CHAPITRE III. — Analyse du sang par le galva?iisme
S 45. — Nous devons à Dutrocliet plusieurs expériences très-ingénieuses au sujet de l’action que le galvanisme exerce sur les substances animales. Cet auteur croyait même avoir réussi à produire des fibres musculaires, en faisant agir la pile galvanique sur de l’albumine. Il supposait que chaque globule sanguin constituait une paire de plaques, le noyau du globule représentant l’élément négatif, et l’enveloppe représentant l’élément positif.
Mais tous les phénomènes qu’il a observés et qu’il a attribués aux différentes propriétés électriques du sang s’expliquent par la précipitation de l’albumine et de la fibrine, précipitation qui est le résultat de la décomposition des sels du sérum et de l’oxydation du fil de cuivre employé dans ses expériences; car on sait que la décomposition des sels du sérum et l’oxydation du cuivre sont les effets ordinaires de l’action galvanique.
Si l’on soumet à l’action de la pile voltaïque une goutte de solution aqueuse de jaune d’œuf, qui tient en suspension de très-petits globules microscopiques, on remarque bientôt les ondes que Dutrocliet a découvertes le premier (2). L’onde qui part du pôle cuivre ou pôle négatif est transparente, parce que l’albumine est maintenue dans son état de dissolution par l’alcali, tandis que celle qui part du pôle zinc ou pôle positif où se réunit l’acide est opaque et blanchâtre, surtout près du fil Les deux ondes marchent l’une vers l’autre, et au moment où elles entrent en contact, il se forme soudainement sur la ligne où elles se rencontrent un coagulum linéaire qui représente exactement la forme de celte ligne. Ce caillot est sinueux, comme le sont les bords de deux ondes au moment de leur rencontre. La formation du caillot s’accompagne d’un mouvement visible : cependant, aussitôt qu’il est formé, tout redevient tranquille, et l’on n aperçoit plus le moindre mouvement. C’est pourquoi nous avons peine à comprendre comment un observateur du premier ordre, tel que Dutrocliet, a pu regarder ce caillot albumineux comme une fibre musculaire produite par l’électricité. Ce caillot n’est pas autre chose que de l’albumine coagulée ; il est tout-à-fait mou et semblable de tout point à l’albumine qui se réunit autour du pôle zinc, quand on galvanise le sérum. 11 est composé de globules que l’on peut facilement isoler les uns des autres, et qui se sont simplement déposés sous la forme de la ligne de contact des deux ondes, sans qu'il y ait entre eux la moindre cohésion. Lorsqu’on expose à l’action des deux pôles une goutte de sérum , peu importe qu’il provienne du sang de Grenouille ou du sang d’un Mammifère quelconque, on n’aperçoit aucune ondulation; mais il se fait au pôle zinc un dépôt de globules d’albumine qui augmente successivement. Dans ce cas, les premiers globules déposés autour du pôle sont repoussés en dehors par les nouveaux dépôts qui se forment continuellement près du fil. Si l’on adopte la théorie de Dutrocliet pour expliquer l’action du galvanisme sur les substances animales, on doit considérer l’albumine du sérum comme un corps électro-négatif, attendu qu’elle se dépose autour du pôle zinc ou positif de la pile. Mais il n’en est pas ainsi. La cause réelle de la précipitation de l’albumine est sa coagulation par l’acide, coagulation qui dépend de ce que l’acide des sels décomposés se réunit autour du pôle positif. Si l’albumine ne se dépose pas autour du pôle négatif, c’est que l’alcali, qui s’accumule autour de ce pôle, la maintient dans son étal de dissolution. Mais pourtant, quand la pile est trèsforte, il se précipite aussi de l’albumine au pôle cuivre, comme l’a fait voir Gmelin Ce phénomène doit être attribué, soit au développement de calorique qui
(1) Les observations originales de J. Muller sur ce sujet se trouvent dens Pocgendorff’s Annal, 1832, 8. — (2) Annales des Sciences naturelles, 1831.