‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 43 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

on devrait la nommer de préférence circulation pulmonaire, par opposition à la circulation du reste de l’organisme. Les deux prises ensemble constituent la circulation générale. Le sang veineux arrivé dans l artère pulmonaire est incessamment poussé par de nouvelles quantités de sang que lance continuellement le ventricule droit II parvient ainsi dans les branches de l’artère pulmonaire, et de là, dans les vaisseaux capillaires des poumons. En traversant ces capillaires, il devient rouge vermeil et s’arlérialise; puis,, il est rapporté au cœur par les veines pulmonaires, qui le versent dans l’oreillette gauche.

Les vaisseaux capillaires forment dans le poumon, comme dans toutes les autres parties, un réseau vasculaire très-délié situé entre les plus petites ramifications des artères et les radicules des veines; mais ici les mailles du réseau sont extraordinairement fines. Les innombrables capillaires des poumons sont renfermés et s'étalent dans la membrane délicate qui forme les cellules pulmonaires, dans lesquelles se terminent les dernières ramifications des bronches, et qui, par conséquent, est une continuation de la muqueuse de la trachée. Comme cette membrane délicate, qui va formant successivement chaque cellule, constitue un tout continu, on doit, abstraction faite des bronches, des artères et des veines, se représenter l’intérieur des poumons comme une surface immense réalisée dans un petit espace au moyen des replis celluliformes que présente une membrane contenant un réseau très-serré de vaisseaux capillaires. Ainsi donc, la respiration consiste en ce que le sang est soumis au contact de l’air, qui pénètre par les bronches et traverse les parois de ces cellules, pendant que les particules liquides divisées autant que possible circulent dans le réseau capillaire qui tapisse les parois des cellules.

S 94. — Chez les Reptiles nus, les poumons sont constitués par de simples sacs munis de replis internes en forme de cellules. La seconde forme d’organes respiratoires, c’est-à-dire, les branchies, offre aussi pour caractère essentiel un très-grand développement de surface dans un fort petit espace ; mais, dans les branchies, le développement de la surface respiratoire a lieu vers l’extérieur , tandis que, dans les poumons, au contraire, il est tourné vers l’intérieur , soit sous la forme de vésicules , soit sous la forme de tubes ramifiés. Dans les branchies, le sang se distribue sur une surface fort étendue, au moyen de vaisseaux capillaires réticulés contenus dans les feuillets et les lameiles branchiales. Chaque lamelle a sa petite artère , qui , à son extrémité , se recourbe pour aboutir à une petite veine correspondante. Il existe , en outre , entre ces deux vaisseaux, dans toute la largeur de la lamelle branchiale, une multitude d’anastomoses capillaires transversales. On peut, à l’aide du microscope, observer, chez les Grenouilles et les Salamandres, le mouvement du sang circulant dans les vaisseaux capillaires des poumons vésiculeux de ces animaux (1). D’après mes propres observations, dans la circulation capillaire du poumon, les courants sanguins sont séparés par de petites lies distribuées avec une régularité parfaite, et dont le diamètre est à peine plus considérable que celui des courants euxmêmes. On aperçoit d’une manière encore plus distincte le mouvement du sangdans les vaisseaux capillaires des branchies chez les larves de Salamandres (2). Nous devons à Marshall-Hall des observations extrêmement exactes sur la circulation pulmonaire de la Grenouille, de la Salamandre et du Crapaud (3). D’après lui, chez ces animaux , les branches des artères et des veines pulmonaires marchent

(1) Voy. les figures données par Cowper, dans Philos. Transacl. abridged, vol. v, p. 331; les dessins du poumon de la Salamandre, par Prévost et Dumas, dans Magendie, Précis élémentaire de Physiologie, n. — (2) Rusconi, Délia circolazione delle Lame délit Salam. aquat., Pavia, 1817; Amours des Salam, aquat., Milan, 1821; Steinhuch, Analeclen für Naturkunde, Fürth, 1802. — (3) A crilical and experimental essay on lhe circulation of lhe blood. London, 1831. Plat., 5—8.

