LIVRE PREMIER
ficilement dans les acides. Au bout d’un jour entier, ils ne sont point encore altérés par l’acide acétique, qui ordinairement s’empare aisément d’un peu de fibrine. Les noyaux des globules sanguins ne se composent pas non plus simplement de graisse, comme on l a dit; car, d’après Simon, lorsqu’ils sont isolés et traités par l’éther, ils ne s’y dissolvent pas.
S 13. — Quand, au lieu d’employer l’eau, on traite les globules sanguins par l’acide acétique, ils se comportent d’une manière caractéristique à son égard. Ainsi, lorsque je mettais une goutte d’acide acétique en contact avec des globules sanguins de Grenouille, ils paraissaient se dissoudre instantanément jusqu’à leur noyau ; cependant je pouvais encore distinguer une ligne pâle excessivement mince qui entourait le noyau en forme d’anneau. Ce phénomène, ainsi que l’ont établi les observations ultérieures de Schultz et d’autres physiologistes, dépend de la contraction de l’enveloppe que détermine l’action de l’acide acétique. Ainsi donc, l’eau et l’acide acétique enlèvent tous deux la matière colorante à l’enveloppe des globules sanguins ; mais il existe cette différence entre les deux réactifs : c’est que l’eau gonfle l’enveloppe des globules, tandis que l’acide acétique la contracte.
Les acides minéraux et le chlore agissent d’une manière toute différente sur les globules du sang. Ils ne dissolvent pas leur matière colorante, mais la font se concréter dans les globules, de telle sorte que ceux-ci, mis en contact avec de l’eau, n’éprouvent plus aucune altération. Les acides minéraux ne changent pas la forme des corpuscules rouges du sang. Les alcalis, au contraire, les dissolvent en totalité, enveloppe et noyau. Les alcaloïdes narcotiques n’exercent aucune action sur les globules. L’alcohol ne les altère pas ; il concrète seulement leur matière colorante. Les sels neutres, il est vrai, ne dissolvent pas les globules du sang; mais, suivant Mitscherlich, ils déterminent dans leur forme des changements graduels.
Une observation fort intéressante faite par Hünefeld et depuis confirmée par Simon, c’est que la bile dissout l’enveloppe des globules du sang. Le principe de la bile qui exerce cette action spéciale est la biline. En employant une solution de biline, on voit les globules se dissoudre sur-le-champ.
S 14. — Les gaz exercent, il est vrai, une influence essentielle sur la coloration du sang et par conséquent sur les globules sanguins ; cependant ils n’altèrent aucunement leur forme. Dans mes expériences, je n’ai jamais vu ni l’oxygène ni l’acide carbonique produire le moindre changement dans la forme des globules. Aussi sont-ils absolument semblables, sous le rapport des dimensions et de la forme, dans le sang artériel et dans le sang veineux. C’est par la même raison que je n’ai pas observé le plus léger changement dans les globules sanguins d’une Grenouille à laquelle j’avais enlevé les poumons après les avoir liés à leur racine : l’animal vécut encore trente heures, la respiration s’effectuant probablement par la peau, comme cela avait lieu chez les Poissons, dans les expériences de Humboldt et Provençal.
S 15. — D’après tout ce qui précède, il est évident que les globules du sang sont creux. Aussi Hewson et Schultz leur ont-ils donné le nom de vésicules. Schultz les regardait comme des vessies pleines d’air, et pensait que la matière colorante était contenue dans la paroi de la vésicule. Quant à moi, je crois que c’est la malière colorante liquide qui constitue le contenu propre de l'enveloppe incolore; l’influence de l’air durant la respirai ion ravive sa couleur rouge, sans que l’air puisse rester dans l’intérieur de ces globules à l’état de fluide gazeux ou élastique. A ce sujet, il faut se rappeler que, dans le sang de la Grenouille, les globules tombent tout-à-fait au fond, en vertu de leur pesanteur spécifique, et que, dans toute espèce de sang, ils sont plus pesants que la liqueur sanguine.
