LIVRE PREMIER
ainsi, les globules sont d’une petitesse extrême chez la Chèvre, suivant Prévost et Dumas, et chez le Moschus javanus , suivant Gulliver. D’après mes propres mesures, le diamètre de ces corpuscules est chez l’Homme de 0,00023 à 0,00035 de pouce. E. Weber ainsi que Wollaston leur donnent 0,00020, Kater 0,00023, Prévost et Dumas 0,00025 de pouce. Les globules rouges du sang de Grenouille étant pris pour terme de comparaison , on trouve que ceux des Oiseaux sont à peu près de moitié plus petits; que ceux de la Salamandre sont un peu plus gros, presque d’un tiers; ils sont un peu plus alongés. J’ai constaté que le diamètre des globules du Lézard est d’un tiers inférieur à celui des globules delà Grenouille. Enfin, le diamètre des globules arrondis de l’Homme, comparé au diamètre longitudinal des corpuscules rouges elliptiques de la Grenouille, est à peu prés quatre fois plus petit. Les globules les plus volumineux que l’on ait découverts sont ceux du Proteus anguinus.
S 10. — Les globules sanguins des Oiseaux , des Reptiles et des Poissons contiennent dans leur centre un noyau que l’on distingue à sa couleur plus vive. On aperçoit ce noyau, non-seulement dans les globules sanguins hors des vaisseaux, mais encore dans ceux que l’on examine à l’aide du microscope, pendant qu’ils circulent dans les capillaires de la Grenouille. Dans les globules elliptiques, ces noyaux sont ordinairement elliptiques aussi ; parfois même ils sont extrêmement alongés ; c’est ce qu’on observe chez la Salamandre.
En règle générale, les globules sanguins de l’Homme et des Mammifères ne présentent pas de noyau. Cependant, attendu la généralité du phénomène dans les autres classes d’animaux, il est vraisemblable qu’il existe également des noyaux dans les corpuscules rouges du sang des Mammifères et de l'Homme. Je crois avoir constaté la présence d’un noyau dans quelques globules du sang humain, en les éclairant d’une façon particulière. Peut-être chez les animaux supérieurs n’existe-t-il de noyaux dans les globules sanguins qu’au moment de la formation de ceux-ci, Peut-être ces noyaux disparaissent-ils, ainsi que cela a lieu dans un grand nombre d’autres cellules organiques primitivement pourvues de noyaux.
Lorsqu’on traite les globules sanguins de l’Homme par l’acide acétique et qu’on les examine au microscope, ils disparaissent soudainement, et il ne reste plus que des granules extrêmement petits; mais il est douteux que ces granules soient des noyaux de globules.
Dans le sang de la Grenouille, tel qu’on l’obtient en le prenant dans le cœur de l’animal même, on trouve encore une autre espèce de globules beaucoup plus petits et beaucoup moins nombreux. Ces nouveaux globules sont parfaitement ronds, nullement aplatis et à peu près quatre fois plus petits que les globules elliptiques ; ils ressemblent tout-à-fait aux rares globules de la lymphe du même animal, et sont évidemment des globules lymphatiques arrivés dans le cœur avec la lymphe ou le chyle.
SU. — Tant que les globules sanguins sont contenus dans le sérum, leur fibrine ne sedissout pas, mais elle se dissout quand on les met en contact avec de l’eau. Ce qu’a dit Everard Home (1) de la facilité avec laquelle se décomposent les globules sanguins me paraît tout-à-fait inexact. Lorsqu’on a fouetté le sang d’un Mammifère pour le dépouiller de sa fibrine , les globules rouges conservent leur forme et leur grosseur et ne présentent, au bout de plusieurs heures et même d’un jour entier, pas la moindre altération appréciable dans leur forme et leur volume, quand on les examine à l’aide des meilleurs mieros-
(1) Philos. Transact., ISIS.