148 PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

toujours parallèlement. Dans l’angle formé par deux branches artérielles, il existe constamment une branche veineuse, et dans l’angle formé par deux branches veineuses on trouve toujours une branche artérielle. Dans les cloisons qui séparent les cellules pulmonaires et qui font saillie à l’intérieur du poumon, les branches artérielles et veineuses se distribuent de telle sorte que les ramuscules veineux marchent le long du bord interne de la cloison. Les dernières ramifications des artères et des veines se terminent brusquement dans un réseau capillaire intermédiaire, tandis que, dans tous les autres organes, les vaisseaux vont toujours en se ramifiant, et de celte manière se confondent insensiblement avec le réseau capillaire. Ainsi, les dernières branches des artères et des veines pulmonaires sont partout perforées comme un crible pour livrer ou recevoir le sang des vaisseaux capillaires. Les dessins du docteur Marshall-Hall, qui représentent avec fidélité la circulation capillaire dans les différentes parties du corps, sont extrêmement intéressants, mais surtout la huitième planche.

S 95. — La destruction, soit du réseau capillaire des cellules pulmonaires, soit des cellules pulmonaires elles-mêmes, par l’inflammation, la suppuration ou une dégénérescence organique quelconque , entraîne avec elle deux conséquences fort importantes : premièrement , la diminution de la surface respiratoire, d’où peut résulter une hématose imparfaite , et enfin le dépérissement de l’individu ; secondement , la diminution du nombre de canaux perméables au sang , et, par conséquent, un obstacle à son passage du cœur droit au cœur gauche, pour de là se distribuer dans le reste de l’organisme. Chez les animaux à sang chaud , où la totalité du sang doit traverser le système capillaire des poumons avant d’arriver à la grande circulation aortique, toute diminution de l’étendue du réseau capillaire pulmonaire doit, en général, gêner plus ou moins la circulation. C’est pour cela que, chez les’malades atteints d’affections pulmonaires, il existe ordinairement de l’accélération dans les mouvements du cœur, delà disposition aux congestions sanguines ou aux inflammations du poumon, et, enfin, une excitation fébrile habituelle. Tout autre organe peut être détruit entièrement, sans que la circulation dans le reste de l’économie en souffre le moins du monde ; mais la perte d’une portion du poumon constitue un obstacle général à la circulation, liest donc évident que les personnes, chez lesquelles cet organe est malade, doivent éviter tout ce qui peut augmenter la gêne ou l’activité delà circulation. D’après cela, il est aisé d’expliquer pourquoi d’énormes pertes de substance ne déterminent pas toujours de la fièvre , quand elles portent sur d’autres parties du corps et ne s’accompagnent pas d’une incessante déperdition de liquides; tandis qu’au contraire, la fièvre hectique est la suite ordinaire des lésions organiques de l’organe pulmonaire. Les désorganisations qui surviennent dans d’autres organes ne produisent, en général, que des obstacles locaux à la circulation, par exemple, des stases sanguines et une effusion de sérosité sous forme d’hydropisie locale. Telle est l’ascite qui s’observe dans les cas de dégénérescence du foie , etc. Les lésions du poumon déterminent beaucoup plus rarement des épanchements aqueux. Lorsque les capillaires pulmonaires sont obstrués par des substances étrangères qui y ont pénétré par la voie de la circulation, lorsque , par exemple , on injecte dans les veines d’un animal vivant de l’huile, du mucus, du mercure coulant , du charbon ou du soufre en poudre , la mort est inévitable et survient très-promptement, ainsi que le démontrent les expériences de Gaspard.

S 96. — La circulation pulmonaire serait tout-à-fait indépendante de celle du reste du corps, si les artères bronchiques ne communiquaient pas avecles plus petites branches de l’artère pulmonaire. Lorsque celte dernière ou ses branches

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