Plus l’homme est homme et plus la femme est femme, plus il y a de force dans l'amour qu'ils peuvent éprouver et inspirer. Déjà, chez les animaux , la femelle préfère le plus robuste d’entre les mâles qui se disputent sa possession, parce que l'espèce exige une procréation vigoureuse. De même, le cœur humain cherche son accord dans l'amour. L'homme violent choisit une femme douce , et l’homme doux se sent plus attiré par la femme dont le caractère annonce une certaine résolution.
Quant aux différentes espèces d'amour, celui qui repose uniquement sur la beauté du corps, quoique différent de l'instinet de la copulation, s’en rapproche beaucoup, et comme Jui ne remplit qu'un instant rapide dans la vie. Car, tout ce qui tient au corps est en soi pauvre et monotone ; les jouissances qui s’y rattachent amènent promptement la satiété, et laissent après elles le dégoût, quand on en abuse. Ce qui tient à l'esprit, au contraire, est riche et inépuisable ; s'exprimant par des productions et des formes à chaque instant nouvelles, il ouvre une source intarissable de plaisirs délicats. La stabilné règne ici dans l'essence , et là dans le phénomène seulement ; à c’est le phénomène et ici l'essence qui porte le caractère de l'éventualité passagère. « J'appelle homme vi- » Cieux, dit Platon, cet amant populaire, qui aime le corps » plutôt que l’âme ; car son amour ne saurait être de durée, » puisqu'il aime une chose qui ne dure point ; dès que la fleur » de la beauté qu'il aimait est passée, vous le voyez qui s’en- » vole ailleurs, sans se souvenir de ses beaux discours et de » toutes ses belles promesses. IL n’en est pas ainsi de l'amant » d’une belle âme : il reste fidèle toute la vie, car ce qu'il » aime ne change point (4). »
(4) Œuvres de Platon, trad, de Cousin , ft. VI, p. 260.
Comme l'amour purement physique rapproche l'homme de l'animal, de même l'amour purement moral le transporte au-delà des bornes de l'humanité, et n’est par conséquent point conforme à la nature. Car l'infini ne se manifestant que dans le fini, l'homme ne peut:non plus trouver son existence dans le moral seulement. L'amour qu'on appelle à tort platonique , ne peut trouver place que là où des obstacles s'opposent à la réunion, et lui-même il est contraire au but de la nature. C’est donc une pure illusion, et le désillusionnement ne peut qu'être fort douloureux.
L'amour, considéré dans son essence, repose sur une idéalité, et c’est une assertion dénuée de fondement que celle - qui lui donne la sensualité pour premier mobile. Chez l'homme non corrompu, chez celui dans l'âme duquel l'abrutissement n’a pas fait prédominer une sensualité grossière , le premier amour est entièrement idéal, et toutes les pensées qui ont trait à la jouissance physique blessent le sentiment. Il en est de même ensuite à chaque nouvel amour, pour quiconque n’a point été dégradé par le libertinage. Celui-là ne peut pas dire qu'il aime , qui, en éprouvant un nouveau sentiment, désire plus que l'estime et le cœur de sa maîtresse. Mais, dans la nature , le physique sert d’organe au moral, et la formation idéale doit se réaliser par l'organe qui lui correspond ; voilà pourquoi, dans la marche naturelle de la nature, l'amour devient momentanément l'instinct de la copulation, sans être complétement un avec lui , parce qu'il porte le cachet de la continuité. Voilà pourquoi aussi ies progrès de l'âge le ramènent à sa véritable source : dans un âge avancé , où l'instinct de la copulation cesparaît, l'amour redevient purement idéal, tel qu'il était à son origine. Dès qu'on reconnaît que l'amour a son véritable germe dans l’idéalité, on peut dire avec Sulzer, qu'il plonge les racines dans la chair et le sang du corps animal, mais que ses branches planent au dessus du monde matériel et amènent à maturité des fruits i iMpÉTISsables.
