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LIVRE PREMIER

l’acide sulfurique avec lequel elle est combinée, en saturant cet acide par l’ammoniaque.

Cette méthode a, il est vrai, l’inconvénient d’altérer l’état de l’hématine, mais, en revanche, elle offre l’avantage de procurer cette substance parfaitement pure et convenable pour les analyses élémentaires.

§31. — Selon Lecanu et Mulder, l’hémaline pure ne contient ni soufre, ni phosphore, ni chaux. En fait de substances minérales, le fer est le seul que l’on y trouve. D’après les expériences de Lecanu, l’hématine du sang humain donne dix pour cent d’oxyde de fer, ce qui fait 6,9 de fer.

Suivant l’anayse de Mulder, l’hématine est composée de :

Carbone . 66,84

Hydrogène . . 5,37

Azote . 10,40

Oxygène . 11,75

Fer . 6,64

Wurzer a trouvé des traces d’oxyde de manganèse dans les cendres de l’hématine (1).

§ 32. — Menghini affirme que le sang desséché et réduit en poudre réagit contre l’aimant parle fer qu’il contient. Cependant aucun des réactifs ordinaires les plus sensibles pour l’oxyde de fer, comme le cyanure de potassium et de fer, le tannin, l’acide gallique et les acides minéraux les plus forts, n'est capable de déceler la moindre trace de fer dans l’hématine, avant que celle-ci ne soit calcinée. La conséquence qu’il est naturel de tirer de ces faits, c’est que le fer ne se trouve pas dans le sang à l’état de sel. Fourcroy prétendait que la matière colorante du sang est une solution de sous-phosphate de peroxyde de fer dans l’albumine, et que le fer contenu dans le chyle qui est blanc est un phosphate neutre de protoxyde de fer. Mais les expériences de Berzéîius ont renversé ces assertions. En effet, le sous-phosphate de peroxyde de fer est insoluble dans le sérum et dans l’albumine, soit avec, soit sans addition d’un alcali. Suivant Prévost et Dumas, l’hématine n’est que de l’albumine qui contient du peroxyde de fer en dissolution. La manière de voir de ces auteurs ne parait pas fondée ; car, s’il en était ainsi, les acides minéraux et l’eau régale devraient enlever le fer à l’hématine , même avant que celle-ci ne fût calcinée.

Nous devons à Engelhart (2) des découvertes importantes au sujet du rôle que joue le fer dans la coloration du sang. 11 a d’abord fait voir que, lorsqu’on imprègne d’hydrogène sulfuré une dissolution aqueuse de matière colorante du sang, cette dissolution perd au bout de quelque temps sa couleur : elle devient d’abord violette, et ensuite verte. Or, tel est précisément l’effet que ce gaz détermine sur le fer. Ainsi donc, l’expérience d’Engeîhart semble prouver que ce métal contribue à la production de la couleur rouge du sang. Ce chimiste a, en outre, découvert que l’on peut extraire tout le fer qui se trouve contenu dans une dissolution aqueuse de matière colorante du sang, ou dans de la matière colorante tenue en suspension dans l’eau. Il suffit, pour cela, de faire passer un courant de chlore gazeux à travers le liquide, ou d’y ajouter simplement de l’eau chlorurée. Mulder a répété cette expérience avec de l’hématine pure. La matière animale se précipite sous forme de îlocons blancs, combinée avec de l’acide chlorhydrique, tandis que le fer reste à l’étal de chlorure dans la dissolution, et peut en être séparé au moyen de la filtration. Ce précipité de matière animale ne donne pas

(1) Schweiggf.r’s Journ., SS, p. 481. — (2) De verd maleriœ sanguini purpureum colorent wpcrtienlis nalurd. Goelting., 1825.

