LIVRE PREMIER
que met le sang à parcourir le cercle entier de la circulation (1). Dix-huit expériences exécutées sur des Chevaux ont donné à cet observateur les résultats suivants. Le temps nécessaire à une solution plus ou moins forte de cyanure de potassium et de fer, introduite dans une des veines jugulaires et mêlée immédiatement avec le sang du cheval, pour passer dans la veine jugulaire opposée, en traversant le côté droit du cœur, la circulation pulmonaire, les cavités gauches du cœur et la circulation générale, varie de vingt à vingt-cinq ou trente secondes. 11 fallait à la même subtance vingt secondes pour aller de la veine jugulaire à la grande saphène, et quinze à trente pour passer delà veine jugulaire dans l’artère massétérique. Pour arriver jusqu’à l’artère maxillaire externe, il fallut, dans une première expérience, dix à quinze secondes, et dans une autre, vingt à vingt-cinq secondes. La transmission de cette substance de la veine jugulaire à l'artère métatarsienne demandait vingt, trente et quelquefois plus de quarante secondes pour s’accomplir. Le résultat était à peu près le même, quelle que fût la fréquence des battements du cœur.
Il existe encore une autre méthode pour évaluer la vitesse de la circulation. Elle consiste à calculer la quantité de sang que le cœur chasse dans les artères à chacune de ses contractions, et à diviser par cette somme la masse totale du sang que l’on suppose en général contenue dans l’organisme. Burdach (2) a rassemblé tous les faits que possède la science sur la quantité de sang qui existe chez l’homme. Suivant Wrisberg, une Femme aurait perdu dans une hémorrhagie mortelle vingt-six livres de sang , et après la décapitation d’une Femme pléthorique, on en recueillit vingt-quatre livres. Si l’on admet qu’à chacune de ses contractions, le cœur de l’Homme lance dans les artères deux ou trois onces de sang, il faut cent trente-trois ou deux cents battements pour faire circuler une masse de sang du poids de vingt-cinq livres. D’après ce calcul, on peut admettre que la circulation complète chez l’Homme, exige cent trente-trois à deux cents battements du cœur. Cependant le résultat obtenu par la méthode de Hering nous parait beaucoup plus positif.
S 101. — Le temps que met une certaine quantité de sang à passer d’un côté du cœur à l’autre, ou à accomplir la moitié de la circulation, varie suivant l’organe qu’il a à traverser. Le sang qui va du ventricule gauche au côté droit du cœur, en traversant les vaisseaux coronaires, met infiniment moins de temps pour accomplir sa course, que celui qui descend du côté gauche du cœur jusqu’aux pieds et revient ensuite au côté droit ; ainsi, la circulation depuis le cœur gauche jusqu’au cœur droit forme une multitude d’arcades dont l’étendue varie à l’infini. La plus petite de ces arcades est celle que décrivent les vaisseaux coronaires destinés à la nutrition du cœur lui-même. Le trajet que le sang a à parcourir pour se rendre du cœur droit au cœur gauche à travers les poumons est plus court que la plupart des arcades qu’il est obligé de suivre dans la circulation aortique. Ici, en outre, la vitesse du sang est beaucoup plus considérable, toutes choses étant égales d’ailleurs, que dans la majeure partie des vaisseaux qui appartiennent à la grande circulation.
g 105. — Quoique la quantité de sang contenue dans cette dernière se trouve, vu son extrême étendue, de beaucoup supérieure à la quantité que contient le système circulatoire pulmonaire, cependant on peut se représenter qu’il passe, dans un temps donné, par un point quelconque de l’artère pulmonaire, précisément autant de sang que par un autre point imaginaire pris dans la longueur de l’aorte. En eilet, dans les troncs principaux, toute quantité de sang qui
(l) Zeitschrift fur Physiologie, ni, p. 83. — (2) Physiologie, îv, 101, 253; trad. franç. de Jourdan, vi, 118; comp. Herbst, De Sang, quanlilalc, Goclting., 1822.
15A PHYSIOLOGIE SPÉCIALE
quitte un point doit nécessairement trouver place dans un autre point, pourvu, toutefois, que le cercle soit fermé, c’est-à-dire, que le sang ne puisse s’échapper par une lésion pratiquée à un vaisseau quelconque. Dans les capillaires, au contraire, la circulation est sujette à de grandes variations.
Enfin, il est à remarquer que la rapidité du mouvement du sang doit nécessairement être moindre dans les petites branches que dans les troncs en général, attendu que le calibre réuni des petites branches est supérieur au calibre du tronc lui-méme. Par conséquent, si nous supposons toutes les branches vasculaires d’un organe réunies en un seul tronc, et le sang circulant dans ce tronc de maniéré à revenir au point de départ, et à décrire ainsi un cercle parfait et fermé de toutes parts, le mouvement des particules du sang sera plus rapide dans les portions du cercle où le tube se trouvera rétréci, et plus lent dans celles où il sera plus large ; malgré cela, il devra, dans un même espace de temps, passer par chaque point du cercle une quantité de sang tout à fait égale
chapitre III. — Du cœur considéré comme cause de la circulation du sano.
§ 106. — De même que les autres organes musculaires, le cœur se contracte quand on l’excite mécaniquement ou à l’aide du galvanisme. Sœmmering, Behrends et Bichat nient l’influence du galvanisme sur le cœur ; mais j’ai souvent répété les expériences de Humboldt et de Fowler, et j’ai obtenu les mêmes résnltats que ces observateurs sur des Grenouilles, et même sur des Chiens dont le cœur avait cessé de battre. J’ai déterminé des contractions de cet organe avec le stimulus d’une simple paire de plaques, ou d’une faible pile galvanique. Néanmoins, le cœur, ainsi que plusieurs autres organes doués de mouvements involontaires, le canal intestinal, par exemple, se distingue des muscles volontaires en ce que les irritations n’excitent pas une simple convulsion instantanée, mais une série de contractions rhythmiques.
S 107. — Pour expliquer le caractère rhythmique des contractions cardiaques, on a dit que la systole, c’est-à-dire, l’acte par lequel le cœur chasse le sang, son stimulus naturel, dans les artères, est elle-même la cause qui détermine cet organe à se remplir d’une nouvelle quantité de liquide amené par les veines. On explique de la même manière pourquoi la contraction des oreillettes et celle des veines s’opèrent alternativement; les oreillettes, en se contractant, déterminent la réplétion des ventricules, et vice versa.
Mais, quoique une certaine quantité de sang et une certaine distension des cavités du cœur soient nécessaires à cet organe pour la conservation de son activité, quoique toute dilatation mécanique intérieure du cœur ait pour effet de provoquer ses contractions, cependant la présence du sang dans ses cavités ne saurait être la cause du rhythme de ses battements. En effet, le cœur vide de sang continue de se contracter, mais, à la vérité, moins énergiquement. La cause de cette périodicité doit donc être plus profonde et résider dans le conflit des nerfs du cœur avec la substance musculaire de cet organe. Au reste, nous reviendrons sur cette question quand nous traiterons des mouvements involontaires.
article premier. — Inßuence de la respiration sur V action du cœur .
§ 108. — Sitôt que les changements chimiques que le sang éprouve dans les poumons s’interrompent, soit que cette interruption résulte de l’arrêt des mouvements respiratoires par suite de la lésion des nerfs dont ils dépendent, soit