LIVRE PREMIER
dont on s’est servi pour fouetter le sang, ou tout simplement à laver le caillot sanguin. Dans cet état, la fibrine est spécifiquement plus pesante que l’eau, que le sérum pur, et même que le sérum contenant encore les globules rouges du sang. Lorsqu’on la met dans ces liquides, la fibrine tombe toujours au fond , pourvu toutefois qu’elle soit débarrassée des bulles d’air qui peuvent y adhérer.
§35. — La fibrine coagulée est blanche, lorsqu’elle est lavée. Elle n’a ni saveur, ni odeur particulières. Dans l’état de coagulation, elle est insoluble dans l’eau à froid et à chaud; mais quand on la soumet à une ébullition prolongée dans l’eau, elle se modifie dans sa composition, suivant Berzélius. Eile durcit, devient friable, et le liquide contient alors, à l’état de dissolution, une substance nouvelle qui se produit aux dépens des éléments de la fibrine. Cette dissolution n’offre aucune analogie avec une dissolution de gélatine. Au reste, l’hémaliiie, la globuline, la fibrine, l’albumine coagulée, la caséine ont cela de commun qu’elles ne donnent pas de colle à l’ébullition dans l’eau. La fibrine possède, ainsi que quelques autres substances, mais non l’albumine, la faculté de décomposer, par le simple contact, l’eau oxygénée ou peroxyde d’hydrogène ; il se dégage de l’oxygène et il se forme de l’eau, sans que la fibrine soit en rien altérée. La fibrine se combine soit avec les acides, soit avec les alcalis ; dans le premier cas, elle joue le rôle de base ; dans le second , celui d’acide. Lorsqu’on la traite par des acides concentrés, elle se gontle et forme une substance acide : mais quand on emploie des acides affaiblis, elle se racornit et produit un composé neutre d’acide et de fibrine. Le composé acide que forme la fibrine avec les acides minéraux est insoluble dans l’eau; le neutre y est soluble. Mais quant aux composés que la fibrine forme avec l’acide acétique, tous les deux, c’est-à-dire, le composé acide elle composé neutre, sc dissolvent dans l’eau. Le cyanure de potassium et de fer précipite la fibrine de sa dissolution acétique. Toutefois, ce mode de réaction est commun à l’hématine, à la caséine et à l’albumine, mais il ne s’observe pas dans la gélatine. D’après Caventou et Bourdois, la fibrine, l’albumine, la caséine et le mucus se dissolvent à froid dans l’acide chlorhydrique concentré. Toutes ces dissolutions, quand on les lient à une température de 18° à 20° centigr., acquièrent au bout de vingt-quatre heures une belle couleur bleue : la gélatine ne se comporte pas de la même manière. Suivant Mulder, la fibrine se compose de protéine, de soufre et de phosphore; cette eombinaisou contient, en
outre, du phosphate de chaux.
Carbone . 54,90
Hydrogène . 6,95
Azote . 15,89
Oxygène . 21,55
Phosphore . 0,35
Soufre . 0,36
La fibrine existe à l’état de dissolution dans le chyle et dans la lymphe, aussi bien que dans le sang. On la trouve à l’état solide dans les muscles et l’utérus.
article iv. — De V albumine.
§ 36. — Lorsqu’on soumet le sérum du sang à une température de 75° centigrades, il se coagule en une masse’ solide qui est principalement composée d’albumine. Celte masse laisse suinter quelques gouttes d’un fluide brunâtre, la sérosité. Ce liquide, suivant Gmelin (1), se trouble par l’addition d’un acide et se prend en gelée lorsqu’il se refroidit. D’après le même chimiste, ce liquide, indépen-
(1) Chemie, iv, 1381.
PHYSIOLOGIE SPECIALE
damment de l’albumine qui est tenue à l’état de dissolution par un alcali , contient de la caséine, de la salivine, de l’osmazôme et des sels de soude et de potasse.
