LIVRE PREMIER
s’opère alors, soit, ce qui est plus probable, à la présence d’une dissolution concentrée d’un alcali fixe qui a le pouvoir de précipiter l’albumine, fait qui a été observé par Dutrochet et par moi. La différence dans la quantité de sels qui existent dans les déux liquides explique clairement pourquoi, avec une batterie de même force, on parvient à précipiter une quantité considérable d’albumine du sérum autour du pôle zinc ou positif, tandis que, dans une solution de jaune d’œuf, on produit simplement une ondulation trouble qui ne donne naissance à un caillot, que lorsque celte onde rencontre celle du pôle négatif. Lassaigne (1) coagula de l'albumine au moyen de l’alcohol , puis lava ce caillot dans le même liquide, jusqu’à ce que le nitrate d’argent attestât que l’albumine ne contenait plus de chlorure de soude. Lorsque ce caillot d’albuminé se trouve par ce procédé débarrassé de ses sels, l’eau en dissout sept millièmes. Cette faible quantité d’albumine ainsi dissoute ne se coagule plus sous l’influence du galvanisme, parce qu’elle ne contient pas de chlorure de soude; mais elle se prend en caillot, dès qu’on y ajoute du sel commun.
Si je voulais appliquer la théorie de Dutrochet aux expériences que je viens de raconter, je dirais que l’albumine du jaune d’œuf est neutre, car elle ne se coagule qu’au contact des deux ondes, et que l’albumine du sérum est électro-négative, parce qu’elle se coagule au pôle positif. Mais il suffit d’ajouter un peu de sel commun à la solution de jaune d’œuf, pour qu’elle se coagule au pôle positif et qu’il ne se forme plus d’ondes.
§ 46. — Quand, après avoir largement étalé une goutte de sang de Grenouille ou de Mammifère, on la soumet à l’action de la pile galvanique, les bulles ordinaires de gaz se forment autour du pôle cuivre, et l’albumine se coagule autour du pôle zinc, sous forme d’une masse molle composée de granules, précisément comme lorsqu’on traite le sérum de la même manière. Quant aux globules rouges du sang, ils ne se réunissent ni autour du pôle positif, ni autour du pôle négatif. La coagulation de la fibrine n’est ni accélérée ni retardée ; elle ne s’opère spécialement ni au pôle positif, ni au pôle négatif, mais dans toute la largeur de la goutte entre les deux pôles, et tout autour des fils, à quelque distance d’eux. Les globules rouges qui se trouvent immédiatement autour des pôles sont décomposés par l’action des acides et des alcalis qui se réunissent aux deux pôles opposés ; mais, dans les autres parties de la goutte, ils ne subissent aucun changement. Si, au lieu de sang de Grenouille, on expérimente sur du sang artériel ou veineux de Lapin, la coagulation de la fibrine s’effectue de la même manière.
Lorsqu’on soumet à l’action de la pile galvanique une goutte de sang de Grenouille préalablement dépouillée de sa fibrine, on observe les mêmes phénomènes que dans le sang frais, à l’exception de ceux qui dépendaient de la présence de la fibrine.
S 47. — Quand j’exposais à l’action de la pile voltaïque une goutte d’une dissolution aussi concentrée que possible de matière colorante, obtenue en lavant le caillot du sang de Mammifère préalablement débarrassé, à l’aide de papier brouillard, du sérum qu’il contenait, j’avais des résultats différents, selon que je fermais la d aine avec un fil de cuivre, ou que j’ajoutais à son extrémité un morceau de fil de platine, pour empêcher que l’oxydation du cuivre ne vint troubler mon expérience. Dans ce dernier cas, les résultats étaient les mêmes que ceux qu’avait obtenus Dutrochet; mais dans le premier, ils étaient différents. Lorsque je me servais d’un simple fil de cuivre pour fermer la chaîne, il se formait autour du pôle zinc un caillot pultacé et rougeâtre, composé d’albumine et de matière
(1) Annales de Chimie et de Physique, t. xx, p. 97; Wkbeks Anatomie , t. i, p. 87.
