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LIVRE PREMIER

L’ albumine ou blanc d’œuf résulte de la combinaison de la protéine avec le soufre, le phosphore et le phosphate de chaux. La fibrine e£t composée des mêmes éléments ; seulement elle contient moitié moins de soufre que l’albumine.

Nous avons déjà exposé plus haut ( § 12 ) ce qu’on sait des noyaux des globules sanguins. Le globule rouge du sang , abstraction faite du noyau , est formé d'hematine et de globuline. L’hématine constitue la matière colorante rouge qui existe à l’intérieur de la cellule sanguine, et la substance de la membrane de la cellule semble formée par la globuline; il se pourrait cependant que cette dernière fût contenue avec l’hématine dans l’intérieur de la cellule.

article premier. — De Vhêmalinc , matière colorante du sang , ou cruorine.

S 28. — L’hématine se présente à nous sous deux états : dans l’un, elle est soluble dans l’eau; dans l’autre, elle est insoluble dans ce liquide.

Telle qu’elle existe à l’intérieur des globules rouges du sang , on peut la considérer comme une solution aqueuse très concentrée. Si elle ne se dissout pas dans le sérum du sang, c’est qu’elle en est empêchée par les sels et l’albumine que contient ce liquide; mais sitôt qu’on y ajoute de l’eau, l’hématine sort par exosmose de la cellule sanguine.

Pour obtenir l’hêmatine à l’état de dissolution, pure et non mélangée avec les enveloppes incolores des globules et avec leurs noyaux, il faudrait la séparer des globules sanguins par un procédé qui nous débarrassât du résidu de ces derniers. Mais il n’est guère possible de parvenir à un résultat sur lequel on puisse compter, qu’en opérant sur du sang d’animaux à sang froid, sur du sang de Grenouille, par exemple. Ici, il est facile d’isoler les globules d’avec le sérum, et à l’aide de la filtration de séparer les enveloppes dépouillées de leur matière colorante d’avec la dissolution de cette dernière.

A cet effet, on fouette une certaine quantité de sang et l’on prépare ainsi un mélange de globules et de sérum ; on ôte le caillot, et on laisse le mélange en repos dans un vase. Les globules tombent au fond du vase, et l’on peut alors, au moyen d’une pipette et de morceaux de papier brouillard, enlever le sérum qui surnage. Si l’on veut obtenir des globules complètement débarrassés de l’albumine du sérum, on peut y ajouter de l’eau sucrée ou salée, puis les filtrer. Cette opération ne dissout point encordes globules. Cela fait, pour avoir une dissolution aqueuse de matière colorante pure, on traite par l’eau distillée les globules qui sont restés sur le filtre. Ce qui passe à travers le filtre est une dissolution de matière colorante pure, qui ne contient aucun résidu de globules ou cellules sanguines. Lorsqu’on expérimente sur du sang de Mammifère ou d’Homme, il faut se contenter d’une séparation incomplète. Dans ce cas, on prend un caillot rouge, lorsqu’il s’est déjà contracté autant que possible et, en se resserrant, a chassé le sérum de ses interstices : on le coupe en petits morceaux qu’on lave sur le filtre avec une dissolution d’un sel neutre, pour leur enlever le sérum qui y adhère, attendu que les globules ne se dissolvent pas dans cette solution saline. Quand on a, autant que possible, séché les caillots rouges au moyen de papier brouillard, on y ajoute de l’eau et l’on obtient une dissolution de matière colorante, dans laquelle , cependant, il se glisse toujours une certaine quantité de cellules sanguines décolorées.

§29. — Quelque soit le procédé employé pour extraire l’hématine soluble, on peut se convaincre expérimentalement quelle se coagule dans les mêmes circonstances que l’albumine , c’est-à-dire, par l’action du tannin, des acides minéraux, des sels métalliques, ainsi qu’à une chaleur de 70 > centigr. À une température moins élevée, l’hématine conserve sa solubilité. Quand onia fait évaporer à une tempé-

PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

rature de 50o centigr., elle forme une masse noirâtre qu’on peut réduire en une poudre d’un rouge sombre ; dans ce nouvel état, l’hématine redevient soluble dans l’eau. L’hématine soluble se dissout, comme l’albumine soluble, dans l’acide acétique. Elle se coagule de nouveau, lorsqu’on traite sa dissolution acétique par un alcali; et, quand elle est dissoute dans un alcali, elle se coagule également par l’addition d’un acide. Quant à la couleur des précipités obtenus au moyen des sels terreux et métalliques, elle varie beaucoup ; on en observe de bruns, de noirs et de rouges.

