‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 41 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

organe ne soit pas rempli de sang, se relâcher autant que dans une expérience faite sur un cœur enlevé au corps d’un animal. En effet , chez l’animal vivant, les vaisseaux capillaires de la substance charnue du cœur se trouvent, au moment du relâchement, gorgés de sang, qui, ensuite, en est chassé par l’effet de la compression qu’exerce sur eux la contraction.

§ 85. — La contraction des ventricules chasserait le sang tout aussi bien dans les oreillettes et les veines que dans les artères, si leurs orifices n étaient pas constamment munis de valvules construites et attachées de façon à ne permettre l’expulsion et l’introduction du sang que dans certaines directions déterminées. Il est vrai qu’à l’orifice des veines caves il n’existe pas de valvules pour empêcher que les oreillettes, en se contractant , ne fassent refluer le sang dans les veines. Mais, comme le courant du sang veineux a lieu dans la direction du cœur, ce courant suffît pour arrêter tout mouvement rétrograde. Quant au passage du sang de l’oreillette dans le ventricule, il est tout-à-fail libre ; car la valvule située à l’orifice auriculo-ventriculaire est attachée de manière à permettre au sang de couler librement dans le ventricule. Céüe même valvule empêche, au moment de la contraction ventriculaire, le reflux du sang dans l’oreillette; alors , en effet, la pression du sang redresse la valvule et ferme ainsi l’orifice.

A l’instant de la systole ventriculaire, le sang s’échappe sans aucun obstacle du ventricule dans l’artère, parce que les valvules sigmoïies ou semi-lunaires situées à l’orifice artériel du ventricule sont écartées les unes des autres parla colonne sanguine chassée dans l’artère et s’appliquent, en ce moment , contre la paroi même du vaisseau. Lorsque la contraction du ventricule cesse, le reflux des artères ne peut avoir lieu ; car le sang lui-même rabat les valvules et les redresse de manière à fermer l’orifice. Grâce à la disposition et au jeu de ses valvules, le cœur constitue une espèce de pompe semblable à la pompe ordinaire. Celle-ci, en effet, est munie de deux soupapes, dont l’une laisse pénétrer l’eau quand on relève le piston, et se referme quand le piston redescend ; tandis que précisément, au moment où le piston redescend, la seconde soupape s’ouvre pour laisser échapper l’eau, et quand on relève le piston, se referme, au contraire, afin d’empêcher le reflux du liquide qui vient de la traverser.

§86. — On doit se représenter le système circulatoire tout entier comme constamment rempli de sang. Les cavités cardiaques sont les seules parties du système, qui, chaque fois qu’elles se contractent, expulsent presque tout leur contenu ; mais il est démontré par un grand nombre d’observations que les ventricules eux-mêmes ne se vident pas complètement pendant leur contraction. Les vaisseaux, au contraire, depuis l’origine des artères jusqu’aux capillaires, et delà jusqu’à l’insertion des troncs veineux au cœur, sont également remplis de sang, soit durant la contraction des ventricules, soit au moment de leur repos ; il n’existe jamais ni air ni vide dans aucune partie du système vasculaire. Par conséquent , la contraction du ventricule gauche ou aortique ne peut faire marcher le sang dans les artères qu’en poussant avec force dans la colonne sanguine artérielle les deux à trois onces de sang qu’il contient. La progression delà colonne sanguine est donc proportionnée à l’espace qu’occupe, à l’origine de l’aorte , la quantité de sang chassée à travers l’orifice aortique par chaque contraction des ventricules, quantité qui, comme nous venons de le dire, varie de deux à trois onces. Dès que la contraction du ventricule est achevée, la cause dumouvèment du sang cesse également; mais l’élasticité des artères surmonte la résistance que le frottement oppose à la progression de ce liquide dans les petits vaisseaux, et cette élasticité détermine ainsi la continuation du mouvement circulatoire. Il existe donc un courant sanguin continu depuis les valvules aor-

