‹ Traité de physiologie de l'hommeChapitre 47 sur 87 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

qu’elle provienne d’obstacles mécaniques aux mouvements respiratoires, ou de l’inhalation de gaz non respirables, l’activité vitale de tous les organes du corps s’affaiblit à la fois, et, chez les animaux supérieurs, elle s’éteint même rapidement. Quoique le sang noir, ainsi que l’ont démontré Bichat et Emmert (1), continue pendant quelque temps de circuler dans les artères, et quoique, chez les animaux à sang chaud eux-mêmes, le cœur continue quelquefois d’exécuter de lents et faibles battements pendant plus d’une demi-heure , néanmoins la suspension de la respiration affaiblit à un tel degré l’action de cet organe, que la circulation cesse bientôt. D’autre part, quel que soit l’animal sur lequel on expérimente, si, après avoir, par une lésion de l’encéphale et surtout de la moelle alongée, ou par l’empoisonnement, aboli les mouvements respiratoires, on entretient artificiellement la respiration, la circulation peut persister plus longtemps. Sur un Chien qu’il avait décapité, après avoir lié les vaisseaux cervicaux, et chez lequel il entretint artificiellement la respiration, Brodie vit les battements du cœur continuer encore deux heures et demie, à raison de trente-cinq pulsations par minute; chez un autre Chien, ils persistèrent une heure et demie, à raison de trente pulsations par minute (2). Cependant, chez les animaux à sang froid, l’influence de la respiration ou du sang artérialisé sur le cœur est beaucoup moins évidente. Des Grenouilles, auxquelles j’avais lié et enlevé les poumons, survécurent trente heures à cette mutilation, le cœur ne cessant pas de se mouvoir. En effet, si l’on place une Grenouille dans un milieu tel que la respiration ne puisse s’effectuer, ni par les poumons, ni par la peau , comme lorsqu’on les plonge dans de l’hydrogène pur, elles vivent encore plus de douze heures, ainsi que j’en ai fait moi-même l’expérience. La destruction du cerveau et de la moelle épinière sur une Grenouille anéantit l'action du cœur beaucoup plus promptement, c’est-à-dire, au bout de six heures. Les nerfs exercent donc sur le cœur une influence beaucoup plus immédiate que le sang rouge. Par conséquent, il est possible que la suppression définitive des mouvements du cœur, dans le cas où la respiration est interrompue, dépende principalement du changement qui s’opère dans le système nerveux, dès que celui-ci ne reçoit plus de sang artériel.

Goodwyn attribuait l’affaiblissement et la cessation de la circulation qui, chez les animaux supérieurs, suivent l’abolition de la respiration, à ce que le ventricule gauche cesse de recevoir du sang artériel, et il supposait, par conséquent, que la présence du sang rouge était absolument nécessaire à l’entretien de l’activité des cavités gauches du cœur. Bichat (3), au contraire, a établi et prouvé que chacune des deux moitiés du cœur ne jouit pas d’une irritabilité spécifique, la gauche pour le sang rouge, la droite pour le sang noir, et quelles sont toutes deux susceptibles d’être excitées par le sang rouge que leur apportent les artères coronaires. Chez le fœtus, où les deux oreillettes communiquent au moyen du trou ovale, il n’y a pas de respiration pulmonaire ; seulement, le sang éprouve une modification particulière dans son passage à travers le placenta, et les moitiés droite et gauche du cœur ne contiennent qu’une seule et même espèce de sang.

article h. — Influence du système nerveux sut V action du cwur.

S 109. — Quelqu’évidentes que soient les modifications que les passions et les autres affections du système nerveux impriment aux battements du cœur, cependant plusieurs physiologistes, Haller à leur tête, prétendent que les mouve-

(I) Reil’s Archiv., v, 401. — (2) Ibid., xu, 440. - (3) Recherches physiologiques sur la vie et la mort.