PHYSIOLOGIE SPECIALE

de cendres lorsqu’on le brûle. Or, le chlore n’a aucune affinité pour les oxydes; mais il en a une très-forte pour les régules de métaux. C’est pour cela que ni l’acide chlorhydrique, ni les autres acides minéraux n’enlèvent au sang le fer qu’il contient, ces acides ayant beaucoup d’affinité pour les oxydes métalliques, mais aucune pour les métaux à l’état de régule. En conséquence, Berzélius regarde comme très-vraisemblable que le fer se trouve dans le sang à l’état métallique et non à celui d’oxyde.

Heim*. Rose (1) a fait connaître de nouveaux faits qui militent en faveur de l’opinion opposée, c’est-à-dire, de l’opinion qui admet que le fer existe dans le sang à l’état d’oxyde. Rose a répété l’expérience d’Engelhart. Lorsqu’il filtrait la liqueur après le changement déterminé par le chlore et après la précipitation de la matière animale, il réussissait à séparer le fer du liquide qui le contenait: mais, lorsqu’au lieu de filtrer, il ajoutait au liquide de l’ammoniaque en excès, tout le précipité se redissolvait; en même temps il se produisait une couleur rouge sombre, et il ne se précipitait point de fer. Rose observa, en outre, qu’en mêlant, en certaine quantité, un sel de peroxyde de fer avec une dissolution de matière colorante, et en ajoutant de l’ammoniaque en excès, l’oxyde de fer restait dans la dissolution, et ne pouvait en être précipité ni par l’hydrogène sulfuré, ni par la teinture de noix de galle. Ce chimiste observa encore qu’un grand nombre de substances organiques fixes, telles que le sucre, l’amidon, la gomme, le sucre de lait, la gélatine, etc., jouissent de la propriété suivante. Quand on les fait dissoudre dans l’eau, puis qu’on mêle à leurs dissolutions une petite quantité d’un sel de peroxyde du fer, l’oxyde de fer n’est pas précipité par l’addition d’un alcali, ou ne se précipite qu’en faible partie.

Berzélius, néanmoins, pense que l’espèce de combinaison qui, dans les expériences de Rose, retient l’oxyde de fer dissous dans la matière colorante ou dans l’albumine, n’est pas celle qui existe naturellement dans l’organisme entre la matière colorante et le fer; parce que, si les choses se passaient comme le prétend Rose, la matière colorante devrait abandonner son fer aux acides, comme on l’observe dans le cas de combinaison artificielle de matière colorante ou de sérum avec un peroxyde ou un protoxyde de fer. Lorsqu’on ajoute un acide minéral à un composé de ce genre, il y a précipitation de la matière colorante ou de l’albumine, et l’oxyde de fer demeure dissous dans l’acide.

En conséquence, Berzélius croit que le fer se trouve à l’état métallique dans la matière colorante du sang, et y existe combiné organiquement avec l’azote, le carbone, l’hydrogène et l’oxygène. Selon lui, le fer ne s’oxyde que lorsque l’on incinère la matière colorante. Cette manière de voir est également celle de Mulder.

En revanche, le fer que contient le chyle doit y exister dans un état toul-à-fait différent, c’est-à-dire, à l’état de peroxyde; car Emmert (2) a pu l’en extraire par l’acide nitrique ; il forme ensuite un précipité noir ou bleu, selon qu’on traite la dissolution par la teinture de noir de galle ou par le cyanure de potasse.

Le fer, par sa combinaison avec la matière animale, contribue-t-il essentiellement à la coloration du sang? Ceci est une question qui n’est pas résolue d’une manière définitive. Gmelin combat l’opinion qui attribue principalement au fer la couleur rouge du sang Cependant, il admet que le 1er à l’état de régule se trouve combiné dans l’hématine avec l’azote, l’oxygène, l’hydrogène et le carbone. l a décoloration de cette matière par le chlore, lorsqu’on en extrait le fer qu’elle contient, ne prouve pas, dit-il, que cette absence soit la cause directe

(O PoCjC endou ffs Anna’., vu, 81. — (2) Rf.il’s Archiv., vin.