Voilà la manière dont se manifeste ici un cycle de la nature ; l'idéal est l’origine de tout, mais il s'abaisse jusqu’au monde physique , pour devenir phénomène, se matérialise et devient
objet extérieur; puis cet objet extérieur finit par rentrer dans l’intérieur et se spiritualiser. A l’idéalité donc appartient le caractère de la fixité et de la continuité, tandis que la matérialité de l'homme n’est qu’un point unique et transitoire.
ARTICLE IT
Des mobiles indirects de la procréation.
$ 243. Les Mobiles indirects de la procréation ne font que mettre en jeu les forces procréatrices, et en favoriser l’activité. Ce sont, ou des forces générales, ou des forces organtques ($ 2/45 ).
4 La plus générale et la plus répandue de toutes les circonstances favorables à la procréation, est la chaleur. Aucun Infusoire ne se développe sous l'empire du froid, et quand la chaleur est très-forte, il ne se produit, dans une infusion quelconque , que des corpuscules arrondis , sans mouvement, Spallanzani établit comme condition de la production des Infusoires , une température qui permette à la substance qu'on fait infuser d'entrer en fermentation (1), et, d'après Gruithuisen, cette température doits’'élever au plus de 80 à 96 degrés du thermomètre de Fahrenheit (2). De même , la chaleur favorise le développement des gemmes chez les Polypes; tandis que , dans le Polype à bras, elle exige cinq ou six semaines en hiver, elle ne demande que quinze jours durant un été médiocrement chaud, et vingt-quatre heures lui suffisent lorsque la chaleur est plus élevée. Quelques Entomostracés, qui sont dans l'usage de terminer l’acte de la génération par une ponte d'œufs aux approches de l'hiver, les Daphnies, par exemple, mettent encore au monde à cette époque, quand le temps est doux, des petits vivans, qui continuent de se propager lorsqu'on les tient exposés à une chaleur ar-
(4) Opuscules de physique anim. et végét., €. I. (2) Beitræge zur Physiognosie , p. 298.
tificielle (1). Par un temps chaud, les étamines de la Rue accomplissent leurs mouvemens en deux ou trois jours, tandis que, par un air froid et dans une saison avancée, elles les ont à peine terminés en huit jours (2). La fécondation exige aussi une plus grande quantité de pollen dans ce dernier cas que dans l’autre (3).
2° La lumière du soleil est moins nécessaire pour la formation des Infusoires, cependant elle en favorise aussi Île développement. Ges animalcules se forment d'une manière plus rapide et plus complète au soleil qu’à l'ombre, quoique beaucoup d’entre eux ne puissent pas continuer de vivre aux rayons de cet astre. La matière verte ne s’engendre qu’à la lumière; la Moisissure , au contraire, se développe mieux à l'ombre. |
3° L’électricité atmosphérique paraît ne point être sans influence. Suivant Gruithuisen, les animalcules infusoires paraissent plus rapidement par un temps mou, chaud et humide , que dans les jours chauds et sereins , et il leur sufhit parfois alors de quelques heures pour se développer (4). Treviranus assure (5) que, sous l'influence du galvanisme , il se forme des Byssus dans des infusions qui, sans cette circonstance , ne donnent ordinairement que des Moisissures. L’apparition d’une espèce de Champignon sur le tan , annonce , en élé, un changement de temps, et paraît dépendre d'un état de l'électricité atmosphérique. Volkmar à observé , dans une prairie, à la suite d’une pluie d'orage, deux de ces places où l'herbe est plus verte qu'ailleurs, et qu'on appelle cercles ou. anneaux magiques; chacun de ces anneaux, qui étaient rapprochés l’un de l’autre , et n’existaient point avant la pluie, présentait un Champignon dans son centre, et plusieurs autres semblables étaient disposés régulièrement à la périphérie (6).
(4) Ramdohr, Beitræye sur Naturgeschichte einiger deutschen Monoculusarten, p. 28.
(2) Kælreuter, doc. cit., p. 19.
(3) Lbid., p. 10.
(4) Loc. cit., p. 114.
(5) Biologie , t. IX, p. 327.
(6) Jbid., p. 361.
