‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 17 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

fibrine, lorsqu’on neutralise Lalcaiidu sérum par l’addition d’aeide acétique. La supposition de Denis est encore renversée par l’examen de la composition élémentaire de la fibrine et de l'albumine. Nous commencerons l’analyse mécanique du sang par l’étude de la fibrine, puis nous nous occuperons du sérum.

A. De la fibrine

S 17. — Suivant Everard Home, Prévost et Dumas, le caillot rouge est une aggrégation de globules sanguins, et les noyaux des globules sont des granules de fibrine, qui, parle lavage de la matière colorante, sont débarrasses de leur enveloppe et restent alors sous la forme de caillot blanchâtre ; mais la fibrine a une tout autre origine.

Déjà Hewson avait établi par de bonnes observations que la fibrine n’est pas contenue dans les globules sanguins, mais dans la partie liquide du sang. La fibrine peut exister dans ce liquide, soit à l’état de dissolution , soit à l’état de division extrême et sous forme de granules. Dans ce dernier cas, la coagulation résulterait, comme le suppose Milne Edwards, de la coalescence de ces granules. Mais les expériences que nous allons rapporter démontrent que la fibrine se trouve réellement, tout comme l’albumine, dissoute dans la liqueur sanguine.

Lorsque je mettais une goutte de sang pur sur le porte-objet du microscope et l'étendais d’un peu de sérum , de manière à ce que les globules sanguins fussent (oul-à-fait isolés les uns des autres , j’observais le phénomène suivant : entre les espaces qui séparaient les globules, la substance que le sang tenait auparavant en dissolution se prenait en un caillot fibrineux; tous les globules se trouvaient alors unis entre eux par l’intermédiaire de ce caillot, de telle sorte qu’en le dérangeant avec une aiguille, je déplaçais à la fois tous les globules, quoiqu’ils fussent toujours isolés les uns des autres, et quelque considérable que fût la distance qui les séparait. Cependant, on peut encore, par une méthode beaucoup plus facile et plus sûre, démontrer que la fibrine est contenue à l’état de dissolution dans le sang de la Grenouille. Comme les globules rouges du sang de cet animal sont à peu près quatre fois plus volumineux que ceux du sang de l’Homme et des Mammifères , je pensai que ses globules sanguins seraient peut être retenus par le filtre , quoique ceux de l’Homme et des Mammifères passassent à travers le papier à filtrer. On peut faire cette expérience en petit avec le sang d’une seule Grenouille. Un petit entonnoir de verre et un filtre de papier blanc à filtrer ordinaire, voilà tout l’appareil nécessaire pour celle opération. Il faut naturellement commencer par humecter le filtre, et il est bon, dès qu’on verse dans le filtre le sang frais de la Grenouille, de l’additionner d’une égale quantité d’eau. Ce qui passe alors par le filtre est un sérum étendu d’eau, parfaitement clair et limpide, niais offrant une très légère teinte rouge provenant de la matière colorante dissoute par l’eau ajoutée au sang. Toutefois, comme l’eau dissout assez lentement la matière colorante du sang de la Grenouille, c’est à peine si l’on peut dire que le liquide qui a passé par le filtre soit rougeâtre. Quelquefois il est tout-à fait incolore. Si, au lieu d’ajouter de l’eau pure, on emploie de l’eau sucrée contenant une partie de sucre pour deux cents parties d’eau et davantage, le fluide que l’on obtient après la filtration est encore plus pur et absolument incolore. Quand au moyen du microscope, on examine le sérum filtré de cette manière, on n’y peut découvrir un seul globule. Au bout de quelques minutes, il se produit dans ce sérum si clair un caillot qui est lui-même tellement clair et transparent , qu’on ne l’aperçoit pas même après sa formation, à moins qu’on ne le retire du liquide T. I. 7

98 PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

à l’aide d’an aiguille. Ce caillot se contracte peu à peu, devient blanchâtre et fibreux; il ressemble alors parfaitement au caillot de la lymphe humaine. Le sang donne par ce procédé de la fibrine plus pure que par toute autre méthode. 11 n’est pas besoin de faire observer qu’ici l'on ne s’empare pas de toute la fibrine contenue dans le sang; en effet, la plus grande partie de cette substance se trouve coagulée dans le filtre, parce qu’elle se prend avant de pouvoir passer par le papier à filtrer.