de cette décoloration : car le chlore pourrait également décolorer riiématine, simplement en s’emparant de son hydrogène, ou en permettant à l’oxygène de s’unir avec les autres éléments de l’hématine, tandis que l’acide chlorhydrique produit par la combinaison de l’hydrogène avec le chlore s’emparerait de l’oxyde de fer du liquide alcalin. Lorsque, ajoute Gmelin, le sérum est mêlé avec Plié— mâtine, si, au lieu de le traiter par le chlore, on le traite par un excès d’acide chlorhydrique froid ou d’acide sulfurique, puis, qu’au moyen de la filtration, l’on sépare l’hématine qui n’est point décolorée, mais a acquis une couleur plus foncée, on peut, à l’aide du sulfocyanate de potasse, découvrir le peroxyde de fer dans le sérum ; ce qui prouve qu’il est possible d’enlever au sang le fer qu’il contient sans le décolorer. Si, après avoir fait évaporer du sang préalablement dépouillé de sa fibrine par le fouettement, on fait bouillir à plusieurs reprises le résidu dans l’alcohol, jusqu’à ce qu’il soit presqu’entièrement décoloré, et qu’ensuite on incinère ce résidu, on obtient encore une quantité notable de peroxyde de fer (1).

article n. — De la globuline.

S 33. — Le sang contient encore une substance qui se rapproche de la caséine. Gmelin est l’auteur de celte découverte; mais il regardait cette substance comme de la caséine. Il prit du sang fouetté et privé ainsi de sa fibrine, le fit bouillir dans l’alcohol, qui dissout l’hémaline, filtra le liquide bouillant, et, pendant le refroidissement de la liqueur rouge sortie du filtre, vit la prétendue caséine se précipiter sous forme de flocons abondants et colorés en rouge par l'hématine qui y était attachée (2). Lecanua obtenu à la fois cette substance et l’hématine, en traitant les globules sanguins par l’acide sulfurique. Il la prit pour de V albumine et pensa que les globules sanguins étaient composés d’hématine et d’albumine. Ce chimiste opère de la manière suivante : il coupe un caillot sanguin par tranches très-minces dont il enlève le sérum avec du papier joseph, les lave avec de l’eau, puis précipite la dissolution rouge qui en résulte, au moyen de l’acide sulfurique. Enfin, avec de l’alcohol froid, il débarrasse le précipité de l’acide libre. Ce précipité consiste en sulfate de globuline et en sulfate d’hématine. Ou bien encore, il prend du sang privé de sa fibrine par le fouettement, le traite par l’acide sulfurique étendu , et lave le coagulum avec de l’alcohol froid. Lorsqu’on mêle une partie de sang fouetté à quatre parties d’une dissolution saline, de sulfate de soude, par exemple, on peut, au moyen de la filtration, séparer le sérum d’avec les globules sanguins. Une grande partie au moins de ces derniers reste sur le filtre, et alors on peut traiter ce dépôt par l’acide sulfurique.

On sépare le sulfate d'hématine du sulfate de globuline, en faisant bouillir la masse entière dans l’alcohol; l’alcohol, en effet, dissout à chaud ces deux composés, mais en refroidissant il laisse précipiter le sulfate de globuline. C’est Berzélius qui a donné à celte substance le nom de globuline. Simon la considérait comme delà caséine, à laquelle elle ressemble beaucoup, en effet, mais sans lui être identique. La globuline pure est soluble dans l’eau ; à la température de l’eau bouillante, cette dissolution se coagule en granules. C’est par ce caractère qu’elle se distingue positivement de la caséine. Mais, comme celle-ci, la globuline est insoluble dans l’alcohol à froid, et se dissout dans l’alcohol à chaud. D’après Simon, la globuline, tout comme la caséine, est précipitée de sa dissolution, non-seulement par l’acide sulfurique, mais encore par l’acide acétique, et se redissout dans un excès d’acide. Elle est également précipitée par les sels métalliques et par le sulfate d’alumine et de potasse. La caséine se distingue de toutes les substances

(1) Gmelin, Chnnie, iv, î I GO. — (2) Ibid., iv, 1075.

PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

en ce qu’elle est précipitée par la présure ou la pepsine. Cette dernière, suivant Simon, ne coagule pas la globuline, à moins qu’on ne mêle auparavant du sucre de lait à la dissolution de globuline, cas dans lequel il se forme de l’acide lactique.

Les recherches que l’on a faites sur le sang au sujet de la globuline ne répondent nullement à la question suivante : sous quelle forme la globuline existe- 1ellc dans les globules sanguins ? Est-elle mêlée à l’hématine et constitue-t-elle avec cette substance le contenu des cellules sanguines, ou bien la globuline constituet-elle la paroi de ces cellules ? La paroi des globules du sang, il est vrai, ne se dissout pas dans l’eau pure, mais on pourrait, en la traitant par un acide ou de l’alcohol à chaud, la rendre soluble dans l’eau. Pour résoudre ce problème, il faut choisir du sang de Grenouille, le fouetter pour le priver de sa fibrine, le placer sur le filtre et le traiter alors par l’eau salée, afin de débarrasser les globules de leur sérum, puis par l’eau pure pour leur enlever leur hématine. On obtient ainsi un dépôt de cellules sanguines incolores. C’est ce dépôt qui devra servir à 1 étude de la globuline.

D’apres Berzélius et Simon, le cristallin de l’œil contient une matière analogue à la globuline. La globuline appartient, suivant Mulder, aux combinaisons de la protéine.

article ni. — De la fibrine.

S 34. — Jusqu’ici on n’a étudié la fibrine qu’à l’état de coagulation. Mais, en suivant la méthode que j’ai indiquée plus haut (S 17), on peut étudier dans le sang de Grenouille la fibrine fraîche et à l’état de dissolution, avant que la coagulation ne s’opère. Ainsi, lorsqu’on reçoit le liquide qui traverse le filtre dans un verre de montre rempli d’acide acétique, la fibrine ne se coagule pas dans cet acide. Ou bien encore, si au lieu d’acide acétique le verre contient une solution de chlorure de soude, la fibrine ne s’y coagule pas du tout ou ne s’y coagule qu’en très-petite proportion. Il en est de même pour le sang de la Grenouille. Quand on y ajoute une dissolution de sel commun, on retarde extrêmement longtemps la coagulation de ce sang. On sait depuis longtemps que certains sels, tels que le sulfate de soude et le nitrate de potasse, ajoutés en certaine quantité à du sang humain frais, ont la propriété d’empêcher sa coagulation. C’est par cette action particulière des sels sédatifs sur le sang que l’on explique leur utilité dans le traitement des inflammations. Ils impriment à la fibrine une modification particulière (pii contrarie la tendance qu’elle a à s’accumuler et à se coaguler, soit dans l’intérieur des vaisseaux de l’organe emflammé, soit à la surface des membranes où elle s’est épanchée.

Une solution aqueuse de potasse ou de soude caustique empêche également au sang humain que l’on vient de tirer de la veine de se coaguler en une masse cohérente. Suivant Prévost et Dumas, on peut, chez les animaux supérieurs, prévenir la coagulation du sang extrait du corps, par la simple addition d’un millième de soude caustique. Lorsqu’en filtrant du sang de Grenouille on laisse tomber goutte à goutte la liqueur sanguine dans un verre de montre qui contient une dissolution de potasse caustique, la fibrine ne se prend pas en un seul caillot, mais il se forme peu à peu de tous petits flocons. Il en est de même quand on reçoit goutte à goutte la liqueur sanguine dans un verre de montre rempli d’éther sulfurique. Il ne se produit ni globules, ni flocons dans la liqueur sanguine de la Grenouille , quand on y ajoute de l’ammoniaque caustique liquide.

Le moyen de se procurer de la fibrine fraîche coagulée, quand on veut en faire l’analyse chimique, consiste à laver les caillots qui s’attachent aux baguettes

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