De même, suivant Mærklin (1), il n’est pas rare que le Nostoc apparaisse sur des pierres, immédiatement après des pluies d'orage , sans avoir la moindre connexion avec le corps qui le supporte. Du reste , Dutrochet prétend (2) qu'à la place de ces cercles de Champignons il croît, l’année suivante, de nouveau gazon, et plus en dehors un autre cercle de Champignons, qui se sont développés du thalle des filamens de l’année précédente étendus sousterre en forme de rayons concentriques.
L'influence de l'électricité sur les organismes supérieurs est infiniment plus problématique. Osiander veut (3) que l'instinct sexuel soit plus fort pendant les orages , et dans le premier quartier qu'à l’époque de la pleine lune , parce que, suivant lui, l’air possède alors une plus grande masse d’électricité; mais nous manquons encore trop d’observationsexactes, pour pouvoir accueillir de pareilles assertions.
$ 244. La liaison de la pluralité et de l'unité dans la vie s'exprime sous la forme d’une périodicité assujettie à des lois. Dans la vie plastique et matérielle cette périodicité est soumise à des époques fixes ; elle affecte un rhythme, dont rien ne peut jamais la dépouiller ; tout s’y succède dans un ordre invariable et revient après un laps de temps déterminé, tandis que, dans la vie morale , il y a bien aussi une certaine périodicité, mais les ‘périodes sont déterminées par des circonstances intérieures et par la liberté, au lieu d'être, comme dans l’autre vie, en harmonie nécessaire avec les divisions du temps. La génération n'étant, chez les végétaux et les animaux , qu'une fonction purement matérielle , elle dépend davantage des saisons chez ces êtres , dont la floraison et le rut se manifestent à des époques déterminées par l'influence des forces générales de la nature. Dans l’homme, l'instinct de la procréation se rattache davantage au moral, etrepose sur un amour réciproque ; il n’y a donc pas, chez lui, d'époque déterminée pour l'union des sexes ; car, tandis que cette fonction n’est, chez les animaux, comme la floraison dans les
(2) Betrachtungen ueber die Urformen der niedern Organismen, p. 34.
(2) Mémoires pour servir à l’histoire ana omique et physiologique des végétaux et des animaux , Paris 4837 , in-8°, t. II, p. 173.
(3) Handbuch der Entvindun gshunst , 4, I, p. 275.
plantes , qu'un éclair passager d'une vie supérieure , la génération et la sexualité ont pénétré l'âme chez l'homme, et ont par cela même acquis un caractère de pérennité. De là vient aussi qu'il n’est jamais dominé par l'instinct normal au point de ne pas pouvoir se soumettre à un principe supérieur , et, sous ce point de vue, sa liberté a pour auxiliaires la menstruation et les pollutions, qui préviennent la surabondance des matières plastiques.
A Le printemps est l’époque à laquelle la terre reprend une nouvelle activité vitale , par les rapports plus intimes qui s'établissent alors entre elle et le soleil. Nous en avons la preuve directe dans la génération spontanée , qui n’est jamais plus active que pendant cette ‘saison. En hiver, on ne peut obtenir qu'un petit nombre d'Infusoires, petits, faibles et languissans , dans des appartemens échauffés et éclairés par des moyens artificiels ; les mêmes infusions donnent , au printemps, un nombre incalculable d'animalcules plus #ros et plus agiles, La cause déterminante n’est done point la chaleur et la lumière er elles-mêmes, mais l’état du ciel, mais le rapport de notre planète avec elle-même et avec le soleil. C’est à cette époque aussi qu'il se forme partout des plantes infusoires , et que les Algues apparaissent de nouveau. La génération sexuelle est également plus féconde au printemps. La plupart des plantes, telles que les Liliacées, les Renonculacées, les Amentacées , etc., fleurissent dans cette saison , mais surtout la majeure partie des végétaux vivaces, des arbres et des arbustes, qui se réveillent de leur sommeil d'hiver. Le plus grand nombre des Mollusques paraissent s’accoupler