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LIVRE PREMIER

à son existence uniquement du fait que le sang passe du système artériel dans le système veineux. La membrane natatoire de la patte de la Grenouille, la queue des jeunes Poissons et des larves de Salamandres, de Grenouilles et de Crapauds, le mésentère de tous les animaux Vertébrés, les ailes de la Chauve-Souris, la membrane germinative de l'œuf des Ovipares sont des parties parfaitement appropriées à l’étude de ce phénomène (1). On voit très-distinctement les globules sanguins passer des dernières ramifications artérielles dans un réseau de vaisseaux capillaires dont le diamètre est presque le même partout. De ce réseau, ils se portent dans les radicules des veines, et celles-ci, par leur réunion successive, vont former des troncs plus volumineux. Dans les vaisseaux capillaires les plus déliés, les globules sanguins ne circulent qu’un à un, et souvent le courant est un instant interrompu. Lorsque les globules marchent ainsi isolément, ils paraissent presque incolores; réunis en certain nombre, ils semblent jaunâtres ; plus nombreux encore, ils sont rouges ou rouges jaunâtres.

Chez les animaux encore plein de vie, les globules du sang eoulent d’une manière continue, sans que le courant éprouve jamais d’accélération. Lorsque, au contraire, les animaux sont faibles et que le mouvement du sang s’effectue avec plus de lenteur, on observe des saccades dans la progression du liquide ; c’est-à-dire, que le courant est bien encore continu, mais qu’il présente de temps en temps une plus grande rapidité. Mais, si l’animal est tout-à-fait affaibli, les corpuscules sanguins n’avancent qu’au moment de la contraction du cœur, et même ils rétrogradent un peu dans l’intervalle des deux battements. Quand plusieurs petits courants artériels se rencontrent dans une anastomose, il y en a toujours un qui l’emporte sur les autres; celui-là seul pénètre dans l’anastomose, pour mêler le sang qu’il contient avec celui des autres courants. Les petits courants se réunissent et se divisent aussi de cette manière dans les vaisseaux les plus déliés du réseau, jusqu’à ce qu’ils se rassemblent pour former les radicules veineuses. Parfois un courant change de direction, lorsqu’un second courant devient plus fort que lui et que la cause qui détermine le premier vient à s’affaiblir. C’est ce qui arrive, quand on exerce une compression sur la partie que l’on examine. Tous les globules sanguins passent des artères dans les veines, et l’on ne voit jamais un globule isolé s’arrêter et s’unir à la substance propre du tissu.

S 101. — Pendant son passage à travers le système des vaisseaux capillaires, la couleur rouge du sang devient noirâtre. Dans les veines, le mouvement du sang est uniformément continu et non pulsaloire, comme il l’est dans les artères. Les veines, qui sont exposées à la pression des muscles, sont munies de valvules ou soupapes en forme de godet qui empêchent la rétrogradation du sang dans la direction des capillaires. En conséquence, aucune compression exercée sur les veines ne saurait interrompre la progression du sang vers le cœur; loin delà, cette compression la favorise. Il n’existe pas de valvules dans les veines des parties qui sont à l’abri de toute pression extérieure. Mayer a découvert des valvules incomplètes dans les veines pulmonaires, et E. H. Weber a constaté dans la veine

(1) Foy. les dessins des vaisseaux capillaires afférents de Y Area msculosa de l’œuf, dans Pander’s Entwickelungs - geschickte des Hühnchens im Ei-, de jeunes Poissons, dans Doellinger’s Denkschrift. der Akad. der JFissenschaft. zu München, Bd. vil; de la membrane natatoire de la patte de la Grenouille , dans Schultz’s Lebens prozess im Blute, Berlin, 1822; et dans Marshall-Hall’s, Essay on lhe circulation, tab. ni; de différentes parties de la Grenouille et des Mammifères, dans Kaltenrrunner, Exp. circà statum sanguin, et vas in inflammatione, Monacb, 1826; du mésentère de la Grenouille, Reichel, De sanguine ejusque motu, Lips, 1767; Marshaii.-Hall, loc. cit., tab. IV; de la queue de l’Épinoche, Marshall-Hall, loc. cit., tab. i; des embryons et larves de Poissons, de Grenouilles et de Salamandres, Balmgaertner, Ueber Nerven und Blut, Freiburg, 1830; Schultz, System der Circulation.

