LIVRE PREMIER
et le deuxième à celle des oreillettes, théorie évidemment fausse, attendu que la contraction des oreillettes précède immédiatement celle des ventricules. D’autres physiologistes ont supposé que le premier bruit était dû à la contraction des oreillettes, et le second à la contraction des ventricules (1). Mais le pouls artériel est tellement synchronique à l’impulsion cardiaque ou la suit si immédiatement, qu’ils ne sont séparés l’un de l’autre que par un intervalle de deux tierces, tandis que le second bruit est séparé du premier par un intervalle de douze tierces ou le quart du temps qui s’écoule entre deux impulsions du cœur. 11 est donc évident que le deuxième bruit ne peut dépendre de la contraction des ventricules.
D’après les expériences plus récentes de Magendie (2), les bruits cessent chez lin animal dont on vient d’ouvrir la poitrine, mais reparaissent, quand on remplace la paroi précordiale par un corps solide qui puisse recevoir les chocs du cœur. Par conséquent, cet expérimentateur attribue le premier bruit au choc de la pointe de l’organe contre les parois thoraciques, choc qui accompagne la contraction ventriculaire; suivant lui, le second bruit résulte du choc que la face antérieure du cœur imprime à ces mêmes parois pendant son mouvement de dilatation.
Les expériences du comité nommé par la section médicale de l’Association Britannique (3) prouvent que, malgré l’ablation du sternum et des côtes, et, par conséquent, malgré l’absence de choc du cœur contre une paroi solide, on distingue néanmoins parfaitement, à l’aide du stéthoscope, les deux bruits réguliers. Après avoir exécuté cette expérience sur un Veau et constaté la présence des deux bruits, on procéda de la manière suivante. On introduisit une aiguille fine et recourbée dans l’aorte de l’animal, et une seconde aiguille dans l’artère pulmonaire; on les abaissa jusqu’au-dessous du point d’insertion des valvules semi-lunaires ; puis on amena ces aiguilles un peu en haut, et on les fit repasser de dedans en dehors à travers les parois artérielles, à environ un demi pouce au-dessus, de manière que, dans chaque vaisseau, une valvule se trouvait comprise entre l’aiguille et la paroi; cela fait, lorsqu’on appliqua le stéthoscope sur l’origine des vaisseaux, on n’entendit plus le second bruit. D’après ces expériences, il semble qu’on doive se ranger à l’opinion du Dr Williams, et admettre avec lui que le premier bruit est uniquement dû à la contraction des ventricules et constitue, par conséquent, un bruit musculaire, tandis que le second dépend du choc en retour de la colonne sanguine qui opère la tension des valvules sigmoïdes de l’aorte et de l’artère pulmonaire. Néanmoins ces bruits doivent naturellement être beaucoup plus évidents, lorsque la pointe du cœur vient frapper les parois thoraciques pendant la systole , et que sa face antérieure les frappe pendant la diastole (4).
§ 90. — Nous allons passer maintenant à la description de la grande et de la petite circulation. On appelle grande circulation le circuit que parcourt le sang qui part du côté gauche du cœur, traverse les artères du corps, et revient par les veines au côté droit de l’organe. La petite circulation est le trajet que décrit le sang, lorsqu’il se rend du cœur droit aux poumons par les artères pulmonaires et revient au cœur gauche par les veines de même nom. Il n’existe donc pas, à proprement parler, deux circulations. Le sang ne fait en réalité qu’un seul circuit, mais ce circuit présente deux divisions. Dans chacune d’elles, ce liquide traverse un réseau de vaisseaux capillaires, pour passer du système artériel dans le système veineux.
(1) Voy. Burdach, Physiol., Bd. iv, p. 223; traduct. franç. de Jourdan, t. vi, p. 284.— (2) Ann. des Sc. nat., 1834. — (3) Lond. med. Gaz., oct. 1777. — (4) Pour les expériences de IIopf. et de Williams, voy. Lond. med. Gaz., oct. 774.
