‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 29 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

marquai est celle-ci : dans la dissolution de matière colorante , l’onde du pôle zinc est plus transparente, tandis qu’elle est trouble dans un mélange d’eaii et de noyaux de globules, ainsi que dans une dissolution de jaune d’œuf, laquelle contient également des globules.

Quoique les résultats de mes observations diffèrent en beaucoup de points de ceux qu’a obtenus Dutrochet, je dois exprimer mon admiration pour le talent et la sagacité dont cet observateur éminent a fait preuve dans les recherches auxquelles il s’est livré pour résoudre ce difficile problème de physiologie. Si quelque physiologiste était assez heureux pour prouver d’une façon incontestable la propriété électrique du sang, je ne pourrais que féliciter la science sur le grand progrès que lui ferait faire cette découverte. Mais jusqu’à ce que celte preuve irrécusable soit donnée, il est nécessaire de soumettre à une critique sévère toutes les expériences qui ne justifient pas rigoureusement toutes les inductions qu’on en lire: car les personnes qui ne se donnent p3s la peine de répéter les expériences admettent trop précipitamment et trop complaisamment les conclusions qu’on leur présente.

S 51. — Il est impossible, à l’aide du galvanomètre, de découvrir aucun courant électrique dans le sang; je n’ai aperçu aucune variation dans l’aiguille magnétique du multiplicateur, même lorsque j’implantais un des fils dans une artère d’un animal vivant, et l’autre dans une veine. Bellingeri croyait avoir découvert le moyen de prouver la propriété électrique du sang. Son procédé consistait à provoquer des contractions dans une patte de Grenouille, par la formation d’une chaine composée de sang, du nerf et du muscle du membre de l’animal , plus d’un métal, chaine qu’il fermait en mettant en contact le sang et le métal. 11 parlait du principe que le contact de deux corps hétérogènes fait passer l’éleotricité qui y existe, dans un état de tension plus ou moins considérable, et que cette tension est d’autant plus forte que ces corps sont plus distants l’un de l’autre dans une échelle où ils sont rangés d’après leurs propriétés électriques Bellingeri disposait les métaux dans l’ordre suivant : zinc, plomb, mercure, antimoine, fer, cuivre, bismuth, or et platine. Il comparait la propriété électrique du sang avec celle des métaux ci-dessus. Pour cela, il mettait le sang en contact avec un de ces métaux, puis il mettait le sang et le métal en contact avec le nerf et le muscle de la Grenouille , la contraction de la patte de l’ani mal lui servant d’électromèlre. Selon cet auteur , lorsque deux métaux sont comparativement mis en contact avec le nerf et le muscle d’une Grenouille qui a déjà perdu une partie de son irritabilité , celui des deux métaux qui est positif par rapport à l’autre est celui qui, quand on l’applique au muscle, détermine des contractions au moment de la fermeture de la chaîne, et qui, quand on l’applique au nerf, n’en détermine point, ou bien n'en excite qu’au moment de l’ouverture de la chaine. Malheureusement, c’est précisément l’inverse qui a lieu. Bellingeri affirme que, lorsqu’il étudiait, à l’aide de ce procédé, la propriété électrique du sang, et remplaçait l’un des métaux par du sang, ce dernier se composait différemment à l’égard des divers métaux, et qu’en général il se comportait à leur égard, sous le rapport électrique, comme le fer lui-même. D’après lui, il n’existe sons ce rapport aucune différence entre le sang artériel et le sang veineux. Le sang, dit-il, conserve ses propriétés électriques longtemps après qu’on l’a tiré des vaisseaux (1).

Il est inconcevable qu’on ait pu accorder quelque valeur à ces expériences. Si, pendant une des saisons froides de l’année, le printemps ou l’automne, on

(1) Frokieps Notizen , ii<j 408.

PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

plonge le nerf de la palte d’une Grenouille dans une soucoupe contenant du sang ou de l’eau, ce qui est indifférent, et qu’ensuile, au moyen d’un moi ceau de fil de cuivre, on mette en contact le sang et les muscles de ia patte , on détermine des contractions dans le membre de l’animal. Il est facile de se convaincre soi-même par cetie expérience, qu’un cercle de cuivre et d’eau établi entre le nerf et le muscle est tout aussi efficace qu’un chaîne formée de cuivre et desang. Or, que peuvent prouver les expériences de Bellingeri, si l’eau possède les mêmes propriétés électriques que le sang. 11 est extrêmement probable qu’ici le développement de l’électricité ne tient ni au sang ni à l’eau ; ces deux corps jouent sans doute le simple rôle de conducteurs , l’électricité se développant par le contact du cuivre et du muscle.

chapitre IV. — Propriétés organiques du sang. article premier. — Action vivifiante du sang.

S 52. — Le sang artériel, qui est redevable de sa couleur vermeille à l’oxygène introduit dans les poumons et dissous dans le sang, prend une teinte plus foncée et devient veineux en traversant les capillaires du corps. Ce phénomène résulte du conflit quia lieu alors entre le sang et la matière organisée, conflit dans lequel le sang vivifie les organes, mais devient par cela même incapable d’exercer plus longtemps sur eux cette action vivifiante. Le sang que les veines ramènent au cœur est plus riche en acide carbonique; mais, pendant qu’il traverse les poumons, le sang veineux absorbe de l’oxygène, exhale de l’acide carbonique, reprend sa couleur vermeille, et acquiert de nouveau la faculté de stimuler et de vivifier les organes. Comme, ainsi que nous le verrons plus tard, le sang parcourt en quelques minutes le système circulatoire tout entier , il suffit, par conséquent, de quelques minutes pour que les éléments qui le constituent acquièrent et perdent le pouvoir de vivifier les diverses parties de l’organisme.

C’est a l’état artériel seulement que le sang est capable de maintenir la vie. Lorsque, par une cause quelconque, le sang cesse de s’artérialiser dans les poumons, il en résulte l’asphyxie et même la mort. L’axphyxie, ainsi que l’a démontré Bichat, est principalement déterminée par la suspension des fonctions du cerveau et du système nerveux. Au reste, le besoin de sang artériel se fait moins sentir chez les nouveaux-nés ; il est moindre encore chez les animaux hibernants, pendant la durée de leur sommeil d’hiver, et chez les animaux inférieurs. L’aération du sang ne paraît nullement nécessaire chez les fœtus de Mammifères. Les fonctions qui exigent le plus impérieusement la présence du sang artériel, sont celles du système nerveux et de la vie animale en général. C’est ce que prouvent les symptômes de la cyanose ou maladie bleue, affection dans laquelle, par suite de quelque vice de conformation dans l’appareil circulatoire, tel que la persistance du canal artériel ou de trou de Botal , les deux espèces de sang continuent de se mêler en partie. La nutrition et la sécrétion souffl ent peu, ou même ne paraissent nullement altérées dans cette maladie, quoique la surface du corps soit bleue ou noirâtre; mais la force musculaire est presque nulle ; les plus légers efforts déterminent des symptômes de suffocation, Ja syncope et même l’asphyxie. L’appétit sexuel ne se développe pas ; la température propre du corps est plus basse qu’à l’état normal; enfin, il existe une tendance prononcée aux hémorragies, tendance qui peut devenir fatale (1). Le sang artériel

(1) Consulter les remarques de Nasse au sujet de l’influence qu’exerce le sang artériel sur le

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