PHYSIOLOGIE SPÉCIALE
D’après les recherches de Schwann , on doit regarder les globules sanguins comme des cellules soumises aux lois générales qui régissent les cellules considérées, soit comme éléments primordiaux, soit comme éléments permanents des tissus. Ainsi que la cellule, le globule sanguin est pourvu d’un noyau. L’enveloppe du globule est la membrane cellulaire. Il est vrai que le noyau, examiné dans les globules frais, semble placé au milieu de la cavité de l’enveloppe; mais lorsqu’on fait gonfler le globule à l’aide de l’eau, on reconnaît, comme l’a fait voir Schwann, qu’il est en rapport avec la paroi du globule, ainsi que cela a lieu dans les autres cellules. En elfet, quand on a rendu le globule sanguin sphérique, on voit qu’il est adhérent à un point de la surface interne de sa cellule. Lorsqu’on fait rouler les globules de sang arrondis par l’eau qui les gonfle, on constate que le noyau est fixé à la paroi; car alors il ne se meut pas dans sa cellule, lorsque celle-ci roule. Suivant les principes de la théorie cellulaire, la matière colorante contenue dans la cellule sanguine est l’analogue du contenu des autres cellules. Au reste, les cellules sanguines (globules rouges) ne sont pas les seules dont la forme soit aplatie; les cellules épithéliales et bien d’autres sont dans ce cas.
Nous avons déjà signalé la manière opposée dont les globules du sang se comportent à l’égard de l’eau et de l’acide acétique; nous savons donc que leur membrane cellulaire est très susceptible d'expansion et de contraction. H n’est pas rare, d’ailleurs, quand on examine à l’aide du microscope la circulation du sang dans les vaisseaux capillaires d’un animal vivant, d’observer des phénomènes qui prouvent que les globules sanguins jouissent d’un certain degré d élasticité. On les voit, à un passage trop étroit, se resserrer, s’alonger, puis, dès qu’ils sont dégagés, reprendre leur forme première. Le poumon de la Grenouille est le tissu le plus convenable pour vérifier ce fait, qui était déjà connu par d’anciens observateurs.
Nous ne parlerons pas ici des globules du sang des animaux invertébrés, nous renvoyons à l’ouvrage riche de faits de Rud. Wagner, que nous avons indiqué plus haut.
article ii. — De la liqueur sanguine , liquor sanguinis.
S 16. — Parle nom de liqueur sanguine, liquor sanguinis , lympha sanguinis, nous désignons le fluide incolore du sang, considéré indépendamment des globules rouges, et tel qu’on l’observe avant la coagulation. Cette dénomination, qui n’est nullement l’expression d’une vue purement théorique, et qui , pour cette raison, est tout-à-fait convenable, comprend tous les éléments du sang qui s’y trouvent à l’état de dissolution parfaite, mais non ceux qui n’y sont contenus qu’à l’état de simple mélange mécanique. Lorsque le sang se coagule, la liqueur sanguine se sépare en deux parties ; l’une est la fibrine qui était auparavant à l’état de dissolution, et qui, en se coagulant, emprisonne les globules rouges; l’autre est le sérum, dans lequel l’albumine reste encore à l’état de dissolution. Celle séparation de la liqueur sanguine en partie fluide et en partie solide ne doit pas être considérée comme résultant de la cessation d’une combinaison chimique qui, avant la coagulation, aurait existé entre la fibrine et l’albumine. Nous n’avons aucune raison d’admettre une semblable hypothèse. La séparation dont nous parlons dépend uniquement des propriétés différentes dont sont douées les substances organiques dissoutes dans la liqueur sanguine. On ne doit pas non plus regarder la fibrine comme die l’albumine modifiée. La fibrine n’est pas simplement, ainsi que le prétend Denis, de l’albumine combinée avec l’alcali du sang. Berzélius a réfuté cette théorie, en montrant qu’il ne se précipite pas de