alors, par exemple les Lymnées au mois de mars, et les Limaçons au mois de mai. Il en est de même pour la plupart des Poissons ; en mars à lieu l’accouplement du Petromyzon fluviatilis ; parmi les Cartuilagineux ; des Salmo eperlanus, Cobitis barbatula, Cyprinus jeses et aspius, et Cottus gobio, parmi Les Osseux ; en avril, celui de l'Acipenser sturio, parmi les Cartilagineux, des Salmo thymallus, Cyprinus carpio , brama , erythrophthalinus ,nasus, ballerus et carassius, Gasterosteus aculeatus, Perca fluviatilis et lucioperca, parmi les Osseux ; en mai, celui de l'Acipenser ruthenus, parmi les Cartilagineux, des Salma
salar, Clupea alosa, Cobitis barbatula, Cyprinus gibelio, barbus, rutilus, bipunctatus, alburnus, gobio et blicca, Ammodytes tobianus , Anarrhichas lupus, Gobius niger et Cottus cataphractus, parmi les Osseux. La plupart des ‘Reptiles s’accouplent également au printemps; d'abord, les Crapauds, puis en mars et en avril les Grenouilles et les Salamandres, en avril et mai, les Sauriens. Cette règle s'applique d’une manière plus rigoureuse encore aux Oiseaux ; en mars s’accouplent, parmi les Rapaces, les Falco fulvus, palumbarius , peregrinus et buteo, Strix bubo, aluco , otus et flammea ; parmi les Corvidés, le Corvus glandarius ; parmi les Passereaux, le Turdus merula'; parmi les Gallinacés, les Phasianus colchicus, Tétrao tetrix et bonasia , Otis tetrax et tarda ; parmi les Palmipèdes , le Colymbus cristatus; en avril , les Falco nisus, Corvus caryocatactes, Troglodytes parvus , Turdus musicus , Sylvia rubecula, suecica, curruca, cinerea, atricapilla, phœnicurus , tithys , trochilus , etc. ; en mai, les Falco apivorus, rufus et pygargus, Oriolus galbula, Anthus campestris, Motacilla flava , saxicola, rupicola et rubetra, Muscicapa grisola , Sylvia risoria | hortensis , hippolus, palustris, phragmitis, cariceti, etc. Le rut, chez les Mammifères, se manifeste, au printemps principalement dans les Rongeurs ; à peu près en mai dans la Belette , le Putois, la Taupe, le Souslic, le Lapin, le Lièvre, le Hamster , l'Écureuil, le Furet, le Rat, le Dromadaire et le Cochon ; enavril, dans le Hérisson, la Souris, le Mulot, le Rat d'eau, la Musaraigne, la Civette; en mai , dans la Chauve-souris, la Marmotte , le Loir, le Cheval, lAne, le Phoque, etc. Nous vovons donc qu'en général le printemps donne surtout l'éveil à l'instinct #énérateur chez les végétaux et les animaux qui sommeillent pendant l'hiver, chez les Oiseaux de passage et chez les Animaux dont le cerveau, d'ailleurs incomplétement développé, à un très-gros volume eu égard au reste du corps, et qui par cela même jouissent d'une grande sensibilité. Il en est de même chez l’homme, celui de tous les êtres chez lequel la sensibilité centrale a pris le plus de développement ; le printemps est pour lui plus particulièrement la saison de l'amour. C’est à cette époque et en été que l'union des sexes déploie le plus de fé-
condité, car les tables de naissance attestent qu'il vient au monde plus d’enfans pendant les trois premiers mois de Fannée que pendant les autres. Ainsi les mois se succèdent de la manière suivante, par rapport au nombre des naissances, dans les relevés que Friedlænder a publiés de la population de Paris pendant six années ; mars (55,000 ), janvier (53,000), février et avril (54,000), mai, août et octobre (49,000), septembre (48,000), juillet et novembre (46,000), juin (45,000), décembre (44,000). L'excès de fertilité au printemps et en été paraît dépendre surtout de la réceptivité plus marquée des femmes, puisqu'elles ont plus de sensibilité que l’homme , et que ces époques de l’année sont celles aussi où elles se montrent le plus accessibles à l'amour (1) : une dame du grand monde a fait l'aveu qu'une fois le mois de mai passé, elle avait moins à se tenir sur ses gardes pour éviter les faux pas. Quelques médecins prétendent avoir remarqué que les enfans les plus robustes sont ceux qui viennent au monde dans les trois premiers mois de l'année.