On n’aperçoit pas de granules distincts dans la fibrine ainsi obtenue et tout fraîchement coagulée ; elle semble parfaitement homogène ; ce n’est que lorsqu’elle s’est contractée et est devenue blanche quelle présente un aspect granulé toutà-fait confus; encore faut-il l’examiner avec un microscope composé.

S 18. — Pour déterminer la quantité de fibrine que contient le sang, on le fouette avec une baguette. La fibrine qui se trouve dans le sang à l’état de dissolution se coagule en filaments qui s’attachent à la baguette. Les globules rouges restent dans le liquide, parce que le fouettement empêche au caillot fibrineux de les emprisonner dans ses interstices. En lavant ensuite avec de l’eau la fibrine blanche que l’on a obtenue, on achève de la débarrasser complètement des globules qui y adhèrent ainsique du sérum.

Je fouettai 3,627 grains de sang de bœuf, et recueillis par ce procédé 18 grains de fibrine à l’état sec; et 3,9-15 grains de sang de Bœuf non battu me donnèrent 641 grains de caillot rouge également à l’état sec. Par conséquent, 100 parties de sang de Bœuf contiennent 16,248 parties de caillot sec, dont 0,496 de fibrine. D’après Fourcroy, le sang contient 0,0015 — 0,0043 de fibrine sèche. Mille parties de sang donnent 0,75 de fibrine sèche, suivant Berzélius, et 1, 2, suivant Lassaigne. Dans vingt-deux observations faites avec du sang humain, Lecanu(l) a trouvé que la proportion défibriné variait de 1,360 à 7,235 pour mille parties de sang.

S 19. — Comme c’est le sang artériel qui sert à la nutrition des organes, et comme la lymphe qui revient des divers tissus charrie constamment une certaine quantité de fibrine à l’état de dissolution , il est présumable que le sang artériel doit être plus riche en fibrine que le sang veineux. C’est en effet ce qui a été observé par Mayer, Berlhold , Denis, cl ce que j’ai vérifié moi-même. La quantité de fibrine que donne le sang veineux, comparée à celle que l’on extrait du sang artériel, est comme 24 : 25, d’après Denis; suivant Berthold, comme 366 : 429, chez la Chèvre, comme 474 : 521 , chez le Chat, comme 475 : 566 chez le Mouton, et enfin, chez le Chien, comme 500 : 666. Dans une de mes expériences, le sang artériel de la Chèvre contenait 0,483 et le sang veineux 0,395 de fibrine pour cent 11 résulte de ces observations qu’en moyenne, la fibrine du sang artériel est à celle du sang veineux comme 29 : 24.

S 20. — En revanche , nous n’avons aucun procédé sûr pour reconnaître la quantité de globules qui existe dans le sang. Prévost et Dumas avaient pensé qu’il était possible de la déterminer d’après la masse du caillot rouge sec; mais iis partaient de la supposition fausse, que la fibrine du sang n’est pas autre chose «lue les noyaux des globules rouges. Ainsi donc, lorsque ces auteurs parlent de la quantité des globules, il faut entendre par là la somme des globules, plus celle de la fibrine qui était auparavant à l’état de dissolution. Moyennant cettte correction, les nombreuses observations quantitatives de ces physiologistes conservent leur valeur. 11 faut aussi corriger de la même manière les évaluations de Lecanu au sujet de la quantité des globules dans les divers tempéraments.

(1) Transacl. mèdic , G oct. 1831, 12.

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