146 PHYSIOLOGIE SPÉCIALE
article premier. — Petite circulation ou circulation pulmonaire.
S 91. — L’oreillette droite, dans un temps donné, reçoit des veines caves supérieure et inférieure et des grandes veines coronaires, une quantité de sang égale à celle que, dans le même laps de temps, le ventricule gauche chasse dans les artères du corps. Quand l’oreillette se contracte, le sang qui vient des veines cesse immédiatement d’y pénétrer; mais, à l’instant de la diastole auriculaire, ce liquide s’y précipite, et de là passe dans le ventricule droit, des que cesse la contraction de ce dernier. Ainsi, la contraction de l’oreillette précède immédiatement celle du ventricule. Dans mes vivisections, j’ai fréquemment observé deux contractions de l’oreillette pour une du ventricule. Quelquefois, au contraire, l’oreillette ne se contractait pas du tout. Ces deux phénomènes constituaient évidemment des anomalies. L’oreillette, en se contractant, force le sang quelle contient à s’échapper par l’orifice auriculo-venlriculaire qui seul reste libre. En effet, ce fluide ne peut pas refluer dans les veines caves, à cause du courant de sang veineux qui est incessamment poussé vers le cœur par la vis à ta go. En outre , l’orifice des veines coronaires est fermé par la valvule de Thebesius, qui s’applique contre lui par l’etfet de la pression qu’exerce sur elle le sang contenu dans l’oreillette. Par conséquent, le sang que contient l’oreillette s’écoule dans le ventricule droit, qui, pendant la contraction de l’oreillette elle-même, s’est déjà dilaté en partie, et se trouve alors au plus haut degré de distension possible. Au moment où l’oreillette droite se dilate de nouveau pour recevoir le sang que lui apportent les veines, le ventricule droit se contracte. Le sang pressé par celle contraction redresse la valvule tricuspide , ferme ainsi l’orifice auriculo-ventrieulaire , écarte, au contraire, les valvules semi-lunaires qui garnissent l’orifice de l’artère pulmonaire, et va s’artérialiser dans le poumon. Tel est le mécanisme par lequel le sang veineux, qui revient de toutes les parties du corps, passe dans la circulation pulmonaire. C’est le çœur droit qui est chargé de celte fonction.
S 92. — Cependant la contraction de 1 oreillette ne chasse pas dans le ventricule tout le sang qu’elle contient. Elle en fait refluer une partie dans les veines caves supérieure et inférieure, ou, tout au moins, arrête un instant le cours du sang des troncs veineux vers le cœur, cours qui sans cela continuerait sans interruption. Dans les vivisections, on voit les grandes veines se gonfler à chaque contraction de l’oreillette ; et, chez les larves du Triton, j’ai observé que le sang avance seulement par saccades périodiques dans la veine cave inférieure et les veines hépatiques. Quand une cause pathologique, telle qu’une lésion organique de l’artère pulmonaire, l’ossification des valvules semi-lunaires, un obstacle quelconque à la circulation pulmonaire ayant son siège dans les poumons, etc., empêche tout le sang du ventricule de passer dans l’artère pulmonaire, le reflux veineux dont nous parlons doit nécessairement augmenter Ce reflux, ou mieux cet arrêt périodique du sang dans les grands troncs veineux, s’appelle pouls veineux. 11 ne peut pas s'étendre bien loin, grâce à la facilité avec laquelle la veine cède à la pression ; il n’affecte donc que la portion seule du système veineux qui avoisine le cœur.
S 93. — Le sang, une fois dans l’artère pulmonaire, ne peut rentrer dans le ventricule, lorsque celui-ci se dilate de nouveau, parce que la réaction de la colonne sanguine redresse les valvules semi-lunaires situées à l’orifice de cette artère. La petite circulation, c’est-à-dire, le cours du sang depuis le ventricule droit jusqu’au côté gauche du cœur, en traversant les poumons, ne forme pas réellement un cercle, puisque, à la fin de ce trajet, le sang n’est pas revenu à son point de départ La petite circulation n’est qu’une partie de la circulation totale;