L’hématine se comporte à l’égard de l’alcohol d’une manière toute particulière et bien différente du mode de réaction de l’albumine. C’est à Gmelin que nous devons cette découverte. Si l’on fait bouillir avec de l’alcohol du sang coagulé au moyen de î’aleohol, l’hématine se dissout dans ce véhicule. Par ce procédé, on débarrasse complètement l’hématine de l’albumine qui y adhère. Cette dissolution aleoholique de l’hématine présente une coloration rouge foncée. Quand on lait évaporer la dissolution aleoholique d’hématine, elle laisse un résidu brun qui est de nouveau soluble dans l’eau. D’après Hiinefeld, l’hématine est également soluble dans l’éther, lorsqu’on suspend dans de l’éther pur le caillot du sang coupé en tranches minces.

La matière colorante des globules du sang possède une grande affinité pour l’oxygène et s’unit avec lui; aussi devient-elle d’un rouge plus vermeil et plus éclatant, toutes les fois qu’elle se trouve en contact avec de l’oxygène ou avec de l’air atmosphérique. Alors il se produit et se dégage du gaz acide carbonique , ainsi que l’ont observé Berthollet, Christison, et que je l’ai constaté moi-meme. Si l’on fait passer un courant d’oxygène à travers du sang dépouillé de sa fibrine, mais contenant encore des globules, le liquide devient d’un rouge vif. Le simple contact de l’air atmosphérique suffit pour opérer le même changement à la surface du sang ainsi préparé, comme il le fait à la surface de celui qu’on vient de tirer de la veine. Mais parmi trop long con&ct avec l’oxygène, l’hématine noircit; peutêtre parce qu’elle s’unit à une partie de l’acide carbonique qui se produit. Dans ce cas, il n’est plus possible de raviver sa couleur. L’acide carbonique donne au sänget à l’hémaline une couleur rouge très sombre. L’oxygène ramène cette couleur au rouge vermeil. Le sang dépouillé de sa fibrine absorbe une grande quantité de gazoxydule d’azote et devient d’un rouge pourpre ; mais il reprend sa coloration naturelle, lorsqu’on fait passer à travers ce liquide un courant d’air atmosphérique. Le gaz hydrogène carboné communique au sang noir une couleur rouge plus éclatante. Plusieurs sels, tels que le chlorure de soude, le nitrate de potasse et le sulfate de soude, produisent le même effet sur le sang. Le sucre aussi agit sur lui de la même manière. La dissolution aqueuse d’hématine, soumise au contact de l’air atmosphérique, rougit plus faiblement que le sang lui-même.

S 30. — L’hématine coagulée ou insoluble dans l’eau a été étudiée par Lecanu, Sanson, Bcrzélius et Simon. Elle est soluble dans les alcalis et forme avec les acides minéraux des composés qui sont insolubles dans l’eau , solubles dans l’alcohol; mais l’eau précipite ces derniers de leur dissolution aleoholique.

Pour obtenir l’hématine dans cet état, qui diffère essentiellement du précédent, Lecanu indique le procédé qui suit. On coupe un caillot sanguin en couches minces ; on les lave avec de l'eau et l’on précipite le liquide rouge par l’acide sulfurique. Ensuite on lave le précipité avec de l’eau, puis avec de l’alcohol, pour le débarrasser de l’acide libre; on le soumet à la presse; ensuite on le fait bouillir avec de l’alcohol. La décoction brune, en se refroidissant, laisse précipiter un peu de sulfate d’albumine et de la globuline. Le liquide qui reste alors contient du sulfate d’hémaline à l’état de dissolution aleoholique. Enfin, on sépare l’hématinc de

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