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LIVRE PREMIER

un fluide laiteux, qui cependant, quand on le fait évaporer, donne une albumine coagulée avec tous les caractères ordinaires de cette substance.

L’albumine dissoute est coagulée par l’alcohol, les acides minéraux, les sels métalliques, tels que les sels de zinc, de plomb, de bismuth, d’argent et de mercure ; elle est également coagulée par le chlore, l’infusion de noix de galle et les dissolutions très-concentrées d’un alcali fixe. C’est ainsi que la coagulation a lieu, quand on verse dans un peu de sérum une quantité considérable de liqueur de potasse caustique. Lorsqu’on soumet une dissolution d’albumine du sang à l’action de la pile galvanique, elle se coagule au pôle positif, non qu’elle soit un corps électro-négatif, mais parce que c’est là que se développe l’acide du sel marin contenu dans le sérum et dans l’albumine. Si l’on se sert d’une pile plus forte, l’albumine se coagule également au pôle cuivre ou négatif. Ce phénomène doit s’expliquer par la manière dont l’albumine se comporte relativement à l’alcali.

Les précipités d’albumine par les sels minéraux, l’alcohol, les sels métalliques et terreux, le tannin, sont insolubles dans l’eau, qui redissout au contraire la caséine que l’on a précipitée au moyen des acides et de l’alcohol. L’acide acétique ne précipite pas l’albumine, tandis qu’il précipite la caséine et la colle que les cartilages donnent à l’ébullition. L’albumine est précipitée de sa dissolution acétique par le cyanure de potassium et de fer, comme le sont la fibrine et la caséine. Gmelin a observé que l’albumine de l’œuf est coagulée par l’éther pur, qui ne précipite pas l’albumine du sérum.

Lorsqu’on mêle de l’albumine à l’état de dissolution avec des acides ou des alcalis, la portion d’albumine qui se combine avec le réactif éprouve les mêmes changements que lorsqu’elle est coagulée, alors même que le réactif employé est incapable de précipiter l’albumine, comme l’acide acétique, l’ammoniaque et une dissolution étendue de potasse ; ainsi, elle est précipitée de sa dissolution acétique, quand on y ajoute de la potasse, et de sa dissolution alcaline, quand on y ajoute un acide. C’est précisément la manière dont se comporte la matière colorante du sang dans les mêmes circonstances.

Si l’on mélange avec du sérum une petite quantité d’un sel métallique, et que l’on y ajoute plus de potasse caustique qu’il n’en faut pour décomposer le sel métallique, l’oxyde ne se précipite pas, mais il reste à l’état de dissolution, combiné avec l’albumine. Berzélius, qui rapporte ce fait, remarque que, par ce moyen, les sels métalliques ou les oxydes peuvent être absorbés par le canal intestinal ou par la peau, portés dans la circulation, dissous dans le sérum et éliminés avec les produits excrétoires. De là vient qu’après l’usage prolongé du mercure on retrouve du protoxyde dissous dans les fluides de l’économie (1).

Parmi les sels métalliques que nous venons de nommer, l’acétate de plomb et surtout le sublimé corrosif ou deuto-chlorure de mercure sont les réactifs les plus sensibles de l’albumine. Ainsi, le sublimé corrosif trouble un liquide qui ne contient qu’un deux-millième d’albumine en dissolution. La grande tendance qu’a l’albumine à s’unir chimiquement avec ce sel en fait l’antidote le plus sûr de ce dernier.

B. De l’albumine coagulée .

S 41. — Elle se comporte chimiquement absolument de la même manière que la fibrine, si ce n’est que l’albumine coagulée ne décompose pas l’eau oxygénée ou peroxyde d’hydrogène. Quand on compare la composition de l’albumine et de la fibrine, on trouve qu’elles contiennent toutes deux une égale quantité de protéine

(1) Aetenrietii und Zeller, dans Reil’s Archiv. Schubarth, dans Horn’s Archiv., 1823, nov, 417; Caste, Mem. d. Tor., 29, 4825; Duciîner’s Tuxicol ., 538.

PHYSIOLOGIE SPECIALE

et une égale quantité de phosphore. Il n’existe donc entre ces deux corps qu’une seule différence : l'albumine contient deux fois plus de soufre que la fibrine. C’est ce qui résulte des analyses de Mulder. D’aprcs ce chimiste, l’albumine est constituée par :

Carbone .

Hydrogène .

Azote .

Oxygène .

Phosphore .

Soufre .

S 42. — Quant à la quantité d’albumine comparée aux autres éléments du sérum, Berzélius est arrivé au résultat suivant : 100 parties de sérum provenant du sang humain contiennent :

Eau .

Albumine .

Osmazôme et lactate de soude. ) - , v , , , (

„ An Extraits pari alcoho .

Chlorure de soude . ) 1 (

Albumine modifiée, carbonate et) ^ , , , , „

phosphate alcalins . j Solubles dans leau. .

Dans son analyse du sérum, Lecanu a trouvé, en outre, un sulfate alcalin, du carbonate et du phosphate de magnésie, et du sulfate de chaux.

article v. — De la matière grasse du sang.

