LIVRE PREMIER. M
se trouvent rétrécies, tes anastomoses qui existent entre elles et les arlères bronchiques prennent un développement plus considérable.
article h. — Grande circulation.
S 97. — Le sang, après avoir repris sa couleur vermeille ou artérielle dans les capillaires du poumon, est transmis par les veines pulmonaires au ventricule gauche. Alors commence la grande circulation , ou, pour parler plus correctement, la portion de la circulation générale qui a lieu dans le reste de l’organisme. Par la contraction du ventricule aortique, le sang artériel est chassé dans les artères, de là, dans le système capillaire du corps, où il devient veineux et acquiert une couleur noirâtre; il est ensuite rapporté par les veines au côté droit du cœur. Au moment où l’oreillette gauche se dilate ( la diastole des deux oreillettes est simultanée), le sang des veines pulmonaires s’y précipite, et une partie entre déjà dans le ventricule gauche sitôt que cesse sa contraction. En se contractant, l’oreillette pousse Je sang dans le ventricule dilaté qui se trouve alors rempli autant que possible. Pendant la contraction du ventricule gauche, laquelle succède immédiatement à celle de l’oreillette, la valvule i?iitrale forme l’orifice auriculoventriculaire , et le sang pénètre dans l’aorte en écartant les valvules semilunaires dont est muni l’orifice de ce vaisseau. Grâce à ces valvules, la colonne sanguine ne peut refluer de l’aorte dans le ventricule , car la réaction qu’elle exerce sur les valvules les redresse et ferme ainsi l’orifice de l’artère. Le ventricule gauche se contracte avec beaucoup plus de force que le ventricule droit, et personne n’ignore que, chez l’adulte, ses parois sont trois fois plus épaisses que celles de celui-ci. Il était, en effet, nécessaire que le ventricule aortique possédàtune puissance supérieure à celle du ventricule pulmonaire , attendu que la grande circulation parcourt un cercle beaucoup plus étendu que la circulation pulmonaire, et que la résistance à vaincre est naturellement beaucoup plus considérable dans la première, à cause des nombreux frottements que le sang éprouve en traversant les vaisseaux capillaires de toutes les parties du corps.
De l’aorte, le sang, incessamment poussé plus loin par les nouvelles masses de fluide que lance le ventricule à chaque battement du cœur, va se distribuer dans le corps entier, à l’exception des poumons, traverse les vaisseaux capillaires de tout l’organisme, et de là passe dans les veines pour revenir au côté droit du cœur.
§ 98. — Les muscles nombreux qui se contractent constamment, lorsqu’on se livre à de violents efforts, interrompent, dans une grande partie du corps, la circulation capillaire , par l’effet de la compression que ces contractions musculaires exercent sur les vaisseaux. Plus cet obstacle agit d’une manière générale, plus les phénomènes qui en résultent ressemblent à ceux que détermine la gêne de la circulation, qui est causée par une obstruction même légère du poumon. Dans les deux cas, il se produit des faits analogues. La colonne sanguine offre une plus grande résistance qu’à l’ordinaire à la force impulsive du cœur; le sang ne circule ni assez librement, ni assez vite à travers le poumon, et s’y accumule. II eu résulte que l’aération du sang ne s’opère plus qu’imparfaitement, et qu’ainsila respiration, quand on se livre à de violents efforts, devient pénible et laborieuse, phénomène que l’on attribue alors, mais sans aucun fondement, à un besoin plus grand de sang artériel, besoin déterminé par l’augmentation du mouvement musculaire.
S 99. — Dans chaque organe du corps les petites arlères, avant de se confondre avec les capillaires, s’unissent entre elles par des anastomoses répétées,
PHYSIOLOGIE SPÉCIALE
ainsi qu’il est facile de s’en convaincre en examinant une membrane injectée. Un grand nombre de parties du corps reçoivent leur sang par de larges artères qui procèdent de parties très- différentes du système vasculaire. Ainsi, par exemple, le sang que reçoit le cerveau lui vient des carotides internes et des artères vertébrales. Tout le monde connaît la communication qui existe entre les artères épigastrique, mammaire et intercostale. Comme des anastomoses semblables se rencontrent dans toutes les parties de l’organisme , et comme le système des capillaires est partout continu, tous les vaisseaux , soit artères , soit veines, se trouvent étroitement unis entr’eux dans toute l’étendue de l’économie, de sorte que, si l’artère d’une partie vient à s’oblitérer, une autre artère peut facilement la suppléer. Les vaisseaux capillaires du corps entier et les anastomoses des artères forment, par conséquent , un réseau non interrompu qui reçoit le sang d’innombrables artères, et ce sang peut lui arriver directement ou indirectement de sources tout-à-fait différentes. 11 résulte de cette disposition anatomique que, si le vaisseau qui porte ordinairement le sang à une partie vient à s’oblitérer, le sang peut encore se distribuer dans cette partie sans qu’il y ait formation de nouveaux vaisseaux. Il suffit pour cela d’une simple augmentation dans le calibre des anastomoses vasculaires déjà existantes. Telle est la manière dont s’explique le phénomène de la circulation collatérale, ou le rétablissement de la circulation dans une partie, après l’oblitération de son principal vaisseau. Un certain nombre de branches anastomotiques se dilatent d’abord, et ensuite quelques unes de ces mêmes branches se développent graduellement de façon à constituer de véritables troncs artériels. Chez les animaux, on peut lier l’aorte abdominale elle-même, sans que cette opération entraîne nécessairement la mort. Sur l’Homme, on n’a pratiqué que deux fois cette ligature, et toujours le résultat en a été fatal. Cependant on a pu, dans certains cas d’absolue nécessité, lier avec succès, sur l’Homme, toutes les autres grosses artères accessibles à la main du chirurgien. Toutefois, il existe dans l’histoire de la science des observations qui prouvent que l’oblitération même de l’aorte immédiatement au-dessous de l’origine des artères de la partie supérieure du corps peut encore, quand elle s’effectue avec lenteur, permettre le développement d’une circulation collatérale. Dans ce cas, le sang se fraie une voie détournée pour rejoindre l’aorte au-dessous de l’oblitération, et y parvient au moyen de la dilatation des anastomoses qui existent entre l’artère mammaire interne, la première intercostale et les branches intercostales de l’aorte (1). Dans un cas analogue décrit par Reynaud (2), les communications principales entre l’artère sous-clavière de chaque côté et la partie de l’aorte située au-dessous de l’oblitération s’effectuaient au moyen des anostomoses de l’artère cervicale profonde, de la cervicale transversale et de la première intercostale avec les artères intercostales de l’aorte thoracique; de plus , les artères sous-clavière et crurale communiquaient l’une avec l’autre au moyen de l’abouchement direct de la mammaire interne avec l’artère épigastrique.
S 100. — Le sang qui remplit les artères est incessamment poussé par les nouvelles quantités de liquide que le ventricule gauche lance dans l’aorte. Le sang parcourt toutes les ramifications du système artériel, passe dans le réseau capillaire, puis dans les petites veines, et de là dans les gros troncs veineux qui le ramènent au cœur droit. On peut étudier la circulation capillaire en examinant, à l’aide du microscope, certaines parties transparentes. Par conséquent, la circulation capillaire est un objet d’observation directe, et l’on ne conclut pas
(1) roy.lecas observé par A. Meckel, dans Meckel’s 1827, tab. v. —(2) FROiUEP’siVok'sen,
no 537.