2° Certaines générations spontanées semblent avoir lieu surtout en été. La Moisissure , par exemple, croît plus facilement et plus rapidement à cette époque qu'au commencement du printemps et en hiver. C’est en été que le nombre des plantes qui fleurissent, atteint la plus grande élévation ; on voit surtout alors la plupart des végétaux annuels étaler leurs fleurs. C’est également dans ce temps de l’année que s'accouplent la majeure parue des Annélides, par exemple les Vers de terre au mois de juillet; beaucoup de Poissons, comme, les Cyprinus tinca , vimba et phoæinus , Scomber scomber , Trachinus draco , Gadus molva, etc., quelques Reptiles, parexemplele Bufo igneus. n’y à qu’un petit nombre d'Oiseaux, par exemple, les Sylvia arundinacea et locustella , chez lesquels l’accouplement ait lieu si tard. Le rut arrive à peu près en juin chez les bêtes à cornes et l'Ours brun, en juillet chez le Phoque, en août chez l'Ours rouge et le Dauphin.
3° L’Anguille du vinaigre est spécialement un Infusoire
(4) Virey, Hist, nat, du genre humain, t. I, p, 216.
d'automne ; elle supporte moins aussi la chaleur et la lumière solaire que les Infusoires développés au printemps. Les Champignons sont également des produits surtout de l'automne , époque de l’année durant laquelle le nombre des plantes phanérogames en fleurs va en diminuant, jusqu'à ce qu’il n’en reste plus que quelques unes très-tardives, par exemple le Colchique. C’est, au contraire, vers le commencement de l'automne que se propagent la plupart des Insectes, notamment ceux qui n'ont point encore accompli leurs métamorphoses en été ; quelques Poissons , comme les Salmo lacustris, fario et lavaretus, en septembre, les Salmo muræna et trutta, en novembre ; enfin , plusieurs Mammifères , surtout Ruminans , comme la Brebis , la Chèvre, l’Aurochs, l’Elan, le Cerf, et l’Ours noir , en septembre ; le Renne, le Daim , l'Eléphant de mer, le Bouquetin, en octobre ; le Chevreuil, le Chamois , le Chameau , le Blaireau et le Castor en novembre. Chez ces animaux , dans la plupart desquels prédomine Ja plasticité, le rut paraît être déterminé par l'abondance plus considérable des alimens , puisque c’est précisément lorsqu'ils ont acquis le
plus d’embonpoint qu'ils entrent en chaleur.
4° Pendant l'hiver, quand il est humide, on voit paraître des Lichens et des Mousses. Il n’y à que peu de plantes phanérogames qui fleurissent en cette saison, par exemple l’Æelleborus hiemalis, et sur la fin le Galanthus nivalis, Parmi les animaux sans vertèbres, les Araisnées s’accouplent en décembre et janvier; parmi les Poissons, les Gadus lota et merlangus en décembre, les Gadus callarias, morhua et carbonarius en janvier, les Gadus æglefinus, Salmo alpinus et Esox lucius en février ; parmi les Oiseaux , la Lowia curvirostra en janvier, les Gypaetus barbatus, Corvus corax, corone, cornix, frugilequs et pica en février; parmi les Mammifères, le Sanglier en décembre, le Loup, le Chien, le Chat, le Chacal, le Glouton, en janvier ; le Renard, le Canis lagopus , la Marte, la Fouine , la Loutre, la Mustela lutreola, le Lynx, le Felis rufa , le Putois, en février. La plupart des animaux qui se propagent en hiver sont carnassiers, et, comme tels , doués d’une grande force musculaire ; chez eux donc le froid de l'hiver paraît amener le rut en exaltant l'ir-