PHYSIOLOGIE SPÉCIALE
colorante. Ce caillot devenait successivement plus considérable par suite des nouveaux dépôts qui se produisaient autour du pôle zinc, et Panneau rouge qui entourait le fil s’élargissait graduellement. Cependant les derniers dépôts étaient moins rouges que les premiers; la plupart des derniers offraient même une teinte de gris blanc. La coagulation a lieu tout autour du pôle zinc; mais pourtant elle s’étend un peu plus dans la direction du pôle cuivre que dans les autres directions. Le précipité a la forme de Ponde que nous avons décrite dans les expériences précédentes, mais il est formé d’une pulpe consistante. On voit, au pôle cuivre, s’opérer le développement ordinaire de gaz ; quelquefois même il s’y produit une ondulation très peu distincte, dans laquelle la matière colorante demeure à l’état de dissolution, comme dans le reste de la goutte. Le bord de cette onde est d’un rouge un peu plus foncé que le reste du liquide. Dutrochet lui donne le nom d’onde rouge; mais rien ne justifie cette dénomination. L’alcali, qui s’accumule autour du pôle négatif, maintient en général à l’état de dissolution la substance animale qui, connue le reste du fluide, renferme de la matière colorante dissoute, tandis que l’albumine et la matière colorante se coagulent autour du pôle positif. La description que donne Dutrochet des effets du galvanisme sur une dissolution de matière colorante, est tout-à-fait différente de ce que j’ai observé moimême (1). Ainsi, il dit avoir aperçu deux ondes ; l’une, celle du pôle zinc était acide et transparente et, à mesure qu’elle s’accroissait, elle poussait devant elle la matière colorante qui s’était accumulée autour et en dehors de celte onde; Ponde alcaline du pôle cuivre, au contraire, était occupée par la matière colorante. Les deux ondes, en se réunissant, formaient un léger coagulum provenant de l’albumine du sérum enlevé au caillot sanguin en même temps que la matière colorante. La matière colorante rouge se combinait presqu’en entier avec ce coagulum. Dutrochet dit que, dans cette expérience, la matière colorante rouge s’éloigne du pôle positif pour s’amasser au pôle négatif, et il en conclut que celte substance est un corps électro-positif. Mais cette assertion ne repose sur aucun fondement. En effet, j’ai déjà établi que, lorsque j’employais un fil de cuivre pour fermer la chaîne, la matière colorante se coagulait avec de l’albumine autour du pôle zinc, et que le caillot rouge était simplement peu à peu repoussé par le dépôt de nouvelle albumine coagulée. Toutefois, quand, pour éviter l’influence de l’oxydation qu’éprouve le fil de cuivre, j’ajoutais à ce dernier un morceau de fil métallique non oxydable, de platine, par exemple, j’obtenais exactement les mêmes résultats que ceux décrits par Dutrochet. Alors, en effet, il se formait réellement au pôle cuivre et au pôle zinc deux ondes qui marchaient l’une vers l’autre; chacune de ces ondes avait un bord rouge très distinct. Dutrochet ne parle pas du bord rouge de fonde qui se forme au pôle cuivre. L’onde du pôle cuivre n’est pas plus rouge que le reste du fluide ; son bord seul est plus rouge. En conséquence, Dutrochet commet une inexactitude, lorsqu’il prétend que la matière colorante s’accumule au pôle cuivre. J’ai répété très souvent cette expérience, et je n’ai jamais remarqué cette accumulation dont parle le physiologiste français. Dans le bord rouge de fonde du pôle cuivre, la matière colorante s’éloigne, il est vrai, un peu de ce pôle; mais dans le bord rouge de fonde du pôle positif, la matière colorante s’éloigne également du pôle zinc. Quoique fonde du pôle négatif ne soit pas plus rouge que le reste du liquide, celle du pôle positif, au contraire, est réellement moins colorée que le liquide qui se trouve au-delà de l’onde; mais elle n’est cependant pas tout-à-fait incolore. Le bord de fonde plus transparente du pôle positif est plus rouge que celui de fonde du pôle cuivre ou
(4) Froriep’s Nolizcn, no 715.