‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 28 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

négatif, qui pourtant est remarquable par sa couleur foncée. Au bord de l’onde du pôle cuivre, la matière colorante se trouve à l’état de dissolution concentrée ; et au bord de celle du pôle zinc, cette même matière se présente sous la forme de globules extrêmement petits. Il me semble que celte expérience donne un résultat tout-à-fait analogue à celui que l’on obtient, lorsqu’on soumet une solution de jaune d’œuf à l’action de la pile galvanique. Si, en expérimentant sur une dissolution de matière colorante, on emploie un fil de cuivre pour fermer la chaîne, la matière colorante et l’albumine se coagulent au pôle zinc. Si l’on ajoute un peu de sel commun à la dissolution de jaune d’œuf, l’albumine se coagule au pôle zinc. Lorsqu’on mêle un peu de sel commun à la dissolution de matière colorante, elle se comporte, même quand on se sert d’un fil de platine, comme la dissolution de jaune d’œuf additionnée de sel marin, c’est-à-dire qu’il ne se produit pas d’onde, et il se forme un caillot blanchâtre au pôle zinc. D’après tous ces faits, je pense qu’il est impossible d’admettre avec Dutrochet, que la matière colorante du sang soit électro-positive.

§48. — Dutrochet, qui regarde, mais à tort, la fibrine comme formée par l’aggrégation des noyaux des globules rouges du sang, prit de la fibrine qu’il avait dépouillée de toute matière colorante en lavant le caillot, la fit dissoudre dans une légère solution alcaline, puis soumit cette dissolution à l action de la pile voltaïque. Il se dégagea une quantité considérable d’hydrogène au pôle négatif, et de l’oxygène au pôle positif ; mais il ne se forma d’onde à aucun des deux pôles. La fibrine dissoute se coagula simplement au pôle positif. De là, Dutrochet conclut que la dissolution alcaline de fibrine réagit comme un sel neutre dont l’alcali se porte au pôle négatif et l’acide au pôle positif, et que, par conséquent, la fibrine est une substance électro-négative. Cependant, nous savons que la fibrine peut s’unir, soit avec les acides, soit avec les alcalis; dans le premier cas, elle joue le rôle de base, et dans le second, ceiui d’acide. Ainsi, à ne considérer que la manière dont la fibrine se comporte à l’égard des acides minéraux, on pourrait tirer (a conclusion opposée à celle qu’a établie Dutrochet.

Toutefois, en répétant les expériences de Dutrochet, je les trouvai exactes sur la plupart des points, ainsi qu’on devait l’attendre d’un observateur aussi dislingué. Lorsque j’exposais à l’action de la pile voltaïque de la fibrine du sang dissoute dans de l’eau légèrement alcaline et placée sur une plaque de verre ou dans un verre de montre, j’observais qu'il se déposait au pôle positif une petite quantité d’un caillot blanchâtre et pultacé. La fibrinesur laquelle j’expérimentais était de la fibrine de sang de Bœuf obtenue par le fouettement, et je l’avais longtemps lavée sur le filtre, de sorte que je pouvais être à peu près sûr qu elle ne contenait ni sérum, ni sels du sérum. Il sembait donc, an premier abord, que la dissolution alcaline de la fibrine se séparait réellement en fibrine électro-négative, et en alcali électro-positif. Néanmoins, pour arrivera cette conclusion , il faut négliger les sels et les substances minérales qui entrent comme éléments dans la fibrine elle-même; or, la décomposition de ces sels par la pile galvanique doit nécessairement s’accompagner du développement d’un acide au pôle positif, et, par conséquent, la coagulation de la fibrine au pôle positif peut dépendre de ce que cette substance vient à former un corps neutre avec cet acide. Toutefois, il est facile d’élever encore d’autres objections contre la valeur de l’expérience ellemême. Le résultat obtenu par Dutrochet ne s’observe que dans le cas où l’on se sert de fils de cuivre pour fermer la chaîne. Je ne l’ai jamais obtenu , quoique j’aie répété souvent cette expérience, lorsque, pour éviter l’oxydation de l’extrémité du fil de cuivre du pôle zinc, j’y ajoutais un morceau de fil de platine. Or, Dutrochet paraît s’être exclusivement servi de fils de cuivre pour faire ses expé-

PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

riences. Si Ton adapte un fil de platine au pôle zinc, le dégagement de gaz reste le même; il se développe même au pôle positif une plus grande quantité de gaz qu’auparavant, parce que le fil de platine ne s’oxyde pas comme celui de cuivre. Mais il ne se produit pas la moindre trace de caillot au pôle zinc ou autour du fil de platine. De là nous pouvons conclure que, si, dans une dissolution alcaline de fibrine, il se forme un caillot au pôle positif, lorsqu’on emploie un fil de cuivre, ce phénomène dépend uniquement de l’oxydation du métal.