§ 43. — Il est rare que le sang contienne de la graisse libre. Dans le cas où il en existe à cet état, on la voit chatoyer à la surface du liquide. Mais la matière grasse du sang se trouve, pour la plus grande partie, combinée avec la fibrine, la matière colorante et l’albumine. Lorsqu’on fait bouillir avec de l’alcohol du sérum mêlé de globules rouges obtenu en fouettant du sang de Bœuf, et qu’ensuile on filtre, les premières portions de liquide qui passent à travers le filtre contiennent, suivant Gmelin,de la cholestérine, de la stéarine, de l’élaïne et de l’acide stéarique (1). Selon Chevreul, la fibrine contient de quatre à quatre et demi pour cent de graisse phosphorée. Lecanu a trouvé dans le sang une matière grasse crislallisable et une matière oléagineuse. 1000 parties de sérum contenaient 1,20 à 2,10 de la première, et 1,00 à 1,30 de la seconde.

Lorsqu’il existe dans le sang une quantité notable de matière grasse, libre et non combinée, les globules de graisse qui flottent dans le sérum lui donnent une apparence laiteuse. On observe fréquemment ce phénomène chez les jeunes animaux, mais il est rare chez l’Homme adulte.

Toutes les espèces de graisses sont remarquables par. la petite quantité d’oxygène et par la proportion très-considérable de carbone qui entrent dans leur composition. Un fait fort important aussi, c’est que les matières grasses, l’élaïne et la stéarine, qui se trouvent dans le corps à l’état libre, et qui sont toujours combinées l’une avec l’autre, ne contiennent point d’azote.

Stéarine Elaïne

Oxygène . 9,454 . 9,548

Hydrogène. . . . 11,770 . 11,422

Carbone . 78,776 . 79,030

(1) Gmelin’s Chemie, iv, 1163; comp. Boudet, Essai critique el expérimental sur le sang, Paris, 1833

D’autres matières grasses, par exemple, celle du sang, sont combinées avec d’autres substances animales; elles se cristallisent en partie, lorsqu’on les soumet à l’action du froid; elles contiennent de l’azote et ne sont pas saponifiables. La matière grasse que l’on trouve dans le sang et dans le cerveau contient, en outre, du phosphore. On rencontre cette espèce de matière grasse dans le sang, la substance cérébrale, la substance nerveuse, le foie, et peut-être aussi dans quelques autres parties.

S 44. — Les principes immédiats de la plupart des solides du corps, tels que la fibrine, l’albumine, l’osmazôme, l’acide lactique et la matière grasse, existent déjà tout formés dans le sang. La gélatine ou colle que l’on peut extraire des tendons, des cartilages, des os, des membranes séreuses, de la peau, du tissu cellulaire en général, mais particulièrement de celui des muscles, fait exception à cette règle. Parmentier, Deyeux et Saissy ont cru avoir découvert de la colle ou gélatine dans le sang; mais c’était évidemment une erreur. C’est en faisant bouillir dans l’eau les parties que nous venons d’énumérer qu’on obtient la gélatine. Elle se distingue de l’osmazôme par son insolubilité dans l’alcohol froid et dans l’eau froide, mais elle est soluble dans l’eau chaude. Alors même qu’on la fait dissoudre dans cent cinquante parties d’eau chaude, elle forme en se réfroidissant une gelée qui est un composé de gélatine et d’eau. Cette gelée se redissout dans l’eau bouillante, caractère qui la distingue de la fibrine et de l’albumine. La gélatine se dissout lentement dans les acides et les alcalis. Elle est précipitée de ces dissolutions par le tannin, l’alcohol, le deuto-chlorure de mercure, le sulfate de platine, le chlorure de platine et le chlore; mais elle n’est pas précipitée par les acides chlorhydrique et acétique , l’acétate de plomb, l’alun, le sulfate d’alumine et le sulfate de fer. La gélatine dissoute dans les acides n’est pas précipitée par le cyanure de potassium et de fer. Quelques écrivains regardent la gélatine comme un produit de la décomposition de matières animales, qui serait déterminée par l’ébullition. A l’appui de cette manière de voir on cite cette observation de Berthollet, qu’un morceau de chair musculaire, qui ne donne plus de colle à l'ébullition, réacquiert la propriété de donner de la colle, lorsqu’on le laisse putréfier dans un air non renouvelé, avec développement de gaz acide carbonique (1). Cette opinion, cependant, ne me semble nullement fondée. Les tissus que nous avons énumérés plus haut sont les seuls qui donnent de la colle à l’ébullition. Ils doivent donc contenir une substance particulière préexistante au traitement qu’on leur fait subir.

Des recherches plus récentes auxquelles je me suis livré (2) démontrent que cette substance présente encore des différences particulières, selon le tissu d’où elle a été extraite. Ainsi, les cartilages et la cornée donnent à l’ébullition une espèce de gélatine, chondrine , qui ressemble, sous tous les rapports, à la gélatine ordinaire ; mais elle en diffère essentiellement, en ce qu’elle est précipitée par l’alun, le sulfate d’alumine, l’acide acétique, l’acétate de plomb et le sulfate de fer, qui ne précipitent pas la gélatine ordinaire. Maintenant, ce qui distingue la chondrine de la caséine, c’est que son précipité par l’alun est redissous par un excès d’alun ; c’est que son précipité par l’acide acétique ne se redissout pas par un excès d’acide, tandis que, dans ces circonstances, la caséine se comporte d’une manière tout-à-fait opposée. En outre, la chondrine se prend en gelée par le refroidissement ; sa dissolution acide n’est pas précipitée par le cyanure de potassium et de fer; enfin, elle n’est pas coagulée par la présure ou la pepsine: autant de caractères qui différencient la chondrine de la caséine.

(1) Consultez Wieniioi.t, daus Meckeî.’s Archiv., t, 206. — (2) Poggenoorfe’s Annal., xxxvm.

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