Lorsque l’on coagule complètement le sérum à l’aide de la chaleur , que l’on dessèche le caillot, qu’on le traite ensuite par l’eau bouillante, et qu’enfin, après avoir fait évaporer la solution ainsi obtenue, on traite le résidu à plusieurs reprises par l’alcohol, on trouve dans l’alcohol du lactate de soude, des chlorures de potasse et de soude, et de l’osmazôme; tandis que la substance qui n’est dissoute, ni par l’eau bouillante, ni par l’alcohol, est de l’albumine pure. La substance soluble que l’albumine coagulée cède à l’eau bouillante, mais qui est insoluble dans l’alcohol, constitue la salivine.
§ 37. — La sali eine tire son nom de la salive, quoiqu’elle ne soit pas propre à cette dernière. Ainsi, la salivine est très répandue; elle existe dans divers produits de sécrétions; on la trouve dans le liquide de certaines hydropisies et dans celui qui remplit la vésicule produite par l’application d’un emplâtre vésicant. Cette substance est soluble dans l’eau à chaud et à froid, mais elle est insoluble dans l’alcohol ; elle ne peut être précipitée ni par les sels métalliques, ni par les acides forts; l’infusion de noir de galle ne trouble que très légèrement la dissolution de salivine ou même ne la trouble nullement.
§38.— L’osmazôme, ou extrait de viande de Thouvenel, est soluble dans l’eau et dans l’alcohol à froid et à chaud. Quant on la laisse exposée à une atmosphère humide, elle tombe en déliquescence ; elle se fond à l’action de la chaleur ; enfin elle est précipitée de ses dissolutions par une infusion de noix de galle. C’est dans la chair musculaire que l’osmazôme est surtout abondante : elle l’est moins dans la plupart des autres tissus. D’après Gmelin, il existe encore de l’osmazôme dans la salive, dans le suc gastrique et dans le fluide pancréatique. Berzélius regarde
l’osmazôme, non comme une substance particulière, mais comme une combinaison d’une matière animale avec des lactates. On peut la séparer de ces derniers au moyen du tannin, qui la précipite.
§ 39. — Ce qui reste après que l’on a retiré l’acide lactique et l’osmazôme du coagulum desséché du sérum est l’albumine. Cette substance fait également partie de la lymphe, du chyle, du blanc d’œuf, du jaune d’œuf, (dans ce dernier, elle est mêlée avec de l’huile) ; il existe encore dans les liquides sécrétés par les membranes séreuses, dans le fluide du tissu cellulaire, dans les humeurs aqueuses de l’œil, dans le corps vitré, dans le cerveau et les nerfs, (ici, elle se trouve combinée avec une matière grasse qui contient du phosphore), dans le contenu des vésicules de Graaf de l’ovaire des Mammifères et de l’IIomme. Mais nous n’avons à nous occuper que de l’albumine du sérum. Elle se présente sous deux états.
A. Albumine à létal de dissolution.
§ 40. — Dans le sérum, l’albumine paraît combinée avec la soude et forme ce qu’on appelle un albuminate de soude. Berzélius ne croit pas que ce soit la soude qui tienne l’albumine à l’état de dissolution dans le sérum; car on peut saturer la soude par l’acide acétique, sans que l’albumine se précipite. Slromeyer a trouvé qu’il fallait dix gouttes de vinaigre distillé pour neutraliser une demi-once de sang. Quand on fait évaporer du sérum ou une dissolution d’albumine à une température au-dessous de CO0 centigr., l’albumine se dessèche et devient transparente; dans cet état, elle est de nouveau soluble dans l’eau. A une température qui varie entre 70° et 75° cent., l’albumine se coagule et devient alors insoluble dans l’eau.
Si l’on étend le sérum d’une trop grande quantité d’eau, il ne se solidifie plus par l’action de la chaleur; mais il se coagule en globules, de manière â produire