Il semble donc que la dissolution alcaline de fibrine n’est pas décomposée par ■'•la pile galvanique, à moins qu’on n’emploie au pôle zinc un fil de cuivre qui s’oxyde promptement. En conséquence, il n’est nullement prouvé que la fibrine se comporte comme un corps électro -négatif, il suffit de faire attention aux circonstances suivantes, pour reconnaître combien la précipitation de l’albumine et de la fibrine dépend des sels contenus dans la dissolution. La dissolution alcaline de fibrine ne dépose jamais le moindre caillot autour du fil de platine du pôle zinc; mais quand on ajoute un peu de sel commun à la dissolution, il se forme immédiatement un caillot; car, dans ce cas, l’acide chlorhydrique du sel de soude détermine la coagulation de la fibrine au pôle zinc. C’est pourquoi, si l’on veut expérimenter l’action du galvanisme sur une dissolution de fibrine dans de l’eau légèrement alcaline, il faut préalablement débarrasser complètement la fibrine de tout le sérum qu’elle contient, ce liquide renfermant du chlorure de soude. Pour avoir de la fibrine pure et tout-à-fait privée de sérum, il n’y a qu’à fouetter du sang, puis à laver, à grande eau et pendant longtemps le caillot ainsi obtenu.

§49. — J’ai pensé qu’il serait très-intéressant d’expérimenter l’action de la pile galvanique sur la fibrine encore fluide de la liqueur sanguine. Pour cela, je versai sur le filtre parties égales d’eau et de sang de Grenouille, comme je l’ai décrit plus haut (I. § 17), et dès que le liquide eût passé à travers le filtre, je le soumis immédiatement à l’action de la pile. Aussitôt je vis se former au pôle zinc un caillot pultacé d’albumine. La fibrine transparente ne se rassembla ni au pôle zinc, ni au pôle cuivre; mais elle se coagula dans le verre de montre, au milieu du liquide, sous forme d’un caillot isolé, toutcomme si elle n’eût pas été soumise à l’action de l’appareil galvanique. La coagulation de cette dernière substance s’effectua dans le laps de temps ordinaire. Le dépôt albumineux formé au pôle zinc était tout-à-fait semblable à celui que j’obtenais, quand j’exposais à l’action de la pile voltaïque du sang dépouillé de sa fibrine.

§ 50. — J’aiencore, à l’aide de la pile galvanique, expérimenté sur les noyaux incolores des globules rouges du sang de Grenouille. J’avais préalablement eu soin de débarrasser les enveloppes des globules de la matière colorante qu’ils contiennent, en les lavant, ainsi que je l’ai déjà décrit (I, § 28), dans une grande quantité d’eau. Au moyen d’un pipette, j’enlevais la plus grande partie du liquide qui surnageait ; puis, après avoir ajouté un peu d’eau au dépôt blanc qui restait, j’en prenais une goutte que j’étalais sur une plaque de verre et qu’enfin j’exposais à l’action de la pile. J’observais alors les mêmes phénomènes que lorsque je soumettais une dissolution aqueuse de jaune d’œuf à l’influence galvanique. En effet, il se formait deux ondes : celle du pôle zinc était trouble et chassait devant elle des globules microscopiques ; celle du pôle cuivre, au contraire, était transparente et ne contenait pas de globules. Lorsque j’expérimentais sur une dissolution de matière colorante, l’onde venant du pôle zinc chassait devant elle des globules rouges, tandis que, dans un mélange d’eau et de noyaux de globules incolores, l’onde du même pôle poussait devant elle des globules blancs. Celte expérience démontre qu’il n’existe pas de différence électrique entre les noyaux des globules du sang et leur enveloppe. La seule différence apparente que je re-

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