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ments da cœur sont complètement indépendants de toute influence nerveuse. Haller se fonde sur ce que le cœur arraché de la poitrine d’un animal vivant continue encore de se contracter, et sur ce que l’irritation des nerfs cardiaques ne détermine pas de convulsions dans cet organe, comme le fait tout stimulus appliqué sur les nerfs des autres muscles.

Soemmering et Behrends, dans leur ouvrage sur les nerfs du cœur, publié en 1792, s’efforcèrent de prouver que la substance du cœur ne reçoit pas de nerfs, et que toutes les fibres nerveuses qu’on y peut rencontrer appartiennent aux tuniques des vaisseaux cardiaques. Ce travail parut confirmer la doctrine Hallérienne sur la contractilité musculaire. D’après Haller, en effet, la motilité des muscles est une faculté inhérente à la fibre musculaire elle-même, et ne dépend pas de son conflit avec la fibre nerveuse; par conséquent, les nerfs ne sont, comme les stimulus mécaniques, électriques, chimiques, etc., que de simples excitateurs du mouvement musculaire.

IMais Scarpa a démontré que la substance charnue du cœur tout entière reçoit un fort grand nombre de filets nerveux. Humboldt (1) a déterminé des contractions du cœur, chez des Mammifères, en galvanisant les nerfs cardiaques. Burdach (2) a vu, sur un Lapin mort, les battements du cœur devenir plus forts, lorsqu’il appliquait les deux fils de la batterie sur la portion cervicale du nerf sympathique, ou sur le ganglion cervical inférieur. Pour que les expériences qui ont pour but l’étude de la force motrice des nerfs soient concluantes, il faut que les nerfs seuls soient armés et que l’action galvanique soit très faible. En effet, de fortes décharges se transmettent à travers les conducteurs humides, et par conséquent à travers les nerfs , jusqu’à des parties très-éloignées ; elles peuvent donc de cette manière arriver iusqu’au cœur. C’est pour celaque les expériences dans lesquelles Burdach ranimait Tes mouvements du cœur sur un Lapin mort, en touchant le nerf grand sympathique avec de la potasse ou de l’ammoniaque caustique, sont extrêmement intéressantes. Une autre circonstance ajoute à la certitude du résultat, c’est que, chez un Lapin mort, l’action du cœur ne saurait être modifiée par les sensations de douléur qu’éprouve un animal vivant sur lequel on expérimente. Aussi les expériences de Brachet (3) et d’autres physiologistes sur des animaux vivants, dans le but de déterminer l’irritabilité des nerfs, ne peuvent avoir aucune valeur par rapport au mouvement du cœur, attendu que l’action de cet organe est vivement affectée par toutes les impressions douloureuses.

Un phénomène particulier, qui distingue le cœur des autres muscles, c’est la persistance de ses contractions rhythmiques et régulières, après qu’il a été arraché de la poitrine d’un animal vivant, et que, par conséquent, il se trouve tout-à-fait vide de sang. On observe cette persistance alors même qu’aucun stimulus extérieur n’agit sur lui : elle est surtout très longue chez les animaux à sang froid. On ne peut expliquer ce fait qu’en admettant que les filets nerveux distribués dans la substance du eœur exercent encore sur cet organe retranché du corps et vide^ de sang une influence toute spéciale , qui est la cause immédiate de ses contractions.

D’autre part , il existe des faits qui établissent qu’une lésion de continuité affectant les nerfs du cœur peut suspendre l’action de cet organe. Sous ce rapport un cas pathologique décrit par Heine (4) présente beaucoup d’intérêt. 11 s’agit d’un Homme chez lequel il manquait quelquefois quatre à six battements de

(1) Ueber die gereizte Muskel und Nervenfaser, i, 312. — (2) Physiol., iv, 464; trad. franç. de •oiirdan, vu. p. 74.— (3) Recherches sur le système nerveux ganglionaire.—{4 ) Müller’s Archiv. 1841.234.

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