152 PHYSIOLOGIE SPÉCIALE

porte du Cheval la présence de valvules que Pon ne rencontre pas chez l’Homme.

article ni. — Circulation de la veine 'porte .

S 102. — Le sang de la rate, du canal intestinal, de l’estomac, du pancréas et du mésentère ne retourne pas immédiatement à la veine cave. Les veines de ces organes s’unissent pour former la veine porte, qui verse le sang veineux qui provient de ces diverses sources dans les vaisseaux capillaires du foie, lesquels reçoivent aussi le sang de l’artère hépatique (§ 79). Cependant, le professeur Retzius, de Stockholm, m’a annoncé qu’il avait découvert chez l’Homme l’existence de quelques communications très-déliées entre les veines du canal intestinal et les branches de la veine cave inférieure. Après avoir finement injecté la veine cave et la veine porte avec des matières froides et diversement colorées, il trouva que le mésocolon et le colon gauche avaient reçu les deux injections, et que les veines appartenant aux deux systèmes s’anastomosaient en plusieurs endroits. Les veines du colon et du mésocolon, qui appartenaient au système de la veine cave et aboutissaient à la veine rénale gauche, étaient situées superficiellement; tandis que celles qui dépendaient de la veine porte étaient pour la plupart plus rapprochées de la membrane muqueuse. La surface externe du duodénum avait reçu aussi l’injection de la veine cave. Breschet a rempli la veine mésentérique inférieure par les branches de la veine cave inférieure, et Schlemm a découvert, aux environs de l’anus, des communications manifestes entre la veine mésentérique inférieure et les branches de la veine cave inférieure. Cette disposition anatomique nous démontre que, dans les stases et les congestions sanguines, peut-être même dans les inflammations du canal intestinal, les émissions sanguines pratiquées à la région anale peuvent être d’une grande utilité.

Avant d’atteindre le cœur, le sang de la veine porte, chez tous les Vertébrés, et celui des veines afférentes rénales, chez les Poissons et les Reptiles, doivent donc surmonter une seconde fois la résistance que lui offrent les parois des canaux déliés du système capillaire. Sur les larves de Salamandres, on peut étudier la circulation hépatique avec le seul secours du microscope simple, en faisant tomber la lumière sur l’objet (1). 11 n’existe aucune différence appréciable de coloration entre le sang de la veine cave, celui de la veine porte et celui des veines hépatiques.

§103. — Après avoir décrit d’une manière générale la circulation, il nous reste à étudier la rapidité de la progression du sang, et à calculer combien il lui faut de temps pour parcourir le cercle entier du système vasculaire et revenir à son point de départ. On ne peut pas juger de la vitesse de la circulation du sang par la rapidité avec laquelle il s’échappe d’un vaisseau divisé. En effet, dans ce dernier cas, la vitesse résulte de la pression totale à laquelle la masse entière du sang est soumise dans le système vasculaire, ce liquide, au point de l’incision du vaisseau, ne rencontrant plus aucune résistance. Dans les vaisseaux intacts, au contraire, une nouvelle quantité de sang ne peut avancer qu’en poussant devant elle la masse tout entière du liquide , et qu’après avoir vaincu la résistance qui résulte du frottement des petits vaisseaux.

Nous devons à Hering des recherches extrêmement intéressantes sur le temps

(l) J. Müller, dans Meckël’s Archiv, 1828. Voy. la figure que j’en ai donnée dans mon ouvrage intitulé : De gland, penil. struct tab. x, tig. 10.

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