\hk PHYSIOLOGIE SPÉCIALE.

tiques jusqu’aux vaisseaux capillaires, courant qui s’accélère, quand le ventricule gauche se contracte de nouveau et chasse encore dans l’aorte à la base de la colonne sanguine deux à trois nouvelles onces de sang. 11 résulte de celte sérié régulière d’actions successives que, dans un espace de temps donné, les veines versent dans les oreillettes une quantité de sang précisément égale à celle que les ventricules envoient dans les artères. En effet, la masse entière du sang décrit un grand cercle unique qui part du cœur et revient au cœur, cercle à un point quelconque duquel il doit, en un temps donné, passer la même quantité de sang que dans tout aulre point. La contraction des ventricules devrait produire un vide dans leur cavité; mais cette vacuité ne se réalise jamais , car le liquide sanguin poussé par la vis à tergo passe immédiatement des veines et des oreillettes dans les ventricules, et prévient la formation du vide : il en est de même pour les oreillettes.

S 87. — La pression que la colonne de sang exerce, à chaque contraction du ventricule, sur les parois des artères, produit ce qu’on appelle le pouls. Dans un instant, nous étudierons ce phénomène d’une manière particulière. Ici, nous nous contenterons de remarquer que le pouls artériel est synchronique à la contraction du ventricule. Dans les très-petits vaisseaux et dans les veines il n’existe pas de pulsation appréciable.

Le cœur, en se contractant, imprime une secousse manifeste aux parois de la poitrine dans la région de la cinquième à la sixième côte ; cette impulsion résulte du choc de la pointe de l’organe pendant la contraction ventriculaire. Ce mouvement dépend de la torsion du cœur sur son axe durant cette contraction, ainsi que l’ont observé Haller, Greeves et Kürschner. Quand les ventricules se contractent, la pointe du cœur se porte davantage à droite, puis elle se reporte à gauche au moment de la diastole (1).

§ 88. — Les mouvements cardiaques sont appréciables au toucher et parfois même à la simple vue ; mais ils s’accompagnent, en outre, d’un phénomène de la plus haute importance. Lorsqu’on applique l’oreille nue ou armée d’un stéthoscope sur la région précordiale, on entend distinctement, à chaque battement du cœur, deux bruits différents. On peut quelquefois, ainsi que je l’ai constaté sur moi-même, entendre les bruits de son propre cœur, lorsque, la nuit, on est couché sur le côté gauche. Ces deux bruits se succèdent rapidement et accompagnent chaque pulsation du cœur. Quand on a entendu ce double bruit, on observe un silence qui correspond au temps de repos de l’organe. L’intervalle qui sépare les deux bruits, comparé au temps de repos, d’après les recherches auxquelles je me suis livré, est à ce dernier comme 1 est à 3; c’est-à-dire que cet intervalle est à peu près le quart du temps de repos entre deux battements, et peut s’évaluer à un cinquième de seconde ou douze tierces. De nombreuses observations longtemps continuées m’ont démontré que le premier bruit est synchronique à l’impulsion cardiaque, et presque synchronique avec le pouls de l’artère faciale : car je ne trouve entre le pouls de cette artère et l’impulsion du cœur qu’un intervalle de deux tierces ou d’un trentième de seconde. Chez une femme en bonne santé, l’étendue dans laquelle j’entendais distinctement le premier bruit était limitée à la région où je percevais l’impulsion cardiaque; mais j’entendais le second dans presque toiite l’étendue delà poitrine et jusqu’à la hauteur des clavicules. Chez les Femmes enceintes, les deux bruits du cœur du fœtus se distinguent très-bien à travers les parois abdominales.

§ 89. — Laennec attribuait le premier bruit à la contraction des ventricules ,

(l) Kürschner, dans MüLLEr.’s^rr/ttu., 1841, p. 103.

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