9ô PHYSIOLOGIE SPÉCIALE.
copes. Après un laps de temps de vingt-quatre heures , quoiqu'ils se soient abaissés de quelques lignes au-dessous du niveau du liquide, ils ne sont nullement dissous dans le sérum, qui reste jaune, et dont la teinte n’est pas du tout modifiée par la matière colorante du sang. Les globules sanguins de la Grenouille qui sont suspendus dans le sérum pur, tombent très rapidement au fond, mais cependant iis conservent plusieurs jours durant leur forme et leur grosseur, sans éprouver la plus légère altération, pourvu, toutefois, que la température ne soit pas trop élevée. Le sérum lui-même reste incolore au-dessus des globules. Pour obtenir du sérum de Grenouille contenant des globules sanguins, on retire de temps en temps le caillot qui est en train de se former, jusqu’à ce que la coagulation soit achevée. Par ce procédé on obtient un sérum dans lequel nage une grande quantité de globules, tandis que le reste des globules demeure emprisonné dans le caillot. Dans cet état, les corpuscules rouges que contient le sérum peuvent servir aux diverses recherches microscopiques, tandis qu’il est impossible, à cause de la coagulation, d’employer du sang frais, quand on veut étudier la manière dont les globules se comportent à l’égard de diverses substances.
,§12. — L’effet instantané que l’eau pure produit sur les globules rouges du sang est extrêmement remarquable. Ceux de l’Homme deviennent indistincts, et la ténuité des objets rend difficile l’étude des changements ultérieurs qu’ils subissent. Il semble cependant qu’ils cessent d’ètre aplatis. Mais quand on se sert de sang de Grenouille, on peut très-bien suivre les phénomènes qui se passent dans cette expérience. Dès qu’une goutte d’eau est mise en contact avec une goutte de sang de Grenouille, les globules elliptiques et plats deviennent instantanément sphériques; ils cessent d’être aplatis, de sorte que, lorsqu’ils roulent dans le liquide, ils n’offrent plus à l’œ lde bord tranchant. Quelques-uns présentent une surface inégale, bosselée et d’une forme irrégulière; la plupart de ces globules sont sphériques; mais leur sphéricité n’est pas parfaite. Dans un grand nombre le noyau parait déplacé; on ne le trouve plus au centre, mais bien sur le côté du glo-, bule : dans d’autres il manque complètement, ces derniers, toutefois, ne sont panombreux. Il semble qu’ici le noyau ait été chassé du globule par l’effet des ehans gements violents que celui-ci a éprouvés par le contact de l’eau.
En même temps que l’eau détermine ces changements remarquables dans les globules sanguins, elle dissout la matière colorante rouge qu’ils contiennent, de sorte qu’ils deviennent tout-à-fait pâles. A cette occasion, on peut se convaincre que 1 enveloppe des globules et la matière colorante rouge sont deux choses parfaitement distinctes. En effet, celle dernière se dissout complètement dans l’eau qui l’enioure, pendant que l’eau pénètre par imbibition dans l’intérieur des globules et les gonfle. J’ai vu l’enveloppe décolorée des globules n’avoir encore subi aucune altération au bout de vingt-quatre heures (1). Comme les globules décolorés sont peu distincts et sont difficiles à apercevoir, on peut les rendre de nouveau visibles par le procédé de Schultz, c’est-à-dire, en y ajoutant une solution d’iode.
Les globules sanguins qui ont demeuré plusieurs jours en contact avec de l’eau y macèrent jusqu’à destruction complète de leur enveloppe. J’ai réussi de cette manière à isoler parfaitement les noyaux de leurs globules. Même à cette époque, les noyaux ne sont pas attaqués par l’eau.
A l’égard des alcalis et des acides, les noyaux du sang se comportent comme l’albumine coagulée et la fibrine. Ils se dissolvent facilement dans les alcalis, dif»
(1) Burdach’s Physiologie, iv, 84: tract, franç., vi, 430.